‹ Traduction du "théâtre des Grecs", Volume 14Chapitre 16 sur 125 · I.A HUPPB · texte numérisé non relu

I.A HUPPB

Ah ! mes amis ^ , que cette ville sera forte et redoutable !

' Grec : O Céhryonè et Porphyrion.

l38 LES OISEAUX,

PISTBÉTÉRUS.

Secondement, quand tout cela sera construit , on enverra sommer Jupiter de rendre aux Oiseaux l'empire qu'il a usurpé sur eux ; et si ce dieu n'obéit pas sur-le-champ, s'il refuse de se rendre à la raison , on lui déclarera la guerre, et l'on défendra aux dieux de passer en vrais Priapes au travers du royaume des Oiseaux , pour aller faire Tamour comme autrefois à des Sémélés , à des Europes , ou à des Alcmènes , sous peine d'être traités comme d'infâmes adultèr.es '. Il faudra aussi députer vers les hommes un Oiseau , qui leur ordoniie de nesacrificer désorînais aux anciennes divinités qu'après avoir sacrifié aux Oiseaux, coiûme aux maîtres de l'univers , et d'offrir solennellement à chacun des nouveaux dieu^ ce qui lui conviendra : de sorte que si quelqu'un veut sacrifier à Vénus, il faudra qu'auparavant il fasse une offrande de grain ^ à la piette ; si quelqu'un

> Et se le assaltano , e meglio £irgli un segno ne la gamba , à ciè che non yadano piu à chiayarle. ^

3 KfiiSoti' Sed quia fetXrjfiti (la piette) Yeneri consociatnr, lasciyam esse oportet, cui proinde nihil magis offert conyenit, quam x/st$ici, hordea, quia id nomen ambigu» significationis est , unde more suo jocum captât Comicus , gratam Yeneri men-

tulam innuens Est aliud quid in hoc yersu facetum, quod-

interpretibus ne suboluit quidem. Neptuno sacrum fit oye, Her- «uli boye, Joyi ariete. Quid ita ? NuUa ne yictima Yeneris araœ».

COMÉDIE. iSg

offre une brebis à Neptune , qu'il offre d'abord du froment au canard ^ ; si quelqu'un sacrifié un taureau à Hercule , il ne le pourra faire qu'après avoir offert à la mouette un gâteau emmiellé > et si l'on immole un bélier au i*oi des dieux ^ ce sera après avoir immolé au roitelet y qui est roi aussi-bien que Jupiter^ le mâle d'une fourmi.

lÊYELPIS. ^

Le mâle d'une ïourmi? Ce sacrifice-là me réjouit. Parbleu, Jupiter n'a qu'à tonner à l'avenir, tant qu'il voudra.

LA HUPPE

Mais comment les hommes pourront-ils nous prendre pour des dieux, nous qui volons, nous qui avons des ailes? Ne nous prendront-ils pas plutôt pour des choucas?

PISTHÉTÉRUS.

Que vous êtes simple ! Hé mon ami , Mercure lui-même ne vole-t-il pas , tout dieu qu'il est? M'a-t-il pas des ailes aussi-bien que beaucoup d'autres dieux? La Victoire a deux ailes tout éda-^ ^ tantes d'or ; l'Amour en a aussi ; et Homère a dit ,

imbuet? Si quîs Yeneri immolet. Quid^Idipsûm quo secreU celebrantur orgia , cujasque significatio lalet in sequenti x/9t$(x;. Ne credas alius cujusyis hostiœ poetam htc meminisse. ( Note de ^ M. Brunck.)

1 Ce vers est omis dans la traduction de M, Boîyin.

l4o LES OISEAUX,

en parlant d'Iris^, qu'elle ressemble à une colombe timide ^

LÀ HUPPE

Mais Jupiter ne tonnera-t-il point? Nelancera-t-il point sur nous ses foudres ailées ?

S'il arrive ijue les hommes mal instruits ne fassent aucun cas de vous, s'ils ne veulent reconnaître pour dieux que les habitans de l'Olympe , il faudra lâcher sur leurs terres un nuage de moineaux et de semblables fourrageurs , avec ordre de ne pas laisser un seul grain de bled dans les campagnes : qu'après cela Gérés leur mesure du bled dans leur famine.

LA HUPPE

J'ose bien jurer qu'elle n'en fera rien* Elle s'en défendra par quelque mauvaise défaite ; vous le verrez.

