‹ Tragédies saintes. David combattant--David triomphant--David fugitifChapitre 3 sur 11 · JONATHAN · texte numérisé non relu

JONATHAN

Mon père, ce jeune homme a courage et envie 1330 D'aller combattre seul, et de mettre sa vie Pour sauver Israël. Vous plaist-il d'enquérir Si par luy le Seigneur nous voudroit secourir ? Il s'y vient présenter.

Saul.

Luy ? Que me viens-tu dire ?

David.

Au nom du Dieu vivant je l'entreprendray, Sire.

Saul.

1535 Tu as bien le visage et le cœur asseuré. Mais de ce Philisthin le corps desmesuré N'est comparable à toy : car tu n'es qu'un enfant. Pourroit bien une mousche abbattre un éléphant ?

David.

Soit le cœur ferme à tous, et à nul ne défaille. 1 340 Quoy que ce grand Colosse, à le voir, beaucoup vaille. J'espère en Dieu l'abbattre.

Saul.

Il est homme de guerre.

Et tu n'es qu'un garçon.

i))3 (^ 5^^ S* — viens-tu viens tu S. — 15 34 du Dieu de Diea M. — i^$6 Msmesuri desmesuré, P S A M. — i^^S abbattre abbatre M (Introd. 40). — éléphant elefant M. — 1540 CoJosu colosse M.

David.

Je Tabbattray par terre.

Abnbr.

Ce jeune homme est vaillant, et a je ne say quoy Qpi promet asseurance et prouesse de soy.

134s C'est le cœur qui fait Tœuvre. En la mesure juste Du cœur, et non du corps, gist la force robuste. Il convient tout remettre en Dieu, qui a pouvoir De sauver ce qui est plongé au desespoir.

David.

Sire, le Seigneur vit, qui n'accepte personne,

M 50 Ht n'estime les traits dont le corps se façonne. Aussi quiconque veut au Seigneur s'asseurer, Ne doit les corps humains à l'aune mesurer.

Pour les craindre ou priser. Qji'on ne se désespère. Je gardoy* bien un jour le trouppeau de mon père :

1355 Et voici un lion aveques sa peau rousse.

Qui vient roide accourir, et une brebis trousse. Il vint encor' un ours. Mais je fis tel effort, Qji'au menton j'empoignay le lion ferme et fort. Mort le ruay par terre : et la brebis ainsi

1360 Fut recousse par moy. Je tuay l'ours aussi. Donques ton serviteur, aveques le secours De Dieu, a fait mourir un lion et un ours :

Et cest incirconcis, qui menace les testes De tes hommes, sera comme une de ces bestes,

1365 Luy, qui du Dieu vivant a défié l'armée.

Soit d'enhaut seurement ta force confermee.

1354 gardof gardoy M. — 1357 eiicor* encor M. — 136a ours : M ; ours. P S A. — 1365 défié dcsfié M.

David.

Le Seigneur tout-puissant, duquel la vertu seule M'a sauvé de la patte, et de l'ouverte gueule Du lion ravissant, qui aussi m'a sauvé 1370 De la patte de l'ours, ce Dieu que j'ay trouvé Secourable en tout lieu, luymesme aura souci Me sauver de la main de ce Philisthin-ci.

Saul.

Va, et soit avec toy le Seigneur souverain.

On arme ici David.

Il te faut prendre au dos mon corselet d'airain : 137s Aussi mon fort armet, qui tout est d'airain cuict. En teste tu prendras : puis ce glaive qui luit. Au costé sera ceint : il est roide, et bien taille. Tout te va bien séant: tu es de belle taille. Mais il te viendroit mieux s'ainsi tu te tournois.

David.

1 380 Non, je n'ay point appris de porter le harnois. Ceci m'empescheroit : je ne m'en aiday onques. Il me faut despouiller.

Saul.

Comment iras-tu donques ?

David.

Je ne vueil glaive, armet, ne vesture royale.

On le desarme.

J'ay besoin seulement de ma fonde loyale. 1385 J'en tire fort et droit.

