‹ Traduction en vers de quelques poésiesChapitre 11 sur 17 · SONNET · texte numérisé non relu

SONNET

A Doris.

J e n'attends point la flotte et jamais n'importune Des cieux , des mers , des vents l'inconstante faveur , Afin que mes vaisseaux bravent l'onde en fureur Sous le céleste appui du trident de Neptune.

Je ne possède point les dons de la fortune , Dans la terre pour moi jamais le laboureur N'ouvrit le dur sillon baigné de sa sueur , Et féconda îe sein de la mère commune.

Vois ce lierre lascif dont les flexibles nœuds Etreignent de l'ormeau le verdoyant feuillage Et s'unissent à lui par un doux mariage :

Doris , si tes désirs sont égaux à mes vœux , Qu'entre tes bras surpris par l'âge rigoureux , Ensemble du Lélhé nous passions le rivage.

JLiuciNDE nourrissoit un oiseau dans sa cage , Un jour par les barreaux il s'échappe soudain , Et loin de la prison où languit son destin , Vole vers l'élément qu'habita son jeune âge.

La belle toute en pleurs suit des yeux son volage , Et pour le ressaisir étend ses bras en vain , Sur son front pâlissant , où la douleur se peint , Le lis a sur la rose un instant l'avantage.

Où vas-tu , lui dit-elle , au péril de tes jours ?

Les lacets te suivront et la flèche ennemie ,

Áh Í reviens vers l'objet dont tu fais les amours !

L'hôte léger des airs sent son ame attendrie ,

Il revient vers le lieu qui captiva sa vie ;

Les larmes d'une femme ont triomphé toujours-

SONNET I I.e

U Oiseau de Lucinde.

'oiselet amoureux sur la verte feuillée , Enchante sa compagne et le rusé chasseur, Sans être vu , l'écoute et sous l'abri trompeur Tient déjà pour sa mort la flèche appareillée.

Le coup part , l'oiseau fuit , dans sa course troublée 9 Il sent glacer sa voix qui chantoit le bonheur , Mais craignant pour l'objet de sa fidèle ardeur , De rameaux en rameaux raccourcit sa volée.

Tel dans son doux abri chante l'amour heureux ; Mais le dard du soupçon trouble-t-il sa retraite , En proie aux noirs chagrins , aux soucis douloureux,

Il s'éloigne , il observe et son ame inquiète De pensers en pensers voltige et ne s'arrête , Que lorsqu'il a vu fuir le chasseur cauteleux.

Page 1