‹ Traduction du "théâtre des Grecs", Volume 14Chapitre 93 sur 125 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

CHOEUR DE VIEILLARDS

is m£mE; partagé en deux bandes.

QBOBUR DB YIBILLÀRDS.

Avancez , Dracès : allez en avant tout doucement , quoique vos ëpaules souffrent un peii du poids de ce verd olivier dont elles sont chargées.

PREMIER DEMI-CHdSUR.

Pour cela , dans le cours d'une longue vie, on voit bien des choses contre son attente ! Hélas ! qui se fiit jamais imaginé , è Stymmodore, qu'il aurait ouï-dire que des femmes , que nous avons élevées dans nos maisons, ce trop véritable fléau ^ se seraient emparées du temple sacré, de la citadelle, et en auraient fermé toutes les issues avec des pieux et des barricades.

SECOND DEMI-CHOBUR.

Hâtons-nous , 6 Philurge , d'aller au plus vite à la citadelle. Ramassons autour de toutes celles qui ont formé un pareil complot et qui l'ont exécuté,

SgS LYSISTaATA,

des monceaux de bois ; n^enformons qu'unbûcher; et , guidéspar le même esprit , faisons brûler toutes les femmes , de nos propres mains^ mais surtout la femme de Lycon. Non, j'en jure par Cérès, tant que j'aurai un souffle de vie , elles ne se joueront pas ainsi de nous. Clépmène, qui le premier s'est emparé de la citadelle , ne s'en est pas retiré sans encombre. Mais , vftaiXgré sa %rté lacédémonienne , il n^'a remis ses armes en SfS rç^rant et n'a conservé qu'une casaque tout étroite et tout usée : il était sale , mal propre , mal- peigné, et ne s'était baigné depuis six ans. C'est ainsi que j'ai su réduire cet homme-là avec une armée rangée en seize bataillons , tandis que je dormais à la porte : et je ne réprimerais pas aujourd'hui cette étrange audace des femmes odieuses à Euripide et à tous les dieux? Que je n'aie donc plus de trophée élevé dans la Tétrapole. Mais il reste encore tout ce chemin escarpé à faire pour arriver à la citadelle ; et il faut nous eflForcer de tirer tout d'un trait ces bois , sans baudet : ces deux pièces de bois m'écrasent les épaules, Il faut cependant aller, et souffler le feu , de peur que faute d'attention il ne s'éteigne, et que je n'en trouve plus lorsque je serai arrivé au terme où je tends. Phou , phou. lou , iou ! Quelle fumée ! 0 divin Hercule , comme cette acre fumée , semblable à un chien enragé » me dévore les yeui ! C'est là véritablement du feu

de Lemuo$ ^ : jamais sans cela elle ne m'eût tant f^it de pial aux yeux. Pressez-vous vers la citadelle , et portez du secours à la déesse : en quelle circonstance^ ô Lâchés^ le ferons-nous plutôt qu'en celle-ci? Phou , phou. lou , iou ! Quelle fumée ! Ce feu s'entretient et se conserve par une faveur particulière des dieux. Que ne nous déchargeonsnous ici de nos leviers; que ne mettons-nous nos seps de vignes dans le réchaud ; que ne les allumons - nous , et que ne les jetons-nous contre la porte ? Et si les femmes , quand nous les en sommerons , ne retirent leurs barricades , il nous faut mettre le feu aux portes , et acccabler ces dames de fumée. Déposons notre fardeau. Eh ! eh ! quelle fumée! Ouais, ouais ! Qui, parmi les chefs de la ^évo^^tion de Samos , nous secourra et mettra la main à nos leviers*? Enfin, mon dos n'est plus accablé sous leur poids. C'est à loi maintenant , cher réchaud , à rendre les charbons bien vife.

1 Ou parce que, dit le Scholiaste, le feu y était fort vif; o^ parce que les femmes y étaient fort libertines ; mais plutôt à cause des forges de Vulcain.

3 C'est avec assez 4e fondement, que Paulmîer conclut de cet endroit que cette pièce ftit jou^ dans la Yin^t-unième ai^Qée de la guerre du Péloponnèse. C'est en effet à cette époque que le pou- Toir des quatre cents fut aboli à Samos , que le pouvoir du peuple y fut rétabli, et que Tbrasybule et Thrasylle , favorables à U démocratie , furent mis à la tête des afiàires. Ainsi le cbqsur ^ppell^ à son secours ces partisans du système républicain et du ffou- Tcrnement populaire. Voyez Thucyd. 1. VIII.

4oO LTSISTRATA ,

Qu*#a (iïVpp(>rt» aa f^us vite une torche tout allomëe. 3^oiide« mes efforts ^ divine Victoire / et permettez que nous punissions cette impudence des femmes qui sont dans la citadelle > et que nous puisions élever un tropkée.

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