‹ Traduction générale d'AristoteChapitre 5 sur 398 · XXIV ARISTOTE · texte numérisé non relu

XXIV ARISTOTE

la réalité des faits aux hypothèses hasardeuses de ses devanciers. Mais tout observateur qu'il est des phénomènes naturels, il ne méconnaît pas la part que l'esprit humain a nécessairement dans la constitution de la science, puisqu'il est l'un de ses deux éléments. La Nature reste toujours la même, tandis que l'esprit est dans une constante mobilité. Aussi, Aristote voit-il très clairement le danger des théories prématurées; et il signale l'écueil, sans d'ailleurs pouvoir toujours l'éviter lui-même.

Malgré quelques erreurs bien pardonnables, il a pratiqué, expliqué, recommandé la méthode, mieux et plus profondément que qui que ce soit, sauf Descartes. Quand les sciences ont repris la vie vers la fin du xvi® siècle, elles n'ont fait que reproduire les principes d'Aristote, pour aller plus loin que lui, et pour préparer tous les progrès qui nous émerveillent. Qu'Aristote en ait su mille fois moins que nous sur bien des choses, qui pourrait le nier? Mais qui pourrait nier aussi que nos successeurs en sauront encore mille fois plus que nous? Dans vingt-deux siècles d'ici, a une distance égale à celle qui nous sépare d'Aristote, où en seront les sciences? La Nature sera-

ET LE XIX» SIÈCLE ixv

t-elle épuisée? N'aura-t-elle plus de secrets à nous révéler ? N'aurons-nous plus rien à en apprendre? Qui serait assez téméraire pour raffirmer? Ou plutôt ne doit-on pas affirmer qu'Aristote a été soumis à la même loi que nous, c'est-à-dire que, placé comme nous devant l'infini, il l'a abordé avec les seules armes qui puissent, non pas le vaincre, en le pénétrant tout entier, mais qui puissent au moins en détacher quelques parcelles, à l'usage de notre faiblesse ?

Même à l'heure actuelle, il n'est pas inutile d'insister sur ce mérite d'Aristote. Dans le xviii* siècle, il était généralement admis que l'Antiquité n'avait pas su observer, et l'on croyait, sur la foi de Bacon, que la méthode expérimentale ne faisait que de naître, avec le Novumorganuni. Cette erreur venait de l'ignorance et de la vanité. On niait le passé, parce qu'on ne le connaissait pas ; et l'on s'attribuait h soi-même tout ce qu'on refusait aux autres.

11 esta craindre que, même de nos jours, le préjugé ne soit pas entièrement dissipé, et qu'il y ait toujours quelques esprits attardés qui le partagent. Aristote n'est pas le seul témoin qui dépose contre cet aveuglement in-

Page 1