LES MÊMES, CLISTHÈNE
CLISTHENE.
0 femmes, qui m'éles chères par la conformité de vos goûts avec les miens, jugez, par le soin que j'ai de me raser, de l'envie que j'ai dé vous plaire. Je suis possédé d'un amour effréné pour votre sexe , et je vous suis constamment attaché; et , comme dans ce moment , j'ai ouï une chose de grande importance à votre sujet, dans le marché où tout à l'heure il en était question , je viens vous en faire part et vous prévenir de prendre .
3o6 LES FÊTES DE GÉRÉS ,
garde qu'il ne vous arrive un grand malheur sans que vous vous en doutiez.
LE CHCEtlR.
Qu'est-ce, ô cher enfant? car on doit vous appeler enfant, tant que vous aurez des joues aussi fraîches.
GLISTBÈNE.
On dit qu'Euripide a fait pénétrer ici aujourd'hui un vieillard de ses parens.
LE CHŒUR
Pourquoi faire ? A quel dessein?
CLISTHÈNE
Pour être au fait de vos discours , de vos projets et de vos résolutions.
LE CHOGUR.
Et comment , au milieu de nous^ un honoime a-t-il pu n'être pas reconnu?
CLISTHENE.
Euripide lui a brûlé et arraché les poils, et l'a déguisé , pour le reste , en femme.
MNÉSILOCBUS.
Le pouvez- vous croire? Quel est l'homme assez fqu pour se laisser arracher les poils? 0 vénérables déesses , je n'en croirai rien.
CLISTHÈNE
Vous plaisantez. Mais je ne serais pas venu
conter tout cela , si je ne Tavais appris de gens parfaitement instruits.
LE CHOEUR
Voilà une nouvelle capable de faire frémir. C'est pourquoi , ô femmes, point de délai ; mais voyons et cherchons où peut être cet homme , à notre insu. 4idez-nous, Clisthène, dans cette recherche. Nous vous en aurons une double obligation y notre cher ami.
CLISTHÈlfE.
Allons , voyons.* Eh ! bien , vous d'abord , qui étes-vous?
MNÉSILOCHUS , à part.
Où me meltrai-je?
CLISTHÈNE
On va vous secouer.
MNÉSILOCHUS , à part.
Que je suis malheureux !
QUATRIÈME FEMME
Me demandiez-vous qui je suis?
CLISTHÈNE
Oui.
QUATRIÈME FEMME
Je suis la femme de Cléonyme.
3o8 LES FÊTES DE CÉRÈS,
CLISTHÈN £ 9 au cLœar*
La connaissez-vous?
LE- CHOEUR
Nous ]a connaissons bien j passez à d'autres.
GLISTBÈlîE.
Quelle est cette femme qui tient un enfant?
QUATRIÈME FEMME
C'est vraiment ma nourrice.
MUésiLOCBUS 9 4 part et se retirant.
Je suis perdu !
CLISTBÈHE.
Hé ! hé ! Où allez-vous? Restez un peu. Quelle diablerie est ceci?
MJfÉSILOCHUS.
Laissez-moi aller pisser.
CLISTHÈIÎE.
Vous êtes une impertinente : allez donc à vos^ afiaires , et je vous attends ici.
LE CH(»UR
Attendez, je vous prie, et observez -la bien. Elle est , ô bon ami , la seule qu^ nous ne connaissions pas.
CiaSTHÈKE.
Eh! bien donc^ finirez-vous de pisser?
MJfÉSILOGHUS»
Pauvre malheureuse que je suis! j'éprouve une difficulté d'uriner. Je mangeai hier du cresson.
CLISTHÈlîE.
Que voulez - vous avec votre cresson ? Çà , çà, venez à moi.
MNÉSILOCHUS.
Pourquoi me tirer ainsi , toute malade que je suis?
CLISTHÈNE
Dites-moi , quel est votre mari ?
MNÉSILOGHUS.
Vous me demandez quel est mon mari? Connaissez-vous un certain habitant de Colhocide?
CLISTHÈNE
Un certain? Qui? N'est-ce pas celui-là, qui autrefois....'
MNÉSILOCflUS.
Oui , celui-là, lils de celui-ci
CXISTHÈNE.
Vous plaisantez, ce me semble. Etes-vous déjà: venue ici?
XNÉSILOCHUS.
Eh! parbleu, tous les ans.
CLISTHENE.
Quelle est la.fîemme qui demeure avec vous?
5lO LES FÊTES DE CÉRÈS ,
MIÏÉSILOCBUS.
C'est celte
CLISTBÈNË.
