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sont raffermis sans cesse; et nos conquêtes scientifiques, accrues de jour en jour, sont arrivées maintenant à une telle puissance qu'elles peuvent donner le vertige a ceux qui s'en servent. Mais, en remontant à nos origines, c'est toujours à la tutelle d'Aristote que doit s'adresser notre gratitude. Nous sommes assez fortsdepuis longtemps pour nous passer de lisières ; mais ce n'est pas une raison pour renier la main qui jadis les a si utilement tenues.
Reconnaissons d'ailleurs que c'est notre temps qui aura rendu au philosophe le plus bel hommage qu'il ait jamais obtenu. L'honneur de cette initiative revient à l'Académie de Berlin. Depuis soixante ans, elle construit un monument, qui sera bientôt achevé. Grâce à Leibniz, le culte du Péripatétisme avait subsisté en Allemagne ; et il y avait été bien compris. Il n'était pas non plus tout à fait négligé en France; et dès 1820, M. Victor Cousin demandait, dans sa préface à Proclus (tome I, p. xvi), qu'on fît pour Aristote ce que Schleiermâcher avait entrepris pour Platon. Le vœu de l'Europe savante fut exaucé; et dès 1825, l'Académie de Berlin, sur la proposition de
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Schleiermacher, chargeait deux de ses membres, Bekker et Brandis, de collationner, dans les bibliothèques Européennes, tous les manuscrits d'Aristote. Ces documents étaient au nombre de plus de cent. Le nouveau texte, accompagné des variantes, remplit deux forts volumes grand in-4® à 2 colonnes, qui paraissaient en 1831. Un troisième volume offrait une traduction latine i>ariorum. Le quatrième, dû à M. Brandis, comme le texte original était dû à Immanuel Bekker, donnait les Scholiastes grecs, pour la Logique surtout, pour la Physique et pour la Métaphysique. Enfin, le cinquième et dernier volume, paru en novembre 1870, a donné les Fragments d'après M. Valentin Rose, lauréat de l'Académie, des Scholies supplémentaires, et un Index, dû à la patience de M. Flermann Bonitz. Cette grande édition d'Aristote, avec tous ces accessoires, n'a pas suffi à l'Académie de Berlin ; et aujourd'hui, elle poursuit toujours son œuvre, par la publication d'un Corpus des commentateurs grecs, dont a déjà paru une dizaine de volumes. Depuis l'édition Princeps des Aides, en 1495, jamais rien n'a été fait de plus important. Est-il possible
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désormais d'aller au delà? C'est douteux; et tout ce qu'on pourrait ajouter encore, ce serait peut-être un commentaire général d'Aristote, expliqué et jugé du point de vue où les sciences, inaugurées par lui, sont arrivées de nos jours.
Avec le secours d'une si ample collection, et avec les traductions en langues vulgaires, le XIX® siècle a tout ce qu'il faut pour se former une opinion éclairée et impartiale.
Selon nous, voici comment Aristote doit apparaître à notre temps, et aux âges qui succéderont au nôtre, sur le théâtre du monde.
Une première considération doit nous frapper: le rôle d'Arislote est unique; il n'en est pas de pareil dans les fastes de l'esprit humain. Pour trouver une influence plus étendue que la sienne et aussi durable, on ne pourrait penser qu'aux fondateurs de religions. Mais dans le domaine de la science, Aristote est absolument sans rival. Socrate et Platon s'étaient attachés surtout à la culture des âmes ; et de là, le caractère éminemment pratique de leurs doctrines, qui préparèrent le triomphe du spiritualisme chrétien, en enflammant les cœurs de l'amour du bien et de la vertu. Aris-
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tote est placé dans une région un peu moins haute. Mais, dans celle où il se tient, il règne en maître, sur toute l'Antiquité ; et, à bien des égards, il doit être aussi notre maître, quelque avancés que nous soyons. Ce monopole inouï et bienfaisant est un phénomène qui doit toucher des gens qui se piquent d'apprécier les choses à leur juste valeur. Aristote doit sembler d'autant plus grand qu'il n'a personne à côté de lui ; et que, pour le mesurer, on ne peut s'adresser qu'à lui seul. L'accusation de despotisme, portée quelquefois contre lui, n'est pas sérieuse, puisque ce despotisme prétendu lui a été conféré de longs siècles après sa mort. Ce qui est vrai, c'est que son culte a eu ses fanatiques, dont les excès n'ont pas été plus raisonnables que tant d'autres.
Seconde considération non moins certaine. C'est Aristote qui adonné a la science sa vraie forme, et son style propre. L'art de Platon est divin, et les grâces de ses dialogues sont exquises et inimitables; mais ce* n'est pas le langage de la science, et le Timée n'a pas su le prendre. Les prédécesseurs d'Aristote, sans en excepter Démocrite, n'avaient pas réussi