A SA HARPE
To i , qui dam mon palais , à mes murs suspendue , Habites en tout tems parmi des boucliers, Descends , harpe sonore , et , dans mon ame émue , Versant tes doux accords, soutiens mes chants guerriers.
Approche, fils d'Alpin , et de tés mains habiles , Près d'Ossian assis , parcours légèrement Ma harpe inspiratrice et ses cordes mobiles.
Accompagne ma voix. Ah ! sans toi , vainement , Je voudrois rappeler à ma triste mémoire Les hauts faits des héros et leur touchante histoire. Les ans, qui, dans leur fuite , ont obscurci mes yeux, Jettent sur mon esprit un voile nébuleux.
Au travers de ce voile , éparses , incertaines , Quelques foibles lueurs , quelques images vaines, Devant moi , tour-à-tour , passent confusément Comme un éclair léger qui ne luit qu'un moment. Mais sitôt qu'en mon coaur la puissante harmonie Ranime la chaleur et rappelle la vie , Les faits des tems passés , les exploits des héros Se présentent en foule à mes nobles pinceaux. La lumière en torrent vient innonder mon ame; La vérité m'éclaire, et la gloire m'emfhuume. Tel , quand le triste hiver, enchaînant les ruisseaux ,
Couvre de ses frimats la terre gémissante ;
Si Jes légers zéphirs l'haleine caressante
Amollit les glaçons sur le front des coteaux ,
Et si l'astre du jour, brillant de feu* nouveaux ;
Lève dans l'orient sa tête éblouissante;
Les torrens suspendus précipitent leurs eaux ;
La rose refleurit sur l'herbe renaissante ,
Et le bois retentit du doux chant des oiseaux.