ACTE KL
Geli«e qui a porté la parole déclare le résultat de rassemblée du séoat féminia ; « Voici le sujet >« de la délibération du jour précédent, dit-^Ue » ; »^ Timoclée présidait > Lysilla était secrétaire, Sos- » trata donnait ses conclusions. Qu'on s'assemble V. le matin d^ troisième jour des Fêtes de Cérès ^ ^' et que Ton délibère d'abord sur la peine que «c mérite Euripide , notre ennemi déclaré. Qui V veut parler?».
VUE FEMHE^
Moi^
UIIB AxrrRB»
Prenez donc cette couronne ^ avant que de haranguer. Paix, silence. Elle crache comme les orateurs. Elle a l'air de faire une longue harangue.
' Formule ordinaire att^c^jée aiu (jlëcrets publica. Oi| ei^ trouve plusieurs exemples dans Thucydide et Démostbène. Lik cien a imité cette plaisanterie d'Aristophane disais son ConsfUdes:^ Dieux,
> On verra le même iii»ge dans le» Banmgueuses d'Aristo^ phane. Les orateurs prenaient une couronne. Ces deux scènes de différentes comédie» «ont des 5atire& contre les harani^eufs^ dç ce temps-.U^
Ce n'est point l'ambition qui me fait parler, mesdames , j'en jure par nos déesses ; mais uniquement la douleur que je ressens de voir que , depuis plusieurs années , vous êtes l'objet des outrages d'Euripide, ce fils d'une vile herbière; car de quels opprobres ne vous a-t-il pas accablées? Où ne prend-il pas à tâcbe de vous déchirer? Attend -il même qu'il ait beaucoup de spectateurs? Partout il vous reproche l'adultère , l'amour , le vin , la trahison , la démangeaison de parler. A l'entendre, vous êtes des insensées, et le plus grand mal " qui puisse arriver aux hommes.
Elle ajoute que les maris, en revenant du théâtre d'Euripide , maltraitent leurs femmes, et les soupçonnent de toutes les méchancetés imaginables ; que de là naissent les défiances, les verroux et les cle& à trois dents à la laconienne , faites pour surprendre. Elle conclut à perdre Euripide par le poison ou autrement. Le chœur donne de grandes louanges à la . femme-orateur , et l'élève fort audessus de Xénoclès , fils de Carcinus. C'était apparemment un orateur applaudi et critiqué.
Une autre femme se lève pour parler. Elle dit
> Allluion à un vers .^Hipjtolyu , Observons qu'Aristophane ne reprend point dans cette pièce les choses qui neus pa* raissent réprëhensibles , ce qu'il n'aurait pas manqué de £iir6> •i les moeurs et Ftisage ne les eussent justifiées à ses yeux.
262 LES FÈTES^ t)E CÈRÈS ,
qu'elle n'a rien à ajouter à ce qu'on allègue, si ce n'est un tort particulier que lui fait Euripide. Gomme elle vepd les couronnes pour les dieux > elle prétend que ce poëte, par ses impiétés, a décrédité son commerce , en persuadant aux hommes qu'il n'y a point de dieux. Euripide, ami de Socrate, en avait pris les sentimens; mais Socrate > en niant la pluralité des dieux , en reconnaissait un ; et il "est croyable qu'Euripide pensait et parlait de même. Toutefois, ce qu'il y a de plus cruel contre Euripide et Socrate dans Aristophane , c'est l'accusation d'incrédulité : accusation indirecte qui ne regardait que les dieux du pays ; car les Athéniens si lihrçs d'ailleurs et si enclins à l'indépendance , jusqu'à rire des aventures fabuleusçs de leurs dieux , n'entendaient pad raillerie sur le culte de ces mêmes dieu^c honorés dans le pays. Le chœnr, ennemi d'Euripide, ne laisse pas tomber cette accusation.
Incontinent Mnésilochus déguisé , prend la parole, ce Je ne suis pas surprise , dit-il , de votre » courroux contre un poëté qui vous outrage. Pé- » rissent mes enfans , si je ne le hais autant que M vous ! Je crois toutefois que nous devoiis ba- » lancer et comparer nos raisons. Nous sommes » seules , et il n'y a pas à craindre qu'on révèle » no* secrets. Je parlerai donc librement. Pour- » quoi , je vous supplie , nous choquons-nous si
» violemment pour deux ou trois bagatelles qu'Eu- » ripide aura sues , tandis que nous faisons une » infinité de maux qu'il ne dit pas?»
C'est une satire épouvantable contre le sexe ; car la fausse femme s'accuse elle-même de crimes énormes. « Euripide n'a point vu, dit-il, nos infi- » délités les plus criantes. S'il maltraite Phèdre, » eh ! que nous importe ? Il n'a point dévoilé nos » ruses, ni notre adresse à supposer des enfans.»
Avec ce tour caustique , Mnésilochusdittantde mal des Athéniennes , qu'elles entrent en fureur. On l'accable d'injures pour avoir osé défendre un poëte, qui a choisi pour sujet de pièces de théâtre des Ménalippes , des Phèdres, femmes détestées, et pas une Pénélope. A quoi Mnésilochus répond: a C'est qu'il n'y a pas une Pénélope aujourd'hui, » et que nous sommes toutes des Phèdres. » Il ajoute qu'il ^l'a pas dit la millième partie du mal qu'il pouvait dire ; et il continue de plus belle sur ce qu'il a omis , sur les meurtres, les parricides , les poisons , etc. Telle est l'idée qu'Aristophane veut nous donner des At^xéniennes.
