‹ Traduction du "théâtre des Grecs", Volume 14Chapitre 13 sur 125 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

WSTHÉTÉRUS, ÉVELPIS, LA Hq>PE, CHCEim DdSEAUXi , UN HÉRAUT.

LE CHOEUR

Torolorotorotorotx>rolotiax, eiccabau, oiceabau^ lorotôrotorototilillinx 2.

( PISTHÉTÉRVS.

Hé! dis-moi : Vois^u quelqiie Oiseau?

ÉVELPIS.

Je n'en vois en venté pas un, quoique je regarde en l'air, la bouche béante.

PISTHÉTÉRirS.

C'est donc en vain , à ce que je vois, que la huppe est entrée dans le bocage ; elle 5'y est cachée , comme pour couver ses œufs : elle imite le pluvier à collier ^.

LÀ HXrPPE.

Torotinx, torotinx.

J C'étaient des hommes ay^ec de« masques d*Oiseaux. On peut juger de l'effet que cela faisait sur le théâtre. (Note de M. Boi- Tin).

> Ceci est omis dans "ML fioiyin.

5 Xe€px^fii9v, Ce que dit là Pisthétérus, depuis : elle sy est ca» chée, est omis dans M. Boiyin.

ll4. i-'BS OISEAUX,

PISTBÉTÉRUS.

Ah! voici un Oiseau qui vient.

ivELPIS.

Oui vraiment; c'est un Oiseau. Mais, quel Oiseau est-ce là? Ne serait-ce pas un paon?

PISTHÉÏÉRXJS.

Demandons à la huppe. Quel Oiseau est-ce là, s'il vous plaît?

LA HUPPE

Cet Oiseau-ci n'est pas de ceux que vous voyez tous les jours : c'est un Oiseau extraordinaire , un Oiseau de marais.

PISTHÉTÉRUS.

0 dieux, qu'il est beau ! Son plumage est d'un rouge phénicien.

LÀ HUPPE

Il ne faut pas s'en étonner , puisque c'est le phœnicoptère '.

ÉVELPIS .

Eh! eh! toi?

PISTHÉTÉRUS.

Qu'y a-t-il?

ÉVELPIS.

Voici un autre Oiseau.

COMÉDIE. Il5

PISTHÉTÉRUS.

Cet Oiseau-ci est encore un Oiseslu rare^ et qui vient de fort loin. Quel est cet Oiseau qui descend de cette colline avec tant de faste? On le prendrait pour un poète extravagant.

LÀ HUPPE

On nomme celui-ci l'Oiseau de Médie.

PISTHÉTÉRUS.

Un Mède ? Oh î par Hercule ! Eh ! comment , étant de Médie ', à-t-il pu venir sans chameau?

ÉVELPIS.

Et cet autre, avec sa huppe?

i»ISTHÉTÉRUS.

Quel. prodige est-ce là? Vous n'êtes donc pas la seule huppe qui soit au monde ?

Li HUPPE.

Celle-ci vient de Philocîès par la huppe. Pour moi, je suis son grand'père. C'est comme dans la généalogie de Callias, on voit Callias père d'Hipponicus, Hipponicus père de Callias ^

^ Tout ceci est une allusion à une comédie du poëte tragique Phiioclès , qui était fort laid. Notre comique lui reproche énigmatiquement de n'avoir fait que déguiser un peu les personnages d'une tragédie de Sophocle, qui était également intitulée : Térée changé en Huppe, Quant à la lamille d' Hipponicus , yoyez Périaon. j4d MUan. Hist, var, XIV , i6.

Il6 LES OISEAUX,

PISTHÉTÉRUS.

Cet Oiseau-ci est donc Gallias? Comme toutes ses plumes lui tombent ' !

ÉYELPIS.

C'est un effet de son grand courage. Il s'est laissé plumer de la sorte par ses accusateurs. Le beau sexe lui a aussi arraché quelques plumes de l'aile.

PISTHÉTÉRUS.

O Neptune , comme celui - ci est barbouillé ! Dites -moi un peu , comment nommez -vous cet Oiseau ?

LÀ HUPPE

Le barboteur.

PISTHÉTÉRUS.

Si cela est, il faut que ce soit un Cléonyme. Mais, si c'était Cléonyme, il aurait perdu ses aigrettes. 0 ciel , que signifient tous ces Oiseaux avec leurs crêtes î Vont-ils courir le diaule ^?

