LE SOMMEIL D'OSSIAN
T o i qui , prèa du tombeau , m'attaches 1 la vie ,
Viens , ma fille , soutiens ma marche appesantie ; Guide mes pas tremblans le long de ce ruisseau. Que je repose encore an pied de ce coteau Qn'un antique noyer couvre de son feuillage.
Jadis de ce» forets cherchant l'aspect sauvage , J'aimais des vents du nord les longs mugisse mens. Sur la cime des rocs, sur le bord des torrens , J'entendois murmurer le feuillage des chênes , Et je dormois au bruit de cent sources prochaines. J'y veux dormir encor. Peut-être que dans peu, Pour toujours Ossian dormira dans ce lieu.
Prends ta harpe, Malvine, et que tes mains errante» Parcourent devant moi les cordes frémissantes. Sur mes sens abbatus appelle le sommeil, Qu'Ossian soit heureux jùsques à son réveil : Qu'attiré par ta voix , l'essaim léger des songes Me berce en souriant d'agréables mensonges.
Déjà tes sons divins suspendent ma douleur, Rassénèrcnt mon ame et pénèirent mon coeur.
Où suis-je! Quel iransport réchauffe ma vieillesse ?
Je crois toueber encore aux jours de ma jeunesse. Oui . mes yeux , vainement d'ombres environnés^ .
Fingal m'éclaire encor d'un rayon de sa gloire; Il passe devant moi sur un char de victoire.
De tes bois, ô Cona ! je crois voir les contours ; J'aperçois de Sel ma les orgueilleuses tours. Aux cris des habiians qui couvrent les murailles , Je vois rentrer. Fin gai , le seigneur des batailles.. Tout un peuple nombreux , dont son bras est l'appui , Environne son char , s'empresse autour de lut. Oscar, à ses côtés , d*imB main belliqueuse.
De l'immortel Tremmor tient la lance fameuse. Des chênes embrasés répandent font autour , Au milieu de la nuit, l'éclat brillant du jour. Fingal , environné de gerbes de lumière , Fait cîrculej par-tout la conque hospitalière; Et tandis que mes chants font retentir les airs-; ■■ La jeune vierge danse au bruit de mes concerts. Redouble tes accords, 6 ma chère Malvine!
Aux sons mélodieux de ta harpe divine , Déjà le doux sommeil coule dans tous mes sens.
Je m'en vais , je m'en vais ..... et déjà sur les vents j
Dans un léger nuage assis, je me balance.
Adieu Mais de ces lieux qui trouble le silence î
Qu'entends -j'e près d'ici ? ne sont-ce pas les voix Des chasseurs de Selma qui parcourent les bois ? Eloignez-vous ,1hasseurs, troupe tumultueuse, Pénétrée des forêts l'horreur majestueuse ; Gardei-vous de troubler avec les sons du cor , Le chanteur de Selma qui doucement s'endort.
CONSOLATIONS D'OSSIAN A SULMALA, AMANTE DE CATHMOR.
O vierge du Lumon que fais-tu dans tes bois ? Jusques aux bords déserts sur lesquels je soupire r lies accens douloureux de ta charmante itix Ont retenti , portés sur l'aile de zéphire.
'Abandonne ces lieux. L'ombre de tes forêts , Les rives du Lumon no unissent tes regrets, Comme une jeune fleur dont la tôte charmante Se penche tristement sur sa tige mourante; Ainsi, donc, la douleur va flétrir tes beaux jours , Eteindre de tes yeux la vive et douce flamme , D'une sombre vapeur envelopper ton ame, Et dessécher ce cœur, l'asyle des amours:
Cathmor, ton cher Cathmor a fini sa carrière ; Hélas! il est trop vrai; mais ses faits éternels' Us vivent , et vivront ; mais son ombreguerrièreP Elle habite les cieux, parmi les immortels, Sur les ailes des vents , dans des flots de lumière, De ses peuples chéris Hssurer le repos , Couvrir de son éeu , protéger de sa lance Ses fidèles sujets, périr pour leur défense ; C'est le devoir des rois; c'est le sort des héros. Mais aussi leur trépas n'est qu'un brillant passage. Ils volent avec joie au sein de leur nuage, Où, d'une oreille avide, ils écoutent les chants Que le Barde confie au message des vents ;
Tandis que l'homme obscur , que le guerrier vulgaire , Comme au pied d'un rocher le chardon solitaire. Vient et va, .naît et meurt, parait et disparait , Sans l'hommage d'un chant , la douceur d'un regret.
O belle Sulmala , cœur généreux et tendre.
De Cathmor, tous les jours, tes pleurs baignent la cendre! Viens , vierge du Lumon , et contemple mon sort. Tout ce que j'aperçois rappelle k ma mémoire Un iiis , mon seul espoir , mon bonheur et ma gloire ; Un £ls que m'a ravi l'impitoyable mort.
Je suis seul désormais. Hélas! comme Cathmor, Trois fois heureux qui touche à son heure suprême , De gloire tout couvert, des siens environné; Mais , belle Sulmala , qu'il est infortuné , Que je le plains, celui qui d'eux abandonné i Isolé , comme moi , se survit à lui- même I
FAINASILLE.
