‹ Traduction du "théâtre des Grecs", Volume 14Chapitre 15 sur 125 · I.A HUPPB · texte numérisé non relu

I.A HUPPB

Cà , mes amis ^ , que les Dieux nous soient propices ; prenez vos armes 2, et allez les pendre dans la cuisine auprès de la crémaillère ^^ et vous (à Fisthétérus) , dites ce que vous avez à dire, et acquittez-moi de la promesse que je leur ai faite.

FISTHÉTÉRUS.

Je veux mourir si j'en fais rien \ à moins que nous ne fassions un traité pareil à celui que fit l'armurier Piihécus avec sa femme, et qu'on ne me donne parole qu'il n'y aura ni coups de bec, ni coups de griffe à craindre de leur part, et qu'on ne me crèvera pas

' S'adressant aux deux Athéniens et au peuple. (Note 4e M. Boivin.)

3 M. Boiyin met : artillerie. j

3 £0«<rT«Ti}ç. Les interprètes varient sur la signification de ce root, que M. Brunck aimerait rendre par marmite. Voyez Eustathe, ad Odyss. p. 1827 , 1. 44- i-e mot crémaillère, mis là par M. Boivin , me plairait d'autant mieux que c'était ordinairement dans la cheminée que les anciens suspendaient leurs armes. C'est encore l'arsenal des habitans de nos campagnes.

GOKâmE. 129

LA HUPPE

Ceci , dites-vous? Non , non, ne craignez rien.

PISTHÉTÉRUS.

Ce n'est pas de ceci que je parle , c'est de mes yeux.

LE CHOEVA.

Nous vous le promettons.

PISTHBTÉRa|^

Donnez-m'en votre parole par un serment.

LE CHOEUR

Nous vous le jurons. Ainsi puissions-nous avoir tous les juges et tous les spectateurs pour nous î

PISTHISTERUS.

Que cela sera ainsi ?

LE CHŒUR

Oui ; et si nous vous manquons de parole^ nous voulons ne l'emporter que d'une voix.

LE HÉRAUT

Ecoutez , peuple : Que les gens de guerre s'en retournent chacun chez soi ; et nous, avisons à ce que nous devons faire.

LE CHOEUR

L'homme est né plein de dispositions à la fourberie et à la ruse; nous vous écouterons volontiers cependant. Peut-être nous proposeront-ils quelque XIV 9

l5o LES OfSBAUX;

parti avantageux qu'ils auront imagine ^ quelque moyen d'agrandir notre pouvoir , auquel nous n'aurons pas pensé , et qui ne leur aura pas «chappé.

Cette haute fortune ,

Dont vous yenez flatter nos vœux p Ayec nous tous sera commune;

Vous aurez part à nos destins b^nreux.

Bannissez donc u^ crainte importune :

Dkes^nous quel dess^^r conduit ici y os pas.

Nous nous garderons bien de rompre auparavant la trêve dont nous sommes convenus.

PISTHÉTÉRVS.

Je me prépare à extourner mon discours; il est déjà détrempé ; il ne faut plus que le paîtrir. Cà , garçon, une couronne : qu'on me verse b;en vite de l'eau sur les mains.

ÉVELPIS.

Que veut donc dire cela? AUons-noùs au festin ?

pisraÉTÉRus.

Non pas : mais je cjiiecdie à dire quelque chose d'extraordinaire , de grand , d'excellent , et qui puisse toucher le cœi;y: 4^ mps auditeurs : tant je me tourmente pour vous, qui, ayant été rois..*.

LE GHOBUR.

Nous, rois! Et de qui? '

COMÉDIE. l3l

PISTH^TÉRUS*

Oui , VOUS , de tout ce qui existe. De moi d'abord , de celui-ci et de Jupiter même ; car vous êtes bien plus anciens que Saturne , les Titans et la Terre.

LE CHOBUK.

Que la terre!

PISTHÉTÉRUS.

Oui y pai* Apollon.

LE GH09SUR

Je veux mourir^ si j'en avais entendu dire un mot.

pisTHéréRxrs.

