SCENE PREMIERE
ÉVEtPIS, tenant sur le poing un choucas j PISTHÉ-
TERUS , tenant une corneille.
Ils cherchent tous deux la demeure des Oiseaux.
ÉTELPIS 9 s'àdressant au choucas , qui lui sert de guide.
Eh biew ! où veux-tu que j'aille? Sur la droite , vers cet arbre?
ITSTHÉTÉRUS.
La peste soit du guide ! Voici la corneille qui croasse vers la gauche..
ÉVELPIS.
A quoi bon , pauvre homme , tous nos tours et
■ Je ne donne point ici une nouvelle traduction : je profite en grande partie de celle de M. Boivin ; j'y ai fait seidement tons les changemens qui m'ont paru convenir à mon dessein.
détours? à quoi bon nous tuer pour aller et revenir sans cesse sur nos pas * ?
PISTBÉTÉRUS.
Eu vérité, il faut que je sois bien malheureux, d'avoir pris pour guide une corneille ^ qui m*a fait faire plus de mille stades inutilement.
ÉVELPIS.
Et moi ne le suis- je pas avec ce choucas, qui m'a rongé les ongles des doigts ?
FISTHÉTÉRUS.
Mais , je ne sais pas même où nous sommes.
ÉYELPIS.
Quoi, de l'endroit où te voilà, tu ne peux découvrir la patrie !
Je défierais bien Exécestidès ^ de découvrir la sienne.
ÉVBLPIS.
Ah , je suis perdu !
' ap9f9/}dufihru , aUusion ingéniease à l'art du tisserand.
> x9po(ÔTfyi y cornîx en latin , comachione en italien. C'est la corbine ou corneille noire de M. de Buffon.
3 Etranger qui voulait passer pour Athénien , et qui apparemment ne savait pas même dans qud pays il était né. M. Boiyin.
PISTHÉTÉRUS.
Voilà , mon ami , un chemin qu'il te faut prendre ^
ÉVELPIS.
L'enragé de Philocrate^^ le traître, qui se dit du pays des Oiseaux, comme il nous a attrapés! n nous a dit que de tous les Oiseaux ces deux-ci seuls nous indiqueraient la demeure de Térée, qui a été changé en huppe ^. Il a vendu ce choucas , élève de Tharrélide , une ohole , et la corneille trois, et il ne savent ni l'un ni l'autre que becqueter. Qu'y a-t-îl ? Qu'as-tu h ouvrir ainsi le bec? Nous vas-tu mener encore dans des pierres? Il n'y a point de chemin par-là.
PISTHÉTÉRUS.
Il n'y en a point non plus par ici.
ÉVELPIS.
Ta corneille ne te dit rien sur la route ?
Non , elle répète ce qu'elle disait auparavant.
ÉVELPIS.
Eh bien ! quoi ?
I Ceci est omis dans la traduction de M. Boiyin, ainsi que l'exclamation d'Éyelpis.
a Fameux oiseleur, ou marchand de gibier. M. Boivin.
3 Eoo^.
PISTBÉTÉRUS.
Eh! que veux-tu qu'elle dise, sinon qu'à la fin elle m'a^valera les doigts?
ÉVELPIS.
N'est-ce pas une chose étrange que , voulant aller au diable , et travaillant pour cela , nous ne puissions y parvenir?
Car enfin, ô citoyens^ vous saurez que nous sommes tourmentes d'une maladie contraire à celle de Sacas. Sacas n'est point Athénien , et veut l'être à toute force. Pour nous , grâces au ciel, nous sommes Athéniens, et même d'assez bonne famille, et d'une tribu considérable. Personne ne nous dispute cet honneur. Cependant nous dénichons, nous nous envolons de notre patrie. Ce n'est après tout ni aversion , ni mépris, qui nous la fait quitter. La ville d'Athènes est certainement une des plus grandes et des plus opulentes villes du monde ; mais c'est qu'on y perd tout son bien à plaider continuellement. Les cigales ne passent qu'un mois où deux à chanter sur les figuiers. Les Athéniens passent toute leur vie à gazouiller dans tous les tribunaux. Voilà pourquoi nous avons entrepris ce long voyage. Une corbeille , une cruche et quelques branches de myrte , sont le bagage que nous emportons avec nous, résolus d'errer jusqu'à ce que nous
ayons trouvé un séjour où nous puissions passer le reste de notre vie loin des affaires et des procès. Au reste , c'est chez la huppe que nous allons de ce pas^ pour nous informer si, dans les climats où ses ailes Tont portée , elle n'aurait point découvert une ville pareille à celle que nous demandons.
PISTHÉTÉRUS.
Hé? hé?
ÉVELPIS.
Qu'y a-t-il?
PISTHÉTÉRUS.
Il y a déjà long-temps que la corneille me fait entendre qu'il y a quelque chose là-haut.
ÉVELPIS.
Le choucas ouvre le bec vers le même endroit, comme s'il voulait m'indiquer quelque chose. Il faut assurément que ce soit ici Ja demeure des Oiseaux. Nous l'allons savoir tout-à-l'heure, dès que nous aurons .fait du bruit en frappant.
PISTHÉTÉRUS.
Sais -tu ce qu'il faut faire? Donne du genou contre cette pierre.
ÉVELPIS.
Et toi , donnes-y de la tète : le bruit en sera plus fort de moitié*
PISTHÉTÉRUS.
Prends du moins une pierre, et frappe à la porte.
ÉYELPIS.
Bon pour cela , si tu le souhaites. Holà ! hé garçon?
PISTHÉTÉRUS.
Qu'est -ce que tu dis? Tu veux appeler une huppe , et tu cries : garçon ? Au lieu de gç,rçon , ne devais-tu pas crier , huppe ?
ÉYELPIS.
Huppe! .. Je vais faire un bruit d*enragé ^ si on ne me répond. Huppe !..