POEME D'OSSIAN
de ces bois , de ces plaines fécondes Majestueux Lora i le doux bruit de tes ondes Rappelle à mon esprit affaibli par les ans , La valeur des héros , et leurs faits éclatans. Solitaire Garma , mon oreille esc flattée Au bruit de ta foret, par les vents agitée, De ta foret , dont l'ombre a couvert ces héros, Antiques compagnons de mes nobles travaux.
Regarde, Malvïna, cette roche fameuse Qui porte dans les cieux sa tête nébuleuse.
Battus des vents , trois pins, sur le penchant du mont j Entrelaçant leurs bras , ne présentent qu'un front. Sur un étroit plateau, qu'abrite leur ombrage , Est un tertre couvert par une herb© sauvage.
Le cerf au pied léger y passe quelquefois , Le regarde , et tremblant , s'enfuit au fond des bois. C'est qu'autour de ce lieu, séjour de la tristesse, Deux ombres de guerriers se promènent sans cesse : Leurs restes , sous ces pins , reposent pour toujours. Je vais de leurs malheurs te retracer le cours. Les héros dans la tombe aiment encor la gloire; C'est un devoir sacré d'illustrer leur mémoire.
Quel est donc ce guerrier dont dix mille soldats , En chantant ses exploits , accompagnent les pas ? L'astre brillant du jour , éclairant son passage , Ecarte pour le voir tout importun nuage.
La gloire le précède , et la sérénité, Sur son auguste front , adoucit la fierté.
Vois, vois étînceler ses armes éclatantes; De son casque doré vois les plumes flottantes. Il s'avance , pareil à cet arc radieux Qui succède a l'orage et console les'cieur.
Quel est donc ce guerrier ? Selma , ce ne peut être Que l'immortel Fingal , ton héros et ton maître. Caracal est vaincu. Fingal victorieux Revient dans se» Etats. Courez , peuples heureux. De Selma , pour le voir , inondez les portiques. Vous , Bardes , entonnez vos sublimes cantiques.
Les voilà donc dispersés et vaincus,
Ces grands Romains, ces tyrans de la terre.
L'heureux Fingal les a rompus , Ces bataillons, fiers enfans de la guerre , Et, devant lui, leurs aigles abattus.
Ont laissé tomber leur tonnerre.
Allez, Romains, racontez sa valeur A votre roi , le souverain du monde. A ce récit, pénétré de douleur , H nous menace, et son tonnerre gronde.
Fingal se rit de sa vaine fureur , Comme un rocher sé rit et des vents et de l'onde.
Des Bardes de Selma tels furent les accents , Quand , surunchar traîné par deuxcoumerspnissans» Fingal , dans son palais , rentre brillant de gloire. 11 marche environné des fruits de sa victoire ;
L œil contemple aveo joie un butin précieux >
Aux Romains enlevé dans ce combat fameux.
Déjà le chêne brûle et lé festin s'apprête.
Les flambeaux des vaincus en éclairent la fâte ;
Et Fingal , au plaisir consacrant cette nuit^
Répand sur ses guerriers tout l'éclat qui le suit.
Mais , dans leur nombre , en- Vain il cherche Clessaniore.
«Quoi! Clessamore ici ne paroit point encore,
*» Dit-il ; ce vieux guerrier de mon père l'ami ,
»Dés peuples le soutien, l'effroi de l'ennemi!
» Le premier , aux combats il guida ma jeunesse }
uMais un sentiment sombre obscurcit sa vieillesse.
» Sur les bords du Lora , plongé dans la douleur ,
» II marche solitaire , en proie à son malheur.
» Mais le voici .... Du deuil et des ans le ravage
» N'ont encore affoibli son bras ni son courage.
