‹ TrafalgarChapitre 9 sur 20 · LA SULTANE DU SOLEIL · texte numérisé non relu

LA SULTANE DU SOLEIL

Si tu veux la connaître, écoute Ce qu'on dit de Dai-Natbia; Pour la regarder, sur sa route, Un jour le Soleil s'arrêta.

Elle dormait, la belle flUe, Et nous vîmes, à son réveil, Sur son front, où la grâce brille, Un baiser couleur de soleil.

Sur ces fraîches rives,

Où croît le palmier,

Le roi des Maldives

L'aima le premier.

Jamais Dieu n'en fit de plus belle I Daï-Natha, trésor d'amant, Prête ses pieds à la gazelle.

Et ses rayons au firmament.

Il faut la voir avec ses charmes Qui sont le paradis des yeux :

Quand elle pleure, on a des larmes ; Quand elle rit, on est joyeux.

Sous un ciel que dore Un soleil fécond, Le roi du Mysore

L'aima le second.

Quand aux collines du Mysore Les étoiles d'or ont pâli.

Quand le palmier dit à l'aurore Le premier chant du bengali, Moi je dis aux forêts profondes Le premier chant de mon amour, Et le dernier, quand sous les ondes La nuit d'ébène éteint le jour.

Tous deux sur leur trône

L'aimèrent deux jours,

Et moi, sans couronne,

Je l'aime toujours 1

Une petite brise se leva ; la mer frissonna autour du navire ; on entendit le frôlement des flammes et des pavillons à la cime des mâts.

— Voilà le vent ! cria le capitaine.

Et le timonier courut au gouvernail.

Cette bonne nouvelle ne troubla pas le jeune auditoire clans la rêverie où venait de le plonger le chant du musicien. La voluptueuse cantilène expirait à sa note dernière, et on écoutait toujours. Ce vent si favorable était regardé comme un importun qui, brisant le calme de la mer unie, mêlait son profane murmure à la mélodie de l'amour.

TliArALCAR. I4r,

Ï.Pi^ matelots endormis se réveillaient en sursaut à l'appel du capitaine ; ils ébranlaient le pont sous leurs piedii ïourds, et le fracas des manœuvres courait de- la proue à la poupe, de l'échelle des bastingages aux balcons des huniers.

Un vent frais circulait déjà sous la tente du concert et rappelait l'auditoire au dortoir des cabines.

Le capitaine, ivre de joie, se frottait les mains, et, s'approchant de Trafalgar, il lui dit :

— A la pointe du jour, nous allons filer quatorze nœuds, comme V Erable, je connais ce vent.

— Que le diable l'emporte, ce vieux souffleur de mer ! ditTonin en se levant; il ne pouvait pas attendre le soleil !

— Quand le sud-ouest se lève avec le soleil, reprit le capitaine, il lui fait la révérence une heure après. Ignorez-vous cela, mon jeune loup de mer ?

— Et n'étions-nous pas heureux comme des rois ici y dit Tonin. Nous venons de nous ravitailler au Cap ; nous avons des biscuits, des salaisons et de l'eau pour trois mois, et cette espèce de mistral enrhumé vient nous déranger et se mettre au milieu, comme le mercredi, quand on ne le demande pas... Là, voyons, miss Liza, n'ai-je pas raison ?

— Oui, dit la jeune femme, oui, vous avez raison, et le capitaine n'a pas tort ; le calme plat faisait son désespoir, et il veut arriver.

— Parla sainte croix ! dit le capitaine, c'est mon métier d'arriver. Nous toucherons 3Iadagascar demain soir. N'êtes-vous pas content, Trafalgar ? Vous avez une bonne prime à toucher et le cutter du pirate à vendre ; ça vous mettra des gourdes à la poche, j'espère... Mon second me fait un signe... En attendant, allez prendre du repos, vous en avez besoin.

— Je descends, dit miss Liza en frissonnant ; la nuit devient trop fraîche. A demain, mon intrépide sauveur.

Et elle tendit la main à Trafalgar, qui lui dit avec émotion :

— Vous avez oublié les deux derniers vers du panlaun ?

