‹ Trains de Plaisir aux Bords du RhinChapitre 153 sur 219 · RIGH · texte numérisé non relu

RIGH

Bieberich (hôt. : de V Europe, sur le quai , en face des débarcadères des bateaux à vapeur et de l'embarcadère du chemin de fer de Wiesbade , Castel et Francfort ; Rheinischer Hof ; Bellevue, hôt. :

Mùller, Krone, Lœwe), V. de 4000 hab. , où le duc de Nassau possède un beau château bâti en grès rouge au commencement du siècle dernier, dans le style de la Renaissance. Sa plus belle façade donne sur le Rhin. 11 se compose de deux corps de bâtiment terminés par deux ades et réunis par une sorte de rotonde dont la partie supérieure est ornée d'un groupe de statues.

L'extérieur aurait besoin de réparations. L'intérieur est richement meublé. On peut le visiter (moyennant un pourboire) quand le grandduc est absent. Derrière et sur les côtés s'étend un parc magnifique, en partie ouvert au public. On y voit des arbres remarquables par leur grosseur, surtout des châtaigniers et des saules pleureurs. Les merveilles les plus dignes d'attention de ce beau parc sont les serres (1860), qui ont coûté plus d'un million, et le petit château féodal construit sur les ruines de l'ancien château de Penzenau. — Celui qui a donné son nom à Bieberich, Htburc, bi der Bure (près du château), était situé plus haut sur le Rhin. — Du haut de la tour de ce castel on jouit d'une belle vue. On y remarque les tombeaux des comtes de Katzenelnbogen; qui y ont été apportés de l'abbaye d'Eberbach. (K. cidessous.) En 1850, le sculpteur Hoplgarten (f 1856) y avait établi sou atelier. (Entrée libre, 12kr. depourboire,de midiàlh.,et de 3 h. à 7 h.) Quelques-unes de ses œuvres y sont encore exposées. C'est là qu'il a

sculpté la statue de la duchesse de Nassau, destinée à la chapelle de Wiesbade(7. R. 27). Le château de Penzenau s'appelait aussi le château de Mosbach, du nom d'un village qui se trouve actuellement réuni à Bieberich.

De Bieberich à Castel,à Francfort et à Wiesbade,R. 27 ; — à Schlangenbad et à Schwalbach, R. 29 ; — à Rùdesheim, par terre, 3 3/4 mil.; chemin de fer(R. 30).

De Bieberich à Rùdesheim, le bateau à vapeur suit constamment la rive dr. du Rhin. La rive g., que de longues et nombreuses îles empêchent souvent d'apercevoir , n'offre aucun intérêt. La rive dr., au contraire, couverte de villes et de villages, présente des paysages variés, car elle se relève par des pentes douces jusqu'aux sommets boisés des montagnes du Taunus. — C'est le Rheingau, la contrée du Rhin la plus riante et la plus fertile, le verger de l'Allemagne le plus productif. Exposée au S., abritée des vents du N. par la chaîne du Taunus, elle jouit d'un climat charmant. Bien nombreux sont ses arbres à fruits, mais plus nombreuses encore ses vignes, dont les vins (V. ci-dessous Johannisberg et Steinberg) sont connus du monde entier. Sa partie inférieure est d'autant plus fertile qu'elle a été autrefois un lac, avant que les eaux qui la couvraient se fussent frayé un passage entre les montagnes du Taunus et du Hundsrûck. C'est à Niederwalluf que commence , à proprement parler, le Rheingau, dont la limite septentrionale était autrefois Lorchausen(K. ci-dessous).

Ce district fameux qu'entourait, pour le mettre à l'abri d'une attaque imprévue, une haie appelée

Gebiïck, flanquée de tours, et défendue par des palissades et des fossés , appartenait alors aux archevêques de Mayence. Il avait une constitution et une milice particulières, et jouissait de franchises que chaque archevêque renouvelait et confirmait par un serment solennel , lors de son avènement.