■ Tel , même en ses vieux jours , un coursier indompté
■ Unit encor la force et la légèreté:
« Guerrier , je te salue . . ; . O brave Clessamore ! «Toi, l'appui de mon père , et mon soutien encore, » Quel obstacle t'arrête ? » « Ah ! répond le guerrier ; j> Tu retournes vainqueur , roi du grand bouclier 1 «Oui, Fingal triomphant rappelle à ma pensée »:La gloire de son père et ma gloire passée, ■i Combien de fois , Comhal et moi , victorieux , » Accablant sous nos traits le Romain orgueilleux, »Nous vîmes le Carron rouler avec son onde »Les soldats dispersés du souverain du monde ! » Mais , insensé , que dis-je ! et que me sert , hélas i » De rappeler des jours qui ne reviennent pas ! «Quelques cheveux épars , sur ma tête blanchie,; «Sont le jouet des vents, et ma main affaiblie »Ne tend plus sans effort cet are , dont autrefois t > Des monstres destructeurs j'ensanglantai les bois.
»Les ans seuls , 6 Fingal, arrêtaient Cleuamore.'
ji Au bruit des combattans mon cœur tressaille encore.
» Ah ! si je retrouvois mon antique rigueur ,
» Quand Moïna jadis . ... »,A ce nom, de son cœur
Sort un profond soupir , et sur sa longue lance
Il demeure appuyé , dans un morne silence.
« Clessamor, dit Fingal ému par la pitié, » Crains-tu d'ouvrir ton cœur à la tendre amitié ! » Comme l'astre du jour dissipe les orages, » L'amitié, de nos cœurs écarte les nuages.
» A tes braves amis dévoile tes malheurs ; » Ils calmeront ta peine; ils essuirottt tes pleurs. >■
"Fingal, dit le guerrier; quand déposent ses armes, h Ton père de la paix nous lit goûter les charmes , w Jeune , avide de gloire , ennemi du repos , » J'abandonnai Selma , je traversai les flots; 7i Et les vents irrités , emportant mon navire , >i Me jeltent à Barclute où régnait Rothamire ; « Pays riche, fécond .favorisé deseïeux, « Florissant sous les lois de ce roi vertueux ; j> Mais qui , depuis sa mort , par une affreuse offense , " De ton pi-re Comhal mérita la vengeance.
« Ce prince hospitalier, de ses tremblantes mains , >• Fit circuler pour moi la coupe des festins. " Là , je vis Moïna , Moïna dont la bouche =. D'un sourire eût ilécln l'ame la plus farouche ; «Son beau sein de la neige effaçoit la blancheur. >• Ses regards étoient doux, naïfs comme son cœur. m Je la vis. Une flamme inconnue et soudaine , » De mon sang embrasé, coula de veine en veine. » lîotliamire son père approuvant mon ardeur, «Mit sa main dans la mienne et combla mon bonheur. » De Moïna l'amour embellissoit ma vie.
» Tant de félicité me tut bientôt ravie.
DlgriEod by Coo,
»Un rirai se présente , et d'un air irrité > Par des discours altiers outrage ma fierté, H partait, et sa main couroit à son épée.
C'est donc par toi qu'elle est sur mon cœur usurpée, Cette beauté , dit-il , objet de tous mes vœux ? Certes , Comhal sans doute est bien près de ces lieux
Puisqu'un de ces guerriers a l'audace imprudente
Téméraire, lui dis je, enflammé de fureur, »Tu connoitras bientôt mon bras et ma valeur. j. Apprends que Clessamor se suffit à lui-même , «Et saura bien tout seul défendre en quM aime. «Comhal est loin d'ici. Tais-toi. Déjà je sen* »Une sombre fureur s'emparer de mes sens. »Mon glaive à mes côtés tremble d'impatience , » Et déjà dans mes mains je sens frémir ma Innce. «Que m'importe , dit-il , ta lance et ton courrou* ' «Hondsmoi Moîna, remis, ou péris sous mes cmips. « Nous fondons l'un sur l'autre , enflammés de colèro »Et déjà mon rival a mordu la poussière.
» Mille glaives alors s'élèvent con're mot.
»Je devois succomber, et pouriaol sans effroi, > Cédant au nombre seul , et frémissant de rage , i En combattant toujours , je gagnai le rivage. «Mon vaisseau me reçoit ; et s'éloignant du bord , «L'onde qui l'environne arrête leur effort.
