‹ Traduction du "théâtre des Grecs", Volume 14Chapitre 12 sur 125 · I.À HUPPE · texte numérisé non relu

I.À HUPPE

Des plaideurs^ sans doute?

Non pas ^ mais tout au contraire y des antiplaideurs.

LA HUPPE

Est-ce qu'on sème de cette graine-là en Attique ?

ÉVELPIS.

A vous dire vrai , qui en chercherait en tout notre pays, n'en trouverait guère.

LA HUPPE

Quel sujet vous amène?

ÉVELPIS.

Le désir de nous entretenir avec vous*

LA HUPPE

Sur quoi ?

102 IiE5 OISEAUX^

ÉYELPIS.

Vôiis avez été liomme comme nous ; vous avez dû de Targent comme notis ; vous avez été bien aise de ne le point rendre ^ comme nous ; enfin ^ changé en Oiseau , vous avez parcouru la mer et la terre , et vous av^éz observé tout ce qui est du ressort d'un homme et d'un Oiseau. Nous venons donc vous trouver pour savoir de vous s'il n'y aurait point dans le monde quelque ville paisible^ où l'on pût vivre aussi mollement que sur des tapis de laine.

LA HUPPE

Et vous en cherchez une plus grande que celle d'Athènes?

Non pas une plus grande , mais une plus commode.

Zk HUPPE.

Je vois bien que vous aimeriez mieux un gouvernement aristocratique.

ÉVELPIS.

Moi , point du tout. Je hais tout ce qui tient au nom du fib de Scellius ^

* C« filf de Scellius s'appelait Aristocrate. C'est un jeu de mots.

LÀ HUFPB.

Eh ! quelle ville series^vous donc bien aise d*habiter?

ÉVCLPIS.

Je voudrais une ville où ma plus grande affaire fôt celle-ci : Qu'un ami vînt à ma porte dès le matin , et qu'il fiie dît : « Au nom de Jupiter » Olympien , faites -moi l'honneur de venir ce » matin chez moi, vous et vos enfans, au sortir » du bain -, car je fais aujourd'hui un festin de » noces ; n'y manquer pas au moins , sinon qu'il » ne vous arrive pas de venir chez moi quand mes « affaires iront mal ' . »

LA HUPPE

A ce que je vois, vous aimez la misère et l'embarras. Et vous, que souhaiteriez-vous ?

PISTHÉTÉRTJS.

Je n'ai pas d'autres goûts que les siens.

LA HUPPE

Quels sont-ils cependant ^?

' Proverbe contre ceux qui abandonnent leurs amis dans Tad- Tersité. Aristophane remploie ici en sens contraire ; c'est comme s'il disait : Ne nous croyez pas aisex de vos amis , pour que je TOUS reçoive dans Tadversité.

> Cette nouvelle demande de la huppe et la réponse précédente de PitthétéruSy sont omises dans la traduction de M. Boivio.

lo4 LES OISEAUX 9

PISTHÉTÉRUS.

Je voudrais une ville où le père d'un beau garçon vînt au-devant de moi , et me querellât ainsi : « Vraiment, mon beau monsieur , vous êtes fort » plaisant. Nos pères étaient amis intimes. Nous »> ne le sommes pas moins. Je n'ai qu'un fils : vous » l'avez rencontré qui revenait bien propre du » gymnase, et vous ne l'avez point embrassé^ » vous ne lui avez rien dit, vous ne l'avez point » caressé , vous ne lui avez pas toucbé ^ »

LÀ HUPPE

Le pauvre bomme ! qu'il est aisé à contenter ! Oh! bien , il y a une ville fortunée, et telle que vous la souhaitez , sur les côtes de la mer Rouge.

^VELPIS.

Ne nous parlez point de yille maritime , où l'on verra par un beau matin arriver la Salamine , portant un huissier chargé d'assignations^. Indiqueznous une ville de Grèce.

LA HUPPE

Que n'allez-vous habiter à Léprée en Elide?

ÉVELPIS.

Je hais la ville de Léprée sans l'avoir vue. Je l'ai en horreur, à cause de Mélanthius qui en est^.

' Non gli ai tocati i testicoli.

3 Ce sont les propres expressions proposées par M. Brunck.

3 Ce Mélanthius était un poëte tragique , qui n'était pas de X^-

LA HI7PPE.

U y a dans la Locride une ville qui est bien i?otre fait : c'est la ville des Opuntiens.

Et moi , je vous dis que je ne me ferais pas Opuntien^ pour tout l'or du monde. Mais, ditesnoioi , quelle est la vie que vous menez chez les Oiseaux ? Vous devez la connaître.

LA HUPPE

Elle n'est pas désagréable. Premièrement, nous vivons sans argent.

4VELPIS.

Voilà déjà un des plus grands maux de moins.

LA HUPPE

Nous vivons du blanc sésame , de baies de myrtes, de pavots et de mente sauvage ^.

