LE SYCOPHANTE
Que ferai-je? Je ne puis bêcher.
-Btsswtrinvs.
Mais il y a d'autres professions honnêtes et
convenables à un homme de ta taille. Il vaudrait
bien mieux les exerber et en vivre , sans faire tort
à pers(mne , que de faire le métier de chicaneur.
LB STCOPHANTE.
Mon ami ^ ce sont des ailes et non des leçon» que je demande.
PISTHÉTÉRUS.
Mais en disant ce que je dis, je prétends te donner des ailes. ,
LE STCOPHANTE.
Vous VOUS moqiiez ; est-ce que des discours sont des ailes?
PISTHIÉTÉRUS.
Tout le monde s*élève avec des paroles comme avec des ailes.
LE STCOPHANTB.
Tout le monde?
PISTHÉTÉRUS.
N'entendez- vous pas continuellement des pères chez les barbiers dire à quelque jeune homme : Je pense que Ditréphès par ses discours a donné des ailes à monjils , pour voler au manège et à Fjécadémie.lJn autre se plaint de ce que le sien est tellement enchanté de la comédie , que lorsqu'il y va il semble voler de joie.
LE STGOPHANTE.
Et à cause de cela vous prétendez que les discours sont des ailes ?
PISTHÉTÉRUS.
Oui f je ]e prétends. Et en effet les discours ne
COMÉDIE. 2l5
prétent-ils pas des ailes à l'esprit , et l'homme ne s'élève-t-il pas avec ce secours? Aussi est-ce par de sages discours que je veux t'élèver l'esprit coipme sur des ailes^ et t'engager à prendre une profession plus honorable.
liE STGOFHANTE.
Je ne puis m'y résoudre.
PISTHÉTÉRUS.
Hé î que feras-tu donc?
LE STCOPHANTE.
Je ne veux point dégénérer. Le métier de sycophante est depuis long-temps héréditaire dans notre famille. Donnez-moi, vous dis- je, des ailes, mais des ailes promptes et légères , des ailes d'épervier ou de cerchnis ; afin que d'abord je somme les provinciaux de venir comparaître à Athènes ; qu'aussitôt après je revienne les accuser pendant qu'ils seront absens ; et qu'ensuite je retourne chez eux en diligence.
PISTHÉTÉRUS.
J'entends. C'est sans douté afin que le provincial soit condamné ici par défaut , avant que d'y pouvoir arriver?
LE STCOPHANTE.
C'est cela même.
PISTHÉTÉRUS.
Et ensuite afin que, quand il fera voile vers nos.
2l4 liHS OISEAUX,
côtes , VOUS preniez votre volée vers le lieu de sa demeure^ pour faire une saisie, et rafler en son absence tout ce que vous trouverez de meubles chez lui.
LE STCOPHANTS.
Vous y êtes. Il faut que je ne diflFère en rien d'une toupie.
PISTBÉTÉRUS.
D'une toupie? J'entends fort bien. Parbleu, j'ai ici voire affaire. Voilà d'excellentes ailes de la manufacture de Corcyre*.
LE STGOPHANTE.
Ah ciel l C'est un fouet que vous tenez.
PISTHÉTÉRUS.
Point du tout : ce sont des ailes. Je vais vous faire tourner avec la vitesse d'une'toupie.
LE STCOPHAIVTE.
Haïe l haïe !
, PISTHÉTÉRVS.
Tu ne t'envoleras pas d'ici? Tu ne décamperas pas au plus tôt , maudit coquin ? Je vais te faire éprouver combien il est fâcheux de corrompre 1q droit. Mais ramassons nos ailes , et retirons-nous d'ici.
f Lei^boiis fouets se faisaient à Corcyre ^ aujourd'hoi'Corfoiu
Lfi GHO60B.
Le« Oiseaux revieiment de diffiérens eadroits, et racontent ^ê qu'ils ont yu de plus meryeiUeux.
Par de légères ailes Portes en miUe lieux , Nous ayons dëcouyert mille choses nouyeUes.
D abord s'est offert à nos yeux
Un arbre grands sec , et débile.
Cet arbre, d ailleurs inutile^ Tremblant au moindre Vent , tremblant au moindre bruit ^
Dès le printemps porte son fruit ^
On nomme ce fruit calomnies :
Et lorscpe les forêts ternies
Abandonnent aux aquilons .
Leurs feuilles sèches et flétries , De boucliers épars il couyre les sillons.
Vers ces lieux où le jour se va noyer dans Tonde ,
S'étend un climat écarté ,
Où les lampes par leur clarté N'osent percer des nuits l'obscurité profonde. C'est là que les héros, tant que dure le jour, Tiennent pour les mortels des tables préparées. - Mais si-tôt que la nuit recommence son tour, Il ne fait pas trop sûr dans ces mêmes contrées. Malheur à qui pendant la nuit
1 C'est de Clëonyme que tout ceci se doit entendre. Il est même nommé dans le grec.
2l6 LES OlSEAtJX:^
Rencontre le héros Oreste !
De ce fameux héros la rencontre est faneste : Vers les passans.il s avance sans bmit; Il les attend y il les arrête ; D'nne grêle de coaps il étoardît leur tête ; De leur dépouille enfin il se charge et ^'enfuit.