‹ Traduction en vers de quelques poésiesChapitre 8 sur 17 · I.rr CHANT PASTORAL · texte numérisé non relu

I.rr CHANT PASTORAL

(3 liberté plus précieuse Que les richesses et que l'or Qu'on va chercher par un coupable effort Aux confins reculés de la mer orageuse !

O doux repos ! ó paix délicieuse Qui nous sauves de l'onde et nous conduis au port : En vous seuls est la vie heureuse !

Alors qu'ouvrant les yeux à la douce lumière

Je vis le ciel pour la première fois , Les trois fatales sœurs qui tournent sous leurs doigts

De nos destins divers la fragile matière , Composèrent pour moi trame douce et légère Pour la cabane solitaire , Et non pour le palais des Rois.

Dans ces montagnes , dans ces prés De paix , de liberté mes jours sont entourés , Jamais de pensée orgueilleuse 3Xe renversa ma destinée heureuse , Pauvre , mais satisfait ; mes jours sont assurés.

Quand l'aurore de sa rosée Baigne les herbes d'alentour, Sur le bord des ruisseaux qui parent ce séjour Je donne à mes troupeaux une pâture aisée ; Quand le char du soleil , sur la terre embrasée

Verse le déluge du jour , Le sommeil vient fermer ma paupière affaissée Sous un saule au vaste contour , OÙ j'entends la chanson d'amour Des oiseaux gazouillans , cent fois recommencée 5 Ou du zéphir léger un insta?it de retour , L'haleine rafraîchit mes sens et ma pensée.

Lorsque la froide nuit de sa mante étoilée

Du jour vient voiler îa clarté ?

Et que dans le bois attristé

Des enfans de l'obscurité La lugubre chanson fait gémir la feuilîée , De mes troupeaux la foule est rappelée Us viennent à ma voix et leur nombre est corn Content de ma rustique et simple dignité Monarque pastoral , morí ame est réveillée

Par le soin de leur sûreté.

Ici la poire verdoyante , Ea pomme au teint vermeil , m'offrent leurs doux trésors

Ma main y cueille sans efforts La cerise pourprée et la fraise odorante ;

La treille sur l'ormeau serpente, Et ses raisins mielleux ceignent son vaste corps ; Le coin se dore au feu de la chaleur brûlante

Et d'ambre parfume ces bords.

D'un habit gênant et coûteux Je n'ai point à souffrir l'opulent esclavage , Luxe souvent fatal pour un cœur vertueux ; Je me nourris des fruits que la terre sauvage

Produit de son sein généreux ; Sur un lit composé de peaux et de feuillage

Je goûte un sommeil sans nuage

Qui d'un roi coinbleroit les vœux ; La claire source en son jet écumeux Est mon délicieux breuvage ; Ces biens sont ceux du pauvre , ils font peu d'envieux

Et leur sécurité fait leur grand avantage.

Que l'efféminé courtisan Cherche dans tous ses goûts le luxe et la mollesse Qu'il rampe et baise avec bassesse L'ingrate main de l'injuste tyran; Que sur l'espoir qui le berce sans cesse , 11 bâtisse des tours que renverse le vent ;

Qu'il vive et meure palpitant De la soif des honneurs qui le brûle et le presse : Je jouis de l'air pur ci du soleil brillant ,

De la nature enchanteresse ; La pauvreté paisible est un bonheur plus grand Qu'avec la guerre , la richesse*

Je ne crains point l'homme opulent , Ni du flatteur l'adresse criminelle ,

Au gré de la faveur caméléon changeant ;

Je ne sens point les traits et l'aiguillon perçant De l'ambition infidelle ;

Je ne désire point une gloire immortelle.

Un berger dans les prés , dans l'onde qui ruisselle , Trouve un facile et salubre aliment ,

Lorsque par le travail sa fainV se renouvelle ,

Et le sommeil nous couvrant de son aile Egale le pauvre au puissant.

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