‹ Tragique aventure de bal masquéChapitre 7 sur 11 · LES GRANDES DAMES · texte numérisé non relu

LES GRANDES DAMES

L'éditeur des Grandes Dames, dont la ii'' édition a paru en juillet, donnera ici ces pages curieuses publiées par les journaux. Elles appartiennent bien un peu à l'histoire littéraire de notre temps.

Voici d'abord la lettre d'une dame plus ou moins grande au romancier des Grandes Dames :

Monsieur,

Vous vous ima[^inc\ peut-être que vous connaisse^ la femme parce que vous connaisse'^ les femmes. Oest comme celui qui s'ima^^ine connaître l'amour parce qu'il a eu des maîtresses.

C'est la seconde fois, Monsieur, que je frappe à votre porte. — Pan! pan! — Qui va là ?

La première fois, f y suis venue avec un masque ; c'était pendant vos soirées vénitiennes ,

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vous ne mave\ pas reconnue, vous ne me reconnaîtriez pas aujourd'hui, parce qu'on peut mettre un masque à son esprit.

Je suis impatientée de vous voir voluminer sur les femmes pour les calomnier. De temps en temps vous faites le bon apôtre et vous répande:^ un pleur sur leur repentir ; 77iais le plussouvent vous rie\ de leur misère, avec la moquerie des hommes d'esprit qui ne savent pas que le véritable esprit, c'est le cœur. Rvppele^-vous Rivaroi, car c'est dans un de vos livres que fai lu son histoire; il parlait comme im docteur de la femme et des femmes. Il les méconnaissait. Il en prit une, il la quitta. Qui fut bien étonné? Ce /ut lui , quand sa servante obtint le prix Monthyon pour avoir sauvé sa femme de la faim. Il avait méconnu deux femmes dhin coup; car sa femme s'était ruinée pour lui et sa servante se ruina pour sa femme. Qu'est-ce donc que cela en face de tous les dévouements d'amour que je pourrais vous dire en l'honneur des fmmes? Combien ont meurtri leur cœur pour r empêcher de parler ! Combien ont enfermé la passion comme dans un cachot !

.f'avoue que votre Violette, qui est toujours notre Violette à toutes, est la plus charmante des créatures ; celle-là porte sa croix noble-

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ment. Je sais bien que Geneviève de la Chastaigneraye est morte dans l'auréole de sa vertu déjeune fille et d'épouse. Je sais bien que la comtesse d'Entraygue a eu un ynagnifique repentir. Madame de Villeroy m'a presque désarmée. Mais les yeux cherchent les figures virginales dans toutes ces femmes de mauvaise compagnie.^ prises dans la bonne compagnie ! Est-il possible qu'une grande dame comme madame de Campagnac tombe jusque-là. Que madame de Neers se jette avec la même passion dans les bras d'un homme et sur le marbre dhin autel ? Et cet Hôtel du Plaisir-Mesdames ! Vous rêvie^ quand vous ave:{ vu cela. Allons donc ! Et la chanoinesse rousse? Et la Monjoyeux? Et madame Vénus? Et la Pluie d'or, la Pluie de larmes, la Pluie d'enfer? Et la Eemme de neige? Pourquoi ne donne^-vous pas la clef de toutes ces énigmes irritantes. Et madamede Montmartel? Voulez-vous savoir mon opinion? Il n'y a jamais eu de Messaline blonde., il n'y a jamais eu de Messaline brune. L'histoire n'est pas plus vraie que le roman. Il y a eu .'seulement un Juvénal brun comme vous êtes un Juvénal blond.

Et cette mademoiselle Charmide, cette Sévigné de contrebande , à qui vous ose'; faire

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'prendre la plume d une comtesse ! Et toutes ces demoiselles de mauvaise vfe, comme mademoiselle Phryné que vous prene\ comme comparses et qui deviennent des personnages !

Je ne sais pas pourquoi je n^ai pas fermé votre livre au premier volume. Que de temps perdu ! Qiie d'impatiences ! Que de colères I Par exemple^ je vous avoue qu'un jour, j'ai jeté un volume au feu ; mais par malheur mon mari Va ramassé, sans doute parce qu'il coûtait cent sous.

Je sais bien que les Grandes Dames, les Parisiennes, les Courtisanes du Monde, sont les mémoires intimes des femmes de notre temps. Saint' Victor Va dit : Tant pis pour vous et tant pis pour elles.

Vous alle\ dire que je prêche? Je ne suis pourtant pas si vieille que cela.Onm'a même dit que j'étais jeune et jolie à votre bal; ily a des gens qui ont la prétention de tout savoir. Il est vrai que j'avais dénoué mon masque. Qu'im-s porte^ je suis femme : vous parle\ des femme d'un air trop dégagé.^ je prends la parole pour protester. Remarque^ que ce n'est pas la plume et que je n*ai pas de tache d'encre aux mains, car je n'écris jamais, et je ne ni" explique pas comment il se trouve encore des gens qui écrivent.

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si ce n'est pour se faire des ennemis, comme votre voisin M. de Girardin, qui, selon vous, se lève tous les jours à quatre heures du matin, rien que pour cela.

Si vous dontie^ encore des fêtes, f irai peutêtre ; mais si vous donne\ encore des romans Je ne les lirai pas, car vos livres sont des Liaisons dangereuses. Je veux pourtant savoir comment finira Violette, si elle se délivrera enfin decetie engeance qui lïest utile ni agréable à la femme : je veux parler des hornmes.

Voulez-vous un conseil ponr finir? Le romancier qui se met à aimer quelque bonne créature, rend plus de services à V humanité qu'en écrivant des romans. Ainsi soit-il.

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