0 dieux ! Vous ne dites rien?
CIIfQUlÈME FEMME.
Approchez ici. Je vais la questionner , comme il faut, sur ce qui s'est passe dans les Thesmophories pre'cëdentes. {ji Clisthène). Eloignezvous ; vous éies homme ; vous ne devez rien savoir de cela. {A Mnésilochus). Allons, voyons , ditesmoi quelle fut la première cérémonie dont nous nous acquittâmes?. Dites donc, quelle fut la première?
MNÉSILOCHUS.
La première? Nous bûmes.
CINQUIÈME FEMME
Qu'est-ce que nous fîmes ensuite?
MNÉSILOCHUS.
Nous bûmes à nos santés.
CINQUIÈME FEJ^ME.
Vous savez cela par quelque autre. Que fîmesnous en troisième lieu?
MNÉSILOCHUS.
Xénylla ^ me demanda la coupe, au défaut de pot de chambre.
' Les manuscrits, ol>serye M. Brunck , portent ^/vuX> , ayec une
GOKÉDIE. 3ll
CiJfQtlIÈME FEKMB.
C'est ne rien dire. Venez ici, ici, Clistliène: voici rhonime dont vous nous parlez.
CLISTBENE.
Que ferai-jedonc?
CINQUIÈME FEMME
Dépouillez-le; car il ne sait ce qu'il dit.
MNÉSILOCBUS.
Quoi , vous me dépouillerez , moi , mère de neuf enfans?
CLISTBÈHE.
Otez-moi tout de suite ce porte-gorge ' , ô impudente !
CINQUIÈME FEMME
Comme elle paraît ferna^e et roide ! Et certes , sa gorge n'est pas comme la nôtre.,
MNÉSILOCBUS.
Je suis stérile , je n'ai jamais eu d'enfans..
ligne transversale au-dessus, ce qui dans les manuscrits estia marque distinctive d'un nom propre. D'ailleurs, on trouve le même nom propre dans le même vers cité par PoUux, OnomasUc» X,^5,
' iTfiôftTu» Les femmes et les jeunes filles avaient coutume de serrer leur gorge avec des espèces de ceintures:
Strophio lactantes vincta papillas.
Catullus , in epitkal. Tli^tid, 65.
Voyez aussi Lucien, in amor, p. 90a, edit. AmsteL et m diahg, meretric. XII , 5\(y.
Gaogle
5lS LES FÊTES DE CÉRÈS,
CIIÏQUIÈME FEMME.
Maintenant c'estcomme cela? Eh ! toutà Theure vous étiez mère deneuf enfaûs.
CUSTBÈlïE.
Tenez-vous debout , qu'on vous examine '•
Cim^UlÈME FEMME.
Voyez de ce côté-ci : il n'y a pas à s'y tromper 2.
CLISTHÈHE.
Et où donc?
CIirQUIÈME FEMME.
Ah ! regardez maintenant de l'autre côté,
CUSTBÈNE.
Mais je ne vois rien.,
CINQUIÈME FEMME
Revenez par ici à présent.
/ CLISTBÈNE.
Vous avez un isthme à passer. Vous allez Qt revenez pus souvent que les Corinthiens ^^
s Doye cacciata sotto la yerga^
a Pnesto gia l' bà abbat sato ed è be^ grossa , e ben colorita..
3 Ta tiri et ritiri il membro piu spesso cPi Gorintii. Les Ccw rinthiens , pour n'être pas obligés de faire tout le tour du Péloponnèse, traînaient avec des machines, leursi ji^isseaux par Vistbme , d'une mer à l'autre.
COMÉDIE. ^ 5l5
CINQUIÈME F£MME
Eh! bien , ce vaurien nous a dit toutes ces injures pour prendre le parti d'Euripide.
MNÉSfLOCBUS.
Ail malheureux ! à quels désagrémens me suisjé exposé !
' CINQUIÈME FEMME
Que ferons-nous?
CLISTHÈNE
Ne le perdez pas de vue, de peur qu'il ne s'échappe : je vais dénoncer tout cela aux prytanes.