I Trait contre Gallias, qui ayait dissipé toute la fortune de ses aïeux.

3 M. Boivin n'a point entendu cet endroit ; le P. Brumoy l'a omis; M. Burette l'a très-bien explique dans son mémoire pour servir à l'histoire de la course des anciens, Mémoires de Littêra^ tare de V Académie des Belles^LeUres , tom III , pag. 280. Il conclut de ce vers d'Aristophane, que , dans la course nommée ^iuv >9$, les athlètes étaient armés. On sait qu'ils parcouraient à pied deux fois la longueur du stade, c'est-à-dire, qu'après avoir atteint le but, ils revenaient à la barrière.

ÉVELPIS.

O mon ami , ils sont comme les Cariens : ils se tiennent sur la crête des montagnes , pour plus grande sûreté,

PISTHÉTÉRUS.

o par Neptune ! Vois- tu quelle affreuse troupe d'Oiseaux * ?

ÉVELPIS.

Justes Dieux , quel nuage ! Hëlas ! hélas l en voilà tant , qu'ils ont bouché le passage.

PISTHÉTÉRUS.

Tiens , voilà une perdrix. Voici, ma foi, un attagas. Celui-ci est le Pénélope ^ , et celui-là est un alcyon.

ÉVELPIS.

Quel est celui-là que voilà derrière l'alcyon?

PISTHÉTÉRUS.

Ce que c'est? C'est un lérylus^

Y a-t-il un Oiseau qui ait nom kérylus ^ ?

' Ceci, et tout ee qu'Eyelpîs dit auparavant, est omis dans M. Boiyin.

' Hyivtkorlt. C'est un Oiseau aquatique, comme on peut le voir par le peu qu'en dit Pline, XXXVII, ii. M. de Buffon le conclut d'un passage du même naturaliste, X, 29, où les bonnes éditions s'accordent à lire Chenalopeces au lieu de Pénélopes. Le célèbre naturaliste français convient d'ailleurs qu'il a fort peu de données pour se décider à rapporter le Pénélope des anciens au canard siffleur, yingeon ou gingeon , plutôt qu'au miUouin.

^ KttfiùXsi* C'est le martin-pécbeur ou l'alcyon de M. de Buffon.

llS LES OISEAUX^

PISTHÉTÉRUS.

Eh! pourquoi non? U y a bien un Sporgilus'. Regarde, regarde, voici un cbai-huant 2.

ÉVELPIS.

Que dis-iu? Quoi , un chal-huant à Athènes ^ ! Eh ! qui l'a amené ?

PISTHiÊTÉRUS.

^Tiens , tiens , voilà d'autres Oiseaux. Pie, tourterelle , alouette , effraye 4 , hypothymis ^ , colombe, nertos^, épervier, ramier, coucou, chevalier aux pieds rouges 7, céblêpyris^, poule sultane 9 , cerchné *°, plongeon , l'écorcheur *» , orfraie '^^ dryops '^.

' Kn/iv'Xaç vient de xUpo} , tondre : et c'est en faisant allusion à cette ëtymologie qu'Aristophane fait paraître ici le nom du barbier Sporgilus.

3 Allusion au proyerbe r).«yx sU J^O^vocç, noctuam Atheftas»

4 ve/STOç,

^ IpiiOpoxovi-

9 zsa/jfvpiç. Voyez M. de Buffon , tom. XV , pag. 3oa ''» y.spx^^' Dans la traduction latine, stryx. " A/*ira^« , pie-grièche.

COMÉDIE. IIC)

ÉVELPIS*

Ah ! ah ! que d'Oiseaux ! Ah ! ah ! que de merles ' ! Comme ils gazouillent ! comme ils accourent en criant ! Ets-ce qu'ils nous menacent donc ? Bons Dieux ! ils ouvrent le bec , et nous regardent toi et; moi.

PISTHÉTÉRUS.

C'est aussi ce qui me paraît.

LE CÛOEUR.

Popopopopopopopopoi. Où est celui qui nous appelle 9 où est-il?

LÀ HUPPE

Je suis ici depuis long-temps ; je n'abandonne pas mes amis.

LE CHŒUR

Tititititimprou , qu'avez-vous à nous dire de bon?

LÀ HUPPE

Une bonne chose , juste, agréable et utile, et qui regarde le bien public. Deux hommes trèsëclairés me sont venus trouver.

