‹ Tragique aventure de bal masquéChapitre 6 sur 11 · SS · texte numérisé non relu

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î9 ATURELLKMKNT, mademoiselle JuHa avait sur elle un flacon de sels anglais. Elle

^lSS^ ne s'embarquait jamais sans biscuit.

Elle avait prévu que ce voyage ne serait pas un voyage d'agrément, mais une route émaillcc de péripéties.

Elle mit son flacon sur les lèvres de madame Arvon, qui rouvrit bientôt les yeux.

Dés qu'elle eut reprit ses sens, elle saisit la petite médaille et la baisa.

— Vous êtes la tille de ma S(eur, ilit-elle à Julia.

Ce terrible secret qu'elle gardait dans son cœur depuis si longtemps lui échappait à moitié.

Julia qui avait joué la comédie, mais qui surtout l'avait vu Jouer, était bien familière à ces scènes de reconnaissance. Combien de fois, à l'Ambigu, à la Gaîté et à la Porte-Saint-Martin, n'avait-elle pas vu verser des larmes par une mère qui reconnaît son enfant abandonné. Et, dans son avant-scène toute composée de sceptiques, c'avait toujours été un éclat de rire olympien.

Mais cette fois Julia ne rit pas : elle' sentit que c'était une mère et non une tante qui venait de s'évanouir dans ses bras; de belles larmes lui vinrent aux yeux; elle baisa respectueusement les mains de madame Arvon et faillit s'évanouir elle-même.

— Madame, lui dit-elle avec un clan de respectueuse tendresse, je savais déjà qu'il y avait entre nous un lien sacré ; je le savais parce que depuis que je vous ai vue, j'ai ressenti pour vous une étrange sympathie ; mais je le savais surtout parce qu'un hasard m'a fait voir une médaille pareille à la mienne : celle que portait madame de Marcigny.

— Comment! elle ne porte plus sa médaille?

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Julia comprit qu'elle avait trop parlé. En effet, comment avait-elle vu cette médaille de Blanche?

On le sait déjà, c'était par une trahison de Gaston, qui avait juré à Blanche de ne plus revoir Julia... et qui naturellement l'avait revue le soir même....

La courtisane reprit peu à peu les paroles qu'elle venait de dire.

— Je n'ai pas vu cette médaille, madame, mais je sais par le vicomte , qui n'a jamais vu la mienne, que sa femme en portait une toute pareille, si j'en juge par la description qu'il m'en a faite.

Julia s'imagina tout sauver par ce mensonge paré de bonnes intentions.

— Et maintenant, reprit-elle, il faut que nous sauvions madame de Marcigny.

Madame Arvon ne voulait pas, à toute force, que Blanche fût en danger.

— Je vous sais gré, dit-elle à Julia, de votre sollicitude, mais Blanche n'a rien à craindre ici ; son mari est venu hier, mais il ne reviendra pas, j'imagine; il n'ont pas d'enfants, il faut que leur mariage soit brisé. Ecoutez, mademoiselle, je vais

appeler Blanche, je ne lui dirai pas aujourd'hui que vous êtes la tille de ma sœur, je lui dirai que j'ai reconnu en vous la fille d'une de mes amies de la Havane...

— L'heure est si grave, murmura .Iulia, que j'ai pu m'enhardir à venir jusqu'à vous; madame de Marcigny ne m'en voudra pas. Je sais bien, madame, que je n'ai le droit à aucun titre de venir chez elle, ni chez vous : j'ai mené la plus folle des existences ; je pourrais trouver des excuses comme tant d'autres, mais j'aime mieux dire, comme les bonnes chrétiennes, c'est ma faute, c'est ma faute, c'est ma très grande faute.

Madame Arvon gardait le silence et pensait que c'était à elle de se frapper le cœur du meâ culpd.

Elle se leva pour sonner.

— Ma fille? demanda-t-elle au valet de chambre qui entrait.

Cet homme répondit que la vicomtesse en sortant de la messedu matin ne s'était arrêtée qu'un instant au château pour prendre du thé. Elle avait reçu une dépêche de Paris, elle avait pris le chemin de la falaise Saint-Avi sans dire un mot.