»Moïna, cependant, tremblante, désolée , « Accourt , les yeux en pleurs , la tète échevelée. » J'entends ses cris aigus ; ils déchirent mon cceur. «Par l'amour aveuglé, dévoré de douleur , «J'ordonne aux matelots de regagner la plage. » L'inexorable vent m'écarte du rivage. ( , «Déjà de Moïna je n'entends plus la voix:.,. , «Mes yeux l'ont vue, hélas, pour la dernière fois !
"Le temps s'écoule. Enfin, par tant de maux vaincue» » Comme une jeune fleur pur les vents abaitue , » Moïoa tombe. Hélas ! j'ignorais mon malbeur t » Et je goûtais ehcor l'espoir consolateur.
" Un jour que du Lora je parcourois la rive , » Je vis de iMoïna l'ombre errante et plaintive. ■« Soudain un Froid mortel dans tous mes sens courut, u Je lui rendis les brus ; mais elle disparut t » Semblable dans les airs à la lune incertaine , «Quand des Hcrs aquilons la frémissante haleine » La montre tour k tour , et la cache aux regards. » Elle perce un instant les nuages épars; >i Mais bientôt, se perdant dans des Vapeurs plus sombres , «Elle livre la terre au silence des ombres.»
Il se tut, et Fingal , les yeux baignas de pleurs, Embrasse Clessainore, et dit à ses chanteurs ; * Bardes , de Moïna bénissons la mémoire ; » Que les vers les plus doux éternisent sa gloire. h Puisse-t-elte souvent, parcourant nos coteaux , ii Dans ton cœur , Clessamor, rappeler le repos I » Puîsse-t-elle se (oindre aux ombres renommées » Des belles de Morven par nos pères aimées ! » Ces doux rayons d'amour , qui brilloient autrefois, » Quittent souvent leur nue , et visitent nos bois.
« Que la guerre est cruelle I hélas ! depuis sa chùte ( » Mes yeux ont contemplé les restes de Barclute. «Ses murs , dans la poussière abattus et plongés, » En d'informes débris avoient été changés.
» Par-tout , dans la cité , les flammes ondoyante» n Présentaient à nos yeux leurs traces effrayantes, »Le silence habitait dans le palais des rois. » L'herbe y croissoit ; des cerfs la broutaient quelquefois. » Ah I de nos ennemis déplorons l'infortune.
«Hélas! nous les suivrons, telle est la loi commune.
»Eh quoi ! foible mortel , pour quelques courts instant
» Ou te voit élever ces palais éciatans.
» Aujourd'hui de tes tours tu couronnes Te farte ,
» Et dès demain , la mort descendra sur ta tête.
» Mais Fingal la méprise , et son nom glorieux
"Dans les chants exalté, volera jusqu'aux cieux. ■>
Ainsi chanta Fingal. Sa voix enchanteresse Répandit dans nos cœurs une flatteuse ivresse. Ses.Bardes, ses guerrier», pour l'entendre empressés , L'environnent en foule , autour de lui pressés. On croit ouïr le son d'une harpe plaintive Qu'a touchée un aéphir d'une aile fugitive.
O mon père, 6 Fingal! quand j'étois sous tes yeux,. Que n'ai-je pu saisir tes sons mélodieux , Tes sublimes élans , ta noblesse et tes grâces J" Mais de loin , cependant , je marche sur tes traces*. ' En génie, en valeur, à l'immortel Fingal Quel homme audacieux pourroit se croire égal- 1
A ces chants- do douleur succède l'allégresse. Les danses, les festins bannissent la tristesse. Déjà la jour renak , et tes vents du matin Glissent légèrement sur le flot incertain.
Fingal, le cœur flatté d'un espoir inutile) Se promet nne paix et durable et tsan^uille^ Il s'est de ses guerriers un moment écarte";'^ ^ 11 revient : sur son front règne l'obscurité: Il a déjà-repris son casque et sa cuirasse,.
Et déjà son épée à ses côtes se place..