Qisthène , homme efféminé , se présente pour donner un avis important à l'assemblée ; on le reçoit; il déclive qu'un homme déguisé est entré au temple. Mnésilochus se réfugieàl'autdl, pour se dérober à la fureur des femmes. D arrache l'enfant des bras d'une d'entre eUes , menaçant de
254 l'Es FETES DE GERES,
l'égorger sur l'autel ; et il se trouve que ce prétendu enfant est un outre de vin. Embarrasse comment faire savoir à Euripide le danger où il est ^ il se souvient de la tragédie de Palamède » , où Euripide feint que ce guerrier avait écrit ses aventures sur des naorceaux de rames, et qu'il les jetait en mer dans l'espérance que son père Nauplius en trouverait quelqu'un. Pour railler cette fiction , Mnésilochus en voudrait faire autant ; « mais où trouver des rames, dit-il ? A leur défaut^ » brisons ces statues ; bois pour bois , ce sera la » même chose. » Il continue la parodie jusqu'au bout avec un air tragi-comique digne d'Arlequin^ Pour le chœur , il fait sa digression ordinaire vers les spectateurs. Le but de sa harangue est de prouver comiquement : i° Qu'on a tort de médire^ du sexe ; car si nous sommes des pestes publiques, dit-il, pourquoi nous épouser? 2** Que les femmes
' Quelquet-unt disemt qu'Euripide fit cette tragédie aprè» la mort de Socraie, et que certains vers dont, on fit l'application à ce philosophe, suivant l'idée du poëte, tirèrent des larmes de toute l'assemblée oN^la mort de Socrate. C'est ce qui a^ engagé M. Sam. Petit à se ra^^r du parti de ceux qui avancent la mort de Socrate jusqu'à la troisième année de l'olympiade quatrevingt-douze, sous l'archonte Glaucippus. A l'égard de la date de Palamède , il est obligé de corriger ou plutM de contredire Élien. Sur ce fondement , il recule la comédie des Fêtes de Cérè* à la quatrième annnée de l'olympiade quatre-vingt-douze ; mai» ce fondement est trop ruineux pour y insister. Après tout, Us^ chose est peu importante.
COMÉDIE. a 55
valent mieux que les hommes. Ce parallèle est fort satirique à l'égard de ceux qui sont nommés. « Nausimacha , par exemple> Temport'e sur Char- >' minus : rien de plus manifeste* Cléophon est » plus méchant que Salabaccha. Il n'estaucun de » vous qui ose entrer en comparaison de valeur » avpc Aristomaque, cette héroïne de Marathon ^ » ni avec Stratonioe. Mettra-t-on au-dessus d'Eu- » bula quelqu'un de ces sénateurs de l'an passé , » qui cédèrent leurs emplois à d'autres ? Conve- » nez-en^ messieurs^ nous valons mieux que vous* » On ne voit point de femme se faire traîner sur » un char à deux chevaux , après avoir volé cin- M quante talens au trésor public. Si elles dérobent » quelques bagatelles ^ à leurs maris ^ c'est pour » le rendre le même jour. Mais qui pourrions-nous » montrer parmi vous ? des voleurs fieffés , des » turlupins , des débauchés , des dissipateurs^ qui )) savent bien moins que nous conserver les biens » que leurs pères leur ont laissés : du moins sa- » vons-nous garder nos corbeilles, nos uavettes, » nos quenouilles , et combien de nos héros ne ♦> gardent pas leurs armes ^ et jettent leuç bouclier »> dans l'action » '
M . Paulmier ^ explique admirablement bien cet
I Un peu de bled.
• Exercitation. Palmerii.
endroit , et il en tire avec vraisemblance la date de cette comédie. Ce n*est , dit-il, qu'une énigme ', qui sous de feints noms de femmes cache des affaires d'Etat récemment arrivées. Le poëte désigne donc ici la bataille navale que perdit Charminus^, vers rîle de Simé, avec perte de six trirèmes, contre Antiochus, Lacédémonien, la vingtième année de la guerre du Péloponnèse en hiver, et par conséquent peu de temps , selon les apparences , avant cette comédie ; car Charminus mourut Tété suivant à Samos. Or , il n'était pas permis de railler les morts sur le théâtre , comme le remarque un scholiaste sur la Paix. Il faut donc que cette pièce ait été jouée du vivant de Charminus, peu de temps avant sa mort. Mais, outre cette raison qui n'est pas sans réplique, puisque Aristophane viole quelquefois cette loi d'épargner les morts ^ il est visible que le poëte, en parlant des sénateur^ qui, l'année précédente, cédèrent leurs emplois à d'autres, ne saurait faire allusion qu'aux quatre cents administrateurs de la république ^ , qui furent établis la même année, vingtième de la guerre , au préjudice de la démocratie. Aristophane reproche aux Athéniens de l'avoir laissé lâchement abolir.
' Ou gryphe.
« Thucyd. , 1, VIII. Voyez les ^ststes ci-dessua.
5 Voyez let faates.
Le chœur finit en se plaignant des hommes sur un article , c'est qu'ils auraient dû assigner 'des places honorables, dans les fêtes etlescërëmonies publiques, aux mères des grands hommes, pour le& distinguer d'avec les mères des mauvais citoyens, <c Peut-on , souffrir , par exemple , que la mère » d'Hyperbolus * vêtue de blanc et les cheveux » flottans, soit assise à çâtë de la mère deLama- » chus? n De ce passage on peut conclure deux choses : la première, qu'Hyperbolus vivait encore, et ne fut tué que quelques mois après , dans la sédition de Samos avec Charminus ; vraisemblablement Aristophane l'eût épargné après sa mort, suivant la loi; la seconde, qu'Aristophane changeant ici de langage à l'égard de Lamachus qu'il avait drappé dans d'autres pièces^ montre que ce grand homme avait alors de belles actions qui parlaient en sa faveur.