1367 tout-puissant, tout-puissant P S A M. — 157T luymesme luy-mesme M. — 1 575-1 574 On arme ici David, ci S. Ce jeu de scène est indiqué dans P à droite du v. 1574, dans S à droite du v. 1375, dans A M audessus de ce vers. •^1374 corselet corcelet M. — atrain : M; airain. P SA. — 1375 cuict cuit M. — i^jb prendras : puis M; prendras, puis P S A. — IJ77 ceint : il ceint, il P S A ; ceint, il M ; — 1 585-1 384 On le desarme. Ce jeu de scène est indiqué dans P S à droite du V. 1585, dans AM au-dessus de ce vers.

74 TRAGEDIES SAIMCTES

Saul.

Fay comme appris tu l'as.

Mais ne voudrois-tu point ceindre ce coutelas ?

David.

Sire, laissez-moy faire. Ayez seulement soin D'invoquer le Seigneur, et l'attendre au besoin.

Saul.

Fay comme tu l'entens.

ÂBNER.

Or il faut maintenant 1390 Envoyer le Héraut passer le convenant.

Saul.

Qu'on le despesche, Abner.

Abner.

Hau, Héraut.

Le Héraut.

Me voici.

Que vous plaist-il, Seigneur ?

Abner.

Tu t'en iras d'ici Dire de par le Roy à ce grand Philisthin, Qpe pour passer l'accord, qui ne soit clandestin, 1 395 II se soubmet par toy, que si en ce combat

Où il envoyé un homme, un guerrier l'autre abbat, La part du combattant veincu du belliqueur.

Sera desfaite, serve, et subjette au veinqueur. Comme il l'a demandé. Traite ceste concorde,

1387 laissei-moy laissez moy A. — 1390-1391 Héraut,,. Le Héraut. M ; héraut P S A (Introd. $3). — 1392 plaist-tl plaist il S. — Seigneur S ; seigneur P A M. — 1395 soubmet sousmet M. — 1399 àemandè. Traite demandé, traite P S A ; demandé : traitte M. — concorde^ M ; concorde. P S A.

400 Et asseure pour nous qu'ainsi le Roy l'accorde. Or va, et te despesche, et parle clair et haut.

Le Héraut.

Je feray seurement le devoir d'un héraut.

Satan.

Voici l'es bat où je me bagne.

Il faut que le Philisthin gagne, 1405 Et meine à outrance David.

Car si trop longuement il vit,

Ce pourra estre à mon dommage.

Les meschans, qui me font hommage,

Sont, à mon gré, dignes de vie, 1410 Afin que rancune et envie.

Avarice, desloyauté,

Paillardise, orgueil, cruauté.

Idolâtrie en toute forme.

Et toute autre infamie énorme, 141s En quoy seul consiste mon règne.

Par ces meschans au monde règne.

Il faut (si je puis) qu'en ce monde

Goliath, qui ailleurs ne fonde

Son espoir, surmonte, et prospère :

1420 Et qu'ainsi tousjours il espère,

Comme ici je fay prospérer

Les meschans, et mieux espérer.

Afin qu'ayans vescu tousjours

Abusez, la fin de leurs jours 142s Soit loin d'espérance, et qu'en elle

Se trouve la mort étemelle.

Sus, sus, Goliath.

Z402 beraut Héraut M. — 140) bagne baigne M. — 1404 Pbilistbin PhiUstin S. — gagne gaigne M.

Goliath.

C'est merveille Si les Hebrieux je ne resveille A ce que je crie ainsi haut.

L'ESCUYER

1430 Esmerveiller il ne s'en faut.

Ils font ainsi l'oreille sourde, Craignans tous une cheute lourde.

Trouppe Philisthine.

Il faudroit aller tout exprès Pour les resveiller de plus près.

Demie trouppe Philisthine.

14^5 II faudroit au son d'une aubade

Leur faire Étire une gambade.

Goliath.

