‹ Traduction en vers de quelques poésiesChapitre 14 sur 17 · A SA MAITRESSE JALOUSE · texte numérisé non relu

A SA MAITRESSE JALOUSE

Si ton rang , charmante bergère ,

Etoit égal à ta beauté ,

Tu devrois être de la terre ¿

La reine ou la divinité ;

Cependant ton cœur me soupçonne ,

Tes yeux me montrent du courroux,

Est-ce sur l'air qui t'environne

Que tombent tes soupçons jaloux ?

Si ta beauté victorieuse

Ne sert pas à te rassurer ,

Contr'eux de ma flamme amoureuse ,

Que pourrai-je donc espérer ?

Lorsque tu descends dans la plaine ,

Les bergères et les bergers

Cherchent vainement sur l'arène ,

La trace de tes pieds légers ,

D'amour te suivent les prestiges ,

Les pflus belles de ces cantons ,

De charmer doivent des leçons

Même aux grâces que tu négliges ,

Ta présence fait le printemps ,

Les fleurs , les oiseaux du bocage

Se raniment à ton passage

Pour contempler tes traits charmans ,

Des clairs ruisseaux l'onde volage

Paroit se fixer près de toi ,

Et te rassure sur ma foi

En te présentant ton image ;

Ma Délie , au nom de nos feux ,

Cesse donc ta plainte cruelle ,

Cesse ce doute injurieux ,

Et que la perle , qui ruisselle

Du céleste azur de tes yeux,

Ne soit qu'un gage précieux

Que dépose l'amour heureux ,

Dans le sein de l'amour fidelle.

HYLAS et AMARILLIS.

D evant la cabane adorée De la divine Amarillis , Bergère de seize ans parée , Au cœur naïf , au doux souris , Mille fois plus fraîche et plus belle Que l'aube ne l'est au matin , Quand sur la rose et le jasmin , Des perles tombant de son sein On voit le trésor qui ruisselle , Plus que les naissantes lueurs Du soleil entre les feuillages , Plus que la Déesse des cœurs , Lorsque ses Cygnes enchanteurs Traînent son char dans les nuages 9 Le berger Hylas arrêté , Hylas qui vit et meurt pour elle , Dédaigneux pour toute autre belle Et par elle seule dompté , Élève sa pensée altière Vers ce soleil de son amour , Mais le peu d'espoir de retour Ramène son vol sur la terre , Il adore cette barrière Par qui ses rayons éclipsés A travers l'herbe printanière

Sont affoiblis , non effacés ; Le papillon à l'aile peinte !Ne tourne pas plus vivement A Pentour du flambeau brillant , Qu'Hylas autour de cette enceinte ¡ Son troupeau se perd égaré Entre l'épine et la fougère , Tandis que son maître enivré 3NTe vit que pour voir sa bergère ; Il ne sait plus si c'est la nuit , Si c'est le jour qui va renaître , Pour lui la lumière ne luit, Que quand la beauté qu'il poursuit A ses regards vient de paroître ; Il y passe en entier les jours , !Nul intérêt ne le rappelle, .Nul soin ne peut de ses amours Détourner son ame fidelle ; Ses Bergers ne le servent plus Depuis qu'il sert sa bien-aimée , Ils pensent voir ses sens perdus > Son existence inanimée ; Il considère au peuplier Comme la vigne se marie , Son cœur s'ouvre à la jalousie , Un noir soupçon vient l'effrayer.

An ! dit-il , en versant des larmes , Interrompu par ses soupirs , Ainsi peut-être que tes charmes A Tircis donnent des plaisirs , Alors de son ame inquiète Sortent de sanglots et des cris , Et l'écho de ces bords répète

Si

Tiréis ! Hylas ! Amarillis !

Triste Kylas ! bienheureux Tircis !

O dure ! ô cruelle maîtresse

Je suis bien peu pour t'adorer ,

Mais si le cœur fait la richesse ,

Quel autre peut se comparer

A moi , pour fixer ta tendresse ;

Jusqu'à tant que mon triste cœur

Termine avec moi sa carrière ,

Malgré ton injuste rigueur ,

Il brûlera pour ma bergère.

Il dit , et sa main à l'instant

Traça sur l'écoree nouvelle ,

Autant Amarillis est belle ,

Autant Hylas sera constant.

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