D'UNE NUIT D'ORAGE, PAR QUATRE BARDES
Qdeui nuit, mes amis ! quelles sombres ténèbres I
De quel nuage obscur , de quels voilés funèbres , Les astres radieux dans le ciel sont couverts ! Au fond dalst-voisin une arène fangeuse. - S'élève , et vient troubler son onde limoneuse. 1 -. 1 Tous les feux sont éteints ; tous les yeux sont ouverts. Entendez -vous des vents la course impétueuse ' Ils sifflent dans les bois , hu rient dans les déserts. . , Le torrent gronde, s'enfle , et franchit son rivage. . L'Océan se soulève, et les vagues des mers Viennent en mugissant se briser sur la plage. Errants, au gré des vents, au sein de leur nuage, Les fantômes des morts se croisent dans les airs. Le silence et la peur planent sur l'univers. • Ecoutons , mes amis. Seul le hybou nocturne , ■ , . • - Mêle son cri plaintif à ce deuil taciturne. ,, L ■
Le dogue du berger l'entend , hurle et gérait. Le cerf , en 'tressaillant , fait trembler le feuillage, Et le coq de Bruyère, averti de l'orage, , Baisse, cache sa téte et frissonne en son nid.
Premier B à h n e.
Dans cette obscurité , dans cette nuît profonde. Effrayé du fracas et des vents et de l'ondq , Un voyageur tremblant , palpitant , éperdu , Cherche à se retrouver dans son chemin perdu. C'est en vain ; chaque pas et l'éloigné , et l'égaré. Mille objets imprévus viennent le traverser.
Sur sa route un rocher lui défend de passer.
Un marais l'en détourne; un torrent l'en sépare* Il s'engage au milieu des ronces , des débris. Il n'ose , dans sa peur , faire entendre ses cris. Le moindre brait le glace, et sa frayeur redouble. Son une est égarée, et son esprit se trouble. Quel est , dit-il , l'objet qui s'approche..., qui vient ? C'est une ombre.... un fantôme.... il me louche... il mettent, Puisse-t-il regagner sa tranquille chaumière Avant que de l'éclair ait brillé la lumière [ S'il sillonne les airs , je plains l'infortuné. Des ombres de la mort par-tout environné , Ce désert finira son pénible voyage.
Deuxième B a h d e.
Le voila , cet éclair précurseur de l'orage. La foudre, au même instant, déchire le nuage. Des fleuves suspendus , dans les airs entassés , Avec un bruit affreux tombent à flots pressés. De l'immense Océan la plaine offre l'image.
Le voyageur tremblant s'épuise en vains effort». D'un torrent escarpé son pied manque les bords.
Il y tombe La vague, aussitôt , l'environne.
Et l'onde sur son corps , en s'élevant , bouillonne. Son cadavre flottant , par les eaux entraîné. Avec le chêne altier , le pin déraciné , Fuit , et va s'abymer dans la mer mugissante,' O spectacle touchant de deuil et d'épouvante !
Ce Jeune infortuné, victime de l'amour ,
Au travers des. périls cherchoit sa jeune amante.
Sur un nuage obscur, son ombre gémissante
De cet objet chéri va revoir le séjour.
La jeune fille-en pleurs, à sa porte attentive,
Reconnoît sur les vents sa voue foible et plaintive ,.
Et le dernier soupir s'échappe de son cœur.
L'orage, cependant, redouble sa fureur.
Le pasteur endormi s'éveille , se soulevé.
Son foible toit chancèle t aussitôt , il se lève. 4 De son humble séjour dans les détours obscurs, Ses mains , en tâtonnant , cherchent l'appui des mm;. 11 trouve son foyer ; aussitôt , il rallume Le tison qui couvert lentement se consume î ■ Et désormais, bravant les orages des nuits. De sa foible cabane affermit les appuis.
Mais les enfans du nord , aux ailes étendues , Chassent au-devant d'eux les fugitives nues.
L'orage sur nos champs passe et se rallentit. De ce ciel nébuleux la voûte s'éolaircit , Et ha nujt recommence- à parsemer d'étoiles ^ Sa tête ténébreuse, et ses humides voiles.
Troisième Barde..
I, es nuages enfin, dans les airs dispersés , Flottent vers l'horizon par l'aquilon chassés. Demain , quand le soleil fera pâlir les astres , ' ' De cette affreuse nuit nous veccons las désastres p ï~>© nos belles forêts les arbres renversés, Ces.chénes , ces sapins , jusqu'aux cieiw élancés , De leurs rameaux rompus jonchant au loin la terre Et le front des rochers noircis par le tonnerre. Déjà le bûcheron s'enfonce dans les bois , Et le coij éveillé fait entendre sa voi*.
Commence de nouveau sa tâche journalière, Et conduit son aiguille , ou tourne son fuseau.' Le chasseur matinal, aussi vigilant qu'elle, Saisit son arc, et sort avec son chien fidèle. Déjà d'un pied furtif il monte le côteau; Mais son chien , dérouté par un terrain humide, Cherche inutilement ks pas du cerf timide; En vain il se fatigue, oc déjà le matin Vient 9nc un front pâle , un visage incertain. On ne voit point briller les couleurs de l'aurore; Les nuages flottans se rassemblent encore ; Et du côté des mers , cet éclair qni nous luit, Peut.au milieu du jour, nous ramener la nuit.
Quatrième B a un e.
Eh bien , quand la nuit sombre et les sombres orages
Seront enfin lassés de leurs tristes ravages,
Nous verrons succéder l'éclat du plus beau jour.
Quelle chose , ici bas , amis , est éternelle P
Tout commence et finit, et tout se renouvelle.
L'homme seul disparaît, et passe sans retour.
Où sont donc à présent ces guerriers magnanimes ;
Ces princes belliqueux et ces Bardes sublimes ,
Qui, si souvent , assis à l'ombre de ces bois ,
Célébroient leur puissance et chantoïent léurs exploits ?
La mort les a couverts de ses ailes funèbres ,
Le tems a renversé leurs monumens célèbres ;
Et dans le gouffre obscur de l'éternel oubli,
Leur nom même , leur nom demeure enseveli.
Un jour nous dormirons, comme eux, dans les ténèbres.
D'autres Bardes naîtront , et chanteront ici. -
Les débris de ces tours , de cè palais superbe ,
Sur le sable étendus, et dévoré* par l'herbe , '
' BOmme nous ' di *P«aîtroiit aussi- Et le fil. de «ne, fils, m reposant, p e ut-W- Sur ces mêmes débris que l'herbe couvrira ' Au* : v^jUrd, , du canton, un jour demandera: « Où fut ce beau palais dont mon aîenl rut maître?
Allumée cent flambeaux ; Que le vin coule à flots; Que les luths retentissent.
Jeunes filles, chasseurs, Ceignez-vous de ces fleurs, Ces fleurs qui se flétrissent.
Bardes, joignez vos ïoii;
Célébrez à-la-ibis
Le plaisir et Ja gloire.
La gloire et le plaisir,
Tout doit s'évanouir
Un jour dans l'ombre noire.
Dansons, et des demain, Quand les feu* du tuotia ' Doreront dos campagnes Nous courrons d ans Ic> ^ Suivre et meitre aux abois Le* cerfs de nos montagnes.