Ce seroit ce qu'il leur faudroit :

Car d'eschapper par autre endroit»

Israël n'a moyen qu'on voye, 1440 Que par ceste sortie et voye.

L'Escuyer.

Je voy venir quelqu'un, qui part De leur camp, tirant ceste part.

Voyez-vous pas à la descente Comme il s'avance et diligente ?

PAUSE

Le Héraut.

144s Saul, Roy d'Israël, ayant seu que tu viens Hautement défier son Dieu, lui, et les siens,

1446 défier desfier A M. — lui luy S A M (Introd. }}).

Afin que ta fureur ne passe plus avant.

Par moy te fait savoir, au nom du Dieu vivant.

Que si ferme tu tiens tout ce que tu présentes,

(So Et qu'il soit accordé par les bandes présentes. Il est prest d'envoyer un guerrier pour combattre Corps à corps contre toy, et par terre t'abbattre. Assavoir, que celui qui restera veinqueur, Et qui de l'adversaire aura outré le cœur,

45 s Icelui pour les siens du tout sans controverse Soit seul victorieux, rendant l'armée adverse Esclave à son parti : et le guerrier veincu Ait pour soy et les siens jusqu'à l'heure vescu En douce liberté, sans que pour Tadvenir

460 Sa gent puisse autrement que serve se tenir. Ainsi le Roy Saul par moy le veut et mande :

Surquoy de Tennemi la response il demande.

L'entens-tu, Philisthin ?

Goliath.

Je l'enten tout ainsi.

Le Héraut, Et vous ?

Trouppb et demie trouppe Philisthine.

Nous le voulons et l'entendons aussi.

GOUATH.

u6s Saul monstre qu'il est d'aventureux courage, Q.ui ose bien commettre au danger de l'orage De mon bras foudroyant, par un homme des siens, Le peuple d'Israël, son royaume, et ses biens.

1453 Assavoir A sçavoir M. — celui celuy A M(Intro(l. jj). — 1454 cœur cueur M. — 1455 Icêlui Iceluy SAM (Introd. 3^). — 1461 mande : mande. P A; mande, S M. — 1462 Surquoy Sur ouoy S. — 1464 Phiusthine. Phil. PM; phil. SA (Introd. $3).— 1468 royaume Royaume M.

Mais qui est le guerrier, qui ainsi se dispose 1470 Me venir rencontrer ? En est-il un qui ose Se trouver en campagne, et asseuré m'attendre ?

Le Héraut.

Aujourdhui au combat tu le pourras entendre.

Goliath.

Sus, sans plus demeurer, Héraut, retourne-t'en. Fay que le combattant ici, où je Tatten, 147s Vienne tost se trouver, puis qu'il a telle envie Perdre tout Israël, et son Roy, et sa vie.

Ils ont bien attendu, les malheureux, pour voir Le jour de leur ruine. Ils se verront avoir Et porter aujourdhui le dur joug de servage.

1480 Mieux leur fust d'estre encor' en leur des ert sauvage,

Trouppe Philisthine.

Si celui qui viendra combattre, a cœur autant Qu'il est en ce combat requis au combattant.

Nous verrons besoigner d'une force nouvelle.

Demie trouppe Philisthine.

Il faut qu'il soit vaillant, ou homme sans cervelle, 1485 D'entrer seul au combat encontre un guerrier tel.

L'Escuyer.

Soit-il quiconque il soit, ce jour lui est mortel.

Goliath.

Il me semble ja voir que mon glaive lui entre Par le travers des flancs, et que du fons du ventre J'arrache les boyaux : je voy ja que je traine 1490 Les pièces de son corps sanglantes par la plaine.

i^y^ Héraut M; héraut PS A. — retoume-Ven retourne t'en S. — 1483 hesoigner besongner A M. — i486 Soit-il Soit il S ; Soit*il, A M.

Le Héraut.

O Dieu, quel monstre ! ô quelle estrange masse ! Moy, que jamais j'y retourne, j'aimasse Mieux m'aller perdre au fons des plus bas lieux. O quel regard espouvantable d'yeux !