LE CHOEUR
Allumons donc maintenant les lampes , quittons nos manteaux, et disposons -nous courageusement à chercher si quelque autre homme ne se serait pas glissé parmi nous; parcourons toute cette espèce de pnp:-ci, regardons sous^ les tentes et dans toutes les avenues. '
DEMI-CHOEUR
Allons , chères compagnes , partons d'un pied léger, et portons nos regards de tous côtés. Hâtonsnous : il n'y a plus moyen de difierer. Il nous faut au plus vite faire notre ronde. Allons , cherchez maintenant, voyez hien partout s'il n'y aurait pas encore quelque traître de caché. Que vos yeux se portent de tous côtés : regardez scrupuleusement
3l/|. LES FETES DE CÉRÈS ,
par ici comme par là , si quelque téméraire ne nous reste pas inconnu; non-seulement il sera puni^ mais de plus^ il apprendra , par son exemple, aux autres , où mènent les outrages , les méfstits et l'impiété; il reconnaîtra hautement qu'il y ad^ dieux ; et toute la postérité saura d'après lui qu'il faut les honorer^ et que c'est un bien de pratiquer la vertu , et de ne se rien permettre contre les lois. Et voici ce qui leur arrivera s'ils ne se conforment pas à ces idées : Tout homme qui sera pris en flagrant délit , qui dans ses actions n'aura écouté que sa fureur et sa rage , deviendra pour tous les mortels de tout sexe un exemple de la promptitude avec laquelle les dieux sévissent contre les scélérats et les impies.
LE CHOEUR
Nous croyons avoir bien tout examiné : nous n'avons pas trouvé d'autre homme de ca^é*
SIXIÈME FEMME
Ah ! ah ! où fuyez- vous ? Hélas ! hélas ! vous ne resterez pas? Que je suis malheureuse! que je suis malheureuse ! Il s'est évadé , après m'avoir arraché mon enfant de mon sein.
MNÉSILOCHUS.
Criez tant que vous voudrez ; mais ^ si vous ne me doimez la liberté , jamais cet enfant ne goûtera des morceaux que vous lui avez pr^arës dans
COMÉDIE. 3l5
votre bouche ; je vais lui ouvrir les veines avec ce coutelas , et faire ruisseler son sang sur Tautel.
SIXIÈME FEMME
0 infortunée que je suis! 0 femmes, ne viendrez-vous donc pas toutes à mon secours, ne jeterons - nous pas les hauts cris pour tirer une vengeance éclatante de ce monstre? souffrirez -vous qu'il me prive ainsi du seul enfant que j'aie?
LE CHŒUR
Oh ! oh ! vénérables Parques , quel nouveau forfait s'offre à ma vue ! Tout ce qu'il fait , n'est qu'audace et impudence ! A quel excès se livre-t-il encore ! 0 chères compagnes, quel excès !
MNÉSILOGHUS.
Comment pourrai-je réprimer votre effronterie sans bornes?
LE CHŒUR
Ces choses-là ne sont-elles pas horribles , et audelà de toute expression?
3IXIÈME FEMME.
Il est horrible vraiment de m'avoir enlevé mon enfant.
LE CHŒUR
Que dire donc à cela ? Il se permet tout sans
pudeur.
muésiloghus.
Je n'en resterai pas là, '
3x6 LES FÊTES DE GÉHÈS y
SIXIÈME FEMME
Vous ne retournerez pas d'où vous êtes venu ; et il ne vous sera pas aise de vous échapper d'ici , et d'avoir à vous vanter de vous être tiré d'un mauvais pas : vom allez faire une triste fin»
MirÉSILOGHUS.
Que cela n'arrive pas : je fais de* vœux pour l'empêcher,
Quelle est la divinité qui viendrait au secours d'un homme qui se conduit avec autant d'impiété?
MNÉSILOCHUS.
Vous criez en vain. Vous ne me ferez pas lâchei? cette petite.
LE CH<»tR.
Mais , par les déesses , vous ne nous jouere» pas tout à l'heure impunément , ni ne vous permettrez plus vos propos audacieux. Ilest juste, qu'à notre tour , nous vous fassions éprouver les plus affreux traitemens. Le «ort peut-être, favorisant un mal d'un autre genre , réprimera votre audace. {A la sixième femme). Allez, prenez ces femmes avec vous , et apportez du hois pour hrûler ce scélérat, et le faire griller au plus vite.
SIXIÈME FEMME
Allons, Mania , chercher des javelles» {AMné-
COMÉDIE. Sl^
silochus)* 0 malheureux, je veux te mettre aujourd'hui en charbons.
MNÉSILOCHUS.
Grillez , brûlez. Pour toi , ma petite , quitte tout de suite ton vêtement à la Cretoise ^ ; et , de toutes les femmes , n*accuse que ta mère de ta mort. . . . Qu'est-ce quec'est que cela ?Cette fille n'est plus qu'une outre pleine de vin, à laquelle est ajustée une chaussure à la Persienne. Ofenrtnes rusées, ô biberonnes, ingénieuses à vous servir de tout pour boire ! Vous faites le plus grand profit des cabaretiers , et notre ruine, à nous : vous perdez nos meubles et nos étofiîes que vous travaillez fort mal.