— Non.

— Dites-les-moi.

— t.es voici, reprit la jeune fille :

Et moi, sans coiironac, Je Taime toujours.

TRÂFALGAR. U7

Et, appelant >on titVe, elle courut à IV-clielle île l'entre-pont.

Tonin reçut les souhaits de bonne nuit de tous ses amis, et, quand il fut seul sur le pont, il s'étendit sur la natte abandonnée par Liza, iit sa prière mentale du soir, et, bercé par la mer, sa chère nourrice, il s'endormit comme un enfant, ou comme Mungo- Park, ce héros dont il était jaloux.

Les émotions de toute sorte que ce jour avait amenées avec lui brisaient les forces de ce jeune et robuste marin; au moment où il allait faire son examen de conscience, le sommeil triompha brusquement de la pensée et la fit renvoyer au lendemain. Cette ardente nature du Midi avait obéi à toutes les impressions du moment en se heurtant tour à tour aux déterminations les plus contradictoires, et la chose adoptée lui paraissait toujours la meilleure. Victorieux dans son attaque contre le pirate de Madagascar, il s'était applaudi d'avoir fait une chose utile à la France, et il se composait un riant avenir de repos et de délices avec la belle Irlandaise. Puis un accident de veillée lui avait montré un héros plus grand que Nelson, cet admirable Mungo-Park, travaillant à une œuvre surhumaine, utile au monde entier, et il

44S TRAFAÎ.GAR.

rougissait alors de liii-même et de sa facile victoire. Il lui fallait aussi un continent à exploiter, un monde à découvrir, en passant à travers les peuples sauvages et les hôtes fauves, etil renonçait à l'amour, à la vie domestique, aux rêves du foyer de famille. ftDssLiza n'existait plus. Il s'applaudissait de sa virile résolution. Alors, dans le silence de la nuit, aux clartés douces des étoiles et sur une mer pleine de parfums, une voix s'élevait ; une mélodie d'amour répandait dans l'air sa volupté pénétrante, et il laissait tomber encore ses regards sur la jeune fdle qu'il ne devait plus revoir ; il oubliait tout, excepté l'idole oubliée, et il ne prenait pas même la peine de s'excuser à ses yeux de ses faiblesses coupables, se complaisant toujours dans sa dernière résolution ; et quand le sommeil de cette nuit lui aura procuré un lendemain tranquille, il n'aura retenu de la veille que son amour.

vu

LA 6TATI0N UE ItfADAGASCAft.

A six heures, le soleil s'élança de la mer, et son premier rayon horizontal réveilla brusquement Tonin.

Le jeune marin était habitué à ce chaud baiser d'ami qui interrompait son sommeil, à la même heure, exact comme un chronomètre de Cox, à réveillon.

Il donna ses deux premières pensées à Dieu et à l'Océan ; pria en regardant le ciel, sourit en regardant la mer.

La mer avait changé de toilette, elle avait revêtu sa robe de saphir, aux irangcs d'écume blanche ; elle chantait autour du navire son air le plus joyeux,

iSO TRAFALGAR.

comme une amie capricieuse, qui veut faire oublier ses torts.

Sur le pont quelques matelots, et le second veillait aux manœuvres. Le capitaine dormait après une nuit d'insomnie occupée. Un seul passager, le jeune Albertus, accoudé sur le bastingage, écoutait le chant de la mer, dans le théâtre circulaire de l'infini.

Gomme les oiseaux, les marins de Toulon se croient obligés de chanter à leur réveil ; c'est la prière du matin sur les arbres et sur les vergues.

Tonin fredonnait la fameuse romance du Point du iour de Gulistan, ou le Huila de Samarcande. Albertus, arraché à sa rêverie, se retourna et serra les mains du chanteur.

— Avez- vous fait bonne nuit? demanda Tonin.

— Excellente, mon cher camarade, dit Albertus; je n'ai pas dormi.

— Et qu'avez-vous fait ?

