A SA MAITRESSE JALOUSE
Si ton rang , charmante bergère ,
Etoit égal à ta beauté ,
Tu devrois être de la terre ¿
La reine ou la divinité ;
Cependant ton cœur me soupçonne ,
Tes yeux me montrent du courroux,
Est-ce sur l'air qui t'environne
Que tombent tes soupçons jaloux ?
Si ta beauté victorieuse
Ne sert pas à te rassurer ,
Contr'eux de ma flamme amoureuse ,
Que pourrai-je donc espérer ?
Lorsque tu descends dans la plaine ,
Les bergères et les bergers
Cherchent vainement sur l'arène ,
La trace de tes pieds légers ,
D'amour te suivent les prestiges ,
Les pflus belles de ces cantons ,
De charmer doivent des leçons
Même aux grâces que tu négliges ,
Ta présence fait le printemps ,
Les fleurs , les oiseaux du bocage
Se raniment à ton passage
Pour contempler tes traits charmans ,
Des clairs ruisseaux l'onde volage
Paroit se fixer près de toi ,
Et te rassure sur ma foi
En te présentant ton image ;
Ma Délie , au nom de nos feux ,
Cesse donc ta plainte cruelle ,
Cesse ce doute injurieux ,
Et que la perle , qui ruisselle
Du céleste azur de tes yeux,
Ne soit qu'un gage précieux
Que dépose l'amour heureux ,
Dans le sein de l'amour fidelle.
HYLAS et AMARILLIS.
D evant la cabane adorée De la divine Amarillis , Bergère de seize ans parée , Au cœur naïf , au doux souris , Mille fois plus fraîche et plus belle Que l'aube ne l'est au matin , Quand sur la rose et le jasmin , Des perles tombant de son sein On voit le trésor qui ruisselle , Plus que les naissantes lueurs Du soleil entre les feuillages , Plus que la Déesse des cœurs , Lorsque ses Cygnes enchanteurs Traînent son char dans les nuages 9 Le berger Hylas arrêté , Hylas qui vit et meurt pour elle , Dédaigneux pour toute autre belle Et par elle seule dompté , Élève sa pensée altière Vers ce soleil de son amour , Mais le peu d'espoir de retour Ramène son vol sur la terre , Il adore cette barrière Par qui ses rayons éclipsés A travers l'herbe printanière
Sont affoiblis , non effacés ; Le papillon à l'aile peinte !Ne tourne pas plus vivement A Pentour du flambeau brillant , Qu'Hylas autour de cette enceinte ¡ Son troupeau se perd égaré Entre l'épine et la fougère , Tandis que son maître enivré 3NTe vit que pour voir sa bergère ; Il ne sait plus si c'est la nuit , Si c'est le jour qui va renaître , Pour lui la lumière ne luit, Que quand la beauté qu'il poursuit A ses regards vient de paroître ; Il y passe en entier les jours , !Nul intérêt ne le rappelle, .Nul soin ne peut de ses amours Détourner son ame fidelle ; Ses Bergers ne le servent plus Depuis qu'il sert sa bien-aimée , Ils pensent voir ses sens perdus > Son existence inanimée ; Il considère au peuplier Comme la vigne se marie , Son cœur s'ouvre à la jalousie , Un noir soupçon vient l'effrayer.
An ! dit-il , en versant des larmes , Interrompu par ses soupirs , Ainsi peut-être que tes charmes A Tircis donnent des plaisirs , Alors de son ame inquiète Sortent de sanglots et des cris , Et l'écho de ces bords répète
Si
Tiréis ! Hylas ! Amarillis !
Triste Kylas ! bienheureux Tircis !
O dure ! ô cruelle maîtresse
Je suis bien peu pour t'adorer ,
Mais si le cœur fait la richesse ,
Quel autre peut se comparer
A moi , pour fixer ta tendresse ;
Jusqu'à tant que mon triste cœur
Termine avec moi sa carrière ,
Malgré ton injuste rigueur ,
Il brûlera pour ma bergère.
Il dit , et sa main à l'instant
Traça sur l'écoree nouvelle ,
Autant Amarillis est belle ,
Autant Hylas sera constant.