^95 Quel corps ! quels bras ! quel front ! quel parler fier !

Par trop de soy celui se peut fier Qui le combat. Le Philisthin est seur D'estre aujourdhui d'Israël possesseur.

Dieu tout-puissant, plaise-toy nous entendre,

00 Et sur le chef des Philisthins estendre

Ta forte main. Or est-il nécessaire, Car trop est fort et rude l'adversaire.

O qu'à le voir j'ay eu le cœur saisi De grand' frayeur ! Je ne me puis quasi

)0S Remettre en moy. Si ay-je fait semblant

De n'avoir point le courage tremblant.

D'estre asseuré j'ay fait meilleure mine Qu'il n'y avoit. Mais il faut qu'on chemine.

PAUSE

Le Héraut.

Dieu gard' le Roy.

Saul.

Qu'est-ce que tu rapportes ?

Le Héraut.

510 De Goliath, ensemble des cohortes

Des Philisthins, l'asseurance avons-nous.

Que tout l'accord, ainsi que de par vous

1494 espouvantable espouvenuble M. — 1499 plaise-toy plaise toj M.

8o TRAGEDIES SAINCTES

Je l'ay déduit, sans rien en laisser point.

S'entretiendra par eux de poinct en poinct.

Saul.

1)1$ Or, mon enfant, tu entens le rapport.

Veux-tu marcher?

David.

Sire, sous le support Du Dieu qui vit, du Dieu qui m'esvertue, Je vous rendray aujourdhui abbattue Dessous vos pieds la gloire Philisthine :

1520 Car le Seigneur ainsi le prédestine.

Saul.

Or va, mon fils. Dieu soit aveques toy, Pour nous sauver.

David.

Je pren congé du Roy.

Abner.

Or, mon enfant, je voy et cognoy bien Qu'au vray tu as un cœur d'homme de bien :

1525 Mais le Seigneur, qui les moyens nous donne

D'adresse, ainsi que la volonté bonne.

Veut qu'on se serve aussi en tout endroit De ce qui est à nous propre et adroit.

Donc, pourautant que tu es jeune d'aage,

1530 Et que le temps quelquesfois rend plus sage

Le vieil ^errier, qui a en patience Des faicts de guerre acquis l'expérience. Je t'admoneste avoir en souvenance De n'estimer la fiere contenance

i$i9 Pbilistbine : M ; Philisthine. P S A. — 1524 bien : M; bien, PS A. — 1530 quelquesfois quelquefois M. — 1533 t^^oneste admonneste A M.

DAVID COMBATTANT 8l

Du Philisthin. Qu'il marche de fîirie Comme l'orgueil le meine et seigneurie :

Toy, garde l'ordre et reigle de ton pas.

Ne te transporte, et ne t'avance pas Hors la raison. Laisse l'ire despite Au Philisthin, et ne te précipite.

Voila de quoy je te suis enseigneur.

Soit au surplus avec toy le Seigneur.

David.

Tant que vivray, j'auray en la poictrine, Seigneur Abner, ta fidèle doctrine.

Mais dessus tout je seray adverti Qji'en soustenant du Seigneur le parti, II est pour moy, et qu'en lui n'est possible D'estre veincu : car il est invincible.

Abner.

C'est le seul poinct d'asseurance et confort. Va en son nom.

David.

En son nom suis-je fort.

Trouppe d'Israël.

Le Dieu vivant te conduise.

Demie trouppe d'Israël.

Le Philisthin ne te nuise.

Trouppe.

Le Seigneur dresse tes pas, Et jette l'ennemi bas.

153s Philisthin Philistin S. — 1536 seigneurie: M ; seiepenrie. P S A. — 1540 Philisthin, M; Philisthin: P S A. — 1541 de quoy dec^uoy M. — 1543 poictrine poitrine M. — 1549 Abner. Faute d^mpression : Saal. S (Cf. 1522: Je pren congé do Roy).

Tragédies Sainctes, 6

Demie trouppe.

t$55 Rende à tous peuples notoire

En son sainct nom la victoire.