— J'ai écouté le concert de l'Océan ; voilà un artiste ! le Rhin et le Danube ne jn'auraient jamais appris ce que m'a enseigné ce maître. Quelle admirable symphonie! Dieu conduisait l'orchestre ; quel maître de chapelle ! pas une faute de contre-point, d'harmonie et de rhy thme ! oas une succession im-

médiate de deux octaves et de deux quintes par mouvement direct !

— Ah ! dit Tonin, vous me parlez chinois ; j'adore la musique, mais si on m'embrouille avec des mot? ponantais, je me débarque, mi debarqui.

— Oui, j'ai tort, reprit Albertus ; je croyais encore être seul.

— Pardon, dit Trafalgtir, excusez-moi ; je suis de mon pays, je suis franc comme l'or de sequin..., eh bien, tenez, je vous approuve, et vous serez un grand musicien ! c'est beau de ne pas dormir pour entendre le concert du bon Dieu.

— Mais je voyage pour prendre des leçons de musique au conservatoire du soleil, dit Albertus ; c'est une idée qui m'a pris tout à coup. Mon pays est en feu; on se bat partout, et je me suis dit : On fait la guerre pour avoir la paix dans cinq ou dix ans, commençons par la lin, et faisons la paix.

— Tiens ! dit Tonin, je n'aurais pas trouvé cellelà ! Oui, c'est juste; puisqu'on se bat pour avoir la paix, on devrait faire la paix avant la guerre, et on épargnerait tout l'argent qu'on a dépensé pour acheter du sang que personne ne boit... Je me convertirai peu à peu.

— Et moi, reprit Albertus, je me suis donné mie mission pour convertir les peuples. Quand tout le monde chantera d'accord, tout le monde vivra d'accord. La musique civilisera l'univers, excepté les musiciens. Mais qu'importe ; le bien général sera t'ait : les musiciens se disputent, mais ils ne se battent pas.

'— Mais vous vous êtes très-bien battu, vous, hier, mon petit Allemand ! dit Tonin.

— Oui, avec des pirates qui n'étaient pas musiciens, reprit Albertus en riant; mon maître Gluck s'est battu avec un voleur de grand chemin, sur la route de Leipsig-.

— Oh ! ce grand Gluck ! dit Tonin, et il entonna : J'ai perdu mon Eurydice 1,.. et moi aussi !.., A propos, miss Liza se lève bien tard, aujourd'hui... Comment trouvez-vous cette Anglaise, Albertus ?

— Avons parler franchement, mon cher Tralfalgar, je me suis imposé le devoir de ne faire aucune infidélité à ma seule maîtresse, la musique. Quand j'aurai fait mon opéra à.'Adamastor^ je songerai à l'amour.

— C'a m'arrange, lit Tonin ! j'avais peur de vous; un jeune blondin qui chante bien et joue de la man-

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dolitie est très-dangereux comme rival, à bord surtout... Sera-t-il long votre Adamastor '{

— Trois actes.

— Est-il avancé ?

— Je n'en ai pas écrit une note. Cette nuit, j'ai fait le plan de l'ouverture ; le récit d'Asthon m'avait enflammé le cerveau.

— Ah ! oui, dit Tonin, je comprends; en voilà une d'ouverture ; elle est plus belle que celle de la Caravane de M. Grétry. Les lions, l'ouragan, les boas, les grincements des cordes de fer, si vous parvenez à mettre tout cela en musique, vous étouffez Gluck.

— Vous voyez, reprit Albertus ? que je proiitc de de tous les accidents de mon voyage. Là, de bonne loi, peut-on faire de la grande musique, si on n'a pas entendu tout ce que chante, sur tous les tons, le plus fort et le plus complet des musiciens, l'univers?

Un cri soudain, tombé des hunes, interrompit l'en- U'clien et mit tout le monde sur le pont. C'était le cri joyeux qui fait toujours tressaillir les équipages, e t il n'a qu'un mot : ^

— T'^tre !

Miss Liza parut la première et dans ui.' dcsorarc

io4 TRAFALGAR.

de toilette que la circonstance rendait excusable.