LE CHOEUR

Où? Comment? Que dites-vous?

LÀ HUPPE

Je vous dis qu'il est venu ici deux hommes. Co

120 LES OISE Airs,

sont deux vieillards , qui veulent nous proposer une aflFaire de la dernière conséquence.

liE CHOEUR.

0 toi , souillé du crime le plus affreux dont

j'aie oui parler, que dis-tu là?

LÀ HUPPE

Ce que je vous dis ne doit vous donner aucune inquiétude.

Que viens- tu de faire?

LÀ HUPPE

J'ai reçu chez moi deux hommes , qui recherchent notre amitié et notre alliance.

LE CHOEUR

Tu as commis cette perfidie !

LÀ HUPPE

Et je me réjouis de l'avoir fait..

LE CHŒUR

Où sont-ils , où sont-ils ?

LÀ HUPPE

Chez nous , puisque je suis moi - même des vôtres.

LE CHOEUR

Ah I nous sommes trahis » ! l'infidèle Térée ' ^ Violant les droits les plus saints^ ' Parodie de quelque chœur tragique. /

3 Grec : Happe» Ces vers de M. Boiyiii rendent assez littéralenient le texte.

Et la foi qu'il nous a jurée.

Nous lÎTre aux perfîdes humains.

Nation contre nous de tout temps déclarée.

H £avorise leurs desseins 5

Il nous fait tomber dans les pièges Qui nous sont préparés par leurs mains sacrilèges 5 Le traître ! Une autre fois il^nous fera raison

De cette lâche trahison.

H faut en ce moment , il faut tirer vengeance

De ces deux infâmes yieillards^ Il faut exterminer cette maudite engeance ^ Et coayrir les buissons de leurs membres épars.

PISTBÉTÉRUS.

Nous voilà morts.

ÉVSLPIS.

C'est toi qui nous attires tous ces maux. Pour- (juoi m'amener ici? '

FISTHÉTÉRUS.

Pour t'a voir avec moi.

ÉVELPIS.

Dis plutât pour me voir pleurer.

PISTHÉTÉRUS.

Va, va, tu te moques.

lâvELPIS.

Comment?

PISTBÉTÉRUS.

Est-ce que tu pourras pleurer, quand tu auras une fois les yeux crevés?

LE CHOEUR

Courons , volons, et de nos ailes

Accablons-les de tous côtés :

Portons-leur à tous deux des atteintes mortelles. Il faut , il faut qu aux Oiseaux irrités

Leurs membres serrent de pâture.

Point d asile pour eux , ni bois , ni grotte obscure ,

Ni Fabîme profond des mers , Ni la cime des monts, ni le vague des airs,

Ne peuvent garantir Itur fuite

Contre notre ardente poursuite.

Allons j c'est trop délibérer j

Hâtons-nous de les déchirer.

Qui donc de laile droite entreprend la conduite?

Qu'elle avance jians différer.

ÉVELPIS.

Malheureux que je suis ! où fuirai-je?

PISTHÉTÉRI7S.

Ne demeureras-tu pas ?

ÉYBLPIS.

Veux-tu que je me laisse mettre en pièces?

PISTHÉTÉRUS.

Eh! comment crois-tu pouvoir éviter leur fureur?

BVELPIS.

Je ne sais comment.

PISTBÉTÉRUS.

Tout ce que j'ai à te dire , c'est qu'il faut combattre , et prendre chacun une de ces marmites. J

ÉYELPIS.

A quoi cela nous servi ra-t-il?

PISTBÉTÉRUS.

Tu peux déjà t'assurer qu'aloxs le chat-huant ne nous fera point de mal.

ÉYELPIS.

Comment me défendrai - je de ces Oiseaux à serres crochues ?

PISTHÉtÉRUS.

Prends une broche , et tiens-la devant toi pour t'en servir au besoin.

EYELPIS.

Que mettrai-je devant mes yeux?

PISTHÉTÉRUS.

Couvre-les avec ce vinaigrier, ou avec ce plat.

EVELPIS.

0 que tu as d'esprit ! C'est en vérité bien imaginé. Voilà des stratagèmes qui valent mieux que tous ceux de INicias.

LE CHOEUR

Eleleleû y ne différons plus. Donnons du bec , tirons , déchirons , frappons , brisons et perçons d'abord la première marmite.

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