‹ Traduction du "théâtre des Grecs", Volume 14Chapitre 14 sur 125 · I.À HUPPE · texte numérisé non relu

I.À HUPPE

Cruels^ qu'allez-vous faire? Vous allez mas-

sacrer et mettre en pièces deux hommes qui ne vous ont jamais fait aucun mal , tous deux parens de ma femme , et de. même tribu.

LE CHŒUR

Pourquoi aurions-nous j^lus de pitié pour eux que pour des loups ? Eh ! qui a mieux mérité qu'eux notre colère ?

LA HUPPE

Mais ils vous veulent du bien, quoiqu'ils soient nés vos ennemis , et ils viennent pour vous donner un avis important.

LE CHŒUR

Pourraient - ils nous donner un bon avis , eux qui ont été les ennemis de nos aïeux ?

LÀ HUPPE

Ne savez -vous pas que les plus habiles gens doivent une grande partie de leur habileté à leurs ennemis? La défiance est la mère de la sûreté. Un ami n'apprend point à se tenir sur ses gardes } au lieu qu'un ennemi vous force souvent à vous instruire. C'est de leurs ennemis, et non pas de leurs amis , que les villes ont appris à bâtir de hautes murailles et à construire de grands vaisseaux ; et c'est ce qui conserve à chacun ses enfans , sa maison et ses biens.

LE CHŒUR

Il nous paraît en effet qu'on peut beaucoup

apprendre d'un ennemi. Je suis d'avis que nous leur donnions audience,

PISTHÉTÉRUS.

Leur colère commence à se calmer. Allons un pas en arrière.

LA HUPPE

Cela est juste, et je dois obtenir de vous cette grâce.

T'avons-nous jamais rien refusé?

PISTHÉTÉRUS.

Ils ont des dispositions plus pacifiques à notre égard , c'est pourquoi mettons bas nos marmites et nos pîats.v Mais , la lance, c'est-à-dire cette broche à la main, avançons au milieu du camp , et. ne perdons pas un instant de vue cette marmite la plus éloignée ; car il ne s'agit pas de fuir '.

ÉVELPIS.

C'est bien dit. Mais, si l'on nous tue, où seronsnous enterrés?

PISTHÉTÉRUS.

Dans le Cérsynique. Pour nous faire enterrer aux dépens du public, nous n'aurons qu'à dire aux

' M. Boivin avait sous les yeux un texte incorrect, et a traduit tout différemment.

magistrats que nous sommes morts en combattant bravement contre les ennemis près d'Ornées ^

LE GHOEtTR.

Que chacun reprenne le rang qu'il occupait. A l'exemple du soldat pesamment armé , déposons toute animosité et laissons la colère de coté; et demandons à ces gens- ci ce qu'ils sont, d'où ils viennent , et ce qui les amène. Hé ! la Huppe , ici , je vous prie.

LA HUPPE

Que voulez-vous savoir de moi?

LE CHOEUR

Qui sont ces étrangers? D'où viennent-ils?

LÀ HUPPE

Ce sont deux Grecs, du pays des sciences.

LE CHOEUR

Par quel hasard sont-ils venus chez les Oiseaux ? Quel motif les y a engagés?

LA. HUPPÉ

La vie que nous menons ; la sagesse de notre gouvernement; l'envie de nous voir, de vivre avec nous, de s'unir entièrement à nous.

' Ev OfDttuU* J[cu de mots. Dans le pays des Oiseaux, ou à Ornées, ville située entre Corinthe et Sicyone; voyez Strabon, pag. 586^ «le poète fait encore allusion à cette situation dans le vers 967«.

GOMl^DIE. i2y

Que dites-vous là ? Mais encore quek sont leurs discours ?

LA. HUPPE

Incroyables et inouis.

LE CBOEVR.

Mais quel avantage trouvent-ils à demeurer ici et à vivre avec nous? Espèrent-ils par-là triompher de leurs ennemis, ou se rendre utiles à leurs amis?

LÀ HUPPE

Ils nous promettent des richesses immenses, prodigieuses, incroyables. Ils disent que tout ce que nous voyons , de quelque côté que nous nou« tournions, est à nous.

LE CHOEUR

Sont-ils fous?

LA HUPPE

Ils sont sensés, ati-delà de ce qu'on peut dire.

LE CHOEUR

Quoi, celui qui dit cela a du jugement!

LA HUPPE

Oui , oui , je vous le donne pour Tesprit le plus fin et le plus délié qu'il y ait au monde. Allez, c'est un maître renard ; ce n'est que ruse et qu'artifice.

128 liES OISEAUX^

, JJB CHOEUR.

Faites-les approcher. Qu'ils nous parlent. Vous nous dites des choses qui nous donnent les plus helles espérances.

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