Trouppe.

Qp'il ne nous laisse estre mis Au pouvoir des ennemis :

Ains les mette sous ta main.

Demie trouppe.

is6o Qjie devant qu'il soit demain,

Soyent veincus, morts, mis en faite.

Et Goliath et sa suite.

Eliab.

Comment donc, tu te confères, Toy, le moindre de tes frères, 156s Au grand géant Philisthin ?

Abinadab.

Toy arrivant ce matin, Nous sommes des frères quatre, Et seul d'eux tu vas combattre ?

OAMMA.

Et comment ? t'asseures-tu 1570 Si avant en ta vertu,

QjLi'Israel on y hazarde ?

Dieu combat, qui est ma garde.

Petit suis, le grand tiendray.

Frère, à vous je reviendray.

Eliab.

157$ A Dieu, mon frère David.

1560 demain. M; demain F S A. — 1575-1578 A Duu,.. Adieu..

Abinadab.

A Dieu sois-tu, qui seul vit.

A Dieu mon frère trois fois.

David.

A Dieu mes frères tous trois.

PAUSE

David.

Avec ma fonde et ma houlette, Il me faut mettre en la mallette Des pierres du bord du torrent.

Dieu fera voir bien apparent Aujourdhui son pouvoir céleste Sur l'ennemi qui nous moleste.

Voici des pierres infinies.

Il les faut choisir bien unies, Pour mieux en ruer et abbattre.

Je prendray ces deux, trois, et quatre :

Encor' prendray- je ceste-ci.

Or en ay-je assez. Dieu merci :

J'en ay pleine ma pannetiere.

Dieu du surplus donra matière.

Goliath.

Israël, veux-tu me tenir Tout le jour, sans faire venir Ton homme en la campagne basse ?

M (à chacun des quatre vers). Cette dernière leçon est d'autant plus fiautive qu'au v. 1576 qui a pour antécédent Dieu, — 1588 quatre : quatre, PSAM. — 1590 tnerci : merci. P S A ; merci, M.

Peu s'en faut qu'à toy je ne passe.

Pour de toy, avec ces deux mains,

Faire des meurtres inhumains.

Tantost verras d'un coup de foudre 1600 De mon bras, affiner en poudre

Ton combattant, et ma tempeste

A plat lui effondrer la teste.

Âujourdhui verray ceste plaine

De ton sang toute rouge et pleine, 160^ Et selon que j'en ay désir,

Là me bagneray-je à plaisir.

Et mes bandes te poursuivantes.

Mais ce Dieu, duquel tu te vantes.

Où est-il ? je pense qu'il dort.

16 10 Qjie ne vient-il, s'il est si fort.

Ici me combattre pour toy ?

Et fust-il aussi grand que moy.

J'en feroye, à mon appétit,

De tous les dieux le plus petit.

Satan.

161 s Assez de rage envenimée

Ay-je la poictrine animée

De Goliath : mais ce garçon,

Ce berger est d'une façon

Si estrange, et à moy contraire, 1620 Que je n'ay moyen de l'attraire.

Tousjours en Dieu est espérant :

Tous jours il va plus s'asseurant

En sa force. Or voici le poinct

Où il faut qu'il n'espère point.

1598 des meurtres Faute d'impression : de meurtres A. — 1606 hagfuray-je baigaeray-je M. — 1616 poictrine poitrine M. — 162 1 espérant: M ; espérant. P S A.

DAVID CXJMBATTANT 85

L625 Si à ce coup il ne se fie

En son Dieu, c'est fait de sa vie.

Gir si en Dieu il ne se fonde,

Il aura beau rouer sa fonde

Contre la Philisthine targe.

1630 Mais j'ay grand' peur qu'à ceste charge

Dieu encores lui soit sauveur,

Et l'asseure de sa faveur.

Je voy du Philisthin la stature orgueilleuse.

Sans toy, mon Dieu, mon Roy, me seroit périlleuse 63$ La bataille entreprise, et n'auroy' qu'espérer.

