‹ Trains de Plaisir aux Bords du RhinChapitre 112 sur 219 · DE LUDWIGSHAFEN (MANNHEIM A SPIRE · texte numérisé non relu

DE LUDWIGSHAFEN (MANNHEIM A SPIRE

2 6/10 mil. — Chemin de fer. 6 convois par jour. Trajet en 45 min. , pour 57 kr., 36 kr. et 21 kr.

A Schiflerstadt (V. R. 17, A) on laisse à dr. la ligne conduisant par Neustadt, Kaiserslautern SaarbrUcken, Forbach, pour prendre à g.

l'embranchement qui conduit , à travers une vaste forêt, à

2 6/10 mil. Spire, ail. Speyer (hôt.:

Wittelsbacher Hofou Poste, Adler, Rheinischer-Hof),V. de 11 000 hab., dont 8000 protestants env. , chef-lieu du Palatinat du Rhin (Bavière); — au xiv- siècle elle a eu jusqu'à 30000 hab.; en 1802 elle n'en comptait que 3800; — « Spira , comme la nommaient les Romains, Neomagns selon la légende, Augusta Nemetum ou Noviomagrts d'après l'histoire, a C'est une ville illustre, dit M. V.

Hugo. César y a campé, Drusus l'a fortifiée, Tacite en a parlé, les Huns l'ont brûlée, Constantin l'a rebâtie, Julien l'a agrandie, Dagobert y a fait d'un temple de Mercure un couvent de Saint -Germain , Othon I*r y a donné à la chrétienté le premier tournoi , Conrad le Salien en a fait la capitale de l'empire , Conrad II en a fait le sépulcre des empereurs, les Templiers, qui y ont laissé une belle ruine; ont rempli

SPIRE. 20b

là leur fonction de sentinelles aux frontières. » Conrad II avait tellement embelli et agrandi Spire , qu'on le surnomma le Spirois (der Speyerer). Un de ses successeurs, Henri IV, donna à ses évêques, avec le titre de comtes du Speyergau, le rang et le pouvoir de princes séculiers. Plus tard, Henri V lui accorda le privilège de se faire administrer par douze de ses citoyens. De là, des luttes incessantes entre les bourgeois et les évêques.

Enfin, sous Rodolphe de Habsbourg, elle conquit son indépendance — (ses évêques avaientdepuis 1192 fixéleur résidence à Bruchsal) — et devint une ville libre impériale. A dater de cette époque jusqu'au vu- siècle, sa prospérité alla toujours croissant; ce fut alors que sa population, aussi versée dans l'art de la guerre que dans les arts de la paix, s'éleva à 30 000 hab. Elle pouvait armer 6000 hommes et entretenait une armée de chevaliers et de soldats.

Placée à la tête de la confédération des villes du Rhin qui se forma en 1247 contre la noblesse féodale , elle fit détruire par son armée un grand nombre de ces châteaux forts où les barons et les comtes du moyen âge exerçaient la profession de voleurs de grand chemin. Autant on craignait son inimitié , autant on recherchait son alliance. Elle résistait en 1315, 1320 et 1422 à des armées dont l'une comptait 20000 hommes. Pendant ces guerres heureuses le commerce et l'industrie continuaient à l'enrichir. Quand la diète de Worms eut aboli en 1530 le droit de guerre privée, la chambre impériale, Reichskammergericht , instituée pour veiller à l'exécution de cet édit, fut établie à Spire, où elle siégea pendant deux siècles;

en 1689 seulement on la transféra à Wetzlar.

La guerre de Trente ans avait épargné Spire; la guerre de la succession d'Orléans, appelée par les Allemands Mordbrenner Krieg ou la guerre incendiaire, la détruisit de fond en comble. L'histoire générale n'a pas flétri avec assez d'indignation les abominables attentats commis dans cette malheureuse ville au nom de Louis XIV, sur l'ordre de Louvois, son ministre, par une armée française. Sommée, le 28 septembre de l'année 1688, de recevoir une garnison française, Spire s'était hâtée d'obéir. Mais, dès le 2 février 1689, ses concitoyens se voyaient condamnés à démolir ses murailles.

