O AMMA
Prince mortel en ce monde ne vit
uS/aim fain S. — 122 nourrir nourir S. — 123 débilite : débilite. P S A M. — 133 Abinadab, frère de David. S ; Abin. M ; fr. P A M ; Da. P A ; Dav. M (Introd. 53). — 135 vid veit M.
A qui soyons de plus près attenus.
1^0 Que fussions-nous ensemble devenus
Sans ce bon Roy, qui au lieu de Maspha
Benignement nous receut et sauva,
Lors que Saul conceut en sorte telle
Contre David, une haine mortelle, 45 Dont nous souffrons aujourdhui ceste guerre,
Fuyans, errans, bannis de nostre terre ?
Ainsi souvent Dieu eslargit ses biens
A ses enfans, par ceux qui ne sont siens.
Nous cependant sachans que Dieu les donne, [50 Recognoissons du Roy la grâce bonne.
Il est bien vray que chez lui nostre père Et nostre mère ont demeure prospère.
Et qu'à David il a dit et promis De les traitter et tenir pour amis :
155 Mais si Saul venoit à nous deffaire,
Ils pourroyent voir en danger leur affaire.
Et qu'envers nous il manqueroit de foy.
On voit souvent que' le dire d'un Roy
Tient pour un temps, puis vain en l'air s'envole.
160 Et qu'est un Roy s'il ne tient sa parole ?
AbINADAB, frère de David.
Nous n'en avons que trop d'expérience, Mesme en Saul, qui en sa conscience Savoit de vray qu'à David il devoit Merob sa fille, et promise l'avoit
145 aujourdbui aujourd'huy S ; aujourdhuy A M (Introd. 35, 52). — 149 sadrans sachant S; sçachans M (Introd. 42)- — 152 ont demeure prospère. Faute d'impression : demeuré A M. — 154 amis : amis, P S; amis. A M.
l88 TRAGEDIES SAINCTES
i6$ A qui veinqueur, par heureuse conqueste,
De Goliath rapporteroit la teste.
Mais icelui par David mis à mort,
Crainte il n'a eu de lui en faire tort :
Et d'une foy à l'instant variée, 170 Secrètement ailleurs l'a mariée.
OAMMA.
Ne lui a-il depuis, faux et perjure.
Fait de Michol encores plus d'injure.
Son autre fille, ayant donnée icelle A Phaltiel, bien que fille pucelle, 175 En grand honneur de nopces et festins,
Voire pour cent prépuces Philislhins, L'eust à David auparavant donnée ?
Eliab.
Que vaut la gloire en ce monde ordonnée ?
Mieux nous valust que jamais n'eust esté 180 Par nostre frère honneur tel conquesté
En Israël, que d'estre du Roy gendre, Dont telle envie encontre lui s'engendre.
AbiNADAB, frère de David.
C'est ce qui fait qu'ainsi de maux urgens Sommes battus, errans, et indigens, 185 Et que dangers occurrens mille et mille
Ainsi sans fin pressent nostre famille.
OAMMA.
O que bien plus la maison paternelle Nous seroit douce, et que fussions en elle
167 kelui iceluy SAM (Introd. 33). — 168 tort : M ; tort. P S A. — 171 perjure parjure M. — 172 encores encore M. — 177 auparavant A M ; au paravant S. Faute d'impression : aup ar avant probablement pour au paravant) P.
Passans les nuicts en paix, et les jours maints, 10 Gagnans la vie au travail de nos mains !
Mais comme il plaist au Seigneur, c'est raison Qu'il soit ainsi, auquel nostre oraison Continuelle et ardante s'adresse.
C'est lui, qui seul nous mettra hors d'oppressé.
JOAB
?S J'ay horreur, Abiathar, d'ouir ce qu'en ce poinct Tu contes de Doeg.
Abiathar.
Encores n'est-ce point Le disme de ses faicts et cruautez commises.
Abisai.
Peut Saul se servir des fausses entremises D'un homme si meschant ? peut-il prester l'oreille 200 A ce qu'un homme tel lui rapporte et conseille ?
ASAHEL.
Que feroit autrement, sinon suivre en tout lieu Toute meschanceté, l'homme laissé de Dieu ?
L'esprit malin le tient, l'agite, et le tormente, Et le met à tous coups en fureur véhémente.
ACHIMELECH.
205 Encor* lui va-il pis, que loin de sa personne David est fugitif, qui de sa harpe sonne Les louanges de Dieu. Car quand il en faisoit Le doux son resonner, son mal il appaisoit.
Mais poursui (je te pri') Abiathar, à nous dire
210 De Saul et Doeg l'impatience et l'ire.
loo Gagnans Gaignans M. — 198 fausses faulses M. — 201 Que ferott Faute d'impression : Qui feroit A M. — 20$ Encor* Encor S. — 209 poursui poursuy A M (Introd. 34). — pri^ pry M.
Abiathar.
Doeg donc non content de voir Saul ainsi Indigné contre nous, eut encores souci L'enflammer davantage, et adjousta que nous Voulions David défendre, et garder contre tous,
31$ Mesme encontre Saul, duquel à l'avenir
L'ennemi nous voulions contre lui soustenir.
Et traistres vouloit-il par cela nous prouver. Que lors que vint David à Nobé nous trouver, Il avoit eu de nous confort en plusieurs sortes,
220 Et que devant ses yeux mon père (dont tu portes Le nom, Achimelech) par grande affection L'avoit repeu des pains de proposition :
Qii'armee il lui avoit la dextre de l'espee Dont le fier Goliath eut la teste couppee :
225 Qu'il s'estoit entremis à Dieu conseil requerre Pour lui, afin qu'il peust au Roy faire la guerre : Que tous, en gênerai, avions dit et promis De le fortifier, et de lui estre amis :
Que tousjours contre tous nostre foy conjurée,
230 Voire encontre le Roy, lui seroit asseuree.
JOAB
Et le Roy, ce rapport malheureux entendant, Voulut-il point cognoistre et ouir cependant La défense de vous ?
Abiathar.
Il se tourna soudain Vers mon père, et lui dit, par grand' ire et desdain, 2} 5 Que le Roy il cerchoit rendre pris et trahi. Que lui, et nous ensemble, et le fils d'Isai,
22^ couppee coupée M. Faate d'impression : couppe S (Intiod. ix). — 234 grande grand S. — 236 Isai, Isai P S A ; Isaï M (Introd. 37).
Avions tous conjuré contre lui, dont la vie Finir il nous feroit d'une mort desservie.
Abisai.
O sentence de Roy trop légère et soudaine !
240 Qui sans avoir cognu la vérité certaine D'un cas mis en avant, ni entendu quel est Le vray mérite, en juge, et en donne Tarrest.
ASAHEL.
Mais quand ton père ouit prononcer en ce poinct La sentence de mort contre soy, fut-il point 245 Estonné au visage ?
Abiathar.
Il ne monstra semblant Que de frayeur il eust le courage tremblant, Ains avec asseurance à dire il poursuivit Qu'homme n'estoit fidèle au Roy comme David, En qui fait apparoir le Seigneur sa vertu,
250 Par qui gist à l'envers Goliath abbatu,
Par qui frayeur et crainte aux Philisthins s'engendre, Qiii en route les met, qui mesme est du Roy gendre: Qu'au vray il l'a repeu des pains de l'offertoire, Et que le glaive aigu conquis par sa victoire
2$ s Sur le fier Goliath, il lui avoit rendu.
Mais que lui ni les siens n'ont jamais prétendu Ni fait contre le Roy, ni pensé rien quelconques, Et aussi peu David, lequel ne lui fut onques Que loyal et entier. Dit encore à sa voix
260 Que lors n'estoit la seule ou la première fois. Mais qu'en humilité paravant des fois maintes
2$2 gendre : gendre. P S A M,
Il avoit pour David, en ses prières sainctes. Requis conseil à Dieu.
ACHIMELECH.
La response modeste De ton père, selon que ton dire l'atteste, 365 Devoit suffire au Roy, ou, sans estre irrité. Il devoit mieux d'ailleurs savoir la vérité.
Abiathar.
Mais à la remonstrance entière, et au vray dire Qji'à l'heure il entendit, fut-il de plus grande ire A l'instant enflammé, si que son ardeur lente 270 Se tourna en fureur cruelle et violente.
JOAB
Tel courage indigné de courroux apparent Encontre qui l'appaise, est semblable au torrent Qui meine peu de bruit où rien il ne rencontre Qui l'empesche à couler : mais si tost qu'alencontre 275 De son cours où il passe, il trouve d'aventure Ou arbres, ou rochers, et n'a libre ouverture, Là de grande ire esmeu contre l'obstacle et bonde. Bruit, saute, escume, et boult, de ferveur furibonde.
Abiathar.
Soudain, sans plus enquerre, il commande que tous 280 Les soldats d'entour lui, tuent mon père et nous. Il veut qu'à nostre mort n'y ait respit ne terme.
Abisai.
O volonté soudaine, en lieu de raison ferme !
Abiathar.
Mais de son mandement ils eurent tous horreur :
283 horreur : horreur. P S A M.
Et ne se meut aucun pour suivre sa fureur.
85 Dont commanda le faire à Doeg le maudit :
Lequel en sa présence (aussi tost fait que dit) N'ayant au sainct Ephod, dont nous estions couverts, Aucunement esgard, des flancs donne à travers, Et met à mort mon père, ensemble tous il tue
290 Les Sacrificateurs, sur lesquels il se rue.
ASAHEL.
O dure cruauté ! ô, voyez ici comme
Est prompt et volontaire à mal un meschant homme I
Abiathar.
Quand je pense à l'horreur cruelle et véhémente De telle occision, mon cœur en moy lamente.
295 Car des Prestres veillans aux offices divins. Cinq il en mit à mort par dessus quatre vingts. Ce qu'assez ne lui fut : ains de rage incité, Il fit les habitans de Nobé, la cité Des Sacrificateurs, tous mourir à l'instant,
500 Enfans, femmes, bestail. Moy, seul homme restant Et sauvé de ses mains, par le Seigneur qui vit. Venu suis au deslert, où j'ay trouvé David, Auquel, ainsi qu'à vous, j'ay le tout fait entendre.
ACHIMELECH.
L'entendant que dit-il ?
Abiathar.
Qu'on ne pouvoit attendre 305 D'un meschant que tout mal, et qu'il ne doutoit point, Puis que Doeg présent avoit esté au poinct Qu'il passa par Nobé, où il mangea et but,
285 maudit : M; maudit. P S A. — 507 but beut A M. Tragédies sainctes, 1 j
Et OÙ des pains sacrez mon père le repeut,
Que tout le faict au Roy seroit, et plus en somme
)io Tost après rapporté par ce malheureux homme. Il conceut en son ame un dueil amer et fort, Dequoy cause il estoit de la cruelle mort De tant de gens de bien : puis il me dit à Theure Qjae je fisse avec lui désormais ma demeure,
}i$ M'asseurant contre tous, d'une volonté bonne. Me défendre et garder, ainsi que sa personne.
JOAB
Ce recueil de David attendre on pou voit bien. Qui les meschans déteste, aime les gens de bien. Qui a de Dieu sur tout la crainte en souvenir, }2o Et Tamour en son cœur. Mais voy-le ci venir.
Il vient vers nous (ce croy-je) afin qu'il nous conforte Pour l'exil qu'avec lui souffrons en peine forte.
Eliab.
Je voy venir nostre frère vers nous.
Allons à lui, afin qu'ensemble tous 325 Nous entendions ce qu'il nous voudra dire.
AbINADAB, frere de David.
Si aujourdhui, qui est des jours le pire, Du pain pour vivre il avoit obtenu D'aucuns voisins, ce seroit bien venu.
S'il ne nous dit quelque nouvelle bonne 330 D'aucun secours, qui au désert nous donne
Relasche aux maux, par quelques jours meilleurs, Il nous est force aller cercher ailleurs
313 bieft : puis M; bien, puis P S A (Introd. 27). — 331 quelques joitrs SAM. Faute d'impression : jour P.
Dequoy manger. La faim chasse souvent Aux champs ouverts, à la pluye et au vent 335 Hors des forests, mainte sauvage beste,
Pour trouver proye, et se jetter en queste.
David.
Mes frères, mes amis, qui sans vostre desserte, Parmi ceste contrée infertile et déserte Endurez maints travaux, aveques moy unis,
340 De vos maisons pour moy indignement bannis : Il n'y a gent souffrant peine dure et moleste Dessous le courbe tour de la voûte céleste.
Tant que vous en portez. Mais espérer il faut En Dieu, qui nous viendra conforter de là haut.
345 Car qui se fie en lui, quelque douleur qu'il porte, Cognoist sa patience en fin plus vive et forte Que le mal, tant soit grand, qui l'a peu oppresser. Au Seigneur donc faut-il de cœur nous adresser. De peines estes-vous sauvez, par sa merci,
350 Autant grandes encore ou plus que ceste-ci. Tout à son gré par tout il dispose et gouverne. Il nous a d'Odollam nourris en la caverne.
Lors que nos ennemis, par les monts, et les champs, Nos âmes poursuivoyent, et nous alloyent cerchans .
3S5 Ce fut lors que vers moy vous retirastes tous, Et vostre chef me faire adonc voulustes-vous. Là ayans quelque temps demeuré demi-morts, Le Seigneur par sa main nous en vint tirer hors. Au désert de Maon, entre les autres fois
360 Se monstra-il pour nous, quand aux rochers et bois Saul nous poursuivant, on le vint advertir Des Philisthins marchans, et lui convint partir,
337 desserte, desserte P S A M. — 342 Dessous Faute d'impression : Dessus S. — 344 là la S. — 357 demi-morts demi-morts A.
Sans nous battre, et presser de plus longue poursuite.
Ainsi ont du Seigneur ses enfans la conduite. î6$ Aux espions de Ziph il ne voulut permettre
Faire ce*qu'ils avoyent osé dire et promettre.
Assavoir de me prendre errant en desarroy,
Et soudain me livrer entre les mains du Roy.
Sur toutes les faveurs tant grandes que je di, Î70 II se voulut monstrer pour nous en Engadi,'
Où nous estans cachez dedans la fosse noire,
Saul y vint entrer seul et sans armes, voire
S'y estant retiré à son secret affaire, .
J'en bien en ceste main pouvoir de lui mal-faire : 37S Ce que Dieu ne permit. Seulement d'un Cousteau
Couppay, en m'approchant, le bord de son manteau.
Lui l'entendant à l'heure, et que je n'avoy' point
Voulu toucher le Roy, qui du Seigneur est l'Oinct,
Cognut et déclara mon innocence pure, 380 Et que sur lui estoit du Seigneur la main dure.
Si depuis a esté sa cognoissance vaine,
Et s'il a persisté me porter toute haine.
Il ne nous faut laisser d'avoir espoir pourtant
En Dieu, qui va les siens à jamais supportant. 38$ Il nous est seure garde : et qui se fie en lui.
Son espoir est fondé sur un tresseur appui.
Or sommes-nous pressez d'une faim trop urgente :
Et de marcher armé Saul se diligente.
Pour nous venir trouver, j'en suis bien adverti. 390 II nous faut éviter aujourdhui le parti
374 mal-faire: M ; mal-faire. P S A. — 375 Cousteau couteau A M. — 377 à l'heure S AM. Faute d'impression: a P. — avoy* avoye PAM; avoy S. — ^86 appui appuy SA M (Introd. 32). — 387 Or sommes-nous presse^... Aligné dans S ; en retrait dans P A, mais par suite de la disposition du recto en haut de page au-dessus de la musique (Introd. 7) ; en retrait dans M. — urgente: urgente. P S A ; urgente, M.
