‹ Traductions et imitations de quelques poésies d'Ossian, ancien poète celte;Chapitre 3 sur 10 · OSSIAN ET OSCAR · texte numérisé non relu

OSSIAN ET OSCAR

Oscar.

Mo fi pèro , è veille- toi. J'entends dans le lointain y Le bruit des ennemis, et le son de l'airain.

J'entends leurs boucliers qui déjà s'entrechoquent. Leurs cris audacieux au combat nous provoquent. Assez long-tems , la gloire accompagnant tes pas, Dans les champs île la mort a signalé ton bras. DansLoclin terrassé, la veuve inconsolable Accuse d'Ossian la Unce redoutable.

Fingal ne combat point ; place-toi près du roi : Qu'aujourd'hui le péril soit tout entier pour moi. Mais ai c'est le trépas que le sort me destine , Mon père , ah ! souviens-toi de ma tendre Malvîne. O Selma .' sur tes tours il me semble la voir Flottante entre la crainte , et l'amour et l'espoir. Des pleurs mouillent ses yeux : un vent léger agite Ses cheveux dispersés sur son sein qui palpite , Qui palpite pour moi d'amour et de douleur.

Si je tombe , mon père, adoucis son malheur ; Dis-lui que, devenu l'habitant d'un nuage, Les vents me porteront sur ce même rivage , Qui, tant de fois, hélas! témoin de mon bonheur , Contre mon coeur ému m'a vu presser son coeur.

Ah ! que dis -tu, mon fils? que plutôt je succombe! Que ponr Ossian seul tes mains ouvrent la tombe!

Non, mon fils, aujourd'hui je no te quitte pas. Sans cosse près de toi , je te suis , et mon bras , Instruit par les périls et par l'expérience , „ Dirigera tes coups , guidera ta vaillance.

Pour moi , si je succombe en ce cornbat douteux , Je n'ai plus à livrer à tes soins généreux , Mon fils , nulle beauté, doux objet de ma flamme. Eviralline seule a régné sur mon ame.

Mais ta mère n'est plus : ainsi , si je péris . Qu'à ses restes , mon fils , mes restes soient unis ; Place - les sous un tertre orné d'ombres légères , Où les vents berceront quelques fleurs passagères. Où la jeune beauté , soupirant tristement , Et le jeune chasseur s' arrêtant un moment, Se rappellent mon nom, ma valeur et magV>ire , Et, répétant mes chants, bénissent ma mémoire.

Pendant la vie de Comhal, pèredeFingal, Clessamore, un des principaux guerriers de Comhal , fut jeté par la tempête à Barclute , ville bâtie sur les bords du fleuve Cluta , et qui appartenait aux Bretons , séparés des Calédoniens par la fameuse muraille d'Agricola. Clessamore fut reçu de ïtothamire,roi de Barclute , avec la plus touchante hospitalité, et obtint de lui la main de Moïna sa £lle unique. Un guerrier breton, amoureux de Moïna , la lui disputa. Ils en vinrent à un combat singulier. Clessamore tua son rival. Mais les Bretons qui suivoient ce guerrier , à la mort de leur chef , tondirent en foule sur Clessamore , qui , accablé par leur nombre , ne se sauva qu'en se jetant dans le fleure , et en gagnant son vaisseau à la nage. Il tenta de retourner sur ses pas , et d'emmener avec lui son épouse Moïna ; mais toujours repoussé par les vents , il fut obligé de retourner à Morven , auprès de Comhal , sans avoir pu y réussir. Moïna , qu'il avoit laissée enceinte , donna le jour à un fils , et mourut peu de teins après. Rothamire appela cet enfant Carthon , ou murmure des -vagues , en mémoire de la tempête qui, comme on le croyoit, avoit fait périr son père. Rothamire étoit mort , et Carthon avoit à

peine trois ans, quand Comhal, dans une de ses expéditions contre les Bretons , prit et brûla la ville de Barclute. Carthon fut sauvé par sa nourrice qui se réfugia dans l'intérieur de la Bretagne. Cependant, Carthon ayant atteint l'âge des armes , résolut de venger la destruction de sa patrie , sur la postérité du barbare Comhal. Il fit voileavec ses guerriers, et débarqua sur les côtes de Morven, au moment où Fingal , fda et successeur de Comhal , retournoit avec les siens d'une expédition dans laquelle il avoit battu les Romains , commandés par Caracalla , fils de l'empereur Sévère. C'est là que commence l'action de ce poème , un des plus intéressans , et sans contredit le mieux noué et le plus régulier de tous ceux qui nous restent d'Ossian. On n'accusera pas d'invraisemblance l'ignorance où Clessamore est de l'existence de son fils , et le doute où Carthon est de celle de son père , si l'on réfléchit aux bouleversemens qu'avait éprouvés Barclute, et à la rareté, la difficulté , même l'insouciance des communications d'un pays à l'autre , chez des peuples ai éloignés encore de la. civilisation.

CARTHON.

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