‹ Traduction en vers de quelques poésiesChapitre 4 sur 17 · ODE · texte numérisé non relu

ODE

O ma pauvre nacelle Triste rebut des flots , Seule au milieu des eaux De la mer infidelle !

Où vas-tu , malheureuse !

Sans voiles t'engouffrer , Tu ne peux espérer , Et tu fuis orgueilleuse Í

Comme les hauts navires Loin dn bord t'élançant , Tu vas imprudemment Vers les lointains Empires.

Tu cours même fortune Et des périls plus grands , Foible contre les vents Tu vas braver Neptune.

Sur l'envieuse plage Vois le roc de l'orgueil, L'honneur sur cet écueil A toujours fait naufrage.

Quand le long du rivage Tu voguois doucement , De l'humide élément Tu n'as pas craint la rage.

Ta route étoit certaine.

Aux bords de ton foyer , Bien sûr le nautonnier Qui voit toujours l'arène.

Mais las ! vertu n'arrive Au bien dans son pays ; La perle n'a de prix Qu'hors l'écaillé native

Barques abandonnées Au vent de la faveur , Cinglant avec malheur, Bevinrent fortunées.

Mais ne suis pas , facile , Cet exemple trompeur , Des unes le bonheur En perdit plus de mille.

Pour la mer en furie * L'artifice profond Doit être l'aviron , Voile , la flatterie.

Reviens pauvre nacelle , Quel songe te séduit ?

L'erreur qui te conduit Peut t'étre bien cruelle.

Tes pavillons sans nombre, Riche jouet des vents , Sur les flots inconstans Projettent-ils leur ombre ?

De la cime hautaine De ton mât orgueilleux • Peut-on fixer les yeux Sur la rive lointaine ?

Sur la céleste voûte Liras-tu ton chemin , Quand ton mauvais destin T'aura trompé de route ?

Que les Algues couronnent Et tapissent tes flancs , Que des coraux brillans Par fois les environnent.

Le laurier du rivage ]NTe couronne que l'or Du vaisseau de haut-bord Qui sur la mer s'engage.

La saison est finie Où caressant les fleurs Zéphir de leurs odeurs Soupiroit l'ambroisie,

De l'horrible tourmente Le souffle impétueux Elève jusqu'aux cieux La vague bouillonnante.

Les foudres meurtrières Lancent aussi leurs traits Comme sur les palais , Sur les humbles chaumières.

Content de mon partage , De mes pauvres filets , mouillé , je descendois , Mais heureux au rivage.

Quand l'aurore riante Ramenoit le matin , Je remplissois ton sein D'une pêche abondante.

Près de ma douce amie Sur un feuillage frais , Sous mon toit , je goûtois Repos digne d'envie.

Au sein de sa lumière Pour contempler nos feux L'astre du jour , aux cieux , Suspendoit sa carrière.

Hélas ! la mort eruellé L'enlève à mes ardeurs , Et d'un torrent de pleurs Je baigne ma nacelle.

De la voûte éternelle Où ton sort est heureux , Si tu jettes les yeux Sur ma triste nacelle.

Demande au Dieu suprême Qu'il daigne m'enlever , Ou j'irai retrouver , Le pur objet que j'aime.

Écoute ma prière !

Au nom de nos amours , Le bonheur de mes jours N'est plus sur cette terre !

Calmons notre tristesse , La vie est un instant , Mon bonheur en mourant Devra durer sans cesse !

Page 1