SIXlàlCE FEMME.
Apporte toutes tes javelles, Mania.
MNÉSILOCHUS.
Oui , apporte-les. Mais vous , répondez -moi à ceci : vous dites avoir mis cet enfant au monde ?
SIXIÈME FEMME
Et je l'ai porté dix mois dans mon sein.
MNÉSILOCHUS.
Vous Tavez porté?
SIXIÈME FEMME
Oui , j'en jure par Diane.
' Espèce de rétement fort court , fait d'une étoffe légèi'e , dit fiéaychiof . Yojez Meursius , m Crtta% cap. XII.
3l8 LES FÊTES DE CÉRES,
MKÉSILOCHtlS.
Combien en contient-il? Trois cotyles? Ditesmoi.
SIXIÈME FEMME
Que m'avez -VOUS fait là? Impertinent, vous avez mis tout nu cet enfant, qui est si petit.
MJfÉSILOCBUS.
Si petit?
• SIXIÈME FEMME
Et certes , petit.
MNÉSILOCBUS.
Depuis quand est-il né? Depuis trois ou quatre fêtes dés coupes ' ?
SIXIÈME FEMME
Depuis peu , après les dernières dionysiaques. Mais rendez-le.
MNÉSILOCHUS.
Non, j'en jure par cet Apollon.
SIXIEME FEMME
Nous t'allons brûler.
ï La fête des coupes se cëlëbrait le second jour des lënéennes ou des antbestëries. Voyez Meursius, Grœc. Jèriat,, SLumot: AyUçt/iiot» Elle se célébrait touslesans.Gomme cet enfant, observe très-bien M. Brunck, n'est autre cbose qu'une outre de vin , on peut en calculer l'âge par le nombre des lénéennes célébrées depuis qu'il est fait. Nous dirons, du vin de trois feuilles , de quatre feuilles. Voyez sur la fête des coupes » tom. XII, pag. laS, ia8, 47.
MNBSILOCHUS.
Brûlez-moi. Pour celui-ci , jeTégorgetai dans Tinstant.
SIXIÈME FEMME
N'en faites rien, je vous prie. Mais faites-moi plutôt qu'à lui le mal que vous voudrez.
MNÉSILOCHUS.
Vous me paraissez aimer les enfans : malgré cela^ cette petite sera sacrifiée.
SIXIÈME FEMME
0 dieux , ma fille ! Mania, donne-moi un bassin pour que je recueille au moins son sang.
MNÉSILOGHtJS.
Placez-le dessous. Je veux bien vous octroyer cette seule grâce.
SIXIÈME FEMME
Peste de vous. Que vous êtes envieux ^t malveillant!
HNÉSILOCHUS.
Cette peau est pour le sacrificateur.
SIXIÈME FEMME
Quoi, pour le sacrificateur?
MNÉSILOGHVS*
Tenez, prenez.
' • • "SEPTIÈMB FEMME*.
0 infortunée Mica , qui l'a privée de ta fille? . Qui t'a enlevé ta chère fille unique ?
SIXIEME FEMME
C'est ce monstre. Mais, puisque vous voilà , observez-le, pour que j'aille avec Clisthène, dénoncer aux prytanjes les crimes commis par ce scélérat.
MMÉSILOCHUS , à part^
M ais maintenant, quel moyen me reste-t-il de me tirer d'ici sain et sauf? Queferai-je? Qu'imaginerai-je? L'auteur de cette entreprise, et qui m'a mis dans tout cet embarras, ne paraîtencore nulle part. Qui pourrais -je donc lui députer? Ah! la tragédie de Palamède me fournit un excellent expédient. J'écrirai comme lui sur de petites rames, que je jetterai au vent. Mais je n'en ai pas ici sous ma maii^. Ou en trouverai -je donc? Où? Qu'y aurait- il ^ si, à leur défaut, j'écrivais sur ces statues ? Cela vaudra bien mieux. Celles - ci «ont de bois, les rames sont aussi de bois. 0 mes mains, prêtez -vous à une action qui va me tirer d'affaire. Allons , petites plaques bien unies , recevez l'empreinte que je vais faire avec ce burin,
pour graver l'état de ma position déplorable
Oh oh ! voilà un R mal fait , car où diable vat«il? Allez maintenant, plaques légères, par-
caicfiDic* 52 1
courez tous les coins de côté et d'autre : il est besoin de célérité. * ^
INTEttMÈDE.
iiE cHOËtn.