D'estre en ce lieu surpris, et que de son armée Le passage gagnant, soit la nostre enfermée.
Mal d'un trop grand danger pourrions estre délivres, Et perdrions le moyen de secours et de vivres,
395 Sans le Seigneur, duquel est sans fin la bonté, Et dont le bien vers nous ne peut estre conté. Donques sous sa conduite il nous faut, mes amis, Partir, et point n'attendre ici nos ennemis.
Il faut que de Hareth à grand' haste on regagne
400 Le bois, et d'alentour les monts et la campagne. Mais avant que partir, louons tous en ce lieu Par un cantique sainct, le Nom de nostre Dieu.
Canticiue de David.
Dieu tout-puissant. Dieu de qui la main forte Encontre tous nous défend et conforte, 40s Ton Nom, Seigneur, sans fin nous chanterons.
En toy sans fin. Seigneur, nous espérons.
Seure est en toy nostre vive espérance.
Et nulle en nous des hommes l'asseurance.
En ce désert nous consume et nous mine 410 La peur tremblante, et la triste famine :
Près de la mort ici sommes-nous mis.
Forte est sur nous la main des ennemis, Qui vient armée à force nous poursuivre.
Mais ton secours, ô Seigneur, nous délivre.
41 s Délivre-nous, et de l'armée adverse.
Dieu tout-puissant, la puissance renverse.
Monstre sur eux évident ton secours :
^02 Nom nom S. — 403 forte P (Cantus, Ténor) S ; forte, P (Altus, Bassus) A M. — 406 En toy Faute d'impression : Et toy A. — 410 famine : M ; ffimine. P S A. — 41$ Délivre-nous Délivre-nous M. — 417 secours: secours. P S A ; secours, M.
Qpe vain ne soit l'espoir et le recours De tes enfans, qui pour ton alliance 400 Ont en toy seul certaine confiance.
Nostre faim dure allège, et te recorde A tous les tiens faire miséricorde, Pour ton Nom sainct, pour ta haute bonté, Afin que soit à tous peuples conté 42$ L'honneur, le prix, la grand' beneficence
De nostre Dieu, plein de magnificence.
Satan.
Moy, que je me désiste, et que je vienne au poinct De ne le plus tenter, et ne poursuivre point ? Non, je ne cesseray, que par toute traverse
430 La foy qu'il a tant forte en fin je ne renverse. Ne le pourray-je pas ? Si, je le pourray, si. Si j'ay veincu Adam, je pourray veincre aussi Les enfans malheureux. Car si le premier honime Que Dieu créa jadis pur, sainct, et entier, comme
43$ Trassant et pourtrayant en lui sa vive image. Est tombé par ma ruse à son mal et dommage, Si pur et sainct luimesme Adam ne s'est tenu Que son Dieu délaissant, à moy ne soit venu.
Se défendront de moy les autres par le monde,
440 Q.ui sont tous engendrez d'une semence immonde. Tous enfans de péché, tous subjets à la mort ? Mais une foy en Dieu m'est contraire si fort, Qjie plusieurs s'asseurans de leur Sauveur promis. Me sont en ceste foy obstinez ennemis.
44S Le mesme premier homme, arresté ferme en elle, A tenu le chemin de la vie éternelle.
435 Trassant Traçant M. — 437 luimestne luymesme SAM (Introd. 33).
Puis Habel, Abraham, Moyse, et autres maints, Sont en ceste foy vive eschappez de mes mains. Leur ayant Dieu voulu communiquer sa grâce,
450 Grâce, qui à salut guide par ceste trace
Les eleus, maugré moy. Mais premier en ce temps J'ay crainte que David, la fin où je pretens Ne me vienne empescher, par trop avoir fiance En Dieu, dont Israël tient seure l'alliance.
4SS Faire tant je ne puis, par toute atteinte et voye. Que tousjours son espoir plus certain je ne voye. Car si tost qu'à branler quelquesfois je le presse. Son cœur invoque Dieu, qui soudain le redresse. Si ne perdray-je temps, ni tant soit peu de terme,
460 Sans tendre à renverser ceste espérance ferme Qui le tient arresté : comme (meschant et fin) Aux hommes décevoir je travaille sans fin.
Mestier ay de ce faire, et que rien je n'oublie : Trop seroit autrement ma puissance afifoiblie,
46$ Et mon règne amoindri. Car ce Dieu qui tout peut, Par sa pure bonté sauver le monde veut :
Mais à sa volonté par tout, moy et les hommes, A grâce, et à tout bien, tousjours contraires sommes. Suivant donc ma nature, il faut que m*estudie
470 A cela, qu'en David la foy soit refroidie, Voire du tout esteinte : et cependant faut-il Qu'en ce désert profond de Ziph, lieu infertil, Où il chante de Dieu la louange en cantiques, Saul prendre le vienne, et que par mes pratiques 475 II demeure assiégé, si bien qu'il n'ait loisir D'en sortir, comme il pense, et en a le désir.
447 maints, maints P S A M. — 451 eleus esleus A (Introd. 46). — 4$2 David, M ; David P S A. — • 457 branler bransler M. — 466 veut : veut. P SAM. — 467 par tout, par tout P S A M.
Il a bel à chanter son Dieu, son Roy, son Père : Si ne partira-il, comme il se délibère.
Q}ie Saul soit si près encor' ne sait-il pas,
480 Q}ii lui ferme l'issue, et ja gagne le pas Au droit de Jesimon, où en haste subite D'Hachile il monte ja la montagne petite.
Les habitans de Ziph sont allez à propos L'advertir, et troubler sa paresse et repos,
48$ Pour soudain s'en venir David ici surprendre.
Ainsi ont peu de moy ces bonnes gens apprendre : Ainsi les ay-je induits, afin qu'à leur rapport, David ici surpris sans secours ne support.
Vienne es mains de Saul, qui, s'il le tient un coup,
490 Vivre ne le lairra sur la terre beaucoup.
Car outre le vouloir tant mauvais qu'il lui porte, Il croit le faux Doeg, qui l'anime et enhorte Contre lui et les siens. Doeg est bien celui Par qui je donne aux bons travail et dur ennui.
495 Doeg, et autres tels, sans paix ne cesse aucune, Vont Saul incitant à envie et rancune, Pour opprimer David, qui, avec sa famille Sont environ six cens, les autres sont trois mille, Tous hommes combattans, tous à l'élite pris.
Soo J'acheveray ce coup ce que j'ay entrepris.
Il ne peut eschapper, non, son espoir est vain : Il faut ou qu'il se rende, ou qu'il meure de faim. Mais c'est grand cas encor' qu'en ceste faim moleste Il chante à pleine voix l'honneur du Dieu céleste.
S05 Dieu le pourra sauver. Je suis confus en moy. Je ne say où j'en suis. Maudite soit la foy.
477 ^ere : Père. P SA; Père, M. — 486 apprendre : apprendre. P A ; apprendre S ; apprendre, M. — 493 ului celay SAM (Introd. 33). — 494 ennui ennuy A M (Introd. 32). — 501 vain : M; vain. P S A. — $03 grand cas Faute d'impression ; grande M.
stres, s nostres,
bouche.
: une souche,
JS
dmoneste.
et honneste) nts, dans, ice
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It qu'elle endure, i dure 3endant
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AtDfctQfcj^ "l'orrez.
*»taimiu .uvages,
'"^^^ fmtfktt^ ' "*^' P s A M. — 51
M; ici. PS A. ~ ;, P S A M. — (leçon douteuse).
53$ Ainsi mon venin goutte à goutte
Coule au cœur du Roy qui m'escoute.
Il est prest à m'ouir et croire,
Qpand je lui parle de sa gloire,
Et grand' joye au ciel le ravit, 540 Lors que je lui blasme David,
Lequel toutes d'une accordance
Un jour les filles à la danse,
Qpand on celebroit les festins
Pour la route des Phîlisthins, .
$4$ Sur le Roy exaltèrent tant.
Car elles dirent, en chantant,
Que Saul à mort avoit mis
Mille hommes de nos ennemis.
Et que David, homme plus fort, $$0 En avoit mis dix mille à mort.
Depuis ce jour, le Roy exerce
Une haine dure et perverse
Encontre lui. Et quant à moy,
Je feray tous jours que le Roy, 55$ Incité par ma langue vaine.
Nourrisse en son cœur ceste haine,
Afin que David ne revienne
A la Cour, et par lui n'avienne
(Car il hait les hommes meschans) 560 Qu'il me faille gagner les champs.
Ah, que trop mal l'enferma-on.
Errant au désert de Maon !
Ah, que trop mal vint la nouvelle
Des Philisthins ! Ce jour, sans elle,
53$ gouitê à goutte goutte-à-goutte M. — 537 ouir ouïr M (Introd. 37;. — 5^9 grand* &;rand M. — 558 Cour M; cour PS A. — avUnm advienne M (Introd. 44). — 560 gagner gaigner M.
Qui nous fit tourner encontre eux, Lui eust esté malencontreux.
Tout confort, secours, et appui Estoit bien lors perdu pour lui.
Or à ce coup ne faut-il pas Qu'il vienne à eschapper ce pas.
Il faut garder en toute sorte Que de ce lieu clos il ne sorte.
Il est rusé, caut, et subtil, Vaillant homme de guerre est-il, Et si a d'heur je ne say quoy, Qui le met de tormente au coy.
Et le fait au large venir.
Quand le Roy le pense tenir.
Il a passé des dangers maints.
Et s'est tous jours sauvé des mains De Saul : voire est avenu Qu'il a bien quelquesfois tenu Saul réduit à sa puissance.
Mais tousjours par obéissance.
Sans que d'un vouloir inhumain Il ait voulu baguer sa main Ni polluer au sang royal, S'est monstre doux, humble, et loyal :
Tant lui est au courage empreinte De Dieu, qu'il honore, la crainte :
Et semble, de faict, qu'en tout lieu Il ait l'assistance de Dieu, , Lequel, quand on le vient poursuivre, De ses poursuivans le délivre.
576 tormente tourmente M. — ^Si auelquesfois quelques fois S. — 586 hagner baigner M. — 587 royal Koyal M. — 590 crainte: M; crainte, P S A.
$9$ Mais à quoy cela ? Que lui vaut
Le secours de Dieu de là haut,
Si avec Dieu, où il se fonde.
Il vit en misère profonde ?
Il fuit, et tousjours fuyant erre 600 Parmi quelque déserte terre,
Sans jour ni heure de repos.
Or qu'il poursuive son propos
Tant qu'il voudra. Moy, j'aime mieux
N'avoir ni croire un Dieu des cieux, 60$ Qu'ayant ainsi de Dieu la crainte.
Endurer l'amere contrainte
De povreté, de guerre forte.
Et de n'avoir qui me conforte
En la terre. He, que say-je aussi 610 Si Dieu nous voit ? s'il a souci
Des choses de la terre basse ?
Qu'il soit Dieu : il faut que je passe
Selon mon désir ceste vie.
Comme j'ay vescu, j'ay envie 61$ Tousjours vivre, et m'y maintenir :
Puis soit ce qui peut avenir.
Non, non, je ne regarde pas
Ce qui est après le trespas.
Suivant ceste envie, à ceste heure 620 II reste donc que je labeure,
Et que je veille, diligent,
A ce que David indigent
Du tout périsse et s'annichile.
Voici la montagne d'Hachile
605 ayant aiant S. — crainte, M ; crainte P S A. — 607 povreté pauvreté M. — 609 He Hé M. — 612 Dieu : il Dieu. Il P b A; Dieu : / Il M. — 615 maintenir: maintenir. P S A ; maintenir, M. — 624 HachiU Achile S. I
25 Qui ferme le lieu où il est,
Et tient le pas de la forest.
Je vay trouver le Roy, afin
Que d'un parler nuisant et fin
Je l'entretienne, et qu'il me croye, >3o Et que David estant sa proye,
Il commande qu'autant j'en face
Comme je fis, devant sa face,
D'Achimelech, duquel le flanc,
Couvert d'un ephod de lin blanc, 63 s Fut par ce glaive outrepercé.
Et son sang par terre versé.
Mais ces gens, que je voy ensemble,
Viennent droit à moy, ce me semble.
Il faut un petit les attendre, 640 Et ce qu'ils me diront entendre.
Ha, ce sont mes gens, à les voir,
Trouppe bien preste à son devoir.
De tout malheur jamais lointaine,
Gens dignes de leur capitaine.
645 Ainsi d'un vouloir sommes-nous.
Et puis, enfans, que dites-vous ?
Trouppe.
Avant qu'il faille, avec l'heure passée.
Nous retirer, et que le guet s'assee.
Parmi le camp nous allons, pour choisir 650 S'il y a rien, dont à nostre désir
Soit satisfait, et si de quelque aflaire
- 641 Ha Hà M. — 642 Trouppe Troupe M (Introd. 39). — 645 sommes-nous A M ; sommes nous PS. — 646 dites-vous dites vous S. — 647 Trouppe Troupe M (Introd. 53). — 648 s*assee^ A ; s'assee. P S ; s'assee : M. — 649 àlhns, S A ; allons, (?) allons (?) P (leçon douteuse) ; allons M.
Comment que soit, profit on puisse faire.
Puis ? Qu'y a-il ?
Trouppe.
Il n'y a rien, sinon due quelques uns favorisent le nom
6$$ Et le parti de David, mais la chose
Se tient entre eux secrète : car on n'ose Se descouvrir. Si est-ce qu'entre tous En est venu quelque bruit jusqu'à nous, Et n'avons peu en cognoistre personne.
660 Car devant nous personne mot ne sonne :
Ils sont secrets et couverts à merveille.
DoEG.
Si faut-il bien qu'à les cognoistre oh veille :
Car trop à nous ce faict est dangereux,
Et peut David s'avantager par eux»
665 On saura tout si on en sait un homme.
Afin qu'au Roy on le défère et nomme.
Faites qu'un d'eux aans plus on vous enseigne.
Mais il est temps à ceste heure à l'enseigne
Vous retirer. Je m'en vay le Roy voir, 670 Pour seulement lui donner le bon soir :
Puis aussi tost me rendray au quartier. ^
Trouppe.
De savoir tout nous aurons soin entier.
N'oubliez rien. Capitaine, du vostre.
Mais que le Roy tous jours demeure nostre.
653 Trouppe Tr. M (Introd. $3). — 656 secrète : car secrète. Car P S A ; secrette. Gir M. ~ 660 sonne : sonne. P S A ; sonne, M. — 662 veille : veille. P S A ; veille, M. — 66\ dangereux^ M ; dangereux. P S A. — 670 soir : M ; soir, P S A. — 673 Capitaine capitaine PS A M.
Demie trooppe.
5 Làs, c'est bien à grand tort
Que le Roy ainsi fort
Poursuit David : car onques,
Par ojBfense quelconques,
David n'a desservi \o D'estre à mort poursuivi.
Nous en lui n'avons point
Veu jamais un seul poinct
De malheur ne de vice.
Maint insigne service B$ A Saul il a fait,
Dont à mort il le hait :
Non pour sa faute, non.
Lui, qui est sainct et bon,
Il ne mérite pas >9o Que mort le jette bas.
Làs, on poursuit et chasse
Son ame triste et lasse.