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— Eh bien, dit Julia à madame Arvon quand le valet de chambre fut parti, il ne faut pas qu'elle s'en aille seule sur la falaise, car elle v a rencontré hier son mari.

Et Julia se leva pour sortir,

— Au revoir, dit-elle en tendant la main, je veux vous la ramener tout à l'heure.

Quoique madame Arvon ne partageât pas les inquiétudes de Julia, elle lui fit un signe d'assentiment. Et s'avançant vers elle, entraînée par son cœur, elle l'embrassa avec effusion.

Quand Julia fut partie, la mère tomba agenouillée et pria Dieu pour ses deux filles.

^T u moment où Julia entrait chez ma- '7i^^^ dame Arvon, Blanche gravissait hi fa- % laisc de Saint-Avé. Pour la dixième fois elle relisait cette dépèche de Gaston :

Entre OJi^e heures et midi sur la falaise de Saint-Avé. La mer porte conseil.

On Si rappelle que dans ses lettres à Gaston, Blanche lui avait parlé de la falaise de Saint-Avé, où elle allait rêver à lui.

Il avait trouvé tout simple, ne pouvant aller

chez elle, de lui donner rendez-vous au bord de la mer.

Comme il avait pris le train du soir, il devait arriver le matin à Vannes. Une heure et demie après il pouvait être sur la falaise.

Il était onze heures ^quand Blanche monta le sentier.

— Et je n'ai pas dit adieu à ma mJrc ! dit-elle tout à coup.

Des marguerites étoilaient l'heibe, elle en cueillit une et l'effeuilla lentement.

De tous les oracles passés, la marguerite est seule restée debout. On ne croit plus auxsybilles ni aux pythonisses, ni aux cartoniancières, mais la marguerite est toujours la diseuse de bonne aventure. Qui donc, s'il est amoj.reux, oserait nier ce dernier oracle ?

Blanche questionna donc la marguerite. — L'aimait-il ? — Bien'peu ou beaucoup? — Passionnément ou pas du tout ?

La dernière leuille dit passionnément, mais Blanche ne fut pas encore contente, parce qu'on n'a jamais su s'il fallait dire passionnément ou passablement. Or, pour hlanche, passablement c'était moins (jue rien, iù d'ailleurs passionné-

ment ce r/.tait peut-être pas assez pour une âme de feu, qui pouvait vivre sans amour parce que Dieu et lart tiennent lieu de tout, mais qui une fois prise à l'amour se jetait dans toutes les profondeurs de l'absolu.

— Pauvre petite marguerite, dit Blanche en baisant la tige défeuillée, tu m'as si bien répondu !

Elle se retourna comme pour remercier les pétales épars dans le sentier : elle aperçut Gaston qui n'était plus qu'à vingt pas en arrière.

— Lui! murmura-t-elle.

Et elle redescendit le sentier.

Gaston accourut et la prit dans ses bras.

Ils ne se diront pas un seul mot, tant leur émotion était vive, mais comme leurs yeux parlaient haui et parlaient vite !

— Je ne vous attendais plus, dit enlin Blanche en se dégageant des bras de Gaston.

— Comment, vous n'étiez pas sûre que je viendrais .•' Votre cœur ne croit donc pas au mien ?

— Mon coeur, je neleconnais plus. Voyez-vous, Gaston, si vous n'étiez pas venu aujourd'hui, je ne sais pas si j'eusse descendu la falaise par ce sentier, tant la folie me prenait de me jeter dans la mer. Un vrai tombeau celui-là.

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Et Blanche conta à Gaston que^ comme à Pen- Marck, les naufragés ne revenaient pas au rivage.

— Je sais nager, dit Gaston, vivante ou morte je vous eusse retrouvée.

— Venez avec moi, reprit Blanche, voilà le chemin où je vous ai bien aimé; maintenant que vous êtes venu, je vous aime un peu-moins, car devant vous je n'ai plus le courage de mon cœur.

Elle redit à Gaston que depuis son retour au château elle venait tous les jours voir la mer. C'était son heure d'amère et douce poésie. Elle allait là comme à un rendez-vous : le rendezvous de la solitude. Elle arrivait bien triste, mais elle aimait cette tristesse, porce que c'était l'expression de son amour.