Aussi, d'après un dicton populaire, a l'air du Rheingau affranchissait. »

A mesure que le bateau descend , le Rhin, tantôt resserré, tantôt large comme un lac, les montagnes qui dominent la rive dr. et celles qui semblent fermer l'horizon, forment une inépuisable série de jolis paysages. On laisse successivement derrière soi :

Schierstein (hôt. : Drei Kronen, Goldene Krone) . v. de 1200 hab. , situé près d'un port d'hiver créé en 1858. L'archiviste Habel y possède une curieuse collection de tableaux et d'antiquités. A 30 min.

du Rhin sont les ruines du château Frauenstein (xiuf s.), près desquelles on remarque un énorme platane dont les branches, devenues trop lourdes , sont soutenues par des étais.

Niederwalluf (hôt. : Schwan, Gartenfeld), ancien v. connu déjà en 770. Une route conduit de Niederwalluf par la vallée du Wallufbach et Oberwalluf à Neudorf, où elle rejoint celles de Bieberich et d'Eltville montant à Schlangenbad (V. R. 29). Près de Neudorf, à 1 h. du Rhin, au pied du Taunus, s'élève l'église de Rauenthal. En face de Niederwalluf, sur la rive g. du Rhin , est le v. de Budenheim.

On laisse quelques jolies maisons de campagne sur des coteaux plantés de vignes (le Rhçinberg attire

[R. 31] ELT VILLE. — KIEDERICH. — ERBACH. 275

principalement l'attention) , entre Niederwalluf et Eltville ou Elfeld (hôt. : Rheingauer Hof, Engel), V. de 2000 hab., ch.-l. du Rheingau. Son nom vient de alta villa.

La tour pittoresque , flanquée de quatre tourelles, que l'on remarque dans sa partie supérieure, est tout ce qui reste de son ancien château, bâti en 1330 par l'archevêque de Trêves, Baudouin, détruit par les Suédois et par les Français. Les archevêques de Mayence habitèrent souvent ce château aux xive et xv* siècles. Ils venaient y chercher un asile lorsque les émeutes des bourgeois les obligeaient à quitter leur capitale. Ce fut à Eltville qu'en 1349 Gunther de Schwarzburg, assiégé par son rival Charles IV, résigna sa couronne, et mourut, probablement empoisonné.

Cette petite ville possédait une imprimerie dès 1465. Ses environs se font remarquer par leurs belles maisons de campagne. Celle du comte Elz renferme, dit-on, une Suzanne au bain par le Dominiquin. .

[En remontant le cours du Mûhlbach, qui arrose cette villa, on peut faire d'agréables promenades. 30 mm. suffisent pour atteindre Kiederich (hôt. : Fischer, Pape, Krone), v. qui possède une église gothique, Saint- Valentin, fréquentée par de nombreux pèlerins et une chapelle gothique dédiée à saint Michel, construite en 1440 et restaurée en 1858 (belle tour gothique à jour, escalier en limaçon et feuillages sculptés). On remarque surtout dans l'église' le portail, la façade , la voûte du chœur et les stalles en bois sculpté (1510). la colline de Grœfenberg, plantée de vignes qui produisent un vin renommé, porte

encore la haute tour de l'ancien château de Scharfenstein, bâti vers la fin du XII" s. par les archevêques de Mayence, détruit par les Suédois dans la guerre de Trente ans, et par les Français dans la guerre de la Succession. Les piétons peuvent aller de Kiederich , soit à Eberbach (F. ci-dessous), de 30 à 45 min.

par les bois, soit à Rauenthal (F.

R. 29) , 1 h. env. par les coteaux boisés de Himmelreich , soit enfin àSchlangenbad(F. R. 29) 2 h. env.]

À mesure que l'on descend le Rhin, on aperçoit plus distinctement le château de Johannisberg et le Niederwald. Au delà d'Eltville, on laisse, sur la rive dr. , le Cappelhof, puis le Draiserhof, vaste dépendance de l'abbaye d'Eberbach, avant d'atteindre Erbach (hôt. :

Engel, Wallfisch), très-ancien v.

du duché de Nassau, où l'on remarque la belle campagne de la princesse Albert de Prusse, qui a acheté le château et tous ses domaines au comte de Westphaleu , leur ancien possesseur.