Nos guerriers étonnés se regardent entr'eui , Et leurs yeux de Fingal interrogent le» yeux. » Guerriers , leur dit le roi; si vous aimez la gloire ,. » Laissez-Ià- cas festins et ces chants de victoire. » Il n'est pas tenu enoor de songer au repos. j. J'ai. vu. sur- L'horizon des orages nouveaux.
» L'ombre du grand Tremmor, roulant dans ion nuage *
»' Vient d'avertir Fingal , que sur notre rivage
» Les guerriers du Cluta, par un héros conduits ,
» Viennent venger leurs murs que mon père a détruits.
» Votre valeur saura dissiper la tempête.
» Que d'un casque d'airain chacun couvre sa téte.
» De la guerre déjà j'entends mugir la vois.
■> Que le glaive s'apprête à de nouveaux exploits. »
Au même instant , le roi rassemblant son armée. Descend rapidement dans la plaine alarmée.
Près des bois de Cona , sur le penchant du mont , De ses braves soldats développant le front , II attend l'ennemi d'un œil ferme et tranquille. Alors , tristes , en, foule abandonnant la ville, Les vierges de Selma montent sur les coteaux, Tremblantes des périls et des combats nouveaux. Où leurs jeunes amans vont exposer leur vie , Pour défendre leur roi , leurs murs et leur patrie. Elles portent sur.l'onde un regard douloureux. La terreur les agite ; et fascinant leurs yeux , Chaque flot qui blanchit sur les mers écornantes* Leur paroît d'up vaisseau les voiles éclatantes.
Mais déjà le soleil sorti du sein des eaux , Avott rejeté l'ombre an penchant des càteaux. La flotte qui s'avance aborde sur la plage , Et des guerriers en foule innondent 1er rivage. '■ Leur jeune chef ardent, brillant d'or et d'acier , De la rive vers nous s'élance le premier , Dans sa mâle beauté pareil au cerf superbe Dont le pied bondissant effleure à peine l'herbe Quand son front, couronné d'ambitieux rameaux , Agite au même instant les feuilles des-ormeaux.
Fingal le considère, et soudain il appelle Le vénérable Uilifl ; « Barde sage et fidelia.
Di .1 1 L' ■ Ci
» Dit-il , à ce guerrier fais entendre ta voix.'. » Des combats, de la paix, présente-lui le choir. » Tu diras que mon bras , heureux dans les batailles , » Atterre les guerriers , renverse les murailles; » Que de mes ennemis les tombeaux sont nombreux ; » Mais que mes alliés , coulant des jours heureux , » Vivent paisiblement à l'ombre de ma lance.- » Il doit savoir, il sait, qu'au bruit de ma vaillance , » Les souverains du monde, abattus , consternés, « Pâlissent au milieu des peuples enchaînés. ». ■ Ullin part , et tandis que ce chanteur antique. Fait entendre à Carthon une voix pacifique, Le héros de Selma, Fingal, de toutes parts , Sur l'armée ennemie étendant ses regards , Les ramène h Carthon et sur lui les arrête.
« Ah ! dit-il , quel éclat environne sa tête ! » Quelle beauté ! si jeune , il parole dans nos champs » Comme un pin dont la cime ose braver les vents. > Mais les vents mutinés, brisant sa téte tdtiôre , " La peuvent k l'instant rouler dans la poussière. » Guerrier, ta tendre épouse et tes jeunes enfans , » Les yeux toujours fixés sur les flots écumans , » En voyant un vaisseau qui cingle vers Barclute, » Peuvent se réjouir, tandis que de tu chute « Les rives du Lora retentissant encor , » L'apprendront aux échos des rochers de Malmor.* Ainsi parla lo roi : mais le Barde s'avance ; Paroit devant Carthon, et déposant sa lance, ■ Prince , dit-il , Fingal s'explique par ma voix. » Des combats , de la paix , il t'offre ici le choix. » Son bras victorieux , la terreur des batailles, « fait fléchir les héros , renverse les murailles , » Et de ses ennemis les tombeaux sont nombreux. » Mais tous ses alliés , coulant des jours heureux ,
» Vivent paisiblement à l'ombre de sa lance.