S'il falloit des humains les forces conférer.

Il est grand sans mesure, et je suis enfant tendre.

Armé d'airain luisant je le voy là m'attendre.

Je n'ay qu'un rochet simple : il tient la hache au poing, 1640 II a glaive et pavois, moy, pour tirer de loing,

J'ay seulement ma fonde, et ma foible houlette.

Il semble le lion, moy la brebis seulette.

Mais, ô Dieu tout-puissant, non en ma force, non.

Je ne vien, ne m'y fie : ains. Seigneur, en ton nom, 64$ En toy seul suis-je fort, soustenant ta querele.

Invincible est quiconque entre au combat pour elle.

Goliath.

Est-ce le combattant que Ion m'envoye ici ?

Est-ce pour un berger ? est-ce pour tout ceci Qîie j'ay tant attendu ? Ce poil blond reluisant, [650 Ce visage douillet, mieux lui seroit duisant

Se perfumer le chef de musch, de myrrhe, et d'ambre,

1634 toy, s ; toy P A M. — 163 $ aurof auroy M. — espérer, espérer PoAM. — 1642 lion lyon M. — 1644 ne m'y fie: Faute d'impression : je m*y fie : S. — 1645 querele querelle A M. — 1647 ^ ^*®^ ^* — 16 51 Se perfumer le chef de musch, de myrrhe. Faute d'impression (vers faux) : Se parfumeri2« musc, de myrre, M.

Faire aux dames l'amour au requoy d'une chambre, Ou, puis qu'il est berger, au flageolet s'esbattre, Q^e venir en campagne un Goliath combattre.

165$ Or vien-çà, pastoureau. Qiii t'envoye ? es-tu yvre ? Es-tu privé de sens, ou ennuyé de vivre ?

Qui te meut de venir ?

David.

Cest afin que j'allège Israël, par ton sang maudit et sacrilège.

Goliath.

O le fort combattant, pour à force alléger

1660 La peine d'Israël ! Mais çà, di-moy, berger.

Me tiens-tu pour un chien, que des pierres tu portes, Ensemble ce baston ? Vien, qu'avec ces mains fortes Je desmembre ton corps : combien que point de conte Je ne face de toy, et que ce me soit honte

1665 Toucher chose qui m'est en estime de riens. Si seras-tu viande aux oiseaux et aux chiens.

David.

Tu as bel abbayer, mastin, que je tien pire Qji'un chien vil enragé : car (je te le vueil dire) Tu as, ô malheureux, desfié nostre armée,

1670 Qpi est du Dieu vivant. Tu as la main armée. Tu as la hache au poing, tu as glaive et pavois : Moy, garni seulement des armes que tu vois.

Je vien au nom de Dieu, du Dieu des exercites, Du grand Dieu d'Israël, contre qui trop petites

167$ Sont les forces de toy. Par luy, comme une beste.

1655 vien-çà vien ci S; viença M. — 16^9 à force allier A M. Faute d'impression : à forcer PS.— 1660 ça ça M. — io6x quê des pierres tu portés, Faute d'ioapression : oui des pierres A M. — 1668 enragé : car M; enragé, car P S A. — Z071 pavois : M ; pavois, P S A. — 1675 luy V. Introd. 33.

Tu viendras en mes mains, et t*osteray la teste. Par lui feray les corps des Philisthins meschans Paistre aux oiseaux du ciel, et aux bestes des champs, Afin que près et loin sache la terre toute

1680 Qu'Israël a un Dieu, et qu'ici nul ne doute

Que nostre Dieu puissant, non par glaive ni lance. Donne victoire aux siens, mais par autre vaillance. Dont tes gens aujourdhui en ruine cherront :

Mais premier dessous moy tomber ils te verront,

1685 Et le verra ensemble Israël à ses yeux.

Goliath.

Que maudit à jamais sois-tu de tous nos dieux. Or va sous les enfers.

Il le pense frapper de sa hache, et faut d'atteinte.

David.

Il a failli son coup.

Goliath.

Me feras-tu tourner, et retourner beaucoup ?

