‹ Traduction en vers de quelques poésiesChapitre 5 sur 17 · ODE IL · texte numérisé non relu

ODE IL

\J ma nacelle sur les flots

Que l'air léger berce et balance !

Je ne puis te charger que du poids de mes maux ! Comment soutlenuras-tu ces immenses fardeaux Le poids seioit plus doux, si c'étoit l'espérance.

Mais hélas ! le vent l'emporta !

Apprends sur cette mer immense A craindre toujours l'apparence De ce calme qui te flatta.

L'onde sur la plage aréneuse Vient tracer doucement mille cercles légers 7 Mais tous ces jeux sont mensongers , Sa douceur est feinte et trompeuse.

A l'entour de la rame oisive Elle bondit , se joue et semble l'inviter

De son écume fugitive A se laisser loin du bord emporter.

Mais l'esquif élancé sur le sein d'Amphitrite , Elle s'élève , gronde et croît jusques aux cieux ,

Et de son sommet orgueilleux

Dans l'abyme le précipite*

Ne vous fiez jamais à l'onde transparente, Jamais semblable dans un jour Sa faveur est courte et changeante , Et chaque vent la domine à son tour.

Nacelle si long-temps le jouet de l'orage , Tu ne dois aujourd'hui chercher que le repos Liée aux arbres du rivage Ne t'expose plus sur les flots.

Sur toi le temps exerça ses ravages , Ne cherche point à radouber tes flancs , L'on ne répare point les injures des ans» Tremble d'appeler les naufrages.

Offrande suspendue au temple de Neptune , La patience est ta seule vertu , Arme ton squelette abattu ,

Contre tous les dégoûts qui suivent l'infortune.

Ecris sur ta poupe affaissée , Connaissant mieux le monde et sa fragilité : La puissance de l'homme en ses vœux emporté , Par le temps invincible est toujours terrassée.

Des habitans ailés qui peuplent l'atmosphère , N'observe plus le vol pour régler tes destins , Et du vent qui gémit dans le bois solitaire , N'écoute plus les sons lointains.

Contemple du port sans envie L'esquif nouveau sortir chargé de ses agrès , La voile qu'enfle un vent propice à ses souhaits Qui dirige son cours sur la mer applanie.

Que les vaisseaux guerriers des maîtres de la terre De leur proue inclinent l'airain, Vers ce climat riche et lointain Qui gît dans un autre hémisphère.

Que vers les bords de l'Orient Ils aillent rechercher l'améthyste pourprée , Le rubis orgueilleux , la turquoise azurée ,

Ou les rayons du diamant.

Que sur leurs poupes radieuses Les nobles blasons émaillés , Etonnent de ces mers les montagnes houleuses, Et des peuplades populeuses Frappent les yeux émerveillés.

Le firmament lui seul ponte ta frêle enceinte, Ne t'obstine pas à braver Les flots dont tu pus te sauver , Libre de leur mortelle atteinte.

Sur ces rives tu vis ma belle et douce amie

Me recevoir sortant des flots amers , L'aurore de parfums , de perles enrichie , N'en avoit pas encore embelli l'univers.

Comme un cigne voguant sur les humides plaines ,

Lorsque tu sillonnois le séjour de Thétis Tu ne redoutois point les tempêtes soudaines ,

Et du chant trompeur des Syrênes Mon amour défendoit mon cœur et mes esprits.

J'offrois ma pêche à ma maîtresse , Non pas dans un disque d'argent , Mais dans le simple osier , le cœur et la tendresse Seuls enrichissent le présent.

Entre deux ames qui s'adorent Il n'est de prix que dans la vérité, Que de leurs doux charmes décorent L'amour et la simplicité.

Hélas Í la Parque redoutable Qui frappe la cabane et le palais brillant ,

L'a dérobée à son amant.

Astres nouveaux du ciel , d'un éclat plus durable 5

Ses yeux brillent au firmament.

Ces yeux dont la pure lumière Peignaient les vertus de son cœur ,

Où l'éclat du vice trompeur !Ne refléta jamais sa flamme mensongère.

Le rossignol sous le feuillage N'imitera plus ses doux sons , Ces sons charmans qui dans le frais bocage De son art enchanteur lui donnoient des leçons.

Divine Amaryllis , j'ignore Qui de nous deux subit la mort , , Si c'est toi qu'enleva le sort Ou si c'est moi qui vis encore !

Je pense bien souvent qu'au sortir de la vie Tu laissas ton ame dans moi ,

Que Ja mienne avec toi dans les cieux est partie , Que je n'existe que par toi !

Ici mourant et couché sur le sable

Que je baigne envain de mes pleurs ,

Je répète ton nom, afin que favorable Il calme un instant mes douleurs !

Dans les échos tristement résonnante L'onde accompagne mes accens j

Et les rocs attendris de ma plainte touchante Répètent mes gemissemens !

Les habitans de la vague écumante Les Phoques , les Dauphins s'arrêtent à mes sons . Et lèvent du milieu des joncs Leur téte d'onde dégoûtante.

Habitans de l'humide plaine 3NTe vous étonnez pas des accens douloureux ,

De ce pauvre Noclier qui jadis plus heureux Fendoit votre antique domaine.

Le Laurier couronnoit sa tete enorgueillie ,

De noirs Cyprès l'entourent à présent 5 Hier sous ces saules verts , j'ai brise l'instrument Dont on admiroit l'harmonie.

Mes amis pleurent sur ma lyre , Ils veulent réunir ses fragmens dispersés Trop inutiles soins î lorsque le maître expire , Tous les accords sont éclipsés.

Aux lauriers qui bordent ces rives , L'un suspend , malgré moi , ses restes malheureux j L'autre d'un ton religieux Entonne des hymnes plaintives.

Moi je leur dis dans ma tristesse , Cessez vos soins officieux , Avant que de mon cœur ainsi que de mes yeux Sorte le poids qui les oppresse.

Le Tage au Tibre dans son cours Mêlera ses eaux étrangères ; On verra les agneaux réunis aux panthères Par d'inconcevables amours.

Je veux dans ma douleur profonde y Je veux dans des torrens de pleurs Que mon ame entière se fonde , Et c'est le seul espoir qui reste à mes malheurs.

O lumière qui m'as quitté , Quand pourrai-je à toi me rejoindre!

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Près de toi quand verrai-je poindre Le jour de l'immortalité î

Hélas î dans la voûte éthérée , Séjour des celestes plaisirs , D'une ame ardente et déchirée Tu dédaignes les vains soupirs.

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