On le veut sans vertu
Plat à terre abbatu.
69 s Escorché le veut-on
Des pieds jusqu'au menton :
Condigne recompense
D'une cruelle offense.
Ce loyer conviendroit 700 Justement et de droit.
Aux hommes, dont la rage
Anime et accourage
Le Roy encontre lui,
677 onques oncque M (Cf. quelconque à la rime. Introd. 49). — 678 quelconques quelconque M. — 686 hait : M ; hait. P S A. — 696 menton : M ; menton. P S A.
Et qui font qu'au] ourdhui, 70s Portans les armes fortes,
Vont suivant nos cohortes
En ceste guerre inique,
Le vouloir tyrannique
Du Prince, qui par eux 710 Est tyran malheureux.
Car ces meschantes gens,
A tout mal diligens.
Dont sans cesse le crime
L'homme innocent opprime^ 715 Par leur fausse entremise
Ont trahison commise,
Mesme encontre le Roy,
Auquel faussant la foy
Par leur langue traistresse, 720 Sans tenir seure adresse,
Font que son pied fourvoyé
Loin de la droite voye,
Et s'en retirans hors,
Tiennent le chemin tors, 725 Où leur dextre inhumaine
A ruine le meine.
Mais Dieu, en vérité.
Dieu, par eux irrité,
Dieu, auquel ils ne pensent, 730 Et que tant ils offensent.
Voit de ses yeux ouverts
Leurs faits durs et pervers :
Voit leur jour approcher,
706 suivant suivans A. — y i^ fausse faulse M. — y iS faussant faulsant M. — 720 adresse addresse M. — 723 retirans retirant M. — -7^2 pervers: M; pervers. PS A. — 733 approcher, approcher. PSAM.
j5 Les voit ja trebuscher,
Par la voye où ils vont,
Au mal mesme qu'ils font.
Soudain le bras robuste
De Dieu (car il est juste)
D'une horrible tempeste 740 Leur foudroira la teste.
Mais David, qui endure
Travail et peine dure,
A tort et sans raison,
Et de qui l'oraison 74S Ardante à Dieu s'adresse.
En ceste forte oppresse
Sentira la faveur
Du Seigneur son sauveur.
Car de volonté bonne 750 L'Eternel faveur donne
A qui, pur et entier,
Fuit l'oblique sentier.
Et au coeur sans contrainte
De l'offenser a crainte.
Trouppe.
7S5 Or avons-nous, sans qu'il s'en faille rien,
Tout entendu, et les cognoissons bien.
Ils cuident bien, en leurs discours frivoles,
Qu'en nostre chef, le mal de nos paroles
Et de nos faicts, à coup redondera.
760 Mais dessus eux premier il tombera,
y ^^ trebuscher trébucher M. — ^^o foudroira foudroyra. M. — 745 Ardante Ardente M. — adresse addresse M. — 755 avons-nous avons
nous S.
Tragédies sainctes. 14
Et sentiront du Roy la dure main,
Auquel il £iut, avant qu'il soit demain,
Tout rapporter. Si n'est-il convenant
Par devers lui s'en aller maintenant.
765 II est trop tard : car ja la nuict se ferme.
Le guet s'assied : voici l'heure et le terme
Qp'il soit assis. Mais, sans plus de séjour.
Dés que demain luira l'aube du jour.
Il faut que tout lui rapporter on aille.
Tjo Cest bien raison qu'une telle canaille
Parle du Roy, et cognoisse en effect
Qu'il veut, qu'il dit, s'il a bien ou mal fait.
Il ne leur faut toutesfois de l'affaire
Aucun semblant pour à ceste heure faire. 775 Pour aujourdhui par eux il ne soit seu
Que rien du faict nous ayons apperceu.
Ils pourroyent bien pour le parti contraire.
Devers David ceste nuict se retraire,
Avec lequel paraventure ont-ils 780 Intelligence. On voit les plus petis
Souventesfois aux plus grans Princes nuire.
Attendre faut que le jour vienne luire.
Assez à temps les pourrons déférer.
Et plus qu'il n'est de leur faict avérer, 78$ Afin que mieux on les traitte et manie.
Dieu gard' de mal la belle compagnie.
Demie trouppe.
Dieu vous maintienne, et vous doint le bon soir.
Trouppe.
Ne veut-on point bien tost le guet assoir ?
766 s* assied se sied A M. — 786 Duu gar£ de mal.,. Aligné dans PSAM.
Demie trouppe.
Il est assis.
On l'assied de bonne heure. 90 II est temps donc, sans plus longue demeure,
Nous retirer : l'heure nous va pressant.
Mais, compagnons, dites-nous en passant.
Est-il nouvelle en rien de l'ennemi ?
Demie trouppe.
On dit pour vray qu'il n'est pas à demi 79s Si fort que nous, et qu'en la forest proche
Il est caché, par delà ceste roche.
Trouppe.
Mais quelle cause a le Roy, qu'il lui meine Ainsi la guerre, et ne jour ne semaine A le poursuivre il ne va s'appaisant, 800 Dont nous portons le faix dur et pesant.
Qui sans séjour en la campagne sommes ?
Demie trouppe.
A Israël sont trop grieves les sommes De ceste guerre : et si croy que David En son vivant onques ne desservit 80s L'ire du Roy, qui tant lui porte haine.
Trouppe.
N'est pas aussi toute entreprise vaine Encontre lui ? combien s'est-il de fois D'entre nos mains sauvé parmi les bois ?
Je croy que Dieu le conduit et adresse, 810 Qui à tous coups le délivre d'oppressé.
791 retirer : Vbeure M ; retirer, l'heure P S A. — 796 par delà par delà SAM. — 802 grieves griefves A M.
Demie trouppe.
S'il est de Dieu (comme il est) défendu, En vain sera par le Roy prétendu De l'opprimer à force d'armes fortes.
Car la cité, dont Dieu garde les portes^ 8i$ Seure se tient contre qui l'assaudra.
Trouppe.
Tousjours le Roy à son desseing faudra.
Si le Seigneur n'est sa guide et conduite.
Je crain qu'à mal son âme soit induite Par un conseil d'hommes trop dangereux.
^^v/^'^'^rouppe.
820 Le principal du danger est pour eux,
Combien que mieux ils pensent en valoir.
Dieu, s'il lui plaist, fera que le vouloir Envers David, le Roy pourra changer :
Et nous verrons à l'heure où le danger
82 s Pourra tomber.
Trouppe.
De vray on voit souvent L'homme flatteur, qui en pouppe a le vent, Aimé du Prince un temps qui léger court, Estre à l'instant dechassé de la Court, Perdant du Roy la faveur et la grâce.
830 Puis vient celui prendre et tenir sa place.
Duquel il est capital adversaire.
Demie trouppe.
Dieu cognoist bien ce qui est nécessaire A ses eleus : et trop a de faveur Celui duquel il est Dieu et Sauveur.
823 changer : M ; changer. P S A. — 828 Court court F S A M.
^3 S Toute autre grâce en ce monde estimée
Des hommes vains, passe comme fumée.
Il est certain que du Seigneur la garde Est seure aux siens. Mais trop ici je tarde.
Bon soir à tous.
Demie trouppe.
Le Seigneur vous conduise.
Trouppe.
840 Les ay-je point fait à ma guise
Venir au poinct ? Leur ay-je pas
Fait à plain confesser le cas ?
Ainsi, avec paroles feintes,
En contrefaisant des gens sainctes, ^4S Et en feignant estre des leurs,
On vient descouvrir leurs valeurs.
Or d'en dire aucune nouvelle.
Ni que rien au Roy on révèle,
Il n'est pas heure maintenant :
8so Mais demain le jour revenant,
J'auray loisir, tout à mon aise.
De faire leur cause mauvaise.
Car si le Roy veut m'escouter.
Je sauray assez adjouster 8s5 A tout ce qui est de leur part.
J'en ay trop la science et l'art.
Il faut que ceste nuict je songe
Contre eux quelque nouveau mensonge.
Surquoy besoin n'ay de trouver 860 Par qui le faict j'aye à prouver.
849 maintenant : maintenant. P S A M.
Le Prince n'est que trop crédule A qui la venté simule, Pourveu qu'on lui forge et façonne Un cas qui touche à sa personne.
865 Puis pour lui peindre, et faire mieux
Paroistre le faux à ses yeux Estre chose vraye et certaine, Nous avons nostre capitaine Doeg, dont la langue s'esclate
870 A mentir, qui mesdit et âatte.
Et d'autant que le Roy s'y bagne, Son oreille et son cœur il gagne.
Il nous convient l'aller attendre En sa tente, et lui faire entendre
875 A son retour, le faict entier.
Il viendra bien tost au quartier.
Ja le jour passe, et l'ombre suit.
Il ne peut plus, pour ceste nuict, Gueres long temps, comme je croy,
880 Demeurer au coucher du Roy.
PAUSE
Saul.
La plus cruelle mort que penser on pourra.
C'est celle-là dequoy, malheureux, il mourra. S'armer contre le Roy ! au Roy faire la guerre !
Son courage ne tend qu'au royaume conquerre, 88$ Vos serviteurs de vous soustraire et séparer,
869 s'esclate s*esclatte A M. — 882 dequoy de quoy S.
La couronne ravir, du sceptre s'emparer.
Desja la volonté d'Israël en partie (Comme il gagne le peuple) est à lui convertie. Il ne tend qu'à vous prendre, et à vous jetter bas.
Saul.
890 De mes mains à ce coup il n'eschappera pas.
Pu-is quand j'auray peu prendre et tiendray le meschant. Ou d'un feu violent, ou d'un glaive trenchant Durement, sans merci, je le feray occire.
Abner.
Moy, je ne pense pas, et ne puis penser. Sire,
895 Quelque chose de lui qu'on vous die et rapporte, Que son cœur envers vous soit de mauvaise sorte. Sire, pardonnez-moy que me suis enhardi D'en parler si avant. Ce que je vous en di.
N'est que jamais j'espère ou que je vueille rien
900 D'aucun vostre ennemi, ni qu'au mal ou au bien De David, je me sente enclin ne volontaire.
Mais c'est ce que je ne vueil la vérité vous taire. Quelque jour, mais trop tard, se pourra repentir Qui abuse le Roy par flatter et mentir.
DOEG.
905 Est-ce pour moy, Abner, que vous en parlez tant ?
Abner.
J'en parle pour quiconque ira le Roy flattant.
Je ne suis point flatteur. Je me rapporte au Roy S'il n'a tousjours cognu certainement de moy
888 gagne gaigne M. — 892 trenchant tranchant M. — 898 diy diPSA; dyM.
TRAGEDIES SAmCTES
nandemens, saas faute, ne sans vice, r entier de fidèle service,
Sacl.
os on cesse. Abner, tu sais combien ace en toy. Tu sais que de mon bien, încor' que de ma propre vie ael homme en qui je me fie qu'en toy. De Doeg, je ne doute te aussi en diligence toute,
ce qui lui est commis.
je ne hay nul de mes ennemis lalheureuK, à qui j'ay eu courage ins propos, ma fille en mariage. l
ais de lui on ne me parle, fors \
ivir l'ame, et desmembrer le corps. ,
es meschans qui lui sont adherens, j
lourir de tourmens dlfferens. '
u'à son Prince un tel galand s'oppose. ^
lui feray. Mais dessus toute chose
: garde, Abner, qu'il n'eschappe nos mains.
pour lui le dernier des demains.
Abner.
'dre à tout. Ja par les places toutes pions, bon guet, bonnes escoutes.
xay jamais à mon devoir, lissiez dommage ou honte recevoir, ■s vous j'acquitteray ma foy, ,
erité, que celer je ne doy, j
reray, sans que rien j'en desguise. \
re, en ferez après à vostre guise.
Faute d'impression: en A. — 91) adbcrens, adherens
david fugitif 217
Saul.
Je vueil qu'il me soit pris. Je vueil que ceste guerre L'extermine à jamais, et Toste de la terre.
Je ne vueil que conseil aucontraire on me donne.
Abner.
940 Dieu vous conseille bien, et vous doint la nuîct bonne.
Satan.
Il est bien vray : mais moy, je suis contraire A vérité, à quoy Abner attraire Saul s'efforce, et veut David absent Faire trouver, tel qu'il est, innocent.
945 Moy, je feray soigneuse diligence
Qu'au Roy Saul jamais ceste innocence Ne soit cognue, ains l'oreille subjette Au faux Doeg, tout bon conseil rejette.
J'enflammeray sans fin l'ire et la haine 950 Qui lui maintient l'ame inique et mal saine.
J'ay pour cela un instrument en main :
C'est mon Doeg, dont le cœur inhumain, Comme l'induit sa nature perverse, Traite Saul, le pousse, et le renverse.
9SS Là je m'esba : je pren plaisir entre eux,
En attendant le jour malencontreux De leur ruine. Or n'est-ce pas assez :
Il faut qu'au reng des meschans amassez J'amasse encor' David, et je le face
960 Ne craindre Dieu, ni révérer sa face.
Il y viendra quelque jour, si je puis.
Mais quand je vien (malheureux que je suis)
939 aucontraire aa contraire S A M. — 951 main ; M; main. P^S A. — 955 m'esha :je m*esba. je P S A ; m*esba, je M. — entre eux contre eux A M. — 957 asse:^: M; assez. P S A.
2l8 TRAGEDIES SAINCTES
A l'assaillir, il soustient tout effort, Et me résiste obstiné, ferme, et fort.
965 II faut qu'il soit de la faveur céleste
Environné, contre qui le moleste.
Car autrement son pouvoir n'auroit peu Tant arrester. Pour moy l'homme est bien peu. La force humaine est trop mal asseuree :
970 Et ne pourroit avoir tant de durée
Encontre moy, qui sans fin ne repos Sur lui employé et moy, et mes supposts, Saul, Doeg, et autres que j'ay pris, Tous gens en l'art de mon escole appris.
97$ Mais Abner mesme encores le supporte,
Avec aucuns qui sont de mesme sorte.
Sur tous il a, en despit de Satan, Le fils du Roy pour ami, Jonathan, Qui l'aime seul, et tient pour frère cher.
980 Or il me faut leurs desseings empescher :
Que jour ne nuict jamais je ne séjourne, Tant que de Dieu du tout je les destoume.
Mais ja Doeg se retire : et le Roy, Sans plus avoir personne auprès de soy,
985 Demeure seul et pensif en sa tente.
L'heure est commode. Il faut que je le tente. Et que Doeg malicieux et fin, Présentement vers lui retourne, afin De renforcer sa charge et batterie,
990 Tandis qu' Abner, lequel lui contrarie.
En est absent, et que nul maintenant Ne va le mur esbranlé soustenant.
969 asseuree: M; asseuree. P S A. — 975 encores encore M. — 980 desseings desseins M. — empescher: empescher. PS A; empes* cher M.
DOEG.
Abner a beau me contredire,
Si faut-il que Saul j'attire.
(S Mais il est desja tout attrait.
Ma langue sait d'un coup de trait
L'avoir à soy. Il ne recule :
Il est facile, il est crédule :
Il preste volontiers l'oreille 00 Â tout ce que je lui conseille.
Aussi ne di-je qu'à plaisir
Toute chose, à quoy son désir
Encline et tend. Ma langue plate
A son gré le traite et le flatte.
K>s Demain au plus matin faut-il
Qpe d'art' cauteleux et subtil
A l'œuvre entrepris je labeure.
