‹ TragaldabasChapitre 47 sur 96 · ACTE TROISIÈME · texte numérisé non relu

ACTE TROISIÈME

Plus qu'à personne.

DON ELISEO.

N'insistez pas, sefior. Je m'empoisonne Devant vous, excusez...

Il porte la fiole à ses lèvres.

DON ELISEO, lui arrêtant le bras.

Eh bien!

A part.

Si Caprina

M'entendait?

A Tragaldabas.

Mais vraiment c'est impossible ! On a Besoin de vous! Tragal, c'est moi qui vous en prie. Tragal, ne privez pas de vous votre patrie! Vous n'avez pas le droit, quels que soient vos dégoûts, De vous tuer, après ce que j'ai fait pour vous, Et votre suicide est de l'ingratitude ! On se distrait, on a la lecture, l'étude Des hautes questions, des amis. Justement Je venais vous offrir un divertissement. Mon oncle va donner une fête à l'armée. Nous irons. Vous savez que l'église est fermée Pour les suicidés ! Nous nous amuserons. Je viendrai vivre ici. C'est dit, collaborons. Que de choses il reste, à votre âge !

Peut-être Qu'à mon âge, en effet, je pourrais encor mettre Huit ou neuf mille fois des jarretières ; mais, Comme voici déjà quarante ans que j'en mets, J'ai cessé d'y trouver un intérêt immense. Embrassons-nous.

DON ELISEO.

Ah çà, mais c'est de la démence!

On ne se détruit pas sans dire au moins pourquoi ! Vous vous damnez. Et puis, que deviendrais-je, moi? Dites votre raison, au moins!

Si je vous cède, Jurez-vous de ne pas me proposer votre aide?

DON ELISEO.

Mais...

Je refuserais, d'ailleurs. Donc, je subis Votre exigence. Eh bien, l'horreur de mes habits Ne compte que parmi mes tristesses cadettes : Mon aînée est que j'ai trois cents ducats de dettes.

DON ELISEO, commençant à comprendre.

Ah!

J'ai joué, seilor, et les dettes de jeu, Vous savez, c'est pressant.

Page 1