Cinq minutes après cette rencontre espérée et inespérée, Gaston et Blanche étaient sur la falaise, admirant le beau spectacle d'une mer agitée, que le soleil par instants frappe de ses rayons.

Ils marchèrent jusque sur la pointe du dernier rocher, sans s'inquiéter d'un petit pâtre qui jetait des pierres aux vagues.

— N'est-ce pas que c'est beau, dit Blanche en joignant ses deux mains sur l'épaule de Gas-

ton, n'est-ce pas qu'on serait heureux — si on s'aimait bien — d'aller chercher le secret de la vie et le secret de l'amour dans ces vagues furieuses ?

— Et si on ne se réveillait pas ? dit Gaston qui était un sceptique et qui ne croyait guère au lendemain.

— Pour moi, reprit Blanche, je suis bien sure que la mort est le grand escalier de la vie.

— Dites plutôt l'escalier dérobé.

— Si je ne croyais pas à mon âme immortelle, je ne vous aimerais pas du tout, car pour moi l'amour est sur la terre un rêve qui n'a son réveil que dans le ciel .

— Tout cela eat sans doute très poétique, mais j'aime mieux une minute d'amour terrestre que des siècles de rêveries dans Tautre monde.

Gaston appuyait doucement Blanche sur son cœur.

Elle s'abandonnaaux douceurs de cette étreinte.

Mais, tout à coup, comme si elle se fût réveillée :

— Vous voyez bien, dit-elle à Gaston, qu'il n'y a pas une seule minute de joie sur la terre.

Elle avait senti venir Julia.

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— Cette femme est là qui veut vous ressaisir. Gaston tourna la tête et aperçut sa maîtresse

qui venait droit au rocher.

— Attendez, dit-il à Blanche, je vais lui parler. La jeune femme le retenait comme si elle ne

voulait pas qu'il la quittât, ou plutôt comme si elle voulait l'entraîner avec elle dans la mer. Julia marchait vers eux à pas rapides.

— M. de Marcigny monte le sentier, leur criat-elle, cachez-vous en descendant sous les rochers. Il poursuit Gaston, il ne faut pas qu'il voie madame de Marcigny.

Et elle montrait une anfractuosité où il était facile à Blanche de descendre avant que son mari ne fût sur la falaise. •

— A quoi bon, dit Blanche, je n'ai rien à lui cacher et je n'ai pas peur de lui.

Julia était arrivée tout près de madame de Marcigny.

— Madame, je vous en prie, )'ai vu votre mère, je lui ai dit que je venais à vous. Je lui ai dit que je vous sauverais. Je sais que votre mari est jaloux jusqu'à vous tuer.

Julia, qui était jalouse jusqu'à en mourir, levii les veux sur Gaston-

— Il n'osera pas, dit Blanche.

— Ce n'est pas à vous de mourir, madame, reprit Julia. De grâce, écoutez-moi, laissez-moi faire une bonne action dans ma vie. Descendez là tout de suite, sous ces rochers, il "ne faut pas que votre mari vous voie.

— Elle a raison, dit Gaston.

— Eh bien, faites de moi ce que vous voudrez, dit madame de Marcigny.

Gaston saisit Blanche dans ses bras et l'emporta sous les rochers au risque de se rompre le cou et delà précipiter. Mais il avait le pied du montagnard et le pied du chasseur, il avait monté et descendu les montagnes les plus escarpées sans jamais faire une chute.

— N'ayez peur, disait-il à la jeune femme, je vais aller parler à votre mari.

— Non, s'écria Blanche, restez là. J'y vais moi-même. Vous n'avez aucun droit de lui parler.

— Que craignez- vous ? Je lui dirai que je suis venu pour Julia.

Et tout en parlant, Gaston était remonté sur la falaise avec l'agi Uté d'un. cerf.