* Tu doit savoir, tu sais , qu'au bruit de ta vaillance, » Les souverains du mou'e . abattus , consternés^ » Palissent au milieu des peuples enchaînés, »
Emu d'une colère eE noble et généreuse , Car thon secoue alors sa téte belliqueuse.
« Barde , répontlit-il, as-tu donc pu penser !- Que Garthon , sans combat , se laissât terrasser?' s Suïs-je donc à tes yeux un guerrier sans courage, f » As-tu vu la pâleur peinte sut mon visage?
» Dis-moi-; par où le bruit court-il dans vos Etal», » Que le bras de Carthon foiblit dans les combats ? » Crois-tu ra'épouvanter en me. comptant le nombre » Des guerriers que Fingal couvrit d'une nuit sombre? » Va ; que le lâche snul, par Fingal accablé, . u Aba'sse devant lui son front pâle et troublé, s 11 est fils de Comhal , ce destructeur barbare ; » Un obstacle éternel pour jamais nous sépare. v II m'en souvient i enfant, formant mes premiers pas., » Je laissois ma patrie , et ne concevois pas v Pourquoi , de toutes parts , les vierges désolées. » Dans le fond des forêts fuyoient écbevelées. » Hélas ! je souriois , en voyant de nos murs i> S'élever la fumée en tourbillons obscurs.
» Mais lorsqu' enfin sorti des langes de l'enfance , » On m'apprit le destin du lieu de ma naissance ; » Lorsque je vis ces murs encor tout noirs de feux , >• Des larmes de fureur i on o ridèrent mes yeux. » lis en étoient baignés au lever de l'aurore ; » Au coucher du soleil elles coûtaient encore. » Sur ces tristes débris , je jurai hautement » De venger mon pays ; je tiendrai mon serment, » Va;relourne àtooeamp, chanteur; reprends taLtnee:. ». Dis au roi de S^lma que son offre m'offense;
v Que la fureur est peinte au front de me» soldats, v Et que je vais donner le signal des combats. »
A ces mots ses guerriers , de toutes parts l'entourent , Et sous ses étendards tous ses soldats accourent. De rage et de douleur, Carthon, au milieu d'eux, Sent son cœur palpiter ; des pleurs baignent ses yeux ; 11 nomme sa patrie ; il soulève sa lance, En menace Fingal, et tors des rangs s'élance.
« Quoi ! dit le grand Fingal, d'un, impassible front , D'un œil doux et serein considérant Carthon, Son âge impétueux , et sa jeune furie :
« Eh quoi ! se pourroit-il ! au printems de sa vie » DoiS'je donc arrêter -ce jeune audacieux , » Avant qu'il ait pu rendre encor son nom fameux ? » Et , sous mon bras puissant, si ce guerrier succombe , v Nos neveux indignés , en contemplant sa tombe , b Murmureront peut-être ; et pleurant sur Carthon, » Pourront de quelque blàjne obscurcir mon grand nom. » Ah! plutôt..... Non, chanteurs, respectez ma mémoire. » Mon bras , jusqu'à ce jour suivi de la victoire , » Epargnera Carthon, s'il n'offre à mon courroux » Mes plus braves guerriers abattus sous ses coups. » Tel qu'un torrent qui roule une onde impétueuse , » Alors , j'entraînerai cette plante orgueilleuse. » Fiers enfans de Selma , quel est donc le guerrier » Qui descend dans la plaine et combat le premier? »
11 dit , et devant lui CathiHe se présente Secouant dans ses mains sa lance menaçante.
Mais aux pieds de Car t hou , sanglant et renversé , Par ce jeune héros Cathiile est terrassé.
Cannai rapidement s'élance dans la plaine.
Il est vaincu. Carthon le désarme et l'enchaîne. Les soldats , en voyant leur chef victorieux , De leur» cris redoublés font retentir les cieux.