Si fauray-je.

David.

Il s'oublie : il est tout aveuglé 1690 De fureur : il se perd : son pas est desreiglé. Seigneur, dresse ma main.

David tire son coup. Goliath tombe avec la pierre au front. David court, et se met sur lui.

Trouppè d'Israël.

Victoire en Dieu.

Demie trouppe d'Israël.

Victoire.

t68) eberront ; M ; cherront. P S A. — 1687 faut iPaiteinte, d'atteindre. M. — 1689 s'oublie : il s'oublie, il P A M s'oublie, il S. — 1690 furtur : il se perd : son fureur, il se perd, son P S A M.

88 TRAGEDIES SAIKCTES

Trouppb Phiusthine.

Tout est perdu.

L'ESCUYER

Fuyons.

Demie trouppb Phiusthine.

Fuyons ce territoire.

Goliath, par terre.

Je despite le ciel : je despite et déteste En mourant, s'il est rien de deité céleste.

1695 Le père soit maudit, maudite soit la mère

Dont je fîi onques nay, pour soufFrir mort amere.

Maudit soit Israël, maudite soit ma race,

Quand il faut qu'en ce poinct un berger me terrasse.

Cependant David lui tire son espee, et lui en couppe la teste.

David, tenant la teste conppee.

A toy, Seigneur, qui ton peuple visites,

1700 Soit à toy seul, ô Dieu des exercites,

A toy, qui es mon glaive et mon escu, A toy, qui as le Philisthin veincu, A toy, qui mets les ennemis en route.

Honneur sans fin, gloire et puissance toute :

1705 Qui le petit et humble oublié n'as.

Qui du plus grand l'orgueil as rué bas.

Qui les hauteurs et puissances humaines En un instant à rien réduis et meines.

C'est à toy seul, non à moy, qui rien suis,

1693 àel : je M ; ciel, je P A ; ciel, je S. — 1694 deité deïté M (Introd. ^7). — 1698-1699 Cependant David.,, Ce jeu de scène est indiqué Œms P S à droite du v. 1693 > ^^^ ^ au-dessus de ce vers, dans M immédiatement après : GcÙatb, par terre (comme si le gèmt devait parler pendant que David lui coupe la tête). — couMe,,, coûtée coupe... coupée M. — 1700 exercites ^ M; exercites P SA. — 1704 touU : toute. P S A M. — 1705 «'«, A M ; n'as P S.

DAVID CX>MBATTANT 89

710 Toy, en qui tout, et sans qui rien ne puis,

C'est à toy seul, mon Dieu, ma force, à toy, C'est toy à qui la victoire je doy.

Q.u'à te louer à jamais s'habilite Et vive en toy ton peuple Israélite.

Trouppe d'Israël.

7^5 Voila le plus grand coup, la plus adroite main

Q,ue jamais homme vid. Ce n'est de bras humain

Que telle force vient. D'ailleurs croire la faut.

La victoire est du ciel. Dieu tonne de là haut.

J'ay le coup entendu bruire en l'air comme foudre, 720 Q}ii a plat estendu le géant en la poudre.

Demie trouppe d'Israël.

Lui, par terre tombant, sembloit un cèdre insigne £n hauteur, ou un pin qui du fons s'esracine. Et qui dessus Horeb, ou sur Liban le mont D'un fort orage atteint, tombe à terre d'amont. 172s Or il faut qu'au Seigneur, pour ce faict authentique. Et de bouche et de cœur nous chantions un cantique.

Cantique de la trouppe d'Israël.

Au grand Dieu veinqueur.

Qui les cieux habite.

De bouche et de cœur ■730 Soit louange dite.

Gloire non petite Au Dieu qui a mis En fuite subite Tous nos ennemis.

1716 vid veit M. — 1720 a plat estendu Faute d'impression : à plat A.

90 TRAGEDIES SÂINCTES

17)$ Dieu qui règne et vit.

Le fort débilite, Et l'humble David En force habilite.

