‹ Traduction générale d'AristoteChapitre 4 sur 398 · XXII ARISTOTE · texte numérisé non relu

XXII ARISTOTE

mieux que Platon. La plupart même, en voulant décrire la Nature dans des poèmes, s'étaient égarés encore davantage. Aristole seul a parlé la langue scientifique, la langue qui a mérité de rester pour toujours en usage, simple, naturelle, claire et grave, concise sans sécheresse, abondante sans superfluité ; en un mot, digne des grands sujets qu'elle traite, et des intelligences qui essaient de décrire l'œuvre de Dieu.

Cette gloire, on en conviendra, est immense. Mais hâtons-nous de le dire, si elle appartient éminemment à Aristote, elle devait être l'apanage de la Grèce, parce que seule, entre toutes les nations, la Grèce a conçu la science dans sa pureté essentielle. Savoir pour savoir, sans aucune recherche d'utilité matérielle, est une puissance de l'esprit, qui s'est produite, pour la première fois, avec Thaïes et ses successeurs, dans les colonies grecques de l'Asie Mineure. Le reste de l'Asie en a été privé; et il est à croire que l'esprit asiatique ne l'acquierra jamais, même sous la conduite d'une civilisation supérieure. L'Asie a reçu de la Providence d'autres dons: mais elle n'a pas celui-là. Ce privilège était réservé exclusive-

ET LE XIX« SIÈCLE xxiii

ment à cette race qui, mille ans avant l'ère chrétienne, atteignait la perfection de l'épopée dans l'Iliade d'Homère, comme elle atteignait ensuite la perfection dans tous les arts.

Sans doute, la forme est indispensable à la science pour sa diffusion régulière et facile. Mais Aristote a fait, pour la science, encore mieux : il lui a donné sa méthode, comme il lui donnait son style. Et cette méthode, toute puissante et définitive, quelle est-elle? L'observation. Si l'on essaie d'établir une comparaison entre les observateurs les plus laborieux et les plus sagaces de tous les temps, il n'y en a pas un qui ait surpassé Aristote. Phénomènes de l'esprit, phénomènes de la matière, il a observé, avec l'examen le plus scrupuleux, tout ce qui peut éveiller notre curiosité. Son admiration pour la Nature est sans bornes, parce que la Nature ne fait rien en vain, et que pas un seul des détails les plus infîmes ne doit y être négligé, tous étant la manifestation de sa sagesse, de sa puissance et de sa beauté. Non seulement Aristote a observé beaucoup et très exactement; mais, de plus, il a toujours proclamé que l'observation est la voie qui mène à la vérité. 11 a cent fois opposé

Page 1