« Oui , dît alors Fingal ; illustre Clessamore , » C'est à toi de combattre , à toi da vaincre encore. » Sur les bords du Lora , peux-tu voir sans frémir , » Ton tendre ami Connal dans les chaînes gémir? » Pars , et sois a-la-fois , dans ta valeur brillante , » L'éclair étincelant , et la foudre brûlante. «
A la voix de Fingal , le sage et vieux guerrier Prend son casque éclatant, et son grand bouclier. Carthon victorieux , s'appuyant sur sa lance , Considère étonné le guerrier qui s'avance, n Ah .' dît-il , sur son front quelle sérénité ! » Qu'il est majestueux! par les ans respecté, » Du tems cruel son bras n'a point senti l'outrage. » L'époux de Moïna, mon père auroit cet Age.
» Dans ma jeunesse , hélas ! on me disoit souvent » Qu'il vivoit solitaire , et snr ces bords errant. » A mon cœur attendri ce héros le rappelle.
» Faudra-t-il dans son sang tremper ma main cruelle? Comme il parloit ainsi , le brave Clessamor , Arrivé devant lui , d'un bras terrible encor Presse aussitôt Carthon de sa lance guerrière. Carthon sur son écu la reçoit toute entière ; Fait signe de la main, et d'un ton de voix doux. L'invite un seul moment à suspendre ses coups. ■' Ecoute-moi , dit -il , et me réponds sans feinte : » De vos jeunes guerriers la foule est-elle éteinte? » N'as-tu pas quelque £ls, vénérable héros , » Qui pour toi combattant assure ion repos ?
» Le malheur pèse-t-il sur ton ame abattue f » Au tombeau ton épouse est-elle descendue ?
" Peut-être as-tu perdu ton fils , un Bis vaillant , « Aujourd'hui vapeur vaine et le jouet du vent f . » .Si je suis ton vainqueur, quelle sera ma gloire? » Quel nom illustrera mon bras et ma victoire? »
f Fils de l'orgueil > répond Clessamore ïjn-îté j
y Tes insolens discours outragent ma fierté,
» Cesse . roi des vaisseaux , de mépriser mon âge.
» Plus d'un guerrier illustre éprouva mon courage.
" Tu demandés mon nom ; je ne le dis jamais
» Que lorsqu'on a chanté la chansonde la paix.
» Si tu veux le savoir , renonce à la victoire. >>
» Moi céder sans combattre , et souiller ma mémoire ï
» Dit Carthon ; nul mortel , quel qu'il fût , de mes jour» ,
» N'osa me faire entendre un semblable discours.
» Je respecte , guerrier , ton âge et ta vaillance.
» Ecoute-moi ; la mort est au bout de ma lance.
» Porte tes cheveux blancs à l'ombre du repos ,
» Et laisse les combats à de jeunes héros.»
« Pourquoi m'outrages-tu, lui répond Clessamore?
» Mon épée et mon bras ne tremblent point encore.
* Qui , moi , je pourrois fuir sous les yeux de Fingal ! ■» Je pourrois dans tes fers laisser gémir Gonnal !
* Non , non, jeune guerrier, mets en arrêt ta lance, » Lève ton bouclier , et garde le silence. »
Tels que deux vents fougueux, se croisant dans les airs; Ebranlent les forêts , et soulèvent les mers , Tels combattent alors ces guerriers redoutables. Le Lora retentit de leurs coups formidables.
Cartlion , le cœur ému d'un seoret sentiment, Commandoit à son bras de frapper vainement.
Clessamore , bientôt , voit sa lance guerrière Se brisant on éclats , voler sur la poussière. U prend alors son glaive ; il frappe , mais en vain. Bieni&t son glaive même échappe de sa main.
Son rival le saisit ; vers la terre il l'entraîne , Et de ses bras nerveux il l'entoure et l'enchaîne. Clessamore , on tombant , tire un poignard cruel , Et dans le flanc , soudain , lui porte un coup mortel.
Finga! qui , ««pendant , voit l'ami de son père Sous les coups de Cart lion renversé sur la terre, Jette un cri dans les airs , et vole a son secours , Comme un torrent dont rien ne rallentit le courv On entend résonner son armure éclatante.
La terre retentit sous sa marche bruyante.