IDu prince de Loclin, Fingal victorieux,,
Beposoit entouré de guerriers généreux.
Ses Sardes, de la nuit troublant le doux silence- ,
De chênes couronnés , célébroient sa puissance.
Le harpe soutenoit leurs chants harmonieux,
Et le nom de Fingal résonnoit jusqu'aux deux.
Mon fils , le jeune Oscar , témoin de sa viotoire *
Contemploit son aïeul , s'enivroit de sa gloire.,
Fingal en souriant l'appelle près de lui.
— Fils de mon fils , dit-il , tout mon coeur aujourd'hui
A frémi de plaisir, quand j'ai vu ta vaillance ,
Et les fils de Loclin expirant sous ta lance.
Descendant de Tremmor, imite tes aïeux.
Comme eux, sois invincible, et généreux comme eux.
Que toutes leurs vertus illustrent ta carrière ;
Et quand tu fermeras les yeux à la lumière ,
Des Bardes immortels te dérouant leurs chants ,
Consoleront ton ombre errante sur les. vents.
Mais si tu veux, sur-tout , que chacun te bénisse ,
Que toujours ta valeur écoute la justice ;
Que le foible chez toi trouve son protecteur ,
L'opprimé son soutien , l'orphelin son tuteur.
Lorsque les ennemis combattent ta patrie,
Sois un torrent fougueux , dont les eaux en furie
Renversent dans les champs ces vieux chênes brisés,
Dont par le feu du ciel le* fronts cicatrisés
fiembloient braver du teins l'inévitable atteinte. Mais si l'infortuné vient t'adresser sa plainte ; Si l'opprimé tremblant implore ton secours , Sois alors le zéphir précurseur des beaux jouta , Qui , lorsqu'un hiver sombre a flétri la nature , L'embellit de nouveau de fleurs et de verdure. Tel fut le grand Tremmor ; ainsi vécut Trathal ; Et , peut être , après eux je peux citer Fingal.
J'avois, moucher Oscar, ta candeur et ton Age,; Quand je vis aborder un jour sur ce rivage , Un navire léger , que quelques matelots Epuisés et tremblans dirigeoient sur les flots. Bientôt , je reconnus la belle Fainasille , Du prince de Croma trop malheureuse fille.
La douceur de sa voix , ses timides regards , Au gré des vents légers ses beaux cheveux épars , Et sa pâleur , touchante interprète d'alarmes , Tout attendrit mon cœur, et fit couler mes larmes. Quelle douleur, lui dis-je, obscurcit vos beaux jours Jeune vierge ? Fingal vous offre son secours. Son bras est jeune encore et n'est pas invincible ; Mais son cœur ne craint rien. Nul péril n'est terrible Pour la cœur de Fingal. — O prince généreux ! Répondit Fainasille, essuyant ses beaux jeux; Four les infortunés votre main est armée.
J'étois heureuse , hélas j'aimois; j'étais aimée. Les ruisseaux du Cromla , ses échos, ses zéphirs , Portoient de bois en bois mes amoureux soupirs , Et de mon jeune amant la colline fleurie Hépondoit aux accens de mon ame attendrie.
Un barbare, Fingal, a troublé mon bonheur.
Par la force il prétend s'emparer de mon cœur. J'ai bravé pour le fuir les* Vents et les orages. 11 me poursuit eccor , jusque» sur vos rivages.
Il roule un œil crnel sons un sourcil affreux. Son bras est redoutable et son cœur ténébreux. Son amour a glacé mon aine épouvantée.
— Jeune fleur du désert , par les vents agitée , Reposez-vous sur moi. Fingal est devant vous, Et ce n'est pas en vain qu'on presse ses genoux. Que votre cceur ému sous mon ombre respire-
Du fier Ogar , alors , j'aperçus le navire.
Le vent siffle , et déjà les flots tumultueux Poussent rapidement le guerrier, ténébreux.
Il descend. Je l'aborde avec un oeil tranquille. ■ — Ogar, des étrangers mon palais est l'asvle. Tel fut dans tous les teins l'usage de Tremmor ; Tel celui de Trathal ; tel est le mien encor. Repose-toi. Demain, à l'aurore naissante, Nous suivrons dans les bois la biche bondissante. Fainasille tremblante étoit à mon côté.
Ogar lance sur elle un regard irrité.
Il saisit , tend son arc , et sa (lèche rapide De Fainasille , hélas , perce le sein timide ! Je suis saisi d'horreur , et je sens sur mon front Mes cheveux se dresser à cet horrible affront. — Traître, dis^je , bouillant du courroux qui m'enflamme, Va ; ton cœur est atroce , et ton bras est infâme. Tous les deux, à ces mots, l'un sur l'autre élancés, Nos glaives furieux f'rajipent à cottps pressés. Le combat est sanglant ; la victoire incertaine ; Notre armure en éclats vole au loin dans la plaine. Le redoutable Ogar sent plier ses genoux.
Il tombe ; il meurt; il meurt , percé de mille coups ; Et le tratlro , expiant sa fureur et ion crime , Mêle son sang cruel au sang do sa victime.
L'un sur l'autre étendus , l'impitoyable mort Triompha de la haine et réunit leur sort ,
Et sont h même tombe, Oscar, rien ne sepere