Ses beaux cheveux se déroulaient en boucles sur ses épaules nues, et le sari indien dont elle s'était enveloppée à la hâte était retenu provisoirement par les mains.

Elle regarda le point noir qui attirait tous les yeux vers l'horizon et descendit. Ce fut une apparition' éblouissante. Tonin joignit ses mains et prit la pose de l'adorateur. Il faut avoir voyagé sur mer, dans les beaux pays, avec un gynécée flottant, pour comprendre ces ineffables extases, ces joies intimes de l'artiste lorsqu'au lever du soleil, on voitlever aussi, comme son digne cortège, une essaim de jeunes femmes qui viennent savourer la fraîcheur embaumée du malin, et accompagner de leurs sourires les petites vagues de la mer. C'est un spectacle à faire renoncer aux cages numérotées des villes et aux petits levers des alcôves froides; il faudrait donner à toutes les aurores de sa vie ces extases matinales de la Méditerranée et de l'Océan.

— Nous filons dix nœuds! criait le capitaine d'un ton triomphant; avez-vous vu un fin voilier comme mon Albatros, monsieur Trafalgar ?... Eh bien, vous ne répondez pas ?

— Oui, oui, dit Tonin, comme un homme réveillé en sursaut... Oui, je réponds...

— Quoi ?

— Je réponds à ce que vous m'avez demandé...

— Oui, ou non ?

— Oui.

— Ah ! Trafalgar, mon ami, dit le capitaine, vous avez perdu la boussole. La passagère a mis le grappin sur le passager. Vous naviguez à pleines voiles vers le port du mariage, et après, bonsoir ! vous désarmez ; on vous amarre à la côte, comme un ponton invalide et rasé. Le loup de mer descend de la vergue, il se fait touterelie et roucoule sur un perchoir.

— Attendez donc que je sois marié pour me chanter cette complainte, dit Tonin; une femme ne m'empêchera jamais de faire mon devoir ; mais j'aurai toujours un grand plaisir à la regarder. Vous, capitaine, vous êtes du pays des ours blancs; il neige dans votre cœuret, si vous étiez saint Antoine, vous n'auriez pas grand mérite à résister à la tentation.

Et comme le capitaine battait en retraite en riant, il ajouta :

"oS TKArALGAR.

— Attrape toujours ça, mon ponantais ; cela t'apprendra à te mêler de ce qui te regarde.

Déjà les passagers se préparaient à la descente et faisaient leur toilette de terre : Tonin donna un regard à son costume de bord, et le trouva fort dévasté ; heureusement pour le jeune amoureux, il avait une ample provision de basin anglais, de coutil d'Espagne et de nankin des Indes. A Cadix, Donnadieu lui avait donné de quoi se vêtir de neuf pendant dix ans.

Il soigna donc sa mise, comme fait le jeune colon qui médite une conquête à la messe du dimanche, et, quand il reparut sur le pont avec son pantalon rayé, comme un fanfre et à charivari, son gilet Barras, où flottait le fm jabot de batiste, et sa veste de nankin à brandebourgs de soie, il n'aurait pas redouté la concurrence du fils de Palmer de Batavia.

Quand un navire est sur le point d'aborder une terre nouvelle, la conversation des passagers tombe îialurellement sur le pays qui se révèle à l'horizon. En ce moment, on faisait cercle autour d'un Américain, qui parlait de Madagascar, où il était établi. En voyant approcher Tonin, il interrompit son discours cl lui dit ;

— Si j'avais votre jeunesse, votre vigueur et votre audace, j'accepterais l'iiéritage de votre compatriote Rougemont, et je fonderais une nouvelle France à Madagascar.

— Je ne connais pas du tout ce pays, dit Tonin ; mais je crois que le bon Dieu ne Tapas fait sortir de la mer pour obliger éternellement des sauvages qui adorent des manitous.