C'est que vous êtes de bonnes gens^ sans étude,

6ai]ts curiosité; vous n'avez pas même lu Esope ^

qui dit en quelque endroit : « Que l'alouette est

» le plus ancien des Oiseaux ; qu'elle fut enfantée

» avant la terre ; qu'ensuite son père mourut de

» maladie ; que la terre il'étant point encore , il

» resta trois jours sans sépulture y et qu'enfin ne

» sachant où mettre le corps de son père mort^

» elle l'ensevelit dans sa tête. »

ËVELPIS*

Le père de l'alouette gît donc depuis sa mort dans Céplialis > ?

> K/f«>^7(y. Alinsion au bourg de FAttique appelé Kfr0c>i* Toyez Meursios , depopuL att^

l32 LES OISEAUX^

LÀ HUPPE

Or , si les Oiseaux sont plus anciens que la terre et les dieux , il s'ensuit qn'ils sont les aînés , et que la royauté leur appartient.

ÉYELPIS.

Oui , oui. Ainsi vous devez chercher à fortifier votre bec pour la suite ; car Jupiter ne rendra pas volontiers le sceptre au pic '.

PISTBÉTÉRUS.

Que ce soient les Oiseaux, et non pas lesdieux^ qui aient d'abord commandé aux hommes , et à qui le sceptre ait appartenu , nous en avons mille preuves. Le coq, par exemple, a commandé aux Perses avant Darius , avant Mégabyze , et avant tous les autres monarques persans« Preuve de cela, c'est qu'on l'appelle encore aujourd'hui l'Oiseau de Perse , en mémoire de cette ancienne puissance.

ÉVELPIS.

C'est apparemment pour cela qu'il marche lui seul la crête levée en façon de thiare^ coïnmele grand roi.

PISTHÉxiRUS.

Il était alors si puissant , si redoutable y si ah-

" A/5ux5>flrt3Tiî. Nom générique des pics. La version de M. Boivin présentait ici un sens tout opposé , et un tout autre ordre d'interlocuteurs. On a rétabli le tout d'après l'autorité de« manuscrits, et la sayaiite critique de M. Brunck.

COMÉDIE. l53

solu^ qu*encore aujourd'hui, par un effet de son ancien pouvoir , sitôt qu'il vient seulement à chanter vers le point du jour , tous les artisans se lèvent pour travailler ; serruriers , potiers , pelletiers , cordonniers , baigneurs , marchands de bled , menuisiers , armuriers , faiseurs d'instrumens : tous ces gen^là courent à leurs affaires après avoir pris leurs souliers à tâtons.

ÉVÈLPIS.

Vous n'avez qu'à m'en demandei^ des nouvelles. Il est cause que j'ai perdu un bon habit de drap de Phrygie, à mon très-grand regret* J'avais été invité à une collation , qui devait commencer sur les quatre heures du soir. J'y étais allé , et, ayant bu un peu plus qu'à l'ordinaire , je m'étais endormi. L'heure du souper n'était pas encore venue , que le coq se mit à chanter ; moi , croyant que ce fut le point du jour , j*e sors brusquement, et m'en reviens à Alimente ». J'étais déjà hors des murs , ne regardant qu'à mes pieds , lorsqu'un filou s'en vient à moi , et me décharge un grand coup de bâton sur le dos ;. je tombe ; comme j'étais prêt de crier à l'aide , mon drôle se saisit de mon habit et s'enfuit.

PISTBÉTÉRUS.

Il a été un temps que les Grecs vivaient sous « A>£/Afly« , bourg de TAttique. Voyez Meursius , De pop. Àtt^

l54 I^ES OISEAUX^

la domination du milan > ^ et le rêveraient comme leur roi.

LA HUPPE

Les Grecs?

PISTHÉTÉRtlS»

De-là vient qu'encore aujouwlTiui ils se jettent par terre à là vue du milan ^ comme ils fisiisaient autrefois lorsque cet Oiseau régnait.

ÉVELPIS»

Oui f par Bacchus. Je me roulais lui jour comme cela à la vue du milan^ et je regardais en haut la bouche ouverte^ J'avalai une obole que j'avai* dans la bouche ; peu s'en fallut que je ne m'ëtran* glasse f ex, qui pis est^ je m'en revins chez moi la bourse vide.

PISTHâTÉRUS.

Le coucou a ëté roi d'Egypte et de toute la Phénicie; et dès que le coucou se mettait h crier eoucouy tous les Phéniciens commençaient à moissonner leurs bleds et^leurs orges dans les plaines»

\ ÉVEI!PI8.

C^est delà apparemment que vient le proverbe : jiiujc chants y coucou y aux champs.

