SCENE PREMIERE
MNÉSILOCHUS, EURIProE.
MNÉSILOGHITS.
Autant l'on désire en hiver le retour de l'hirondelle, autant je désire, en vérité, voir la fin des caurses que je fais depuis le matin. ( Montrant Euripide et entrecoupant sesparoles). Cet homme a juré ma mort : je suis tout essoufflé; ma rate est prête à se rompre. (-^ £Mn/?iV/e). Mais auparavant, Euripide, est-il possible de savoir du moins où vous me traîne2i ainsi sur vos pas?
EURIPmE.
Laissez donc i il n^est pas nécessaire qu'on vous
:è64 L£S FÊTBS DE GÈRES ^
batte les oreilles (le tout ce que vos propres yçux vont vous apprendre tout-à-l*heure.
IfJilésiLOGBUS.
Comment dites-vous? Répétez?., • (Il répète en traînant ses mots). Il n'est pas nécessaire (ju'on m'entretienne d'une chose?
EURIPIDE
Eh ! non. Quand on va vous la mettre sous les yeux.
MNÉSILOCBUS.
Ni par conséquent qu'on me fasse voir un
objet?
EURIPIDE
Non encore : si vous pouvez le connaître en vous en entretenant.
MNÉSILOGHUS^
Que me dites- vous là? Cependant vous parlçz à merveille. Mais , suivant vous , je pourrais me passer de voir et d'entendre.
L'un va sans l'autre : Ne pas voir et ne pas entendre , sont deux fonctions que la nature a sé^ parées : sachez bien cela.
MNÉSILOGHUS^
\ Comment séparées?
EURIPIDE
Voici comme cela s'est fait dès l'origine des choses : quand les élémens furent sortis du chaos , pi que les animaux purent se mouvoir par euxmêmes , la vue leur devint d'une nécessité indis-» pensable ; aussi l'-^Ether forma d'abord le globe de l'œil à Tinstar de celui du soleil , puis il creusa l'oreille, seul entonnoir de V entendement *•
MIfésiLOGHUS.
Ainsi cet entonnoir fait que je ne vois, ni n'entends. Par Jupiter, je me réjouis en vérité de ce que vous m'apprenez là. Vive la société des philosophes 2.
£ITRIPIPE* ^
Je vous en apprendrais bien d'autres de cette espèce.
MNÉSILOCBUS.
Plût aux dieux que vous pussiez en outre m'indiquer le moyen de ne plus boiter!
Approchez ici. Tenez : écoutez.
HliésiLOCBUS.
Me voici.
I Mots burlesques qui répondent faiblement au jeu de mots d'Aristophane: Axo^v ^l x^^'^^^'
» hl c9foci ^wovviote doit être traduit avec le degré de ridicule qu'on attache quelquefois au mot philosophe.
EURIPIBE.
Voyez-vous cette porte?
HNÉSILOCHUS.
Oui , certes, je la vois : je le crois du moins.
EURIPIDE
Motus y maintenant.
MN ÉsiLOGHUS 9 faisant semblant d' écouter la porte.
Allons , soit : motus pour là porte.
EURIPIDE
Écoutez bien.
MNÉSILOGHUS.
J'écoute et respecte les secrets de la porte.
EURIPIDE
C'est là que demeure le fameux Âgatbon ' , poëte tragique.
MIfÉSILOCHUS. /
Quel est cet Âgathon ?
EURIPIDE
C'est un Agathon.
MNÉSILOGHUS.
Il est sans doute basané , vigoureux?
' EURIPIDE
Non. Ce n'est pas cela : vous ne l'avez donc jamais vu?
' Ay«^tov, fort, vigoureux.
GOMéms. 267
MIfÉSILOCHUS.
^n visage est couvert d'une barbe épaisse?,. ••
EURIPIDE
Vous ne l'avez donc jamais vu?
MNÉSILOCHUS.
Non , par Jupiter , autant qu'il m'en souvienne,
EURIPIDE
Vous l'avez cependant vu , mais sans le connaître; (car ce n'était pas son visage qu'il vous montrait ^). ( Euripide tire Mnésilochus par le bras et V emmène dans un coin). Ah! retironsnous à l'écart. Voilà son certain valet qui sort , portant du feu et des branches de myrtbe. Il va, j'imagine , offrir un sacrifice pour l'heureux succès du travail de son maître.