Satan.
Mais il est tout seul à ceste heure.
DOEG.
Demain j'iray à son lever, loio Pour mon entreprise achever.
Avant qu' Abner encore y vienne.
Il faut que seul je l'entretienne
De chose vaine et mensongère.
Envers lui ma langue légère 1015 Me sert d'un poignant aiguillon.
Satan.
Il est seul en son pavillon.
Retourne à lui .
^^ contredire. M; contredire. P S A. — ^4 faut-il £aut il S M. — ^y recule: recule.PS A; recule, M. — ^^ facile. M; Êtcile: P S A. — 1009 lever, lever. P S A ; lever M.
DOEG.
Mais quand j'y pense.
Il n'a personne en sa présence.
Le meilleur seroit, de ce pas, loao Cependant qu'Abner n'y est pas,
Y retourner, pour bouche à bouche
Lui et moy, avant qu'il se couche.
Deviser à nostre aise ensemble.
J'y doy aller, comme il me semble :
1025 Car si j'y vay, j'auray loisir
De le traiter à mon plaisir,
Et le gouverner à ma mode.
Satan.
Tu n'as point d'heure plus commode.
Retourne à lui.
DOEG.
Sans plus d'arrest, 1030 Je le vay trouver où il est.
Abner.
C'est bien raison, puis que les Rois ainsi Le plus souvent, n'ont désir ne souci Fors d'escouter qui en tout leur complaise, Qji'ils soyent flattez, qu'on les traite à leur aise.
105$ Cela leur plaist. Si n'y a-il pour eux
Au monde entier venin si dangereux.
Il n'est poison tant mortelle au Roy, comme Le flatteur doux, le menteur, le faux homme, Qjii en faisant couler sa langue fine, ^
1040 Le Prince abuse, et l'infecter ne fine.
Dont cependant le courage royal
1024 semble : semble. P A ; semble, S ; semble M.
Gouster ne peut l'homme juste et loyal,
Qui en endure : et de sa majesté Tout bon conseil pour nul est rejette.
S Or si ne doit l'homme de bien pourtant
Du bien jamais aller se départant :
Ains doit attendre, en ne perdant courage,
Voir du ciel juste en fin tomber l'orage
Sur le meschant, et à son dur meschef jo Son propre mal lui accabler le chef.
Moy, puis qu'ainsi Saul, sans cœur, sans yeux.
Preste l'oreille à Doeg, j'aime mieux
Sur tels propos de lui me retirer,
Qu'ouir mentir, et au faux adhérer.
>55 C'est grand' pitié qu'ainsi le Roy s'abuse,
N'appercevant la malice et la ruse
D'un controuveur, qui à lui plaire tasche.
Telle façon trop me desplaist et fasche.
Mais puis qu'il veut ne recevoir raison 060 Qui l'advertit d'une telle poison.
Je m'en tairay. Qu'à son plaisir il face.
J'espère un jour lui dire, et à sa face.
De son malheur la pure vérité.
Tandis tousjours de ma fidélité 1065 Pour reconfort me sera l'asseurance,
Et au Seigneur l'attente et l'espérance.
Saul.
Qu'est-ce, Doeg ? Qu'as-tu plus à me dire Qui te ramené ?
Doeg.
En me retirant, Sire,
1046 départant: départant. PSAM. — io$$ grand' grand A M.
J'ay rencontré mon espion, qui vient 1070 Du lieUy auquel David campé se tient En la forest. Là il a tout le jour Tant d'aujourdhui comme d'hier, fait séjour : Et n'y a pas deux heures et demie Qp'il est parti de la trouppe ennemie.
Saul.
1075 Qyxéls gens sont-ils ?
DOEG.
Ils sont, comme il lui semble.
Huit ou neuf cens ou mille hommes ensemble.
Saul.
Par ceux de Ziph, et par mes autres gens, J'ay eu rapport qu'ils ne sont que six cens.
DOEG.
Quoy qu'il en soit, ce qu'ensemble ils sont d'hommes 1080 D'un tiers ou plus sont moins que nous ne sommes.
Il faut qu'à coup les mettre à mort on aille.
DOEG.
Si vous saviez comme ceste canaille Parle de vous I Si vous saviez comment Ces malheureux devisent bravement 1085 Et de vous. Sire, et des vostres avec !
Saul.
Qu'en disent-ils ? Qu'en as-tu seu, Doeg, Par l'espion ? Qu'est-ce qu'il en rapporte ?
DOEG.
Il dit qu'encor' que la faim dure et forte
1072 séjour: M; séjour. P S A. — 107$ sont-ils sont ils S.
De près les presse, et que tous ayent crainte Souffrir par vous une amere contrainte.
Si ont-ils tant d'orgueil et de rancune Encontre vous, qu'il n'y a cesse aucune En leur mesdire, et entre eux disent tous Que dé régner il n'appartient à vous, Ains si au monde un seul homme qui vit Doit estre Roy d'Israël, c'est David.
Saul.
Lui, qu'il soit Roy ? O que beaucoup s'en faut De ce que l'homme ayant le cuider haut.
Propose en soy ! aux vents légers s'envole Ce qu'en vain sent l'outrecuidance folle.
DOEG.
C'est peu de cas que cela, Sire, au prix De ce que mesme en a David appris Dire en public. Car le peuple de soy N'espargne duc, baron, prince, ne Roy :
Ains devisant de sa langue volage, Par mal parler en son mal se soulage.
Mais si celui duquel l'authorité N'est pas commune, a le cœur irrité Contre le Roy, si plein d'envie et d'ire.
Publiquement ne cesse d'en mesdire.
Un tel, qui est du peuple la lumière.
Monstre la voye ouverte et coustumiere D'erreur à tous, et pousse à ne se taire Le peuple enclin, facile, et volontaire.
Maintenant donc si David, qui se vante Avoir souvent, de sa main tant savante
1104 Rùy : M ; Roy. P S A. — 110$ volage, volage P S A M. — II 16 savante sçavante M (Introd. 42).
224 TRAGEDIES SAIKCTES
Dessus la harpe entonnant les accords, L'esprit malin chassé de vostre corps :
S'il dit par tout, en propos deshonnestes, iiao Qu'homme insensé, que Roy tyran vous estes.
Saul.
Lui, le dit-il ?
DOEG.
S'il dit sans fin de vous.
Qu'à un fol Prince obéissent les fouis.
Saul.
Qu'il parle ainsi ?
DOEG.
Lui, qui est du Roy gendre, Quel mal sur vous pensez-vous qu'il engendre?
Saul.
112$ Je lui feray.
Si on voit aujourdhui Qu'une grand' part d'Israël est pour lui, Portant faveur contre vous à sa race.
Qu'en pourra-il avenir ? Qu'en sera-ce ?
Moy, je m'atten qu'en lieu de plus harper, iiîo II vous viendra le royaume usurper.
Saul.
Sus, qu'il soit pris. Allons, sans plus attendre. Mais tout ceci comment l'a peu entendre Ton espion ? Est-il bien parvenu Jusqu'à David, pour avoir retenu "35 Tout ce qu'ainsi de lui tu me recites ?
1122 jouis M; fols PS a.
DOEG.
En certain lieu d'entre les exercites,
Ja paravant assigné et promis,
Il a trouvé du camp des ennemis
(Comme il pratique) un homme attendant U,
Avec lequel intelligence il a.
Ainsi ensemble ont-ils de bout en bout
Parmi l'armée entendu et veu tout,
Ouy David, parlé à sa personne.
Sus, à cheval. Que la trompette sonne. Rien ne le peut sauver ne garentir, Que ne l'en face aujourdhui repentir.
Il sentira, quoy qu'il die et lui semble.
Ma main sur soy, et sa folie ensemble.
Sus, sus, allons. Qu'il soit pris sans séjour.
DOEG.
Il vaudroit mieux le prendre au poinct du jour. Plusieurs endroits il y a en la voye Bien dangereux à passer la nuict coye.
Saul.
Je ne puis plus me contenir. Je sens Me troubler d'ire et le cœur et le sens.
Il faut marcher.
DOEG.
L'heure sera plus seure Prise de jour.
Saul.
Si vueil-je qu'à ceste heure Soit mon conseil tenu sur cest affaire.
Tragédies sainctes. j ;
Pour adviser ce qui sera de faire.
Fay-moy mes gens assembler orendroit.
DOEG.
ii6o A mon advis mieux remettre vaudroit Tout à demain.
Saul.
Je ne vueil plus d'attente.
C'est la raison que le Roy se contente.
Je vay pourvoir à vostre mandement.
Ah, malheureux I J'ay failli grandement ii6s De tant parler. C'estoit assez d'avoir
Fait de courroux son courage mouvoir,
Puis que je say telle sa maladie,
Qu'il ne faut pas qu'on lui conseille ou die
A son parler un seul mot différent.
1170 Si j'eusse esté à son dire adhèrent,
Ou si i tant tenu quoy je me fusse,
Plus en ceci dessus lui gagné j'eusse.
J'avoy' son ire enflammée au dedans :
Il eust rongé le mors entre ses dents, II 75 Et fust la haine en son cœur demeurée.
Or maintenant (c'est bien chose asseuree)
Le Prince Abner, en ce conseil ici
S'efforcera, et Jonathan aussi,
Le destourner, et lui remonstrer comme II 80 Est envers lui David innocent homme.
Mais tout cela, quand je m'advise bien.
Peut en ce faict me nuire ou peu ou rien,
II 59 Fay-moi Fay moy M. — orendroit or-cndroit M. — 117^ 1^^ coy A M. — 1172 gagné gaigné M. — 1173 avoy* avoy S M. -" 1177 Prince prince M. — 1102 rien. M; rien. P S A.
Veu que le Roy est d'une telle sorte, Qu'ouir ne veut ni croire qui Tenhorte Contre son gré. Puis ceste haine insigne Ja si avant en lui a pris racine, Qu'on ne pourroit l'arracher. Mais pour vray, Mon premier poinct tousjours je poursuivray.
Jonathan.
S'il ne plaist au Seigneur, à qui mon recours j'ay, > Par sa grâce et bonté m'adresser, je ne say Qjiel conseil j'aye à prendre, ainsi grande est la doute Qjii en perplexité retient mon ame toute.
Je say que le devoir d'un fils est, à son père Se rendre obéissant, et qu'il se délibère, S S'il ne le sert en tout, encourir honte et blasme. La nature a gravé dés l'origine en Tame De tout homme naissant, une amour filiale.
Mais je sen d'autre part ceste foy cordiale Que je doy à David. Je lui ay à fiance » Promis, et repromis maintenir l'alliance Immuable entre nous. Doit le devoir humain De père à fils, corrompre une foy de la main ? Conduit me suis tousjours comme je me condui, Servant au Roy mon père. Or Dieu est aujourdhui >5 Entre David et moy. Dieu vivant, Dieu mesme est-ce Qpi fut seul entre nous autheur de la promesse. Doy-je faillir à Dieu, Dieu, qui jamais ne faut, Qui toute faute voit et punit de là haut ?
La nature m'induit tendre au bien paternel :
10 Mais Dieu, de la nature est autheur éternel. C'est lui à qui premier, sans autre esgard quelconques,
II 94 délibère, délibère P SAM. — 1203 condui conduy A M (Ini'; trod. 34). — 1209 paternel : M ; paternel. P S A. -— 1211 esgard ^^ égard M.
Arrester je me doy. A qui tiendray-je donques Ma promesse qu'à Dieu ? Je l'ay dit et promis. Ne soit le sang plus fort que la foy des amis.
12x5 Le sang est un lien qui estroitement serre : Si ne porte aujourdhui l'universelle terre Homme qui plus que moy aime le père sien.
Des miens, comme je doy, je désire le bien :^ Nul n'aime plus que moy l'honneur et l'avantage
1220 Et de son père ensemble, et de son parentage. Mais des frères que j'ay, tant je les puisse aimer. Tant je soye aimé d'eux, je ne puis estimer Q.u'un d'eux plus que David soit de près m'attenant. Et Dieu conferme encor' ce propos maintenant,
1225 Qjjï me l'a fait avoir pour frère et ami seur, A qui donné il a Micholjzia jeune sœur.
Laquelle bien qu'à lui mon père, sans raison, Ait ostee, et l'ait mise en une autre maison, Bien que David il ait dechassé du pays,
1230 Bien qu'op tienne ma sœur femme au fils de Lais, Si ne puis-je espérer fors que maugré mon père Il vienne à la ravoir : car en Dieu il prospère. Dieu l'a sur Israël Prince et Roy destiné :
Et mon père lui est ennemi obstiné.
12)5 Quant à moy. Dieu m'a fait ceste grâce en ma vie. Que du Royaume encor* je ne lui porte envie, Quoy qu'en soye héritier. Celui l'ait et le prenne, Qui est par le Seigneur ordonné pour le règne. Mon père m'en veut mal, et trop se mescontente
121 5 dit dict M. — 121 5 serre: serre. P S A M. — 1218 bien: bien. P S A M. — 1222 soye soy S. — 1224 conferme confirme S. — encor* encor M. — 1229 pays pais M. — 1230 Lais Laïs M (Introd. )7). — 125) destiné : M ; destiné, PS A. — 1235 fait faict M (Introd. 41). — 1236 Royaume M ; royaume P S A. — encor* encor M. -- 1237 prenne, prenne P S A ; prene, M.
• Qu'estre ne vueil, ni suis, contraire à ceste attente. Làs, je voudroy' qu'il n'eust cause de se douloir De moy, si du Seigneur tel^estoit le vouloir. Et si bien il regarde, il n'y a cause aucune Pourquoy avoir il deust ire, haine, ou rancune S Encontre moy, son sang, et aussi peu encontre David, qui gendre ami vers lui se porte et monstre. L'un ne l'autre, jamais ne lui avons fait voir Que d'enfans naturels entier et vray devoir.
De tous deux maint service insigne et grand setreuve. so Mais plus, trop plus que moy David en a fait preuve. Qui, comme si le Roy meurtrir il eust pensé, D'exil et haine à mort se voit recompensé.
Doy-je suivre en ceci le désir et le pas De mon père indigné? Non, je ne le doy pas.
25 s Car outre l'alliance et la foy compromise. Je say qu'âme ne doit se joindre à l'entremise D'une guerre meschante. A son père ne doit Le fils obéissance, où inique il le voit.
Ni au père le fils, ni le subjet au Prince 1260 Est tenu d'obéir en aucune province,
Quand il sait et cognoit que ce qu'on cerche et tente Par les armes, n'est rien qu'impiété patente. Je ne le suivray donc pour combatre ou cercher De surprendre et tenir David mon frère cher.
^265 Car, helas, s'il est pris, sans que beaucoup il tarde, Il est mort, et n'y a remède qui l'en garde.
Et lui, quand le Seigneur auroit mis en sa main Mon père, il n'useroit d'aucun acte inhumain.
1241 Làs Las S. — -voudrof voudroy M. — 1250 preuve, preuve. P S A M. — 1252 récompensé, recompensé : P S A M. — 1254 je ne le doy pas. A M. Faute d'impression (vers faux): je ne doy pas. PS. — 1261 cognoit cognoist M. — 1263 combatre combattre A M (Introd. 40).
Mais plustost le voyant réduit en sa puissance, 1270 Monstreroit par effect du cœur l'obéissance, Comme tousjours de faire il a eu certain soin. Je n'ay donques raison, ni cause, ni besoin M'employer en ce faict, où rien n'est qui appere Enquoy servir je puisse au bien du Roy mon père : 137$ Et je puis faire tort, contre ce que je doy, A mon ami unique, à Dieu, et à ma foy.