— Oui, monsieur, reprit l'Américain, cette île a un avenir ; Madagascar n'est pas fiévreux partout. En attendant que les rizières dessèchent les marécages pernicieux, ce qui vient d'arriver dans l'Inde, sous l'administration de lord Cornwallis, vous avez déjà des localités saines aux deux extrémités de File, surtout à Diego-Suarez, au cap d'Ambre, à Nossi- Bé, au port Louquez, et vers les baies de Vohemare, d'itbnty et de Narrenda.

— Etàquiappartiennentcespays'MemandaTonin.

— A vous, reprit l'Américain.

—A moi ! fit Tonin ébahi.

— Eli ! oui ; si vous voulez les prendre.

— Mais, dit Tonin, on ne fait pas tout seul la conquête d'un pays.

— Oli ! vous avez un aide puissant.

n% TRAFALGAR.

— Lequel ?

— La Providence.

— OuijditTonin, je compte beaucoup sur la Providence, je suis de Toulon ; mais enfin je n'étais pas seul hier quand j'ai pris le pirate ; la Providence m'avait envoyé de bons et courageux amis.

— Eh bien, dit l'Américain, la Providence vous a donné par milliers des amis à Madagascar; ce sont les Sakalaves, les ennemis des Ovas et les amis dévoués de la France. Il leur manque un chef et des armes : soyez ce chef, les armes viendront.

Tonin s'abîma dans ses i éflexions : il songeait à Mungo-Park.

— Voilà une chose qui serait utile à la France, lui dit tout bas Christian.

— Oui, dit Tonin, avec un soupir (4).

— Vous aimez la chasse, sans doute ? demanda l'Américain.

— Je suis de Toulon, répondit Tonin.

C'était tout dire, en sa quahté de Provençal né chasseur dans un pays sans gibier.

(1) C'est l'intrépide Fortuné Alhrand, frère du conseiller municipal de Marseille, qui, en 1817, a voulu continuer l'œuvre de Rougemont à Madagascar; une maladie l'a enlevé au moment où ses travaux allaient être couronnes par le succès.

— Eh bien, reprit l'Américain, nous avons à Madagascar des forêts superbes, où le serpent et la bête fauve n'ont jamais paru, et qui sont pleines de petits bœufs sauvages, de toute sorte de gibier, et de cailles excellentes.

A ce mot, le chasseur de Toulon bondit de joie. En octobre, les cailles donnent trente matinées de bonheur ineffable à cinquante mille chasseurs de Marseille et de Toulon.

— Et ces cailles, demanda Tonin, sont-elles de passage, comme auxSablettes et à Saint-Mandrier ?

— Non, elles ne traversent jamais le canal de Mozambique ; elles sont fixées à Madagascar.

— C'est décidé, dit Tonin, j'accepte l'héritage de Rougemont.

— Monsieur, dit l'Américain, je suis heureux de vous avoir fait prendre cette bonne résolution, et j'espère que vous voudrez bien descendre chez moi à Sainte-Marie. Il me sera difficile de reconnaître le service immense que vous nous avez rendu hier à tous ; mais je ferai tous mes efforts pour vous rendre agréable le séjour du pays, et vous fournir tous les moyens de mener à bonne fin votre expédition.

Toiiiii accepta, en serrant la main de rAméricain, et, prenant à part Christian, il lui dit :

"— Nous ne nous séparons pas, j'espère. Tu es invité comme moi.

— Soit, dit Christian ; ainsi te voilà donc bien décidé à t'arrêter à Madagascar ?

— Oh ! très-décidé. Je veux être le Mungo-Park de ce pays. J'emploie les neuf mille francs du pauvre Dervieux à acheter des armes pour les Sakaiaves. Puis- je mieux employer son argent ?

— C'est très-bien, dit Christian... Ah ! j'oubliais un détail insignifiant !

— Lequel ?

— Et miss Liza ?

— Pardi ! je l'épouse en arrivant. Nous sommes très-bien ensemble... Arthur m'a dit que Mungo- Park est marié et qu'il a trois enfants. Les Anglaises ne vivent que des émotions de leurs maris; c'est leur bonheur.

Le navire arrivait à Sainte-Marie.

Miss Liza n'avait plus reparu sur le pont.

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