' Cette comparaison ^se trouve , Iliad. V, v. 778. Mais elle est appliquée à Junon et à Minerve, et non pas à Iris. Ce qui prouve très-bien , observe M. Brunch , que nous n'avons pas le texte d'Homère tel qu'il se lisait du temps d'Aristophane. On ne retrouve pas non plus dans V Iliade, ce qu'Eschine dit qui s'y rencontre si souvent : *HMH A EI2 2TPAT0N HAOE- Tout cela prouve combien il est précieux de consulter de plus en plus les anciens manuscrits , et combien le travail ordonné par le Roi à ce si^jet , et exécuté par messieurs de l'Académie des Inscriptions , peut être utile aux Lettres.

COMÉDIE. l4;i

PISTBÉTÉRUS.

Autre manière de punir les hommes. Une légion de corbeaux, venant tout d'un coup à fondre sur les bœufs qui labourent la terre , et sur les moutons paissans , leur crèvera d'abord les yeux. Qu'après cela Apollon , qui se vante d'être médecin, gagne de l'argent à les guérir : aussi-bien aime-t-il à en gagner.

Attendez , s'il vous plaît , que j'aie vendu auparavant mes deux petits boeufs.

FISTHÉTÉRXTS.

Si au contraire les hommes vous regardent comme dieux , et comme auteurs de tout bien ; si vous leur tenez lieu et de la Terre, et de Saturne , et de Neptune , vous les récompenserez en les comblant de biens.

LA HUPPE

Hé î dites-moi , de quels biens ?

PISTHÉTÉRUS*

Premièrement, les sauterelles ne rongeront plus les vignes encore en fleur. Il ne faudra qu'un escadron de chat-huants et de cerchnis pour accabler

toute cette vermine; ensuite les moucherons et les

l42 liES OISEAUX^

vermisseaux ne ruinei:Qiit plus les figuiers. Une seule compagnie de grives nettoyera tout cela '.

XA HUPPE

Mais où prendrons -nous des richesses pour leur en donner? Us aiment furieusement l'argent.

FIÂTHÉTÉRUS

Ils n'auront qu'à venir consulter les Oiseaux. Les Oiseaux leur indiqueront des mines cachées, où ils trouveront de précieux métaux : et ils avertiront les augures , quand il fera hon trafiquer ; enfin , il ne périra pas un seul marchand sur mer.

LA HUPPE

Comment cela?

pisth;êtérus.

Il y aura toujours quelque Oiseau qui avertira auparavant^ et qui, si on le consulte, répondra : « Ne vous embarquez pas ; il fera noauvais temps ; » ou bien : einbarquez-vous; il y a à gagner. »

ÉVELPIS , à part.

Bon , bon ; si cela est, il faut que je fasse provision d'un navire et que jç devienne pilote. Je n'ai pas envie de demeurer ici.

> M. BoÎTÎB ajoute dans sa tradaction : Nettoiera tout cela net comme U main. J'ai supprimé ces paroles ajoutées. En général , la traduction du P. Brumoy est dans tout cet endroit-ci, plus précise et plus dans le génie de la langue grecque et de la nôtre.

^ COMÉDIE. l/|^5

Ce sera encore par les Oiseaux que Fori découvrira ces niches cachées , où les anciens ont mis en dépôt leurs trésors ; car les Oiseaus; les counaissent. Aussi a-t-on coutume de dire : « Personne ne » sait où mon argent est niché , si ce n*est quelque » Oiseau,»

ÉVELPIS , à part.

Oh ! en ce cas, je vendrai mon navire. J'aime bien mieux acheter un hoyau , et déterrer des cruches pleines d'argent.

liA HUPPE.

Mais comment les Oiseaux donneront-ils aux hommes la santé , puisqu'elle habite chez les dieux?

PISTHÉTÉRXrS.

Hé , n'est-ce pas une santé parfaite que la prospérité ? Croyez-moi; quand les affairesd'un homme ^ sont en mauvais état , on ne peut pas dire qu'il se porte bien.

LA HUPPE

Comment les hommes parviendront - ils à la vieillesse , si l'Olympe la retient pour soi ? Faudra-t-il qu'on meure au berceau ?

PiSTHi?éRUS.

Noja pas. Les Oiseaux augmenteront la vie des hommes de trois cents ans.

l44 ' I^ES OISEAUX^

LA mUPPB**

• Et dfi^. prendre ces trois cents ans?

V#us le demandez? Chez eux-mêmes. Eh î ne savez-vous pas que la corneille vit cinq fois autant qu'un homme ? • *

ÉVELFI8*

Ak! qu'il TOut bien mieux être sous l'empire des Oiseaux que sous celui de Jupiter !