Sur la falaise un spectacle inattendu s'offrit à

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ses yeux. Le petit pâtrejetait toujours des pierres à la mer. Tout près de lui Julia avait entraîné le vicomte sur le rocher le plus avancé, en lui disant qu'elle allait lui montrer sa femme et son amant, car le vicomte savait bien qu'ils étaient venus tous les deux sur la falaise.

— Si je la tenais ici comme je te tiens, disait le vicomte, je la précipiterais dans la mer.

— Oui, mais Gaston veille sur elle.

M. de Marcigny était exaspéré.

— Je tuerai Gaston et je tuerai ma femme.

A cet instant le petit pâtre se leva et Gaston courut au rocher, car tous deux avaient vu Julia saisir M. de Marcigny pour le précipiter ou pour l'entraîner.

Le vicomte se retint et se débattit, mais Julia s'était si bien attachée fi lui que, se jetant en avant, elle l'entraîna,

Gaston et le petit pâtre arrivèrent une seconde trop tard. Tous les deux poussèrent un cri c|ui appela madame de Marcigny.

Gaston crovait rèvcr. .. Il entrevit la jupe noire de Julia...

Ce fut tout.

Il ne pouvait se jeter du haut do la falaise, il

prit la plus rapide descente pour tenter dç sauver Julia.

Quand Blanche eut rejoint le petit pâtre sur le rocher, elle vit Gaston, bras nus, qui se précipitait sur les vagues.

— C'est fini, dit le petit pâtre, on ne retrouve jamais ceux qui tombent ici.

Sur la prière de Blanche, cet entant raconta ce qui s'était passé.

Ce fut grâce à lui qu'on sut les derniers mots. Il disait très bien comment Julia avait saisi M . de Marcigny , parce que celui-ci disait : Je les tuerai tous les deux. C'était bien Julia qui avait entraîné le vicomte. « Il ne voulait pas y aller, « disait naïvement le petit pâtre.

Un nouveau personnage arrivait sur la falaise.

C'était madame Arvon.

Quoiqu'elle eût hâté sa marche, elle s'impatientait de ne pouvoir aller plus vite, car elle avait vu de loin le vicomte qui allait en avant. Elle pressentait un malheur. Quand elle vit sa fille, elle leva les yeux au ciel, en remerciant Dieu.

— Où sont les autres? lui demanda-t-elle. Elle savait que Julia avait précédé le vicomte.

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Blanche lui dit en quelques mots la terrible catastrophe.

— Ma fille ! s'écria madame Arvon.

Blanche crut que ce cri était pour elle et elle

embrassa sa mère,

— 11 n'est pas mort, lui, dit madame Arvon, qui vit, à cet instant, Gaston lutter contre les vagues avec acharnement.

— Ce n'est pas M . de Marcigny, dit Blanche, c'est M. Gaston Davray qui veut sauver Julia.

Aïs Gaston ne sauva pas Julia.

Sauvera-t-il Blanche ?

Consolera-t-il madame Arvon d'avoir retrouvé et reperdu sa première fille?

Quand Gaston rentra à Vannes, en l'hôtel où il était descendu, il demanda la clef du n" i6, qui était la chambre de Julia.

Quel que fût son amour pour Blanche, la figure de Julia était devant lui, toute vivante , souriant dans son désespoir, lui disant qu'elle était morte d'amour, morte pour lui et pour Blanche.

Un grand chagrin déchirait le cœur de Gaston.

En toute chose il allait Jusqu'au bout. Cette fois il ne voulait pas s'arrêter à mi-chemin dans sa douleur. Des larmes ne venaient pas à ses yeux, mais il ressentait une profonde volupté au déchirement de son cœur. Il croyait pour un instant se retrouver plus prés de Julia en entrant dans cette chambre qu'elle avait habitée un jour. La mer n'avait pas rendu la pauvre fille au rivage ; pas un souvenir n'était revenu à son amant, mais sans doute dans cette chambre, il allait retrouver quelque chose d'elle.

— Nous n'avons rien de cette dame, dit la maîtresse de l'hôtel.

En effet Julia était venue avec un petit sac en cuir de Russie pour tout bagage; or, selon la maîtresse de l'hôtel, ce sac était resté dans la voiture qui l'avait conduite au château à Hoëven ; sans doute on le retrouverait au château, car le cocher n'avait rien remis à son retour.