ÉVELPIS.

Vous nous parlez en vérité d'une vie de nouveaux mariés.

PISTHÉTÉRUS.

Ah ! que je conçois un beau dessein, et que les

prée^ comme le dit le traducteur , mais qui avait la Wpre : jeu de mots tootnà-Êût dans le goût d'Aristophane. B.-R»

I Autre jeu de mots du même genre ; ce nom d'Opuntien était le nom d'un personnage dé ce temps qui était borgne; c'est donc comme s'il y avait : Je ne voudrais pas être borgne, pour tout Tor du monde. R.-R.

' 9i9Vfilifiw. Voyez le Pline de M. Brotier , XIX, 55, XX, 91.

Oiseaux deviendraient puissans ^ si vous vouliez m'écouter!

LÀ HtTPPB*

Fih! Lien, qu'ëcouterons-nous?

PISTHÉTÉRDS.

Ce que vous écoulerez? Premièrement, ne voltigez point çà et là , en ouvrant le bec; c'est une chose indécente. Demandez à Athènes, au sujet de quelqu'une de ces tètes légères que vous voyez voltiger : Quel est cet Oiseau ? Téléas vous dira : C'est un inconstant, un Oiseau sur la branche , qui voltige de tous côtés , qui ne saurait demeurer en place.

LA HtJPPE.

Par Bacchus, vous avez raison; mais que faut-il donc que nous fassions à l'avenir?

PISTHÊtéRXJS.

Construisez-vous une ville.

LA. HUPPÉ

Eh ! quelle ville voulez-vous que nous construisions, nous autres Oiseaux?

PISTHÉTÉRUS.

En vérité , peut-on rien dire de plus absurde ' Regardez là-bas.

LÀ HUPPE

J'y regarde.

GOMÉDIB. 107

PiSTHÉTéRtrs.

Regardez là-haut.

LÀ avppB.

Soit.

PISXBÉTÉAXrS.

Tournez la tête de tous côtés.

LA BUFPE.

En ^ effet, je gagnerai beaucoup à me tordre ainsi le cou.

PISTHÉTÉRUS.

N'avez-vous rien vu?

LA HVFVE.

Rien que les nuées et le ciel.

PISTHÉTÉRVS.

Eh ! bien, tout cet espace , n*est-ce pas le pôle des Oiseaux?

LA HirPPE.

Le pôle? Et comment?

PISTHÉTÉRXrS.

C'est comme si vous disiez lieu. Uair peut s'appeler/?^/e, parce qu'il tourne et qu'il se répand pattout à la ronde ; or, si vous bâtissiez dans cet espace , si vous le munissiez une fois de bones murailles , cela ne s'appellerait plus pôle, mais polis , c'est-à-dire ville. Par-là vous auriez sur les hommes autant d'avantage qu'ils en ont sur les

sauterelles ^. Pour ce qui est des (jlieux , vous les feriez mourir de faim.

LA. HUPPE

Comment cela?

PISTHÉTÉRUS.

L*air est entre le ciel et la terre. C'est pourquoi, oomme nous sommes obligés, lorsque nous allons à Delphes , de demander un passe-port aux Béotiens, de même quand les hommes feront quelque sacrifice aux dieux , vous ne donnerez point de passage à la fumée des sacrifices^ au travets de votre ville et des nues , à moins que les dieux n'obtiennent de vous un passe-port , et ne vous paient tribut.,

LÀ HUPPE

lou î iou ! Par la Terre , par les Trébuchets , par les Tirasses ^, par les Filets , je n'ai jamais rien entendu de mieux imaginé. Pour moi , me voilà prêt de fonder avec vous cette ville , pourvu que les autres Oiseaux en soient d'avis.

PISTHÉTÉRUS.

Qui pourrait leur proposer cette affaire?

' J'fti suivi en cet endroit Tinterprëtation de l'ancien éditenr , qui relève le contre-sens fait par le P. Brumoy . ïlipvoiaiç, observet-il, ne veut point dire des cigales, mais une espèce de sauterelle que les enfans prennent à la main.

a Grec : Des cuisses.

^ StfiXttf , espèce de filet très-mince.

LÀ HUPPE

Vous-même. Leur langue était autrefois barbare ; mais en conversant avec eux depuis longtemps , je leur ai appris le langage des hommes.

PISTHÉTÉRXJS.

Mais comment les pouvoir tous assembler?

LA. HUPPE

Facilement. Je vais tout à l'heure entrer dans le bocage; et quand j'aurai éveillé Philomèle, ma compagne , nous les appellerons de concert. Ils accourront tous au plus vite , sitôt qu'ils auront entendu notre voix.

PISTBÉTÉRUS.

Ne vous reposez donc pas, ô le plus chéri des Oiseaux! Mais, je vous en supplie, entrez au plus tôt dans le bocage , et éveillez Philomèle.

LA. HUPPE y appelant Philomèle.