AbINADAB, fils de Saul.
Nostre frère a quelque souci, Qpi se pourmeine seul ainsi.
Il parle seul, et ne tient pas 1380 L'ordre accoustumé de son pas.
Voyez ceste marche avancée.
Melchisua.
Il faut qu'il ait en sa pensée Qjiielque nouvelle passion.
AbINADAB, fils de Saul.
La fraternelle affection 128$ Enquérir de lui nous enhorte
Quelle douleur son ame porte.
Melchisua.
C'est le faict de nostre devoir.
Il nous faut de lui le savoir.
AbINADAB, fils de Saul.
A vous voir, mon frère, il me semble, 1390 Et à Melchisua ensemble,
Q.u'à-part-vous marri vous soyez.
1273 donques doncques M. (Introd. 49). — 1374 Enquoy En aooy SAM. — père: M ; père. P S A. — 1277 Abimadab, pis de yam* S A M ; fi. de Sa. P (Introd. 53). — 1291 à-pari-vous à part- vous A M.
Si seul ainsi vous me voyez, Ce n'est pas chose estrange ou neuve :
Souvent ainsi seul je me treuve.
Melchisua.
Mais vostre coustumè n'est point Demeurer pensif en ce poinct.
Q.u'avez-vous ? La raison ne veut, Q.uand de quelque mal on se duelt, Que son cœur personne diffère Descharger au sein de son frère.
Si de quelque ennui vous avez Le cœur et les sens aggravez, Dites-le nous, et du mal vostre Une part en soit faite nostre.
Si nous, vostre ennui entendant, Ne l'ostons du tout, cependant Au moins quelque bonne partie En sera par nous divertie.
Si ne pouvons de vostre peine Vous mettre à délivrance pleine.
Nous tascherons vous alléger, Rendans vostre dueil plus léger.
AbiNADAB, fils de Saul.
Il ne convient qu'on nous le taise.
Vous en serez plus à vostre aise.
Dites-le nous, mon frère.
Jonathan.
Or puis
1295 tuuve: M ; neuve. PS A. — 1297 La la P S A M. — veut, veut P SA; veult M. — 1298 duelt deult S M. — 1306 cependant ce pendaDt M. (Introd. 51). — 1307 Au moins Aumoins M.
due le refuser je ne puis.
Et aussi qu'un devoir honneste,
G)mme frère aine, m'admoneste
Vous dire ouvertement de bouche i)2o Ce qui à vous, comme à moy, touche :
Tous trois, nous sommes fils du Roy :
Tous trois devons, et vous et moy.
Désirer qu'au Roy nostre père
N'avienne honte ou vitupère, i}25 Et qu'il ne soit entrepreneur
De cas qui foule son honneur.
Or il poursuit en cest endroit,
Contre toute justice et droit.
Comme capital ennemi, i))o Celui qui d'un vouloir ami
Lui est juste, seur, et loyal,
Allié mesme au sang royal,
Son gendre propre, qui se treuve
Avoir fait mainte insigne preuve 13} 5 D'innocence et de pureté.
Mais sur tout (à la vérité)
Nostre père ici ne regarde
Que le Seigneur tient en sa garde
David, que par rochers et bois 1340 II a délivré tant de fois
De ses ennemis inhumains.
Voire les a mis en ses mains.
Le Roy luimesme s'est peu voir
Estre réduit à son pouvoir, i
13 18 aine, aine P S; aisné A M (Introd. 45). — admoneste admonneste A M. — 1320 touche : touche. P S A M. — 1321 Roy : M ; Roy. P S A. — i?2$ entrepreneur entreprenneur S. — 1332 royal Royal M. — 1343 lutmesme luymesmeS; luy-mesme A M.
.5 Et David n'a point eu courage
Lui faire mal ou dur outrage,
Bien qu'il se vist sur lui veinqueur.
Où est le sens, où est le cœur,
Où sont les yeux de nostre père, $50 Q.ui ces choses ne considère ?
Qui ne voit ni entend comment
C'est du Seigneur le jugement ?
Il ne regarde, outre cela.
Que la guerre entreprise il a 1355 Contre celui qui en tout lieu,
Sous la Loy mesme, au mesme Dieu,
Q.ui est le Dieu à qui nous sommes,
Est servant, et lui et ses hommes.
Lui, ses gens, et ses frères tous, i)6o Sont-ils pas, aussi bien que nous,
Qui sommes la race de Cis,
Du mesme signe circoncis ?
Ont-ils pas la mesme fiance
De nostre éternelle alliance ?
1365 Si le Roy tant aime la guerre.
N'a-il tant ailleurs à conquerre.
Sans mouvoir discord intestin ?
Il a deçà le Philisthin,
Delà il voit, amont, aval, 1370 Ammon, Amalec, et Gebal,
Moab, Agar, et ces gens foies
Qui servent aux vaines idoles,
Et qui ont leurs temples et lieux
Emplis d'estranges et faux dieux.
137s II a enduré tant de torts
1347 vist veist M. — 1348 conir cueur M. — 13 51 voit void S, — 1566 a-il a il S. — 1369 Delà De U S.
De nos voisins rudes et forts, Qtii encontre lui se sont mis.
il n'a point faute d'ennemis Tenans religion diverse, x)8o Pour leur mener la guerre adverse :
Pour sur eux estendre et borner Plus loin sa terre, sans tourner Le fer en soy, voulant qu'il entre Par les entrailles de son ventre.
Melchisua. 1585 Mais si David, par ruse ou force.
Le Royaume occuper s'efforce.
Est-ce à tort qu'il en est banni ?
Jonathan.
Ah, qu'il s'y efforce ? nenni.
AbINADAB, fils de Saul.
S'il prétend pour son avantage, 1590 Vous priver de vostre héritage,
Qjii estes frère aine de nous.
Premier fils du Roy, devez-vous.
Estre marri si on l'en garde ?
Jonathan.
Lui, qu'il le prétende ? il n'a garde.
Melchisua.
139$ Faut-il qu'en nous chassant, il tienne >
Le Royaume entier, et soit sienne Nostre paternelle maison ?
Jonathan.
S'il plaist au Seigneur, c'est raison
i}86 Royaume M; royaume P S A. — 1388 nenni M; Nenni P S A. — 1394 il II P S A M. — 1396 Royaume M ; royaume P S A.
Qu'il en soit ainsi, car sans doute Au Seigneur est la terre toute, Qui à son gré donne et disperse Ses biens, par la terre universe.
AbINADAB, fils de Saul.
Et bien, à la fin on verra Ce qu'avenir il en pourra.
Mais vous, n'en soyez pas ainsi (Je vous prie) en peine et souci.
Car d'en prendre melencolie, Ce n'est à vous rien que folie.
Jonathan.
J'en feray la volonté bonne Du Seigneur, qui conseil me donne.
Car d'aller son conseil suivant.
N'est folie à homme vivant.
PAUSE
David.
Nous sommes tous arrestez en ce pas,
Et d'en sortir moyen nous n'avons pas :
141 5 Trop le passage est à nous difficile.
Le Roy a pris le petit mont d'Achile,
Et aujourdhui s'y est venu camper.
Voyons comment nous pourrons eschapper,
Et s'il y a pour passer autre voye.
Hao Car il ne faut qu'entreprendre on nous voye
Chose pour nuire au Roy, ne l'offenser.
1407 meUncolie mélancolie A M. — 141 3 (as, M ; pas. P S A. — 1414 pas : M ; pas. P S A. — 1416 AcbiU Hachile M. — 1418 eschapper eschaper M.
Tant seulement ne l'ayons à penser.
Il est de Dieu ordonné pour le règne.
Parquoy ne faut que personne entreprenne 142$ Lui faire mal : cela seroit oser
Mesme au vouloir du Seigneur s'opposer,
Q.ui establit le Roy, et par justice
Veut que le peuple à lui s'assubjettisse.
Si nous sentons son ire et cruauté, 1450 N'oublions point pourtant la loyauté
Qpe lui devons. Soit nostre patience
Preuve et tesmoin de nostre conscience.
L'orgueil ne peut que rendre (en vérité)
L'homme à courroux tousjours plus irrité :
1455 Et bien souvent celui qui s'humilie,
Son ennemi à soy reconcilie.
JOAB
Sage est celui qui par humble douceur
Tasche amollir le cœur de l'oppresseur :
Mais tant de fois, depuis le temps que dure 1440 Encontre nous son ire forte et dure,
En tant d'endroits l'heure s'est rencontrée
Qu'à lui par vous a esté remonstree
Vostre innocence, ayant bien le loisir
Le mettre à mort, tout à vostre plaisir.
1445 Et de quel prix en fin lui a esté
Tout ce devoir de vostre honnesteté ?
Abisai.
Pour tout cela ne cesse point l'envie J
Qji'il a au cœur de vous oster la vie.
1424 entreprenne entreprene M. — 1428 assubjeitisse assujettisse M. — 1434 irrité : M ; irrité. P S A. — 1438 oppresseur : M ; oppresseur. P S A.
Qpel est encore au monde le courage .50 Tant agité de violente rage ?
ASAHEL.
Il n'est lion ne tigre d'Hyrcanie, Qpe par douceur on ne traite et manie Mieux que Saul, qui mesme ne sait point L'occasion qui le pique ou le poind.
ACHIMELECH.
14s 5 II n'est mortel, tant bon se puisse dire,
Qui quelquesfois ne soit agité d'ire :
Mais jamais n'estre en paix ni à requoy, Tousjours en guerre, et ne savoir pourquoy, C'est une vie inhumaine et brutale.
Abiathar.
1460 Qui n'a en Dieu l'affection totale,
Ains va passant heures, jours, et semaines.
Du tout submis aux passions humaines, Tel homme vit en danger merveilleux De demeurer au chemin périlleux.
X465 Ce qui l'esmeut est seulement la crainte
Qu'un jour lui soit faite force et contrainte, Et qu'en ses biens, par vostre effort, mon frère, Sentir il puisse outrage mortifère.
AbINADAB, frère de David.
S'il craint que, nous estans en son service, Ï470 Par force et tort le sceptre on lui ravisse,
Et si meffait nous ne lui avons rien,
1456 ire: ire. P S A M, — 1465 qui l'esmeut Faute d'impression: qu'il l'esmeut S. — 1469 que, nous estans que nous estans S ; que nous, estans M. — 147 1 meffait mes fait M.
Qp'il soit content sur nostre peu de bien Nous laisser vivre en privé. Nous serons Aises de peu, et nous en passerons, 147$ Sans que de nous aucun jamais aspire
A occuper ne royaume n'empire.
Samma.
La crainte est bien une cause qui fait Qp'ainsi à mort il vous poursuit et hait :
Mais une envie aussi au cœur le mord 1480 De cest honneur, qu'après Goliath mort
On vous donna, quand ensemble au retour De ce combat, les filles en un tour De danse ronde, accordèrent chantant A Saul mille, à vous dix fois autant.
David.
148s Et l'une ensemble et l'autre cause est vaine.
Il n'en deust prendre aucune envie ou haine Encontre moy. Mais les flatteurs sont aises L'entretenir en ces choses mauvaises.
Il a Doeg, et autres telles gens,
1490 Tous à flatter et mentir diligens,
Ministres faux du cauteleux Satan.
Làs, s'il croyoit mon frère Jonathan, Son fils aine, son propre sang royal, Dont le conseil est sain, juste, et loyal,
1495 Le dur efibrt dont ainsi nous presse-il,
Tost cesseroit, ensemble nostre exil.
Desja lui a Jonathan remonstré Ce qui est vray : parquoy je suis rentré En son hostel, et fut la foy jurée,
1500 Qui puis après a eu peu de durée.
1478 bait: hait, PSAM. — 1495 presse-il^ A M ; presse-il P S.
Or puis que cil qui ment, flatte, et mesdit, Envers le Roy est en grâce et crédit, Qpi fait les bons en dure peine vivre, Prions à Dieu qu'il nous garde et délivre.
s Dieu nous est seul confort, aide, et refuge.
Les bons il garde, et les meschans il juge.
Desquels il romp toute emprise et pratique.
Surquoy chanter il nous faut un cantique.
Cantioue de David, qui est le Pseaume CXL.
David avec sa trouppe, en ce Cantique, prie le Seigneur de le délivrer et garder de la cruauté, des embusches, et des calomnies venineuses de ses ennemis. En-apres s*asseurant de Taide de Dieu qu'il a invoqué, se console en Tesperance qu'il a d*estre secouru et délivré, et de voir la malice incurable des meschans hommes ses adversaires, punie par la juste vengeance de Dieu.
Delivre-moy, Seigneur, du mauvais homme, S^o De l'homme plein d'outrage et de ranqueur.
Et de ces gens qui au fons de leur cœur Ne pensent rien tant ne si souvent, comme Toute malice en somme.
Leur faux conseil s'assemble et délibère 15 15 De jour en jour, me faire guerre à mort.
Leur langue aiguë en serpent pique et mord.
Rien sous leur levre il n'y a qui appere Que venin de vipère.
O Seigneur Dieu, garde-moy de l'outrage
1501 flatte f flatte PS AM. — 1S08 Surquoy Sur quoy S. — 1 508-1 509 Cantique de David, Cantique de David. P S A M. — qui est le Pseaume CXL. David avec sa trouppe,... Cette addition et cet argument du Cantique ne se trouvent pas dans M. — En-apres En après SA. — 1519 garde-moy garde moy S.
■sao Et de la main du meschant et pervers.
De l'homme inique, et ceux qui à l'envers Pousser mes pas, par violente rage.
Pensent en leur courage.
Les oi^eilleux ont en embusche coye i$a$ Musse leurs laqs, pour m'attrapper par eux.
Us m'ont tendu leurs filez dangereux.
Leurs trebuschets ont mis selon la voye, Afin que pris je soye.
Dont au Seigneur j'ay dit chose pareille. i$)o Tu es mon Dieu, à qui seul j'ay recours. Enten la voix dont j'invoque secours, Et au prier, mon Dieu, que j'appareille Encline ton oreille.
O Seigneur Dieu, la force qui me baille i$35 Entièrement le salut qu'il me faut,
Tu es celui qui cœuvres de là haut Mon chef armé, afin que plus je vaille Au jour de la bataille.
Seigneur, n'endure au meschant qui me grève IS40 Pouvoir mener son entreprise à fin.
Ne lui permets son penser caut et fin Mettre à effect, qu'en l'orgueil dont il crevé Trop haut il ne s'esleve.
L'injure fausse, outrageuse, et félonne, 154s Des lèvres d'eux, pleines de tout meschef.
Vienne couvrir leur conducteur et chef,
1525 Musse S Â M. Faute d'impression : Musse P. — 1529 pareille. pareille, P S A M. En Tabsence des modernes guillemets, le point après pareille semble la ponctuation la moins illogique et la plus conforme même à l'usage de P, — 1539 grève grève M. — 1542 crevé crève M. — 1545 meschef mechef M (Introd. 47).
Voire et la trouppe aussi qui m'environne Accable, et les estonne.
Qjiae dessus eux, par rigoureuse oppresse, Viennent du ciel tomber ardans charbons.
Qu'en profons creux les ennemis des bons Par feu subit Dieu foudroyé, et les presse, Sans qu'un d'eux se redresse.
