‹ TragaldabasChapitre 46 sur 96 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

Remède sacré! lait de la noire nourrice!

Plus puissant que celui qu'au berceau j'ai tété :

J'y bus la vie, ici je bois l'éternité!

DON ELI SE 0, accourant.

Du poison!

J'ignorais, senor... J'avais cru clore La porte...

DON ELISEO.

Ah ça, comment! tu vas mourir encore!

C'est la dernière fois.

DON ELISEO.

Et tu ne diras pas Aujourd'hui que tu n'es pour rien dans ton trépas! Ta raison de mourir?

Votre raison de vivre?

Entre nous, l'existence est un assommant livre. Tenez, je trouverais simple et raisonnable, oui, Qu'un homme se tuât seulement par ennui D'avoir à s'habiller tous les jours. Valet, maître, Voici la vie : ôter ses bas pour les remettre. Senor, comprenez-vous quelque chose de plus Écœurant à la fin que ce flux et reflux D'étoffe? Heureux les chiens ! quand je vois que les bêtes N'ont ni botte à leurs pieds, ni chapeau sur leurs têtes,

Ni culotte, il me vient un si parfait mépris De notre humanité — que souvent il m'a pris. Au risque d'égayer une foule accourue, Une tentation d'aller nu clans la rue!

Mais la police!... Encorsi vêtu, j'y consens, On l'était pour un laps, je ne dis pas dix ans, Mais si l'on n'utait pas sa chausse à peine mise! Si l'on était un an sans changer de chemise!

DON ELISEO.

Ce serait excellent, je suis de votre avis,

Mais cependant, mon cher, je m'habille, et je vis.

Personne ne va nu dans la rue, et l'on change

De chemise, c'est dur, mais enfin on s'arrange

Le mieux qu'on peut avec les ennuis d'ici-bas.

Du courage! Voyons, mon bon Tragaldabas,

L'homme d'esprit maudit ses bottes, et le sage

Intérieurement gémit du blanchissage,

Mais ils ne voient pas là des motifs de poison.

Les hardes ne sont pas mon unique raison.

DON ELISEO.

L'autre?

TRA.GALDA.BAS

Je dois la taire.

DON ELISEO

A moi !

Pourquoi ?

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