‹ Traduction en vers de quelques poésiesChapitre 6 sur 17 · ODE III · texte numérisé non relu

ODE III

Solitude triste et profonde, Où mes lamentables accens Ne sont entendus que de l'onde , Des bois et de ses habitans.

Comment puis-je \ivre sans vie, Errant sur ces sables déserts , Et quand mon aurore est finie Comment attendre encor du jour dans l'univers?

Dans un monde plus digne d'elle Tout son éclat s'est rallumé , Ici mon cœur au jour fermé Languit dans une nuit cruelle.

Ténus divine et rayonnante Qui tour à tour dans l'espace des cieux

Guides le char de l'Aurore riante ,

Ou marches sur les pas du Soleil radieux î

Permets lui de briller par grâce Au lieu de toi cette nuit seulement ^ Son éclat pur, resplendissant Remplira dignement ta place.

Qu'un deuil profond et ténébreux Couvre mon esquif solitaire .

Que l'herbe du marais fangeux Marque et couronne sa misère.

Que par la lame bondissante On ne puisse plus voir ses avirons bîancliis , Et que du fond obscur de l'onde turbulente Les îlots autour de lui s'amassent rembrunis.

Que les divines Néréides, Lorsqu'il fendra le sein des mers , Ne sortent plus de leurs palais humides Pour faire autour de lui résonner leurs concerts.

Des aquilons et de l'orage Qu'il soit le jouet obstiné, Tour à tour cent fois ramené Du rivage à la mer, de la mer au rivage.

Vous nochers , qui dans ces hameaux Semés sur ces vertes campagnes , Laissâtes vos douces compagnes, De mes profonds soupirs devenez les échos !

Que celui qu'anime la joie Dont le cœur s'ouvre à la gaieté Ni ne vienne , ni ne me voie , Il s'en iroit trop attristé,

Coupez le cyprès funéraire, Accompagnez moi de vos sons Répétez avec moi dans vos tristes chansons Les chants de ma douleur amère I

Répétez avec moi , dites : elle n'est plus L'aimable Amaryllis , l'honneur de ce rivage , Celle dont les regards réfléchissoient l'image De la pudeur et des vertus.

Celle dont la bouche divine Offroit les perles du matin , A travers le corail que l'empire marin Teint d'une couleur purpurine.

Celle dont la vive blancheur Surpassoit en éclat le lys de la prairie, Celle dont la douce harmonie Rencontroit le chemin du cœur.

Celle dont le charme suprême Unissoit vertus et talens , Les grâces et les sentimens , Ce qu'on estime et ce qu'on aime.

Sans doute elle étoit trop parfaite *

Le sort envieux et jaloux Ne voulut pas que parmi nous

Reposât cette belle téte.

Venez et par votre assistance Consolez, s'il se peut, mon cœur ; Mais non , éloignez-vous, fuyez de ma présence , Won, je ne veux jamais perdre cette douleur!

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Vous vîtes déjà de ma lyre 1res restes malheureux par mes mains dispersés , Ce que mes chants disoient , mes pleurs savent le dire 9

Mes larmes parlent , c'est assez.

A chaque instant ma voix l'appelle , Le solitaire écho répète mes accens :

Et ses prestiges décevans

Trompent mon attente cruelle.

Je suis le son qui toujours s'éloignant, Erre devant mes pas de rivage en rivage , Mes yeux séduits pensent voir son image Et je n'embrasse que le vent !

O Dieux ! comme sa voix en paroles flatteuses

Si doucement retentissoit À travers le carmin dont sa bouche formoit

Deux demi-sphères amoureuses.

Emu de ses accens vainqueurs Sur sa bouche j'allois saisir son doux sourire , Et recueillir dans mon délire Les perles au milieu des fleurs.

Mais hélas ! ma divine amie 3Ne répond plus à mes accens ; Dans la nuit profonde endormie Elle n'entend plus les vivans !

Sur le sable de ce rivage Je cherche ses pas imprimés , J'adore la trompeuse image Des pas qu'elle n'a point formés.

Cet arbre quelquefois lui prêta son ombrage

Je l'embrasse et je fonds en pleurs , Mais je ne trouve plus la paix sous son feuillage , Il renouvelle mes douleurs.

Le portrait qui me reste d'elle Ne sert pas à me consoler , Il accroît ma peine mortelle Et je n'ose ïe contempler.

Mes regards ne peuvent souffrir Qu'une peinture si charmante Ne soit pas tout-à-fait vivante , que son modèle ait pu mourir !

Je désire son imposture Et j'en détourne mon regard ; Et mon cœur s'afflige que l'art Dure ici plus que la nature.

Quand je la vois cette image si belle , Qui semble me fixer de ses yeux pleins d'appas , Je me dis , ah ! ce n'est pas elle Puisqu'elle ne me parle pas.

C'est le seul ornement de ma pauvre chaumière , Ce portrait adoré d'un objet enchanteur , Nulle richesse pour mon cœur N'est plus précieuse et plus chère.

Lorsque vers lui j'élève ma paupière , Soudain un nuage de pleurs A mes yeux voile la lumière , Je ne la vois plus et je meurs î

ni

Mais hélas ! sur nulle autre qu'elle Mes yeux ne seront plus fixés , Tous les attraits sont effacés Par ceux que mon cœur me rappelle!

Je vois plus d'un pécheur qui perdit son amie , Se consoler , retrouver le plaisir , Mon cœur m'ordonne de le fuir ; Je craindrois d'offenser sa mémoire chérie Si j'osois soupçonner que mon deuil pût finir.

Sur la rive des mers ainsi pleuroit Tircis ; La mort de son Amarillis A son ame toujours présente , Jusques à tant que les sanglots, Étouffant sa voix défaillante ,

Ne lui permirent plus d'attendrir les échos Des sons de sa plainte touchante.

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