PISTHÉTÉRUS.

N'est-il pas vrai? Il ne sera pas besoin de leur bâtir des temples de, marbre, dont les portes soient dorées. Ils habiteront sous des arbrisseaux, sous de petits chênes, et les plus vénérables d'entre eux n'auront pour temple qu'un olivier. Il ne faudra point aller ni à Delphes, ni jusqu'au^temple d'Ammon , pour leur faire des sacrifices. Nous n'aurons qu'à porter au pied de quelque arbousier ou de quelque olivier sauvage, une poignée d'orge ou de bled , et là les mains levées vers le ciel , prier les nouveaux dieux de nous accorder quelque grâce, que nous obtiendrons sur-le-champ , sans qu'il nous en coûte rien de plus qu'un peu de froments .^

1 Depuis ces paroles de la Huppe : J^ose bien jurer qu^elle n*en ^ran'e/ï, etc., jusqu'ici, c'est la traduction de M. Boiyin conseryëe exprès sans aucun changement, ponr qu'on puisse la comparer ayec celle-du P. Brumoy.

COMEDIË« 14.5

lE CHOEUR. .*

O vous , qui m*étesf le plu3 cher de "içu» les vieillards, après m'&voir été tfe plu« odieux^ noa rien ne pourra jamais me déterminer à m'éiarter de vos conseils i Enflammé par vos sages discours, jai fait serment, j'ai juré que les dieux ne consa^eraient plus^ guère long*temps le sceptre qu'ils m'ont usurpé , pourvu que , fidèle à vos paroles , inébranlable dans vos promesses , vous vous engagiez sans feinte et sans détour , à joindre vos efforts aux miens contre les dieux. *

LA. HUPPB.

Par Jupiter , nous n'avons point de temps à perdre. Il ne faut pas s^endormir jci , ni temporiser comme Nicias > ; mais il faut au plus tôt faire (juelque chose ; cependant entrez d'abord chez moi ; vous allez trouver un ménage d'Oiseau, où il n'y a à présent que de la paille et quelque bois sec. Mais , à propos , dites-moi un peu votre nom?

PISTHÉTÉRUS.

C'est fort facile. Je m'appelle Pisthétérus.

LA HUPPE

Et celui-ci?

■ De sommeiller il n'est beure en effect , Ny retifrer comme Nicias £iit.

Plutarque d'Amyot, Fie de Nicias , chap XIV.

l4.6' ' LES OISEAUX,

PISTHÉTÉRtJS.

Ëvelpis, du bourg de Thrie.

LA HUPPE*

Jouissez tous deux d'une parfaite santë.

PISTHÉTÉRUS*

Nous sommes reconnaissans de vos vœux.

LA HUPPE

Entrez donc , s'il vous plaît*

PISTHÉTÉRUS.

Allons, menez-nous, montrez-nous le chemin.

LA HUPPE

« Venez.

PISTHÉTÉRUS.

Hélas î c'est fait de moi ! Revenez , s'il vous plaît , sur vos pas. Dites -nous un peu comment nous pourrons vivre avec vous, ne pouvant pas voler comme vous ?/ —

LA HUPPE

Parfaitement bien.

PISTHÉTÉRUS.

Soiigez au moins à ce qui est dit dans les fables d'Esope : a Que l'aigle s'associa autrefois avec te » renard mal à propos et fort imprudemment. «

LA HUPPE

Ne craignez rien : vous n'aurez qu'à maoger d'une certaine racine, et vous deviendrez ailés.

PISTHÉTÉRUS.

Cela étant; entrons. Xanthias^ ManodoFe^ çà notre bagage. •

LE GHOBUR.

Huppe! Huppe! Répondez.

LA HUPPE

Que me voulez-vous?

LP GHOEXTR.

Menez dîner chez vous ces deux hôtes. Mais laissez-nous votre compagne ^ Taimable Procné^ Faites-la venir ^ afin que f mêlant nos voix à son chant mélodieux, nous prenions avec elle un doux passe-temps.

PISTBÉTÉRUS.

Oh! pour cela , vous ne devez pas le leur réviser. Faites sortir du nid cette petite sirène, je vous en conjure ; faites - la^sorth* , afin que nous ayons aussi le plaisir de la voir.

LA. HUPPE

Vous le voulez : il faut vous obéir. Sortez , ma compagne , sortez , et venez paraître devant nos hôtes.

* T^vA^iSvK, luscioia y Totsignol.

lO.»

l48 LES OISEAUX,

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