Que l'homme ayant langue vaine et perverse, Ferme ne soit en la terre establi. Que le mal chasse après l'homme rempli D'outrage et dol : que plat à la renverse Il le ruine et verse.
Car le Seigneur, qui hait toute meschance.
Viendra juger le droit, je le say bien.
De l'affligé : viendra des gens de bien Qui povres sont, faire en fin la vengeance, Leur donnant allégeance.
Certainement ton seul Nom vénérable Les justes gens par tout confesseront :
Et habitans les droituriers seront En ta présence et demeure honorable.
Au siècle perdurable.
Satan.
Si de la Loy sacrée En moy n'estoit ancrée La haine dure et forte, N'estoit qu'au cœur je porte
1548 Accable, M ; Accable PS A. — 1565 Les justes gens Les justes lors M. — confesseront: M; confesseront. P S A. — 1567 honorable, honorable P S A M.
Tragédies sainctes. 1 6
242 TRAGEDIES SAIKCTES
Une ardeur jusqu'au fons D'exterminer les bons,
i$7$ Si ce n'estoit ma rage,
Je perdro/ le courage.
Cest obstiné David Mes forces me ravit.
L'abbatre n'est possible :
1580 II est homme invincible.
Mais puis que tel je suis Qpe je ne vueil ni puis Cesser que ne poursuive D'une poursuite vive
is8s Quiconque à moy contraire.
Veut à Dieu se retraire.
Puis que j'ay au cœur tel Un désir immortel D'avoir les hommes saincts
1590 En mes cruelles mains.
Il faut que je labeure.
Sans que minute d'heure Je perde à le combattre, Pour ceste foy abbatre,
159s Enquoy il persévère,
Enquoy Dieu il révère, Enquoy trop persistant.
Il me va résistant.
Si Dieu ne lui assiste,
1600 Son cœur qui me résiste
N'aura tant de vertu, Qu'il ne soit abbatu.
1 $79 possible : possible. P S A M. — 1583 que ne poursuive Faute d'impression (Vers faux) : que je ne poursuive M. — iS9S"^S97 Enquoy,., En quoy... A M.
Car ce que je propose
N'est pas petite chose.
; Si je puis, à la fin
Je feray, caut et fin,
Usant d'astuce et d'art,
Que plus en nulle part
Il ne trouve r adresse D A sa peine et oppresse.
Je feray bien (je gage)
Qu'on dira en quelque aage
Ces beaux Pseaumes qu'il chante,
Estre chose meschante, :5 Et n'estre en aucun prix
Ce qu'il a mesme appris
De son Dieu : car je cuide
Que c'est Dieu qui le guide.
Or sus, sus, il me faut, K) Loin, près, et bas, et haut.
Tenter à force toute
Mettre sa foy en doute,
Et tirer l'espérance
De sa persévérance.
1$ Sus, que ma ruse y vaille :
Il faut que je travaille.
Jonathan.
Puis que le Roy me mande aller par devers lui. Il faut que sur le tard il ait eu aujourdhui Q}ielque advertissement par Doeg, qui lui forge |o Des nouvelles assez, dont il ment par la gorge, , Ou bien par ceux de Ziph : si que David pourra
ti0 i6ti-i6i8 Jejeray bien (je gagé)... Ces huit vers sont supprimés dans
,(,, M (Introd. i8). — 1617 Dieu : Dieu, P SAM. — 1619 Or sus,... En ^ ' retrait dans M. — 1625 vaille : M; vaille. P S A.
Encourir un danger, dont (peut estre) il mourra.
Q,uel est en cest endroit le désir qui vous meine. Ou qu'il vive, ou qu'il meure à la guerre inhumaine ?
Demie trouppe.
i6)$ Nous desirons par tout vous obéir et suivre, Soit que puisse David ou mourir, ou y vivre.
Capitaine estes-vous par dessus nous commis.
Pour aux champs nous mener contre nos ennemis.
Jonathan.
Mais tenez-vous David pour ennemi mortel ?
Demie trouppe.
1640 Le Roy mieux le cognoisse, et sache s'il est tel.
Jonathan.
Si le Roy le veut mort, ou bien qu'on l'emprisonne ?
Demie trouppe.
Le Roy ne doit vouloir faire tort à personne.
Jonathan.
Au Prince le subjet n'impose point la Loy.
Demie trouppe.
Faire et garder justice est le devoir du Roy.
Jonathan.
1645 S'il le veut, soit la chose équitable ou inique ?
Dieu le garde d'avoir un vouloir tyrannique.
Mais au Roy obéir il faut, qu'on ne diffère.
1655 Quel est en cest endroit... En retrait dans M; aligné dans PS A. — 1637 Capitaine M; Capitaine, P S A.
Demie trouppe.
David est gendre au Roy, et à vous il est frère.
Jonathan.
Dieu nous conseillera, qui d'actes inhumains
:6so Ne veut de ses enfans estre infecte^ les mains.
De nos frères au sang, mes treschers compagnons, Au sang des innocens jamais ne nous baguons.
Retirons-nous tousjours du costé du Seigneur, Qui de sa volonté nous vueille estre enseigneur.
16s s Or je m'en vay trouver le Roy, sans plus d'attente, Qjii mande son conseil, et l'assemble en sa tente.
PAUSE
Saul.
Ce qui m'a fait vous mander à ceste heure, Est qu'à ce soir j'ay eu nouvelle seure Que hautement David se vante et dit, 1660 Que je suis Roy malheureux et maudit :
Qu'insensé suis : qu'à un tyran cruel Il n'appartient régner sur Israël :
Qu'il forcera le guet qui m'environne.
Et de mon chef ostera la couronne.
166s Qu'en dites-vous ? Faut-il que plus avant
Son parler brave il aille poursuivant ? Non, non : afin que par l'obscure nuict (Car point la Lune à ceste heure ne luit) Aucunement se sauver il ne puisse,
1670 II faut aller la lance sur la cuisse,
Dedans son fort le surprendre et forcer.
1650 infectes infettes M. — 1662 Israël : M ; Israël. P S A.
Abner.
Trop est le roc fascheux à traverser.
La région m'est de long temps cognue.
Sans plus y a une estroite avenue, 1675 Qpe peuvent bien cinquante hommes garder
Encontre mille. Il ne faut bazarder Ainsi vos gens.
Saul. ,
Que faut-il faire donques ? '
Le laisser vivre aux déserts et spelonques, Et lui donner d'eschapper le loisir ? I
1680 Se renforcer ? braver à son plaisir ?
Abner.
Je ne say pas d'où, par qui, ne comment
Vous est venu tel advertissement :
Mais je say bien que la faim dure et forte
Le presse tant, qu'il est force qu'il sorte, 1685 Sans plus long temps attendre que demain :
Dont il viendra se rendre en vostre main,
Puis qu'à passer il n'a que ceste voye.
Q,ue si partir il veut en la nuict coye,
J'ay mis au guet bon ordre, qu'on lui donne 1690 Empeschement, et que l'alarme sonne.
Si que sortant aux champs hors la forest.
Il trouve en teste un rude et fort arrest.
Saul.
Je le vueil mort : je vueil qu'on l'extermine : Je ne vueil point remettre à la famine ^
169$ Son dernier jour. N'appartient-il pas bien
1676 mille mile S. — 1682 advertissement : M ; advertissement, P S A. — 1685 demain: M; demain. P S A.
A tel galland, parler des gens de bien ?
N*est-ce raison qu'il menace le Roy ?
Q.u*il tienne ja le Royaume pour soy ?
Qu'il porte en main le sceptre, et s'en habille ? x> Je lui feray la langue qui babille
Vive arracher.
Jonathan.
C'est bien raison, mon père, Que s'il y a propos, dont il appere, Qji'en deshonneur il ait tenu de vous.
Il soit puni à l'exemple de tous.
^05 Mais si à tort on l'accuse, faut-il
Lui vouloir mal ? Le controuveur subtil
Merite-il pas porter la peine dure
Qii'il charge au dos de l'innocence pure ?
DOEG.
Du vray rapport, du vray autheur aussi, 710 Le Roy est seur.
Saul.
Je say qu'il est ainsi.
Jonathan.
Le faict j'en laisse à vostre certitude.
Mais je n'ay point cognu qu'ingratitude Fust onc en lui.
Saul.
Je say que tu le tiens Pour seur ami, plus que frère des tiens :
171s Mais je t'ay dit, et te di derechef,
Qpe tout le mal tombera sur ton chef.
1698 Royaume M ; royaume P S A. — 1709 aussi, aussi P S A M. — 1714 tiens: tiens. P S A M.
Car lai vivant, ni toy, ni ta lignée.
Au règne entier n'aurez part assignée.
ÂBNER.
Soit que de vous il ait tenu propos 1730 En mal, ou non, demeurez en repos.
duoy qu'il en soit, vous voulez qu'on le tienne.
Et prisonnier entre vos mains il vienne :
Il y viendra : eschapper il ne peut.
Si le Seigneur autrement ne le veut, 172$ Sans que besoin nous soit, la nuict fermée.
Mettre en danger aucun de vostre armée.
Les guets par tout sont fort bien disposez.
Du fiiict entier sur moy vous reposez.
Saul.
Soit donc remis à demain tout l'affaire.
1750 Mais il nous faut demain tous les deffaire,
Sans qu'il en reste un seul du nombre entier. Retirez-vous chacun en son quartier.
Jonathan.
Si j'eusse eu le moyen ce conseil divertir.
Ou bien, si je pouvoy' de l'emprise adyertir
1735 David mon frère cher, son péril seroit moindre.
Les traits qui sont preveus ont moins de force à poindre. Il n'est pas bon ne seur lui envoyer mon page : Je ne me fie en lui, qui n'a, pour son peu d'aage, La prudence et l'advis qui or' lui conviendroit,
1740 Pour le guet traverser, et se rendre à l'endroit Où David est serré. Encores ne sait-il Quel advertissement je donnay bien subtil
1722 vienne : vienne. PSAM. — 1737 page : page. P S A; p«^^« M. — 1738 aage âge M (Introd. 30).
A David, par luimesme, amassant mes sagettes, Ht n'entendant le sens des paroles subjettes. 45 Moymesme iroy'-je bien jusqu'au pas du rocher ? Là pourroy' de mon arc des flesches descocher, Et où ils sont campez les tirer parmi l'ombre, V portans d'escriteaux et billets quelque nombre Liez à l'empennon. Mais la nuict importune 750 Garderoit que mes traits tirez à la fortune,
Fussent veus d'aucun d'eux : puis l'espaisse forest A.UX fueilles et rameaux leur donneroit arrest. De l'Aurore tandis, de l'ennemi ensemble Ils se verroyent surpris. Mais je voy, ce me semble, 175 s Parmi l'obscurité, mes deux frères venir. Il me faut, devant eux, dedans moy retenir Mon penser clos et coy.
AbINADAB, fils de Saul.
Et puis ? quelle nouvelle ?
S'il convient que du Roy le conseil on révèle. Est-il point arresté de marcher plus avant ?
Jonathan.
1760 Entendre vous pourrez avant le jour levant La volonté du Roy.
Melchisua.
Il est bien temps que fine Et la guerre, et David, et son astuce fine.
Jonathan.
Le Seigneur en fera selon son bon plaisir.
174} luimesme luy mesme S M ; luymesme A. — 1745 iroy'-je iroy-je S. — 1746 Là La S. — Jlescbes flèches M. — 1748 portans portant M. — 175 1 eux: puis M; eux. puis P A; eux puis S. — 1753 Aurore aurore S. — 1758 révèle, revelle, M.
250 TRAGEPIES SAINCTES
AbINADAB, fils de Sanl.
Le Roy n'aura jamais de le prendre loisir 176$ Tel qu'il a maintenant, qui ainsi d'un fort siège L'enferme en ce désert, et le tient pris au pi^e.
Melchisua. Je voy nos gens au camp bien se délibérer De combattre, et la fin de la guerre espérer.
ABINADAB, fils de Saol.
Je les voy tous avoir une volonté bonne.
Melchisua.
1770 Ils sont tous attendans que la trompette sonne.
ABINADAB, fils de Saul.
Vous les verriez par tout ne demander qu'à mordre.
Melchisua.
Ils se tiennent armez, braves, et bien en ordre.
Jonathan.
Tel aiguise son glaive, et de s'armer a cure, Qjiii son glaive fourbit, et son harnois rescure 177$ Luimesme encontre soy.
ABINADAB, fils de Saul.
Mais David et ses hommes Ne sont pas tant que nous, ne si forts que nous sommes.
Melchisua.
Qp'ils soyent autant que nous, il s'en faut les deux tiers.
ABINADAB, fils de Saul.
Ils sont foibles et las, et nous sommes entiers.
Jonathan.
En la puissante armée, au grand nombre il ne faut
1775 Luimesme Luymesme S A ; Luy mesme M.
Les forces estimer. La victoire est d'enhaut. Dieu esleve celui qui superbe n'est pas : . Et qui monte en orgueil, il le renverse bas.
.-•: MeLCHISUA.
Rien certes, rien n'est seur que de s'attendre à lui : Son pouvoir est certain. Mais il faut pour meshui Vous donner le bon soir. Ja devient l'heure tarde.
ÂBINADAB, fils de Saul.
Bonne vous soit la nuict.
Jonathan.
Dieu vous conduise et garde.
Satan.
Or j'espère demain sans doute
Voir David et ses gens en route.
Fort bien se dresse l'entreprise 790 Pour exterminer ceste Eglise.
Si l'ay-je veu mainte autre fois
Parmy les rochers et les bois
Estre encore en danger pareil,
Et Saul, avec appareil 179s D'armes et d'hommes, le poursuivre.
Mais Dieu l'en a mis à délivre :
Dieu, auquel seul il a recours,
Luy a tous jours donné secours.
J'ay crainte qu'encore à ceste heure 1800 II le délivre, et le sequeure.
Il faut icy que je le tente,
1785 lui: lui. P; luy. S A; luy: M (Introd. 33). — 1784 mesbui meshuy A M (Introd. 3$). — 1790 Eglise église S. — 1791 autre fois autrefois S M. — 179a Parmy Parmi S. — 1796 délivre: délivre. PS A; délivre, M. — 1798 luy V. Introd. 33. — i8oi icy ici S.
Pour le desmouvoir de Tattente Qji'il a en Dieu, et que j'afferme Ne luy valoir sa foy tant ferme.
Prière a Dieu, de David.
180s Je ne voy rien, mon Dieu, mon Dieu, rien je ne voy De secours en la terre. Â toy seul, d'une foy Et d'un cœur asseuré, aujourdhui je m'adresse. Tu es le mesme Dieu qui au fons de l'oppresse M'as tousjours secouru : qui m'as la main tendue.
1810 J'ay tousjours eu de toy l'aide qu'ay attendue. Jamais ne t'ay prié, mon Père, mon Sauveur, Que je n'aye esprouvé envers moy ta faveur.
Tu es le mesme Dieu dont la main favorable Au plus fort des dangers m'a esté secourable.
181 5 Tu es le Dieu puissant : tu es le Dieu veinqueur : Seure garde et défense à quiconque de cœur Invoque ton Nom sainct, et avec asseurance Sur toy, ferme rocher, fonde son espérance. - Or nous est aujourdhui, au parti où nous sommes,
1820 Défailli tout confort, et tout conseil des hommes. Tout autour nous entourne un roc inaccessible. Par lequel eschapper, ô Seigneur, n'est possible. Ce seul passage est clos : ceste sortie est seule, Q.ui de nos ennemis nous envoyé à la gueule :
1825 Et dedans nostre fort, comme un glaive de forge, La poursuivante faim nous vient coupper la gorge. Ainsi nous vont pressant de près, hors et dedans, De la cruelle mort les dangers evidens.