Le 23 mai suivant, l'intendant Lafond leur ordonnait de l'abandonner sous six jours , et d'aller avec leurs familles et leurs biens meubles se fixer en Alsace, en Lorraine, en Bourgogne; la peine de mort était prononcée contre ceux d'entre eux qui tenteraient de traverser le Rhin. Cet arrêt fut exécuté avec la dernière rigueur. Le septième jour, le 31 mai, le général en chef de l'armée française, Monclar, annonça que, par l'ordre du roi son maître, la ville condamnée allait périr. Les habitants qui y étaient restés faute d'avoir pu se procurer des moyens de transport.s'enfuirent hors des murs,abandonnant à une soldatesque avide de pillage et de sang la plus grande partie de leur fortune. Alors les incendiaires se mirent à l'œuvre. L'incendie allumé à la fois dans toutes les rues dura trois jours et trois nuits. Les flammes éteintes, la mine fit sauter les murailles qu'elles avaient épargnées. Monclar avait promis aux exilés de respecter leur cathédrale, où, d'après son conseil,

ils avaient entassé leurs biens meubles les plus précieux. Ses soldats ouvrirent les portes de l'église, pillèrent tout ce qu'elle contenait, puis ils y mirent le feu après avoir violé les tombeaux des empereurs (F. ci-dessous).

Spire resta pendant dix années un monceau de décombres; la France qui l'avait ruinée ne lui permit pas de se rebâtir. A la paix de Ryswick, une partie de ses anciens habitants y revinrent et relevèrent leurs demeures détruites; mais elle ne recouvra jamais sa splendeur passée. Elle était condamnée , du reste , à de nouvelles vicissitudes. En 1716, l'évêqueHartard de Rollingen la fit piller par ses paysans; en 1734, une armée française la prit d'assaut; enfin, en 1792, une autre armée française, commandée par Custine, y renouvela une partie des horreurs commises un siècle auparavant. La paix de Lunéville l'avait donnée à la France : elle devint alors une sous-préfecture du département du Mont-Tonnerre. Les traités de Paris l'ont cédée, avec le Palatinat , à la Bavière.

La principale curiosité de Spire est le Dom (cathédrale), commencé par Conrad II, en 1030, continué par son fils Henri III et achevé par son petit-fils Henri IV, en 1061 , un des plus remarquables édifices (styje roman) qu'ait construits le xi* siècle.

Un incendie qui y éclata, en 1165, ne laissa debout que les deux tours et l'extrémité semi-circulaire orientale. En 1289, en 1450, d'autres incendies en détruisirent une grande partie. Enfin, en 1689, les Français firent écrouler au milieu des flammes les deux tours delacoupole occidentale , la nef et le chœur. Pendant plus d'un siècle , il resta en

ruine; ce ne fut qu'en 1772 que le prince-évèque, comte delimbourg- Styrum , en commença la reconstruction. En 1794, les Français le saccagèrent à tel point qu'il servit de magasin à fourrages, puis de lazaret militaire. Le roi de Bavière, Maximilien-Joseph, le fit restaurer en 1822, et le roi Louis, non content d'en avoir reconstruit une partie dans le style primitif, en a orné l'intérieur de belles fresques peintes sur fond d'or, d'après des cartons de Schraudolph, sous ladirection de cet artiste, par Claude Schraudolph, Jos. Mœse, J. C. Koch, Sùssmair et Max. Bentele (l'ornementation par Jos. Schwarzmann).

Le Dom actuel de Spire (fermé de 11 h. à 2 h.) a 147 mèt. de longueur et 42 mèt. de largeur (la nef et les latéraux; 59 met. le chœur).

La façade a été construite de 1854 à 1858, aux frais du roi Louis de Bavière, sous la direction de l'archi tecte Hûbsch , de Carlsruhe , ainsi que les tours occidentales, la coupole des cloches et la galerie des empereurs. Le portail principal est surmonté de l'aigle Impériale à deux têtes; les deux portes latérales, du lion palatin. Les cinq statues du portail principal (la Vierge au milieu; à dr., l'archange Michel et saint Étienne; à g., saint Jean-Baptiste et saint Bernard de Ciairvaux) sont de Jos. Gasser, de Vienne. Au-dessus du portail s'ouvre une belle rosace, avec une tête de Christ couronnée d'épines, au mdieu, et les figures symboliques des Êvangélistes aux quatre angles. Le tympan de la grande porte intérieure , par Renn , de Spire , représente le Christ (avec 1 Agneau) ayant à sa dr. saint Pierre, à sa g. saint Paul. La fresque de Schraudolph, placée au-des-

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