SCÈNE IV- LE SACRIFICATEim , PISTHÉTÉRUS, UN POÈTE
LE POÈTE
Chantez , mnses, chantez Néphélococcygie 5 Publiez sa grandeur chez cent peuples divers : Que du bruit de son nom la terre soit remplie Par vos hymnes et par vos vers.
l68 LES OISEAUX,
PISTBÉTÉRUS.
Qu'est -ce que ceci? D'où êtes -vous, je vous prie ? Qui étes-vous?
LE POÈTE
Je suis un chantre dont les sons égalent la douceur du miel. Je suis le serviteur alerte des muses, comme dit Homère, ,
PISTHÉTÉRUS.
Pour un valet , vous avez de bien grands cheveux.
LE POÈTE
Parlez mieux , de grâce. Les poêles sont les ministres alertes des muses , comme dit Homère,
PISTBÉTÉRUS*
Ce n'est donc pas sans raison que vous avez un surtout si sec. Mais , monsieur le poëte, où venezvous vous perdre ici ?
LE POÈTE
J'ai composé des* vers sur votre Néphélococcygie , plusieurs et excellens dithyrambes , des parthénécs * , et des vers à la Simonide.
PISTBÉTÉRUS.
Vous en avez fait? Eh ! depuis quand?
I Chansons faites pour être chantées par des troupes de jeunes filles. Voyez les Mëm. de l'Acad. des Inscript, et Bell. Lett., t. XJIJ, p. 262*, et Piutarque , t. XXII, p. 199. Paris , Gussac.
LE POÈTE
n y a long-temps. Il y a long-temps que je vante cette fameuse ville.
PI8THÉTÉRUS>lP
Mais quoi ! le sacrifice que je fais présentement, n est-ce pas celui de sa fondation, et ne viens- je pas de lui donner un nom , comme à un enfant qui ne fait que de naître * ?
LE POÈTE
Tel qa'nn coursier plus prompt qae les éclairs , Parcourt Tolympiquc carrière , Telle pour les Neuf Sœurs fend le yague des airs
Une infatîguable courrîère.
Bfais , ô père sacré , grand fondateur d'Etna^, Récompense mes soins
.PISTHÉTÉRUS.
Ce peste de poëte-là ne nous laissera pas en repos , si nous ne lui donnons quelque chose pour nous débarrasser de lui. Hé ! Manodore , tu as une casaque et une veste. Donne-lui ta casaque. Tenez, on vous donne cela : aussi-bien paraissez-vous tout morfondu.
' Dix jours après la naissance d'un enfant , le père rassemblait ses parens et ses amis , donnait un nom à son enfant, pffrait un sacrifice , et donnait ensuite un repas à tous ceux qui avaient comme servi de témoins. Voyez Meuraius , Gr. Fer. in A/*? t-
3 Allusion à un vers de Pind%re.
LE POETE
Ma mnse j noble et hautaine , Aime les cœurs bienfaîsans.
Sans s abf^^r et sans peine Elle accepte les présens.
Mais , 6 héros adorable , D'une oreille fayorable Daigne entendre ces beaux vers De FKarmonieux Pindare
PISTHÉTÉRUS.
Cet homme-ci ne nous laissera pas en paix,
LE POÈTE
> Sur une rive barbare ,
Affreux séjour des hivers , L'infortuné Straton en de vastes déserts
Erre avec le Scythe nomade.
Son corps languissant et malade , Aux injures de Fair en tout temps exposé , N'oppose aux aquilons qu'un vêtement usé j Sa veste par lambeaux , honteuse , méprisée y Craint les yeux du public, dont elle est la risée.
Comprenez- vous ce que je dis?
PISTHÉTÉRUS.
Je comprends bien que vous demandez aussi une veste. Hé î donne-lui aussi la veste. Il est raisonnable de faire du bien aux poètes. Prenez cela, et allez-vous-en.
LE POÈTE
Je m'en vais , et en m'en allant je ferai des vers en l'honneur de votre ville.
Muse , qui , sur an trône d'or y
Es assise au haut du Parnasse ,
Daigne seconder mon audace y Et prendre en ma faveur un plus rapide essor. Je suis venu , j ai vu cette plage brillante y
Cette ville froide et tremblante , ,
Cette plaine fertile en éclairs y en frimas^
La la la la la la la la ^ etc.
PISTHÉTÉRUS.
Oui , par Jupiter. Mais avec cette veste que tu as reçue de nous , te voilà sauv(^de ces frimas.
Eh ! qui diable se serait imaginé que cet homme dût si tôt entendre parler de notre ville ! Pour moi, je n'aurais jamais craint un tel malheur. Reprenez Taspersoir , et faites le tour de Taulel.