‹ Tragique aventure de bal masquéChapitre 5 sur 11 · SS · texte numérisé non relu

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R, pendant que Blanche pleurait à l'église — une autre solitude, car elle était seule dans la chapelle de la Sainte- Vierge — Julia pleurait aussi toutes ses larmes. Elle sentait qu'elle avait perdu pour jamais l'amour de Gaston .

Klle l'avait rencontré le matin même à Vannes comme il anivait de Paris. Il ne lui avait pas caché qu'il allait au château de Hoëven; et, comme elle le suppliait de n'y pas aller ce jour-là pour empêcher un malheur, il était parti san» l'écouter et sans vouloir l'embrasser.

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Elle avait fini par lui dire : « Je te défends de quitter Vannes aujourd'hui. » Il lui avait répliqué: « Je te défends de me parler ici. Tu n'es pas venue pour moi et je ne suis pas venu pour toi. »

Pour les courtisanes amoureuses, perdre les joies du cœar c'est tout perdre. Où se consoler? Elles ne connaissent ni Dieu, ni famille; elles ont vécu dans l'enfer, elles ne voudraient plus du paradis,

— Eh bien ! dit Julia demeurée seule à la porte de 1 hôtel, je me vengerai à force d'amour.

Depuis la veille, M. de Marcigny, de plus en plus égaré par la jalousie, parlait d'en finir avec sa femme. Quand il apprit que Gaston était à Vannes, illechercha pour le provoquer, mais déjà Gaston était parti pour la falaise de Saint-Avé.

— Si je les trouve là-bas tous les deux, je les jetterai à la mer, dit-il à Julia.

Julia prit une voiture et partit avant lui.

Ce ne fut pas sans une vive surprise que madame Arvon, très absorbée par la destinée de sa tille, vit arriver jusque devant elle mademoiselle Julia.

— Madame, lui dit la courtisane, il faut que je vous parle ; je me suis permis de dire à votre

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valet de chambre que vous m attendiez. J'ai osé venir jusqu'à vous, parce qu'il y va du salut de votre lille.

— Je ne comprends pas, dit madame Arvon avec quelque froideur.

Car elle avait reconnu Julia; mais, voyant son émotion, elle eut peur.

— Que savez-vous, mademoiselle ?

— Je sais, madame, que madame de Marcigny court le plus grand danger; je sais que son mari est à moitié fou ; je sais qu'il ne veut pas lui pardonner.

Madame Arvon leva la tête.

— Lui par.ionncr! mais ma tille n'est pas coupable : c'est à elle de lui pardonner.

— Madame, croyez-moi, je ne suis pas une méchante femme ; si j'avais vu madame de Marcigny avant de rencontrer son mari, jamais je ne fusse devenue la maîtresse de cet homme, car lui c'est un méchant homme. Puisque j'ai été cause, sans le savoir, du malheur de votre fille, il faut i[ue je la sauve. J'ai lu élans l'àme de son mari : il la tuera.

— Que me dites-vous? Je ne vous crois pas.

— Màtons-nous, madame; il n'y a pas de temps

à perdre; ne permettez plus au vicomte de Marcigiiy de venir ici, faites-le garder à vue, avertissez son père.

— Il n'est pas possible que M. de Marcigny... Madame Arvon se tut.

— Si vous ne voulez pas me croire, madame, je vais m'en aller plus triste encore que je ne suis venue, reprit Julia. Je pensais que je n'avais qu'un mot à vous dire, je m'imaginais qu'une mère a toujours peur pour sa tille, mais je connaissais mal les mères; ce n'est pas ma faute, car je n'ai jamais vu la mienne.

Julia dit ces mots avec une expression très touchante.

— Vous n'avez jamais vu votre mère; murmura madame Arvon en dévisageant Julia, vous l'avez donc perdue au berceau?

— Je n'en sais rien ; enfant trouvé, voilà le premier mot de ma vie. Tout est contraste : un prêtre m'a recueillie par les mains d'une de ses sœurs, qui a fait de moi ce que je suis, car cette temme, sous prétexte que j 'étais jolie et que je ne semblais pas née pour le travail, ma destinée au théâtre, en me faisant passer par le Conservatoire ; que voulez-vous, quand on sème de l'ivraie, il

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pG'Js.:;. fies bluets et des coquelicots. Mais Je grâce, madan. % sauvons votre fille.

— Eh bien, mademoiselle, nous la sauverons. Madame Arvon regardait encore de plus près

mademoiselle Julia.

— Et votre mère ne s'est Jamais montrée?

— Jamais. Je vous avouerai franchement que je ne l'ai jamais attendue. Qui sait si elle a survécu à ma naissance. On m'a dit que j'étais d'une famille de saltimbanques : Il y a des mères partout. Je vous jure que la mienne n'était pas une mauvaise femme, car j'ai beau vivre dans le mal, j'ai sans cesse des retours au bien. Je ne dis pas cela pour me ûiire des compliments, puisque ic n'en vaux pas mieux pour cela.

Madame Arvon, tout en se préoccupant de Blanche, ne pouvait s'empêcher de questionner Julia; malgré clic, elle s'intéressait à cette fille qu'elle aurait dû Jiaïr.

L'enfant trouve lui faisait songer à l'entant perdu.

— Et quel est votre pays? mademoiselle.

— Mon pays, c'c t Paris, ou la France, ou l'univers. C'est en lio' rgogne que j'ai été recueillie dans la famille d'un curé ; je n'avais pas quatre

ans. Je me souviens à peine de l'homme noir ; je lui rends grâce souvent, car c'est lui sans doute qui m'a mis au cou une petite médaille de la Vierge que je n'ai jamais quittée et qui sera peutêtre mon salut.

— Une médaille de la Vierge?

Madame Arvon avait pâli.

— Une médaille de la Vierge, reprit-elle; voulez-vous me la montrer, mademoiselle?

Julia, tout étonnée de l'émotion de madame Arvon, glissa ses doigts à son cou et remonta la petite chaîne d'or qui suspendait la médaille.

— Voilà, madame, lui dit-elle.

Un éclair de joie traversa la figure de madame Arvon.

— Et vous avez toujours eu cette médaille au cou ?

— Toujours! presque toujours...

Madame Arvon qui s'était approchée de Julia, tomba évanouie dans les bras de cette tille.

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