. 0 compagne fidèle, cesse de sommeiller; donne un libre essor aux douloureux accens qu^e tu modules si divinement lorsque tu fais entendre les airs des hymnes consacrés aux dieux; que les sons brillans de ton gosier* flexible se prêtent à peindre les maux d'itys ^ , qui est ton fils et le mien aussi; que ces sons de ta voix si pure s'élèvent du milieu du smilax touSu jusqu'au séjour de

' Ceci est parodié de V Hélène d'Euripide,

IIO liBS ÛJSBAVXy

Jupiter. Le blond Phoebus en est ému, il répond à tes soupirs» il tire des sons de sa cithare ornée d'ivoire , et forme des chœurs composés des dieux mêmes , et de la réunion de leurs voix résultent une symphonie et un concert d'immortels. (On entend le son d'une flûte).

PISTHÉTÉRtJS.

0 ciel , que la voix de cet Oiseau estcharmante ! Tout le bocage est rempli des plus douces émotions.

ÉVELPIS.

Tais-toi.

Qu'y a-t-il?

Te tairas-tu ?

Pourquoi ?

PISTBÉXÉRUS«

ÉTELPIS.

FISTHÉTÉRTTS.

ÉTELPIS.

Ne vois-tu pas que la huppe se dispose à chanter de nouveau ?

LÀ HUPPE

Acconrez, peths yolatiles^ Qui gazouillez sur les sillons ^ Avides fourrageurs des campagnes fertiles, Hâtez-Tons y légers oisillons.

Habîtans des parterres ;

Amis dat oliviers ;

GOVÉDIE* 111

Hôtes des alisiers^ £t vous, qui tous cachez soû^ les sombres lierres ; Venez , avancez , hàtez-yous j Venez, volez, accourez tous.

Accourez tous , accourez au plus vite j Suivez la voix qui vous invite; Quittez les plaines et les monts.

, Et vous, citoyens des vallons ,

Qui , sur le bord des eaux, près des rives fleuries.

Donnez la chasse aux timides poissons ; Pirates des étangs , effroi des moucherons ; Laissez de IVtarathon les aimables prairies : Venez, avancez , hâtez- vous ; Venez, volez, accourez tous.

Accourez , légions ailées , Qui voltigez sur les plaines salée^; Paisibles alcyons ; Sauvages nations , Qui plongez sous les flots vos plumes émaiUées ; Venez , avancez, hâtez- vous j Venez, volez, accourez tous.

Accourez. Un avis utile.

Important, salutaire à tout le peuple- Oiseau , Vous sera proposé par un mortel habile. L entreprise est hardie , et le projet nouveau. Mais , suivez ses conseib ; tout vous sera facile :

113 XES OISBAtrXy

/ Yenez^ ataocezy hâtez-Yons^ . Ve^ez^ yolez 9 accoures tous '.

« Les chœur» traduits par' M. Boiyin, sont souvent plntAt det imitatioDs ^e des traductions. O9 pourra en juger en comparant celui-ci avec la «traduction purement littérale que j'en donne ; la lecture n'en sera pas aussi agréable que celle des vers du savant académicien, mais elle rendra do moins raison du motif qui m'a Ujt quelquefois substituer ma prose à l:es vers.

Epopoi, popopo, popoi , popoi*, iâ, '16, itd, itô ; M, M ^ itâ r que quelqu'une de nos compagnes accoure ici. Venez, 6 vous tous, qui fourragez la vaste étendue des campagnes fertiles, vous tous variés à l'infini , qui ne vivez que de bled , vous qui , d'un vol léger , cherchez , en gazouillant , les petites graines ; et vous qui, sur le haut des sillons, vous plaisez à cacaber**, avec votre voix grêle , tio , tio , tio ^ tid , tio , tio, tio , tio.

Et vous qui , dans les jardins , sautillez à travers les branches de lierre: vous habitans des montagnes, et vous amis de l'olivier sauvage et de l'arbouse, rendez-vous au plus vite à mes prières: trioto , trioto , trioto tobrix.

Vous aussi qui , dans les vallons aquatiques , vivez de mou* obérons ***: vous qui aimez les lieux rafraîchis par la rosée, et les belles prairies de Marathon : et toi , â attagas, attagas émaillë de mille couleurs ; vous aussi , légions ailées , qui voltigez avec les alcyons sur les flots de la mer , accourez pour entendre des choses tout-i-fait neuves.

Nous rassemblons ici tous les Oiseaux à long cou , parce qu'un vieillard plein d'expérience, doit nous faire part d'une entreprisehardi^ et d'un projet nouveau. Venez donc tous pour donner votre avis, ici , ici , ici » ici.

* La forme de ce cri de la huppe se retrouve encore dans le nom qu'on donne à cet Oiseau en Lorraine , où on l'appeUe Boubou,

** KjAfiutvu^iittv , expression qui peint et rend la chose même.

COMÉDIE. Il5

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