L'armée est en silence, et chacun, a les yeux Attachés sur les pas de ce héros fameux.
Sur sa lance appuyé , (bible , pâle , immobile Cartbon le voit venir d'un visage tranquille.. De son etcur il sentoit s'approcher le trépas. Déjà son bouclier faïsoit trembler son bras.
Sous son casque plioit sa tète appesantie.
Sa lance vaciHoit dans sa main affoiblie.
Mais es voyant Fingal qui descendoit du mont Un rayon de plaisir vint éclairer son front.
II espérait tomber sous sa main immortelle ,, Et la mort à ses yeux alors eût paru belle.
Tel un feu qui s'éteint se rallume un instant. Et jette un vif éclat à son dernier moment.
Fingal vient ; voit le sang coulant de sa blessure Rougir l'herbe naissante et souiller son armure. H s'arrête , et lui dit : « O guerrier généreux ! «Bénis ton sort; tu meurs, et meurs victorieux.».
>> Est-ce toi, dit Carthon, Fingal, l'honneur du trône } » Comme un manteau brillant la gloire t'environne. » Puis-je te méconnottre ? eh ! ne te vois-je pas » Fougueux comme un torrent qui roule avec fraca* ,. » Grand et majestueux comme un fleuve tranquille ,. » Comme l'aigle du ciel , impétueux , agile ?■ » Si du moins contre toi Carthon eût combattu-, » Dans la tombe avec gloire il seroit descendu, jf La voix de tes chanteurs aurait charmé mon ombre , g Et voyant mon tombeau sous un asyle sombre,
j> Frappe d'un saînt respect , te passant anroU dit i h Ici périt Carthon que Fingal combattit.
«Mais , malheureux! je sens, en perdant ta lumière, »Que ma mémoire aussi périra toute entière. »
»Toi, mourir tout entier I lui répondît Fingal; ■ Ah ! la mort ne pourra de son bras trop fatal » Qu'envelopper ton corps de ses Voiles funèbres. i> Rassure-toi. Fingal a des chanteurs célèbres , ]> Dont tes Vers immortels , aux siècles à venir , » Des guerriers valeureux portent le souvenir. « Près d'un chêne brûlant , dans leurs fêtes publiques ( " Nos descendans , contant les histoires antiques , » Sentiront d'un zèphir te souffle gracieux.
« Vers ta tombe , aussitôt ils tourneront les yeux. " Ce rocher , diront-ils , le prince de Barclute *> L'arrosa de son sang , l'illusira par sa chute. » Son bras étoit terrible , et ses nombreux exploit* n Des chanteurs de Selma lassoient la douce voix. »
^infortuné Carthon à ces ïnots se ranime , De plaisir sur son front brille un moment sublime. Il redresse sa tète, et lève avec effort Ses yeux dfi^'à couverts des ombres de la mort, Tend la main k Fingal, lui présente son glaive, Et dit : « Fingal, je passe, et mon destin s'achève. » Carthon mourant présente au plus grand des humains , » Ce glaive que la mort fait tomber de ses mains. » Qu'auprès de lui ma lance h tes murs suspendue, » De tes Bardes souvent puisse arrêter la vue, » Et que plaignant, alors, l'infortuné Carthon , » Aux siècles à venir ils apprennent mon nom. »
Fingal appelle Ullin , et ce chanteur antique Fait entendre aussitôt la chanson pacifique.
Chaque guerrier , alors , abandonnant son rang , Vient entourer Fingal et le prince mourant.
( So )
Chacun , le cœur ému , d'une oreille attentive , Entend les derniers sons de sa bouche plaintive. A peine on les distingue , et sa mourante voix Est comme un doux zéphir qui se perd dans les bois.
« Comme une onde , dit-il , à sa source tarie , n Roi de Selma, je meurs au priniems de ma vie. »Une tombe étrangère accueillera Carthon , » De Rothamire , hélas , le dernier rejeton!
m D'une sombre douleur Barclute environnée , si Au bruit de mon trépas va rester consternée. » Voici mes derniers vœux à mon dernier moment. » Sur les bords du Lora place mon monument.