Veux-tu, ô nostre Dieu, nous délaisser ainsi,
1804 luy Cf. 1798. — 1807 asseurc SAM. Faute d'impression : asseure P. — 1817 ton Nom sainct ton sainct Nom M. — 1824 gueule : M ; gueule. PS A. — 1826 coupper couper M. — 1827 pressant de près Faute d'impression : passant A M . — dedanSy dedans P S A M.
Et de tes serviteurs n'avoir, autre souci ?
>^ous avons la mort dure à bon droit méritée, Àyans ta Majesté tant de fois irritée Alencontre de nous, si que nostre meschef Nous accable, et surpasse en hauteur nostre chef : Mais par ta bonté seule, en tous siècles promise, Nous soit. Dieu éternel, toute offense remise. Nous as-tu délaissez à la mort en ce pas ?
N*entens-tu ma prière ?
Satan.
Il ne t'escoute pas.
David.
Est-ce en vain qu'en toy seul je m'asseure et espère ?
Satan.
) Ton espérance est vaine.
David.
O Dieu, mon Roy, mon Père.
Satan.
C'est en vain tout ceci.
En vain, làs ?
Satan.
C'est en vain.
David.
Faut-il tomber au glaive, ou à la dure faim ?
Satan.
Il faut ou la faim dure, ou le glaive encourir.
1832 Majesté majesté S. — 1854 hauteur Faute d'impression : autbeur A M. — chef: chef. P S A M. — - 1840 Ton espérance Toute espérance A M. '
254 tragedies sainctes
David.
O Dieu, mon Dieu, mon Dieu, vueille-nous secourir.
Satan.
1845 Penses-tu, malheureux, qu'ainsi Dieu te console, L'offensant tant et tant ?
Ou ta bonté faillir ?
David.
Làs, pourroit ta Parole
Satan.
De toy plus ne lui chaut.
Mais je say que jamais ta clémence ne faut.
Je say que ta promesse éternelle tu tiens :
i8so Et ta miséricorde est sans fin vers les tiens.
Or me sen-je asseuré en toy seul. Je me voy
Conforté de là haut, selon ma seure foy.
Je me leveray donc en ta puissante force.
Ta force, ô Dieu puissant, me levé et me renforce. 1855 De plus en plus en toy je me sen magnanime :
Je sen que la vertu de ton Esprit m'anime
A quelque emprise grande. O Dieu des exercites.
Je suivray le vouloir qu'en mon cœur tu excites.
Il me faut ceste nuict, sous ton bras seur et fort, 1860 Aller jusques au Roy, en la tente où il dort.
Moymesme ay ja esté recognoistre l'armée :
Et Dieu me guidera, qui m'a la main armée.
Qu'ay-je à craindre, ô Seigneur, estant en ta conduite ?
Estre pourra en mieux sa volonté réduite 1865 Quand je lui feray voir au long mon innocence.
1855 magnanime: magnanime. P S A ; magnanime, M. — 1856 animt M ; anime. P S A. — 1801 armée : M ; armée. P S A.
Car on desguise trop ma cause en mon absence :
L'entretenir en mal Doeg est coustumier.
J'iray sous toy, mon Dieu, qui marches le premier.
Mais qui sera celui (car parmi la campagne o II est bon que des miens quelque homme m'accompagne.
Pour voir de nostre Dieu la force et la bonté,
Et par qui vray tesmoin, soit le tout raconté) >
Qjii sera-ce de tous qu'avec moy je prendray ?
Il faut que jusqu'à tant qu'ici je me rendray, 75 Joab demeure au camp, pour entendre à sa charge.
Doy-je prendre Asahel, qui en la plaine large Léger vole des pieds, comme un sauvage daim ? Mais il est obstiné à poursuivre, et soudain : J'auroy' peine (peut estre) à mon gré le tenir. ^ Il vaut mieux que j'y face Abisai venir.
Ou bien Achimelech : ils sont vaillans tous deux, Ils sont meurs et rassis. Je sauray lequel d'eux Sera délibéré entreprendre me suivre.
Et faire autant de cas de mourir que de vivre.
Satan.
885 II faut trouver quelque autre voye
Par où attrapper je le voye.
Contraire est à moy la saison
Quand il fait à Dieu oraison.
En ceste nuict il se fait fort '890 De passer jusqu'où le Roy dort.
Il faut que pris il y demeure.
Mais il faut plustost qu'il y meure,
Tombant es mains de l'ennemi.
Quoy ? ja les guets sont à demi
1866 absence: M ; absence. P A ; absence, S. — 1878 soudain: M ; soudain. P S A.
1895 Dormans au camp. Voici merveille.
Sus, sus. Il faut qu'on les resveille.
Mais sur tout faut-il d'ardeur grande Animer Doeg et sa bande.
DOEG.
Le Roy n'eut onques telle envie 1900 Faire à David perdre la vie,
Comme il a. Il frémit de rage.
Trouppe.
Quelqu'un lui rompra ce courage.
Doeg.
On ne lui rompra de cest an :
Car ni Abner ni Jonathan 1905 En cela rien gagner n'ont peu.
Encore a-il tenu à peu Qu'on ne soit allé la nuict toute Pour les surprendre. Mais la doute A fait tout remettre à demain.
Trouppe.
1910 Nous avons seu de longue main
Qui sont ceux qui ami le tiennent.
Doeg.
Qui sont-ils ?
Satan.
Si la nuict ils viennent Aveques lui.
Garder il faut
1903 an: S ; an. P A M.
Qu'ils nous viennent bailler le saut La nuicty par quelque intelligence.
Trouppe.
Nous ferons toute diligence, N'en cloutez. Et demain par nous Vous cognoistrez les noms de tous.
DOEG.
C'est bien dit. Puis soudain par moy Tout sera déclaré au Roy.
Mais gardez que mot on n'en sonne.
Ne vous descouvrez à personne.
Trouppe.
Non. Nous avons tous bonne bouche.
DoEG.
Il est force que je me couche, Tant fort ay-je les yeux lassez.
Trouppe.
Pour vous nous veillerons assez.
Quoy que je promette veiller, J'ay bon besoin d'un oreiller.
Je ne say qu'il me faut, mais homme Ne fut jamais endormi, comme Je suis de sommeil abbatu.
Je n'ay ne force- ne vertu Me soustenir en quelque forme.
Puis qu'il est force que je dorme,
1926- 1942 Trouppe. \ Pour vous,.. \ Quoy que je promette veiller,... Trouppe. | Pour vous... | Doeg. | Quoy que je promette veiller,... A M. — Ce vers, et les quinze suivants, sont ainsi mis par A M dans la bouche de Doeg. Or c'est la Troupe qui vient de dire qu elle veillera, et Doeg est allé se coucher.
19} S Je fcray veiller à leur tour
Ces gens qui dorment à l'entour.
Sus, debout, debout, compagnons.
Q}i'est-ce ci ? Rien nous ne gagnons.
Sus, sus, debout. Voici merveille.
1940 II n'y a homme qui s'esveille :
Et faut que soye à terre mis
Parmi ces hommes endormis.
David.
Je vous ay fait venir, afin que je vous die Une emprise que j'ay, dangereuse et hardie :
1945 Mais Dieu en est autheur, qui m'a l'ame allumée D'une ardeur véhémente, et non accoustumee.
Puis que Dieu nous anime, et veut guider nos pas Aux chemins dangereux, danger il n'y a pas.
J'ay esté recognoistre et l'armée, et le fort
1950 Des ennemis, qui sont d'un sommeil dur et fort Profondement espris. J'ay cognu qu'enfermée Est la tente du Roy, au milieu de l'armée.
Je say où loge Abner, et les autres forts hommes, Tous ignorans que d'eux ainsi proches nous sommes.
'95 S J'ay entrepris d'aller, en la garde prospère Du Seigneur, à travers leurs bandes, et espère Parmi les ennemis, sans que l'alarme sonne.
Aller trouver le Roy, jusques à sa personne.
Abisai.
Le voyage entrepris est grand et périlleux : i960 Mais Dieu, en tous ses faicts puissant et merveilleux, Les siens, qu'il veut garder, de tout péril exempte.
1944 hardie : M ; hardie. P A ; hardie, S. — 195 3 les autres forts hommes f les plus vaillans hommes, M. — 1959 périlleux : M ; périlleux. P S A.
Toutesfois, regardant l'entreprise présente, Je suis d'advis que seul y aller ne devez.
Le Seigneur est puissant : mais pour rendre achevez Les efFects d'un conseil, il est bon (ce me semble) Que deux, sous son plaisir, s'accompagnent ensemble. Le trait en est plus court, moindre la peine prise, Plus grand et courageux le cœur à l'entreprise. N'y allez seul ainsi.
ACHIMELECH.
De moy (à vray parler) Il me semble que seul vous n'y devez aller.
Dieu, qui vostre pensée à ce faict a induite, A un et à plusieurs est défense et conduite.
David.
Y aller seul aussi entrepris je n'ay pas.
Mais lequel de vous deux y veut suivre mes pas, Et m'y accompagner ?
Abisai.
J'ay la volonté bonne Vous suivre : et ne verrez que je vous abandonne Pour danger, fer, ne feu, ne tempeste, n'orage.
David.
Loué soit le Seigneur, qui te donne courage.
Toy et moy irons donc. Or toy, Achimelec, En attendant que Dieu nous rameine d'illec, Tu diras de par moy à Joab, que nos gens Il tienne sur leur garde, à veiller diligens. Et cependant aussi priez que la main forte
1^4 puissant : mais puissant. Mais P S A M. — 1967 court. M; court : P S A. — prise, M ; prise : P S A. — 1979 Achimelec Achimelech A M.
26o TRAGEDIES SAINCTES
De Dieu» par sa bonté, nous adresse et conforte. 198$ Car on sait que du Roy à mort je suis hay.
ÂCHIMELECH.
De ses mains Dieu vous garde, ensemble Abisai . Je vay devers Joab, le tout lui faire entendre. Tandis ici serons en crainte à vous attendre, Prians Dieu qu'il vous guide, et rende ceste part.
David.
1990 Or allons, asseurez au Seigneur qui nous gard'.
AcHIMELECH.
G)mme il va d'asseurance I il marche d'un cœur tel Qji'il n'est force pareille en courage mortel. Mais ce qui le rend fort, c'est que seul il se fie Au Seigneur, qui l'adresse, et qui le fortifie. 199$ Mais voici où Joab a sa loge eslevee.
Il faut que devers lui soit ma charge achevée.
Satan.
Mais n'est-ce pas pour sortir hors Du sens ? Moy, qui jamais ne dors, Qiii au guet à toute heure suis,
3000 De dormir garder je ne puis
Ces gens, à l'heure nécessaire Que vient David, mon adversaire ?
Le Roy dort, Abner, Jonathan, Et Doeg, homme de Satan.
2005 Les guets assis de toutes parts
Gisent dessus la terre espars.
Tous mattez de sommeil profond.
1998 sens? Moy, sens ? moy, P A M ; sens? moy S. — 2002 adversaire ? M ; adversaire. P S A. — 2005 ^^ ^««/J assis Les guets aussi A M.
Contre l'ordre et leur devoir font.
Je ne say pas que c'est : il faut Que Dieu y œuvre de là haut.
Je ne puis, en aucune sorte, Faire que debout on se porte, Ni que du guet un seul gendarme S'esveille, pour faire l'alarme.
JOAB
Vous savez tous, compagnons et amis,
Comme par nous à David fut promis
En OdoUam, fosse grande et obscure,
Lr* avoir pour chef: et tous avons eu cure
Tousjours depuis pour Prince l'observer.
Dieu a voulu sous lui nous conserver
Par tant de maux où rencontrez nous sommes,
Et dont porté nous avons tant de sommes.
Vous avez veu tousjours qu'en tout endroit
11 s'est porté homme innocent et droit
Envers le Roy, lequel par toute terre
A lui et nous fait aspre et dure guerre.
Mais Dieu, qui juge, et qui venge le tort.
N'a pas voulu que sur nous le plus fort
Il ait esté. Ou* en l'oppresse dure
Il favorise à l'innocence pure.
Or comme en lui David vaillant se porte,
De maints dangers sauvé par sa main forte.
Il est allé au camp de l'ennemi.
Délibéré passer au Roy, parmi
Tous ses soldats, sans que du faict qu'il ose
Il ait à nul déclaré quelque chose
Qu'à deux sans plus, dont je suis esbahi.
2009 ^^^' *^ c'cs^* Il P S A M. — 2024 droit M; droit. P S A.
D'iceux est l'un mon frère Abisai :
Et voici l'autre, Âchimelech Hethee, 2040 Qui m'a au vray la chose rapportée,
Et par lequel, David nous recommande Nostre devoir.
Eliab.
Mais qu'est-ce qu'il nous mande ?
Il en devoit plustost parler à nous, Qu'ainsi le faire, et nous y mener tous. 2045 Nous eussions peu ensemble à l'adventure
Parmi le camp nous faire ample ouverture.
AbINADAB, frère de David.
A tout le moins il devoit (ce me semble) Vous y mener, et ses frères ensemble.
Nous eussions peu les forcer, et parmi 20S0 L'armée, aller jusqu'au Roy endormi.
User ne vueil sur aucun de reproche :
Mais il n'est homme en ce monde à lui proche Tant comme nous, ni en qui à toute heure Il deust avoir confiance plus seure.
ASAHEL.
20s s Frères à lui vous estes, mais je veux
Vous asseurer qu'aussi nous ses neveux (Fils de sa sœur et la vostre, Sarvie) N'aimons pas moins son honneur et sa vie, Qu'autre qui soit de sang proche à lui joint.
2060 Non, pour mourir je ne lui faudroy' point.
2038 Abisai : M ; Abisai. P S A. — 2059 Hetbee Hetee S. — 2040 rapportée, M ; rapportée. P S A. — 2042 est-ce A ; est ce P S M. — 2051 reproche: reproche, P S AM. — 2055 Frères S; Frères, PAM.
Abiathar.
Quelque autre cas (peut estre) il considère, Et au conseil de Dieu seul il adhère.
Je croy qu'il fait ceci par le Seigneur, Qui lui en est autheur et enseigneur.
ACHIMELECH.
Aussi dit-il qu'il va en la conduite De Dieu, qui a ceste pensée induite En son courage : et n'a esté d'advis, Fors à nous deux, en faire aucun devis.
Tant seulement mener s'est résolu Abisai, qui suivre l'a voulu, Sans regarder ami, neveu, ne frère.
JOAB
Point l'un de l'autre en ceci ne diffère :
Et n'est besoin faire comparaison . En cest endroit. Une mesme raison Nous fit la foy promettre entre ses mains, Autant neveux comme frères germains.
Or maintenant puis qu'ainsi va l'aifaire, Il reste à nous chacun son devoir faire.
Et que soyons à veiller travaillans, Afin que si ces deux hommes vaillans Demeurent pris, et que par tel meschef Nous vueille Dieu priver de nostre chef.
Nous ne laissions neantmoins, sous l'espoir Que nous avons en sa force et pouvoir, Q>ntre Saul, s'il vient pour nous offendre.
