I^TSISTRAtA
LÀMPITO.
Le mien nW pas plus tôt revenu de Tatmée^ qu'il reprend son bouclier et qu'il y revole.
LTSISTRATA.
Mais il y a pis, c'est qu'il ne nons reste pas la moindre apparence de plaisir. Depuis que les Milésiens nous ont trahis , je n'ai pas même vu la moindre chose qui pût nous tenir lieu de quelque consolation *. Voudriez- vous donc, si je peux trouver quelque moyen , concourir avec moi pour mettre fin à la guerre?
MYRltâlltE.
Je jure par les déesses que je le veux bien , fallût-il mettre ce manteau en gage, et eii boire dès aujourd'hui le prix.
GÀLONICË.
Il me semble que je suis tonte prête à me partager comme une soUe ^ , et à donner la moitié d« moi-même.
LÀMPITO.
Pour moi , je gravirais jusque sur le sommet du mont Taygète pour voir la paix.
> n est impossible de traduire exactement ce passage d'Aris^ tophane , ni dans notre langue , ni dans aucune autre. Il faut qu«f le lecteur ait ici recours au texte grec. R.-R.
t En Grec; ^jrr^c.
LTSISTRATA.
ie vais donc parler : je ne dois plus faire un mystère de mon secret. Eh! bien, mes chères amies , si nous voulons contraindre les hommes à chérir la paix, il faut nous priver....*.
KTRRHINE.
De quoi ? Parlez.
LYSISTRÀTÀ.
Le ferez- vous?
MYRRHINE
Nous le ferons , quand même il s'agirait de la vie.
LYSISTRÀTÀ.
Il faut donc nous priver de tout ce qu'ils voudraient nous donner Pourquoi meregarde»-
vous de travers? Où allez -vous? Pourquoi , vous dis- je , vous mordre les lèvres et secouer la tête? D'où vient ce changement de couleur? D'où viennent ces larmes? Le ferez -Vous, où ne le ferez-* vous pas? Que dites-vous?
MYRRBINB.
Je ne le ferai pas, que la guerre aille son tr^in.
CALONtCÈ.
Ni moi non plus , en vérité ; que la guerre aille son train.
LYSISTRATA
G*est vous qui dites cela ,- ma mie soUe? El XIV • 35
Digitizsd by CjOOQ IC
386 LSI STUATAy
tout à l'heure tous nous disiez que vous donneriez la moitié de vous-même.
CALONIGS.
Tout autre, tout autre chose qu'il vous plaira. Fallût -il passer au milieu des flammes, je suis toute prête. Oui, plutôt cela, que ce que vcTus exigez de nous. Il n'y a rien d'cgal à cette privation, ma chère Lysistrate.
LYSISTRATA
Et vous?
LAMPITO
J'aime mieux aussi passer par les flammes.
LTSISTRATA.
Oh ! que tout notre sexe est intempérant ! Tout ce que les tragiques disent de nous n'est pas destitué de fondement; car, comme la nacelle, nous ne sommes bonnes qu'à une chose '. Mais , ô ma chère Lacédémonienne , secondez mes projets : quand je n'aurais que vous seule dans mon parti ,^ nous pourrions encore réparer tout le mal.
LAMPITO
Il est difficile en vérité , pour des femmes , de se livrer toutes seules au sommeil. Il faut cepcn-
' Grée : Nous ns sommes que Neptune et nacelle. Expression proverbiale. VQyez Suidas , et E^loreus tur ce i39« vers.
CpMÉWE. 387
daitt tien s'y rëspudre î car il eçi encore plw iostant de faire la paix.
0 yous , la plus cbérie et Vunique entre toutes ces femmes.
MTRR^XlïB.
Or , si nous nous privons le plus strictement possible de la chose dont vous nous parlez (et il est à souhaiter que nous n!y soyons pas réduites), en aurons-nous plus sûrement la p^ix?
LYSISTRATA
Pour cela ! Beaucoup plus sûrement. En effet, si nous nous tenions chez nous , la peau bien propre, toutes nues et n'aya t que des voiles de fin lin d'Amorgos » , nos maris nous rechercheraient avec la plus vive ardeur; or, je puis vous assurer qu'ils feraient bien vite la paix, si nous ne répondions pas à leur empressement , et si nous savions nous contenir 2. ^
LAMPITO
En effet, Ménélas, autant que je me le rappelle,
> Amorgos, une des Sporades, où se trouvait le plus beau lin/
s Per ciô che se noi sedessimo in casa sbellettate, e con
le yestazuole di seta, andaressemo ignude havendosi fatto pelare
il delta, à gli liuomini verrebe Tappetito venereo, e desîdera-
riano di chiayare, noipoi non gli andaressemo, ma s'astenerissimo,
' Ciirebono tregua tosto ogni modo » che so certo.
388 LTSISTkAtA y
laissa tomber de ses mains son ëpée y dés qWil aperçut le sein découvert d'Hélène *»
MTRRBIHE.
Que devenir, ô infortunée, si nos maris nous laissent là?
LTStSTRÀTA,
Il faut, dit Phérécrate, dépouiller le chien écorché ^.
MYRRHINB.
Ces représentations ne sont que des bagatelles. Mais s'ils nous prennent et nous emmènent malgré nous dans leur chambrCi?
LTSISTRÂTÀ*
* Résistez , en vous accrochant à la porte.
MTRRHINB.
Et s'ils donnent des coups ?
LTSISTRÂTÀ.
frètes- vous alors , mais de mauvaise grâce. Ils n'ont aucun plaisir à ce qu'ils prennent de force. n faut les contrarier de. toutes façons; ne doutez pas qu'ils ne soient bientôt rendus l un mari ne goûte jamais aucun vrai plaisir, quand sa femme n'y participe pas.
I iParodie de VAndromaque d'Euripide , pag. 469.
3 Di scorticaife aiu cagna scortieata. Voyez les commentateurs ^surcej>royerbe.
MY&RBINE.
Si c'est là votre opinion c'est aussi la nôtre*
LÂMPITO.
Pour nous, nous déterminerons nos maris ht se prêter partout et sans détour à la paix. Mais comment amènera-t-on cet amas d'Athéniens à ne pas se délecter?
ltsistrâta-
N'ayez pas d'inquiétude : nous n'épargnerons rien pour déterminer nos compatriotes»
LÂMPITO.
tVous n*y réussirez pas ,. tant que durera leur ardeur à construire des trirèmes, et qu'ils auront un argent immense dans le temple de Minerve. ^