‹ Traduction du "théâtre des Grecs", Volume 14Chapitre 47 sur 125 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

' PROMÉTHÉE, PISTHÉTÉRUS.

PROMÉTHÉE

iVJLi.LHEUREUX que je suis! Comment ferai -je pour n'être point vu de Jupiter? Où est Pisthétérus?

PISTHÉTÉRUS*

Ouais : qu'est-ce donc que ceci ? Que veut dire

cette tête voilée?

PROMÉTHÉE

Ne voyez -.vous point ici quelqu'un des dieux derrière moi ?

PISTHÉTÉRUS.

Parbleu non. Mais vous, qui êtes-vous?

PROKÉTHÉB.

Ou. en sommes-nous de la journée?

PISTHÉTÉRUS.

Où pous en sommes? Après midi. Mais qui étes-vous donc?

9l8 LES OISEAUX I

PROMÉTHÉE

Est-il soleil couchant, ou par-delà?

PISTHÉTÉRITS.

' Peste de toi , tu'm'ennuies.

PROMÉTHÉE

Que fait Jupiter? Dissipe-t-il les nuages , ou les assemble-t-il ?

PISTHÉTÉRUS.

Va te promener.

PROMÉTHÉE

n faut donc que je me découvre.

PISTHÉTÉRUS.

Mon cherProméthée, c'est vous!

PROMÉTHÉE

Doucement , doucement. Ne criez point.

PISTHÉTÉRUS.

Hé qu'y a-t-il donc?

PROMÉTHÉE

Doucement, vous dis -je. Ne prononcez point mon nom. Vous m'allez perdre, s'il faut que Jupiter m'aperçoive ici. Mais afin que je vous dise tout ce qui se passe là-haut , prenez - moi ce parasol, et tenez-le élevé sur ma tête , de manière que le^ dieux ne puissent me voir.

PISTHÉTÉRUS.

'Ah que cela est bien imagine ! Voilà un expédient digne de Prométhee. Allons, vite; mettezvous là-dessous, puis parlez-moi hardiment.

PROMÉTHEE.

Çà, maintenant, écoulez-moi.

Parlez, on vous écoute.

PROMÉTBÉE.

C'est fait de Jupiter. Il est perdu.

PISTHÉTÉRUS. ^^

Eh ! depuis quand?

PROMÉTHÉE

Depuis que vous avez bâli vos châteaux en l'air ; car il n'y a pas un homme qui fasse à présent le moindre sacrifice aux dieux; et il ne nous est pa» monté au nez depuis ce temps-là une seule prise .fhiJtuinée, de ces fumées délicieuses qui s'exhalent dea victimes rôties. En un mot , la disette des sacrifices est efiroyable , et nous sommes obligés de jeûner éom'me aux fêtes de Cérès. Les dieux barbares enragent. Pressés par la famine, comme les lllyriens , ils grincent les dents , et du haut de leurs montagnes ils menacet*;. Jupiter de lui faire la guerre, s'il ne trouve le moyen d'ouvrir les .

issues , et de déboucher les passages par où ils puissent faire venir les entrailles dés victimes.

PISTHÉTÉRUS.

Il y a donc encore d'autres dieux au-dessus de vous, et ces dieux sont des dieux barbares?

PROMÉTHÉE

Ne sont -ce pas des barbares parmi lesquels Exécestidès a trouvé un patron ^?

/ PISTH^TÉRUS.

Eh ! comment se nomment ces dieux barbares?

PROMÉTHÉE

Comment ils se nomment? On les nomme Triballiens.

PISTHÉTÉRUS.

J'entends : c'est de là sans doute que nous vient cette expression , Peste de vous 2.

]^ROMÉTHéfi«

Rien de plus juste. Présentement je vous donn^

I M. Brunck a rétabli la vraie leçon dé cet endroit ; il lit : î^rv 0 mocrptÂoç Içct E^ïikiçi^. Tout citoyen d'Athènes ayait Apollon pour aecTp&ot : et on ne pouvait être réputé citoyen de cette ville sans cela. Voyez Pollux, VHI, 85, et Petit, de leg, ati», pag. 321 , et Déroosthenis, orat. contra Euhulid. Or, Exécestidès, qui était regardé comme un esclave étranger , ne pouvait avoir Apollon pour zjctrp^ôç , mais quelque dieu barbare lui en tenait lieu.

, 3 Ceci est omis dans M. Boiyin.

avis d'une chose qui est certaine : c*est qu'il va venir ici des ambassadeurs de la part de Jupiter et des Triballiens de la haute Triballie ; ils vous ' parleront de paix et d'accommodement; tenez ferme , et ne signez aucun traité avec eux , que Jupiter ne restitue le sceptre aux Oiseaux, et qu'il ne vous donne en mariage une déesse, nommée S(mveraineté.

PISTHÉTÉRUS.

Qu'est-ce donc que Souveraineté?

PROMÉTHÉE

Une beauté charmante : c'est d'elle que Jupiter tient la foudre et tous les autres avantages qu'il possède : la politique , le bon ordre , la sagesse , ^ la marine , la calomnie , le questeur et le triobole.

PISTHÉTÉRUS.

Elle est donc , à ce compte , son premier ministre?

IÇROMÉTHÉË.

Oui ; et si vous l'obtenez à^ lui , vous voilà maître de toutes choses. C'était pour vous donner cet avis que je suis venu. Vous savez que j'ai toujours eu beaucoup d'affection pour les hommes.?

PISTHÉTÉRUS.

Je le sais. C'est à vous seul que nous devons le charbon, qui nous sert à faire des grillades.

PROMÉTHÉB.

Vous savez bien aussi que je hais tous les dieux?

PISTHÉTÉRUS.

Vraiment on sait que vous avez toujours été leur ennemi.

PROMÉTHÉE

Oui, et un vrai Timon à leur égard. Maisçà, il faut que je m'en retourne promptement.Donnezmoi ce parasol ; si Jupiter m'aperçoit du haut des cieux , il croira que je marche à la suite d'une canéphore.

V PISTHÉTÉRVS.

Tenez , emportez aus^ cette escabelle.

LE CHOEUR

Les Oiseaux continuent de raconter ce qu'ils ont vu de merveilleux.

Sur les bords limoneux d'une eau dormante et sale , Habitent loin d'ici grands pieds et petits corps. Cest là que dans la nuit par de secrets ressor ts Socrate hérissé , lair sombre , le front pâle , Des bords de TAchéron fait revenir les morts.

C'est vers cette afireuse contrée

Que Pisandre adressa ses pas ,

Pour y voir son âme égarée ,

£t long-temps avant le trépas ,

De son triste coips séparée.

Là son bras y armé d'un couteau y Aux noirs h6tc$ du Styx ofirit en sacrifice

Un épouvantable chameau :

Pais sondain sur ses pas il revint comme Ulysse, Pour attendre à Fécart y non sans ëmbtion , Qaelque horrible apparition De phantômes y d'ombres plaintives ^ Qai devaient du Cocjte abandonner les rives. Alors vcy^ le chameau Chaeréphon accourut, £tdW Oiseau nocturne empruntant la figure, Par letroit soupirail d une caverne obscure , Au pâle Pisandre apparut.

FIN Df QUATRIÈME ACTE.

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