Adressons-nous aux spectateurs , pour chanter nous-mêmes nos louanges > quoiqu'il n*y ait personne qui ne nous r^roche de mille manières que nous ne sommes qu'une vraie peste pour les hommes , et que nous attirons *ur eux toutes sortes de fléaux : les procès , les querelles, les séditions, les misères humaines et la guerre. Mais, je vous le demande, si nous sommes une peste, pourquoi nous épousez-vous ? oui > si nous sommes véritablement une peste , pourquoi nous interdire de sortir , et défendre qu'aucune de nous mette le nez à la fenêtre? Pourquoi tant de précautions pour garder une pestîî? S'il arrive qu'une femme soit allée quelque^ part, et que vous ne la trouviez pas hi la maison, vous ne vous possédez en aucune manière ; tandis que vous devriez vous réjouir et remercier les dieux de ce que la peste n'est pi us chez vous , et a totalement abandonné vos pénates. Qu'une femme , fatiguée de plaisir , se livre un instant au sommeil chez les autres, chacun court après cette peste , et tourne au tour des lits. JRe-
5m les fêtes 0e gérés ,
garddns-nous à -la fenêtre, tout le monde veut voir cette peste ; si quelqu'une se retire honteuse d'être ainsi regardée, c'est alors qu'on désire bien davantage que cette peste mette le nez à la fenêtre pour se faire voir de nouveau. Il est donc clair que nous valons beaucoup mieux que vous ; c'est ce qu'on peut démontrer çn comparant les deux sexes. Voyons quel est le pire des deux : nous disons que c'est le vôtre , \ms dites que c'est le nôtre. Voyons donc, entrons dans le détail et comparons entre eux chaque hommeet chaque femme. Charminus ne vaut pas Nausimacha : les faits parlent; Cléophon est lout-à-fait pire que Salabaccha. Depuis long -temps, il n'en est aucun parmi vous qui ose se mesurer avec Aristomacha, Cette illustre Marathonienne , ni avec Straionice. Quelqu'un des sénateurs qui abandonnèrent, l'an passé leurs fonctions à d'autres^ l'emporte -t- il sur Eubula ? c'est ce que vous ne soutiendrez pas- Nous pouvons donc nous glorifier de valoir mieux que les hommes. On ne voit point de femmes se faire traîner sur un char à deux chevaux ^, après avoir volé cincfuante talens au Trésor public. Si elles dérobent quelques bagatelles à leurs mari^, c'est pour le rendre le nléme jour. Combien en pourrions-nous montrer, parmi vous, coupables de ces déprédations ! Vous aimez d'ailleurs la
bonne çhàve , qt vous êles de& voleurs , dçsâturlupi-n^^ des débauchés : il y a plus, c'est que hous donServons mieux que vous rhéritagé de nos pères. Nous avons encore noire cylindre , pour tendre la trame , nos brassières ^ nos corbeilles , nos parasols; mais plusieurs de nos homm^ n'ont plus ni lance , ni brassières à la maison : et plusieurs autres^ dans l'action, se sont débarrassés de leur bouclier.
Nous autres femmes, nous aurions à nous plaindre des hommes sur plusieurs points ; mais principalement sur un article qui est de la plus grande importance. N'était - il pas convenable qu'une femme qui avait donné le jour à un citoyen utile, h un Taxiarque , ou à un général, fût comblée d'honneurs, et qu'on lui assignât la preimièré place dans notre fête des assauts d'injures et de fourberies *? Il faudrait au contraire que la mère d'un citoyen lâche et inutile, ou d'un triérarque poltron , ou d'un général ignorant , ne parût que la tète rasée , et après celle qui aurait à se glorifier de sa maternité. Est-il juste , en effet, ô citoyens, que la mère d'Hyperbolus, vêtue de blanc et les cheveux flottans , prenne place près de la mère
* 2Tïivi9e7t xotè ffuifioiç. Voyez Suidas et Hësychius. Kuster cité un passage du lexique manuscrit de Photius pour expliquer les sténées, fêtes célébrées par les femmes d'Athènes.
$24 I^BS FIATES DE GÉRÉS ^
de Lamachus ^ et ose prêter de Targent à intérêt? Il faudrait que ceux à qui elle aurait prête et dont elle exigerait les intérêts y refusassent de les lui payer ^ et lui emportassent son argent en disant : J\i mérites bien qu'on te paye des intérêts^ (xprès ' nous woir donné un si beau fruit*
rra ©U SECOND AGTB.