Sus, peuple d'élite,

1740 De bouche et de cœur

Soit louange dite Au grand Dieu veinqueur.

ÂBNER.

Donne la main : çà la main, mon enfant.

Par qui se monstre aujourdhui triomphant 1745 Dieu d'Israël, Dieu qui te fortifie,

Et qui en toy son pouvoir magnifie. Il faut que mieux en la publique joye Le Roy Saul te cognoisse et te voye.

Vien, que tu sois présenté à sa face.

David.

1750 S'ainsi te plaist, Sire Âbner, qu'il se face.

Trouppe d'Israël.

Bien revienne victorieux.

Au nom du Seigneur glorieux.

Le combattant, en qui notoire Se voit d'Israël la victoire.

Demie trouppe d'Israël.

1755 Bien revienne victorieux.

Au nom du Seigneur glorieux, David, qui vient de sa conqueste.

Du Philisthin portant la teste.

Eliab.

Bien soit devers nous revenant,

173s vit, vitP SAM. — 1743 pà ça A M.

60 Aa nom de nostre Dieu régnant.

Mon frère, en qui grande et notoire Se voit d'Israël la victoire.

ÂBINADAB.

Bien soit devers nous revenant, Au nom de nostre Dieu régnant, 765 Mon frère, portant sa conqueste,

Du Philisthin l'horrible teste.

Samma.

Bien soit revenant en ce lieu Mon frère, par qui nostre Dieu Soustient l'honneur Israélite, 770 Et le Philisthin débilite.

David.

C'est Dieu puissant et glorieux.

C'est lui qui est victorieux.

C'est Dieu seul en qui est notoire De son Israël la victoire.

Abner.

77S Sire, voici celui par qui Dieu a voulu

Monstrer au Philisthin, qui son Nom a poilu Par blasphème outrageux, sa puissance plus forte. Sauf et sain du combat ceste teste il rapporte.

David.

Sauf et sain du combat je retourne, mais. Sire, 780 Le Seigneur est veinqueur, à qui seul il faut dire Et rendre tout honneur. Il m'a la main dressée. Il a fait le salut de sa gent oppressée :

Il a tonné d'enhaut : il a par sa vertu

1765 portant sa conqueste, portant, sa conqueste, M.

Eslevé le petit, et le grand abbattu.

i7H$ A luy seul est, et soit los immortel acquis.

Saul.

Qjii est le père heureux de qui tel tu naquis ?

David.

Nay suis où de Juda la terre se limite De ton serf Isai, homme Bethlehemite.

Saul.

Je vueil que désormais soit en toute saison 1790 Ta demeure chez moy, et que de ma maison

Tu ne partes jamais, pour ailleurs séjourner :

Et vers le père tien ne te faut retourner.

Or je commande, Âbner, que des miens on le tiene.

Quant à toy, Jonathan, son amour et la tiene 179s Ne soit qu'une entre vous.

Abner.

Il sera fait ainsi.

Jonathan.

Ta volonté, mon père, est mon désir aussi :

Car à son ame, jointe est la mienne à fiance. David, par ceste main je promets Talliance Garder entre nous deux, ferme, loyale, et bonne. i8oo Mon manteau, mon habit, mon glaive je te donne. Et ma ceinture avec : plus vueil- je que tu portes Cest arc, mon noble port, et ces sagettes fortes.

Abner.

Sire, les Philisthins s'en vont, tuyans grand'erre. Il faut, sans plus attendre, à travers de leur terre,

1785 luy V. Introd. ^3. — 1786 naquis nasquis A M. — 1791 séjourner : séjourner. P S A ; séjourner M. — 1793 time tienne A M. — 1794 tiene tienne A M. — 1796 aussi : aussi. P S A ; aussi, M. — 1803 Philisthins Philistins S.

los Devers Sarim les suivre, et tout à l'environ. Jusqu'aux portes de Geth, et jusqu'en Âccaron.

Saul.

C'est ce que faire il faut. Sus, qu'on gagne le val. Sus, qu'on suive par tout à pied et à cheval.

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