Gaston entra dans la chambre. C'était une chambre d'hôtel meublé où tout est impersonnel, où nul n'a marqué son passage. Il respira triste ment là où Julia avait respiré. Il regarda dans le

miroir de la cheminée en murmurant : « C'est là qu'elle s'est vue pour la dernière fois. »

Il allait sortir quand il reconnut l'écriture de Julia, sur une feuille de papier qui portait son chiffre.

11 saisit ce papier d'une main fiévreuse. Ce n'était pas à lui qu'elle avait écrit. C'était à une de ses amies d'avant-scènes :

Vannes, ce 17 avril 1871.

'c Je ne sais pas, ma chère Nini, pourquoi je suis venue dans cet affreux pays, par une pluie battante. Ah! ce n'est pas pour M. de Marcigny, un Othello de contrebande, qui tuera sa femme et sa maîtresse si on le laisse faire. J'ai horreur de lui, f ai horreur des hommes. Puisque je t'ai tout confié , je veux te dire encore ce qui se passe en moi. Je suis triste comme la mort. Jepressens que nous ne nous reverrons pas. Ce Ji^est pas toi qui te laisseras jamais prendre à cette folie d'aimer un homme plus que toi-même.

Eh bien., moi., je ne peux pas vivre sansGas-

ton. Et pourtant tu ne t'imagines pas comme il a été cruel à notre dernière rencontre. Il m'a

raillée sur ma vertu et sur mon cœur. Ma vertu il ne la connaît pas : c'est ma bonté; mon cœur... S'il savait comme je souffre... Il sera bien puni quand il me verra morte par mon cœur.

Je n'ai pas commencé comme une sainte^ mais il y en a de pires que moi. Je veux finir mieux que je n ai commencé. Ah! Gaston m'a blessée mortellement... Il est arrivé ici tout à l'heure, ruais je n'ose aller à lui... Je sens qu il me parlera comme à une étrangère . Ce n'est pas pour moi qu'il est venu...

Mais tu ne croirais jamais qu'au lieu de me venger de lui., je ne pense qu'à me venger de moi.

Ce sera ma rédemption.

Tu, sais que j'ai toujours été romanesque. Aujourdliui, je me sens chrétienne. Je ne sais si c'est l'influence de la petite médaille que lu connais bien. Depuis que je l'ai remise sur mon cœur., je me sens meilleure et je ne pense qu'à l'expiation. Je veux que la mer lave ines péchés.

Mourir pour le bonheur de sa rivale, n'estce pas beau '.

Et mourir pour lui !

Je voudrais qu'il fût heureux et qu'il me pleurât.

La lettre s'arrêtait là. Après avoir écrit ces lignes, Julia ies avait traversées de deux traits de plume, comme si cette lettre lui eût paru mal laite ou inutile.

Gaston a souvent relu cette lettre. Il a longtemps arrêté ses yeux sur les deux dernières lignes : il a pleuré Julia, mais est-il heureux?

^^^if

Q-^^ N 'i beaucoup parlé, en Bretagne et à y raS)]/ f*^'"^^^ ^^ ^'^ catastrophe de la falaise de C^^^ Saint-Avé.

La justice a tait une enquête. On a dit que J ulia, dans un accès de jalousie, s'était jetée à la mer entraînant le vicomte. On n'a pas recherché pourquoi M. Gaston Davray était venu ce jour-là sur la falaise.

Blanche est partie pour Venise avec son amie de l'Abbaye-au-Bois.

Est-ce parce que Gaston Davray a été nommé consul en Italie?

Tout finit par un point d'interrogation.

Pendant que le comtede Marcigny élevait, dans

la chapelle de son château, un mausolée à son lils, une main anonyme élevait un tombeau à Julia.

Cette main anonyme, ce n'était pas celle de Gaston.

On n a pas retrouvé le vicomte, mais après trois jours de vaines recherches, le corps de J ulia, brisé et déchiré, est revenu au rivage.

La mort a-t-elle été sa rédemption ?

Sur le cénotaphe en marbre blanc, on a mis ce simple nom :

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