PISTHÉTÉRTJS»

La puissance des Oiseaux était alors si grande^ que dans les villes où il y avait quelque roi^ comme

> "Uxmi* Cest le milan royal des Français.

eoM^DiE. i35

un Agamemnon^ un Mënélas^ ce roi avait toujours au haut de son sceptre un Oiseau qui prenait paît aux présens que Ton oflfrait à sa niajestë.

ÉVELPIS.

Vraiment, je ne savais pas cela; aussi m'ëton» nais- je à la représentation des tragédies, quand je voyais paraître quelque Priam accompagné d'un Oiseau. Cet Oiseau observait Lysicrate et les présens avec lesquels il se laissait corrompre.

Mais ce qui est bien plus remarquaUe et bien plus étonnant, c'est que Jupiter, qui est à présent en possession de la toute-puissance, a encore, tout roi qu'il est , un aigle sur la tête ; Minerve a sur la sienne une chouette ; Apollon enfin porte un épervier sur le poing, comme ferait le valet d'un fauconnier.

AVBLPIS.

Vous avez^ en vérité raison ; mais pourquoi ceS^ dieux ont-ils ces Oiseaux 3ur leur tête?

PISTHÉTÉRITS.

Voici pourquoi : c'est afin que les Oiseaux, «oient les premiers partagés , quand quelqu'un , après avoir immolé une victime , en offre les entrailles aux dieux ^ même à Jupiter» Un temps fut que personne ne jurait par les .dieux , tous les hommes juraient par les OiSèaûx ; Lampon«ncore

l36 LES OISEAUX, ^

aujourd'hui ' ne jure que par son oie, quand ii veut faire quelque fourberie , tant la personne d'un Oiseau était aiitrefois redoutable et vénérable à tout le monde ; au lieu qu'aujourd'hui on vous traite comme de vils esclaves, on vous fait la guerre comme à des chiens enragés ; il n'est point d'asile pour vous ; ces maudits oiseleurs vous dressent des embûches jusque dans les tem- . pies 2, On ne voit partout que lacets , que pièges , que gluaux , que tirasses, que filets, et autres semblables prisons. Vous ont -ils attrapés , d'autres vous achètent par douzaines , après vous avoir tâtonnes d'une manière indigne; encore si on pouvait obtenir d'eux , que , puisqu'ils veulent exercer sur vous tant de cruautés , ils se contentassent de vous rôtir simplement , pour vous servir ensuite sur leur table ; mais ils n'ont garde de s'en tepir là : il faut encore qu'ils vous apprêtent je ne sais quelle farce , où il entre du fromage , de l'huile, du benjoin, du vinaigi*e. Ils mêlent tout cela ensemble : puis ils ajoutent un assaisonnement plus doux et plus gras; enfin, ils vous répandent sur le corps cette galimafrée toute chaude et toute bouillante , comme qus^nd on embaume des cadavres.

> Au lieu de jurer y^ rh Z?v«, il jurait v^ t<îv Xïv«.

^ On voit aisément ici qu'Aristophane yeut parodier le io6« yersetles suiyans de Tlon d'Euripide.

COMÉDIE. l5y

LE CHŒUR

Triste récit de nos misères !

Mortel, avec quelles couleurs Tu viens de retracer nos funestes malheurs î

Hélas ! £allait-il que nos pères , De Tempire du monde indignes possesseurs , Nous frustrant à jamais des droits héréditaires , Ne pussent nous laisser que d'affreuses douleurs , Que d éternels regrets , que d'inutiles pleurs !

Mais enfin les destins propices

Nous oflfirent.un libérateur 5 De nous , de nos enfans qu'il soit le protecteur t

Nous pourrons tout sous ses auspices.

O toi , sublime esprit , mortel industrieux ,

Apprends-nous par quel stratagème ,

Par quel effort victorieux , Nous saurons recouvrer la puissance suprême.

Hélas I déchus d'un sort si glorieux , Nous haïssons la vie , et la lumière même.

PISTHÉTÉRUS.

Premièrement , je suis d'avis que tous les Oiseaux habitent dans une ville, et qu'ils y bâtissent de bonnes murailles de brique , comme celles de Babylone ; de sorte qu'elles enferment dans leur * enceinte tout ce qu'il y a d'air à la ronde, et tout l'espace que nous voyons.

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