« L'époux de Moïna , l'illustre Clessamore » Fut mon père , 6 Fingnl ! peut-être il vit encore. » Sur ma tombe, peut-être il versera des pleurs, !■ Et sa main paternelle y répandra des fleurs. »
Il expire Oppressé d'une angoisse mortelle,
Clessamore , à ces mots , pâlit', tremblé , chancelle ,
Sur le corps de son fils il tombe inanimé.
Dans une douleur sombre, autour d'eux abymé ,
Le cœur saisi d'horreur , appuyé sur sa laoce ,
Chacun , les yeux baissés , garde un profond silence.
]I n'est interrompu que par quelques sanglots.
Tel , quand dorment les vents , est l'effrayant repos
Des bois silencieux , dont l'enceinte touffue
Aux rayons du soleil est encore inconnue.
Le père infortuné pleure trois jours entiers. Le quatrième , il meurt ; et sur ces deux guerriers , On dressa ce tombeau couvert d'herbe sauvage, Que trois superbes pins couvrent de leur ombrage , Tandis que d'Osstan les chants mélodieux Célébroient leurs vertus et leurs faits glorieux.
Infortuné Carthon ! mourir si jeune encore !
Mourir quand de sa gloire on entrevoit l'aurore !
Clessamore ! Carthon ! à Moïna! tous troîs, Sur les vents réunis , entendez-vous ma voix ?
Mais au bord du Lora, tandis que ma mémoire ' Des antiques héros te retrace l'histoire , Malvine , le soleil , astre consolateur , Verse dans tous mes sens une douce chaleur.
Jadis il éclaira ma brillante jeunesse; D réchauffe aujourd'hui ma dolente vieillesse. Je me plais à jouir de ses feux bienfsisans , Assis près de la tombe ou dorment les vaillans.
Soleil , astre brillant , où commence ta course ? De quels feux tes rayons ont-ïls tiré leur source? Tu parois , et les cieux reconnoisseut leur-roi. Les astres dispersés s'éclipsent devant toi.
Soudain la nuit s'enfuit , et la lune tremblante Dans l'onde va cacher sa face palissante.
Toi seul , développant ton manteau lumineux , Vainqueur et triomphant , tu règnes dans les deux. L'œil mortel, ébloui de ta vive lumière , N'ose pas mesurer ton immense carrière.
Comme l'éclair rapide , et les vents incertains , Ainsi tu vois passer tous les fbibles humains. Les chênes les plus hauts tombent dans les campagnes. Le temps détruit les murs , aplanit les montagnes; De l'Océan un jour il . tarira les eaux.
Toi seul, étïncelant de feux toujours nouveaux , Braves dans ta splendeur son pouvoir redoutable , Et poursuis à grands pas ta course interminable. Quand du midi les vents entassent dans les cieux Des nuages épais sur ton front radieux , De ce voile importun tu dégages ta tête ; Un seul de tes regards dissipe la tempête.
Mais tes regards, hélas ! pour moi sont superflus; Ah ! le triste Ossian, Soleil , ne te voit plu» î
Soie i quand dans ton éclat sortant du sein de l'onde,' Tu reviens embellir et féconder le inonde ; Soit, quand te replongeant dans l'abyme des mer» , D'or et de pourpre, encor , tu colores les airs. Mes yeux éteints, couverts d'une éternelle nue > Bel astre , pour jamais sont privés de ta Tue.
Mais, peut-être, Soleil , peut-être, ainsi que moi , Des siècles subissant l'inexorable loi , Tu dormiras , plongé dans" la nuit éternelle , Sans entendre la voix du matin qui t'appelle. O Soleil , puissant roi de tant d'astres errans ; Si tel est ton destin , tandis qu'il en est tems , Brille de tous tes feux, et poursuis ta carrière i lnnondant l'univers d'un torrent de lumière.
Ah ! si des cieux un jour tu dois être effacé , Quel est le vain mortel , quel est l'homme insensé , Qui peut avec douleur descendre dans aa tombe , Quand sous les coups du tems l'astre du jour succombe ?
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