Tous vaillamment ensemble nous défendre.
Nous sommes tous un petit nombre d'hommes,
2072 diffère : diffère. P A M ; diffère S.
Mais je suis scur qu'hommes vaillans nous somme S'ils viennent donc, deliberons-nous tous
3090 De leur monstrer le cœur qui est en nous.
Sous le confort de Dieu. Et cependant, L'heureux retour de David attendant, Prions pour lui ce grand Dieu des années, Q}ii ses pas guide, et a ses mains armées.
209s Sus, Abiathar, pren ton ephod de lin.
Levons les yeux vers le ciel crystallin :
Levons le cœur : ayons les mains tendues :
Et du Seigneur soyent nos voix entendues.
Prière a Dieu, d' Abiathar.
A toy là sus, ô Dieu des exercites,
2100 Dieu, qui nos cœurs à te prier excites,
A toy, Seigneur, qui nous peux secourir Au dur besoin, nous venons recourir.
Délivre-nous de ceste oppresse dure, Que ton trouppeau indignement endure,
210S Près du pouvoir de Saul poursuivant.
Nous espérons en toy, ô Dieu vivant, Ayans la foy, avec l'expérience, Qu'après travail et longue patience.
Où tout conseil et force à l'homme faut,
2 no Tu viens à coup envoyer de là haut
Ton seur secours, qui rend l'armée hostile (Tant forte soit) sans force et inutile.
Vien donc, Seigneur : que la triste famine La mort n'apporte, et ne nous extermine.
2095 epbod Ephod M. — 2096 crystallin : crystallin. P S A ; crystalin. M. — 2097 caur : ayons cœur, ayons P A ; cœur, ayons S M. — tendues : tendues. P S A ; tendues, M. — 2099 P^^^ à Dieu, Dieu P S A M (Cf. 1805 : Prière à Dieu, de David). — 2103 Délivre-nous Délivre nous M. — 2104 trouppeau trotipeau A M (Introd. 39). — 211 3 Seigneur : que M ; Seigneur. Q.ue P S A.
. - Ht cependant en ta garde condui
David ton serf; qu'il ne tombe aujourdhui Entre les mains de Saul. Car, ô Sire, ,.- Tu cognois bien que son ameil désire :
Mais cheminant en ta garde, il est seur De ne tomber es mains de l'oppresseur.
Condui-Ie donc, ô Seigneur, et ottroye Que lui, sauvé d'estre aux ennemis proye.
Hors des dangers de tous sentiers et traces, A son retour t'en puissions rendre grâces.
PAUSE
David.
. ; Nous approchons le camp : il est heure qu'on vaille, Î.X qu'à rien que voyons le courage ne faille. Nous avons exploité en peu d'heure beaucoup.
Dieu nous garde et conduit. Soit en toy à ce coup Hardi et asseuré ton cœur, Abisai.
Abisai.
30 Non, non, vous ne verrez que je soye esbahi
Pour rien que puisse voir. Mais parmi l'espaisse ombre Je voy des gens couchez par terre quelque nombre.
David.
C'est le guet, que Dieu a durement endormi.
Marchons sans peur ne doute : il faut passer parmi.
Satan.
2135 Mais n'est-il pas en moy de faire que ces gens S'esveillent à la garde, et qu'ils soyent diligens
21 18 désire : désire. P S A M. — 21 31 espaisse espesse M, — 2154 doute : il doute, il P S A.
A faire leur devoir ? Il faut bien qu'en ce lieu
Soit du Ciel un miracle, et une œuvre de Dieu.
Il n*y a pas un seul, il n'y a pas en somme ai4o Un seul homme du camp, que le sommeil n'assomme.
Tous sont plat abbatus, sans souci, sans esmoy.
Sus, sus, debout, debout, sus, veillez comme moy.
Je ne profite rien. D'ire et despit j'enrage.
Que Dieu bridé me tient, et empesche ma rage. 3I4S Ah, si ce n'estoit Dieu, par tout où je seroye,
Par mer, sur terre, en l'air, que de mal je feroye !
David.
Voyez comme tout dort. Sont choses nompareilles Qjie fait ici pour nous le grand Dieu des merveilles.
Abisai.
C'est un cas merveilleux comme par terre espars 2150 Gisent tous endormis les corps de toutes parts.
David.
Voila où est couché mon frère Jonathan.
Abisai.
Voila le bon Doeg, instrument de Satan.
David.
Voila Melchisua.
Abisai.
Voici Abner le fort.
David.
Et voici maintenant la tente où le Roy dort.
21 s s II faut entrer dedans. Dieu est pour nous de vray. Entrons-y hardiment.
21 ?8 Ciel M ; ciel P S A. — 2156 Entrons-y A M ; Entrons y P S.
Abisai.
Entrez, je vous suivray.
Satan.
C'est pour vif enrager. Encor' ne puis-je faire Que David condescende à un mauvais affaire.
Il tient en son pouvoir le Roy, et ne veut point
o Lui toucher, pour autant que de Dieu il est TOinct. Mesmes ne veut-il pas qu' Abisai lui touche, Qui demande congé de Toccire en sa couche.
Disant qu'il ne mettra jamais au Roy la main : Remettant tout à Dieu, tant que quelque demain
6s Vienne le jour qu'il meure, et tombe sa vaillance. Seulement fait-il prendre et emporter sa lance. Qui est à son chevet, et le vaisseau à l'eau. Jamais à le tuer il n'aura jour si beau.
David, sonant de la tente.
Retirons-nous du camp avec nostre butin.
170 II est temps de partir : n'attendons le matin. Nous avons assez fait à ce coup. Dieu merci.
Abisai, sortant aussi, avec la lance et le pot à Teaa.
Mais (à ce qu'il me semble) il faut, passant par ci, Despescher ces dormeurs, et ces ronfleurs avec. Au-moins permettez-moy vous venger de Doeg, 1175 Q^i tant vous fait de mal. Plus de lui n'aurons doute.
David.
A Dieu, juste vengeur, soit la vengeance toute. Allons sans plus tarder. Tu as la javeline.
Et le vaisseau à l'eau. Gagnons ceste colline.
a 157 Encor' Encor S. — 2160 pour autant pourautant A M. — 2163 nuUn : M ; main. P S A. — 2170 partir : n* attendons M ; partir. N^attendons PS A. — 2176 vengeance vengence M.
Abisai.
Or est de Dieu la bonté merveilleuse, 2180 Qjii ceste emprise, à nos yeux périlleuse, Nous rend facile, et nous sauve des mains Des ennemis cruels et inhumains.
David.
Ceste bonté, dont envers nous il use, Maugré Teffort, la puissance, et la ruse
ai8$ Des ennemis, il faut, ains que partir,
La leur monstrer, et les en advertir.
De ce costau, lieu assez eminent.
Les appellant, pourrons incontinent Les esveiller. Hau, Abner, qu'on s'esveille.
2190 Abner, Abner.
Abner.
Q,u*est-ce ? Voici merveille.
David.
Respons-tu point ? hau, Abner.
Abner.
Qiii es-tu ?
David.
Est-il un homme ayant telle vertu En Israël, comme toy? Et tu dors.
On est venu pour outrager le corps 219s De ton seigneur, le Roy. Mal tu le gardes.
Dormant ainsi avec toutes ses gardes.
Abner.
Mais qui es-tu qui esveilles le Roy ?
2195 seigneur Seigneur S.
David.
Vous méritez la mort, et eux, et toy, Et que son sang de vos mains on requière.
Regarde où sont et la lance, et l'aiguiere, Qui estoyent mis au chevet de sa couche.
Saul.
Voila David. Cest la voix de sa bouche.
David.
Lon a bien peu jusqu'à son lict aller.
Saul.
N'est-ce pas toy, que j'enten là parler, Mon fils David ?
David.
Cest David mesme. Sire.
Entré ne suis pour mon seigneur occire.
Ni le toucher. Cognoy maintenant comme Envers le Roy je suis innocent homme.
Pourquoy ainsi me vas-tu poursuivant, Qui n*ay pensé en jour de mon vivant Mal contre toy ? Te plaise entendre et voir Qu'envers le Roy, de tout humble devoir Tous jours me suis pleinement acquitté.
Mes mains ne sont pleines d'iniquité.
Si de Dieu vient ceste peine où je suis.
Si c'est par lui qu'ainsi tu me poursuis.
Et que le mal que j'endure lui plaise.
Je lui suppli' que l'offrande l'appaise :
Mais si ce sont les hommes vains et faux.
Qui tant me font errer par monts et vaux.
Ils sont de Dieu maudits devant sa face.
2205 mesme mesmes A. — 2218 appaise : S M ; appaise. P A.
Car ils le font afin que je ne face Ma demeurance en l'héritage sainct, Deliberans en leur courage feint
333 S Me faire aller servir aux dieux estranges.
Mais le Seigneur, qui règne entre ses Anges, Ne permettra que mon sang s'extermine.
Làs, moy, que suis-je ? une vile vermine, Que cerche et suit d'Israël un grand Roy :
33)o G)mme qui vient en magnifique arroy Une perdrix chasser en la montagne.
Saul.
David mon fils, ta patience gagne Et rompt mon cœur, dont l'ire est abolie.
Ton innocence, ensemble ma folie, 223s Cognoistre et voir clairement tu me fais.
Dieu est ta garde. Or t'en retourne en paix, Puis que tenant en ton pouvoir ma vie.
De me toucher tu n'as point eu envie.
David.
Le Seigneur face à mon ame selon 2240 Que j'ay vers toy le cœur, droit ou félon.
Or fay quelqu'un venir ta lance querre, Que j'ay debout ici fichée en terre.
Et avec toy, Dieu, à qui je m'atten.
Soit demeurant.
Saul.
Mon fils, retourne-t'en.
2245 Dieu à jamais, en qui seul tu espères.
Te fera voir toutes choses prospères.
3229 cerche cherche M. — Israël Israhel S. — Roy : Roy. P S A M.
Satan.
Rien ne me sert le crier ne le braire, Ni tout troubler, où Dieu veut le contraire.
Voila Saul à David appaisé.
Or de sortir lui est libre et aisé De ce désert, où je travaille en vain Tomber le faire au glaive ou à la faim.
Je ne say plus, (comment ? que je ne sache Venir à bout d'un affaire où je tasche ?) Non, je ne say, tant je soy' caut et fin.
Moyen ne tour, pour le mener à fin.
Si ne lairray-je, en jour qu'il puisse vivre, De le tenter, tourmenter, et poursuivre.
PAUSE
David.
Nous sommes de retour, mes amis, en ce lieu, 160 Apres avoir cognu les merveilles de Dieu,
Lequel nous conduisant, par sa bonté suprême. Nous a fait voir le Roy, et parler à luimesme : Si qu'il est maintenant appaisé envers nous.
JOAB
Peut bien le Roy avoir un courage plus doux ?
David.
126$ Dieu l'a mis en mes mains.
Abiathar.
O divine puissance !
2259 retour, nus amis, retour (mes amis) P A M ; retour (mes amis en ce lieu) S (Introd. 26). — 2261 suùreme supresme A M. — 2262 luimesme : luimesme. P ; luymesme. 5 A ; luy mesme. M.
David.
G)gnoistre lui a fait de quelle obéissance Je l'honore et le sers.
Eliab.
C'est un cas merveilleux.
ÂBINADAB, frère de David.
Il vous a délivré d'un pas trop périlleux.
Samma.
C'est plus grand cas encor' qu'il nous reconcilie.
ASAHEL.
2270 Mais que nos ennemis vers nous il humilie.
ACHIMELECH.
Soit ce faict admirable à tous peuples conté. Qp'on sache du Seigneur envers nous la bonté. Soit parmi l'univers manifeste en tout aage Sur tous nos ennemis cest heureux avantage.
David.
227$ Nous avons paix au Roy, dont en liesse grande Il nous faut rendre à Dieu de louange une offrande. Sus, sus, mes compagnons, pour ceste heureuse paix, Faisons ouir nos voix à travers l'air espais : Sus, parmi l'ombre obscure, à travers de ces bois,
2280 Chantons un sainct cantique ensemble à haute voix.
CANTIQ.UE DE DaVID.
Honneur à toy, ô Dieu vivant, Qui de l'ennemi poursuivant Seul nous mets à délivre. De la grand' terre aux environs,
2278 espais : M ; espais, P S A.
> Sans fin ta louange dirons,
Soit à mourir ou vivre.
Garde-nous errans et bannis.
Ren-nous de ta force munis En toute dure oppresse.
K) A toy seul nous avons recours :
A terre abbatus, ton secours Nous soulage et redresse.
Redresse-nous, et nous condui, Qiii n'avons espoir aujourdhui 9S Qu'en ta seule conduite.
Soit envers nous, par ta bonté, De l'ennemi la volonté A toute paix induite.
Rien ne peut des hommes l'effort 300 Encontre ceux que ton confort
Fortifie et conforte.
Les hommes vains ont conjuré :
Mais le fidèle est asseuré
Sous ta main seure et forte.
*i°'> O l'homme heureux, qui met en toy
D'une vive et constante foy, En toy seul son attente.
L'homme en soy n'est seur ne content :
Mais le cœur qui à toy s'attend, *3io Son espoir le contente.
2287 Garde-nous Garde nous M. — 2288 Rm-nous Ren nous M. — 2290 recours : M ; recours. P S A. — 2295 Redresse-nous Redresse nous M. — 2^02 conjuré : M ; conjuré. P S A. — 2508 content : content. P S A M.
Tragédies sainctes. 18
274 TRAGEDIES SAIKCTES
Ainsi tendrons-nous donc aux cieux La voix, et le cœur, et les yeux,
Devers ta bonté haute.
Ainsi tiendrons-nous que tu tiens a)i$ Ta Parole fidèle aux tiens,
Q.ui jamais ne fit faute.
David.
Puis que de Dieu la main forte nous donne Passage ouvert, et asseurance bonne.
Puis que du Roy il a changé le cœur,
2J20 Qjii se voyant au poinct d'estre veinqueur,
A ne vouloir nostre mal s'est réduit, Puis qu'avons seur et libre saufconduit.
Il faut partir en la garde asseuree De ce grand Dieu, qui la peine endurée
2325 Change en plaisir, et*de ceste faim dure
Nous retirer daigne bien avoir cure.
Je suis d'advis, puis que loisir avons, Que nous sauver en haste nous devons, Ains qu'envers nous le Roy de vouloir change :
2330 Car trop à croire un faux langage d'Ange
Il est facile, et léger, et subjet.
Nous irons tous vers Achis, Roy de Geth. Car puis que Dieu est pour nous, n'ayons crainte De l'estranger : portons toute contrainte,
2335 Et d'aucun cas ne soyons esbahis.
Au cœur vaillant le monde est son pays, Comme aux poissons la mer large espandue,
2312 yeux, yeux P S A M. — 2315 Parole parole S M. — 2316 fit feit M. — 2319 cœur cueur M. — 2320 veinqueur ^ veinqncnr P S A; vainqueur M. — 2329 change: change, P S A M. — 2334 estranger : portons estranger. portons P S A ; estranger, portons M.
Ht aux oiseaux ceste grande estendue De Tair espars. Vers lui donc irons-nous.
Il nous fera fort bon recueil à tous.
Là retirez hors de nostre province, Nous ne serons de Saul nostre Prince Plus au danger, que sans fin nous craignons.
Dieu nous y guide. Allons, mes compagnons.