[On peut d'Erbach ou de Hattenheim (F. ci-dessous) aller visiter Eberbach (1 h. env.), ancienne abbaye, devenue un asile d'aliénés et une maison de détention. Cette abbaye est agréablement située au pied des montagnes du Taunus et presque entourée de bois. Elle fut fondée, en 1131 , par saint Bernard.

On a élevé une petite chapelle appelée Bernardsruhe à l'endroit où , selon la tradition, le saint, reposant sur une pierre, vit un sanglier lui dessiner avec son boutoir le plan du nouveau monastère. Les moines d'Eberbach furent de rudes travailleurs. Ils défrichèrent les bois, plantèrent des vignes, cultivèrent des céréales y et se montrè-

rentaussi habiles industriels qu'heu reux agriculteurs. Dès 1160, ils exportaient leurs vins à Cologne, où ils avaient uu entrepôt particulier.

De plus, ils possédaient des fabriques de draps, des tanneries, des moulins à farine et à foulon. Ils eurent cruellement à souffrir pendant la guerre des Paysans. Les insurgés leur burent , en quatorze jours, 80 pièces de vin. Les bâtiments construits du xn* au xv* s. étaient remarquables parleur architecture.

Les parties les plus curieuses sont le Dormitorium , 81 mèt. de long sur 14 mèt. de large (1300-1400), et la Salle capitulaire, servant aujourd'hui de magasin à bois (1400- 1500). Les deux églises, de style roman, intéresseront les connaisseurs. La Kloster-Kirche , la plus grande, date de 1816; elle contient divers monuments funéraires (ceux de la majeure partie des abbés), du xir* au xix* s. , entre autres ceux de l'archevêque de Mayence, Gerlach (f 1371), et d'Adolphe II de Nassau (f 1474). Klle a été restaurée il y a peu d'années. L'autre église (ancien réfectoire), plus petite et plus ancienne, sert actuellement de pressoir. C'est dans ses caves que le duc de Nassau emmagasine ses meilleurs vins. Il les appelle son cabinet de vins (Kloster-Erbacher et Stein berger).

Le célèbre vignoble Steinberg, qui appartient aujourd'hui au duc île Nassau, se trouve situé près du couvent d'Eberbach , sur le penchant d'une colline. Le vin qu'il produit est presque aussi estimé que celui du Johannisberg. Ce vignoble, cultivé avec tant de soins et à si grands frais, a 40 hect. d'étendue; un mur élevé l'entoure de tous côtés. En 1826, il s'en est vendu aux

enchères, moyennant 6100 fi., un baril de 600 bouteilles, ce qui mettait la bouteille à plus de 20 fr. On embrasse le Steinberg d*un seul regard quand on monte sur le Bos, hauteur voisine du couvent (233 mèt. d'altit.), d'où l'on découvre une vue magnifique sur le Rheingau. Une hutte de mousse est bâtie au sommet.

Sur une autre colline voisine s'élèvent les vastes bâtiments du nouvel asile d'aliénés , Eichberg.

On peut, d'Eberbach, aller à pied à Kiederich et à Rauenthal [V. cidessus).]

Les îles du Rhin situées au-dessous du v. d'Krbach s'appellent Rheinau ou Westphœlau, Langwertherau et Sandau. Charlemagne y venait souvent pêcher, lorsqu'il habitait Ingelheim (V. R. 32). C'est sur l'une d'elles, probablement la Sandau, que Louis le Débonnaire, poursuivi par ses fils révoltés contre lui, finit sa misérable vie, au mois de juin 840. Un peu en deçà de Hattenheim (hôt. Laroche) , v.

de 1000 hab., jaillit une fontaine appelée Markbyunnen, et qui donne son nom à l'un des meilleurs vins du Rheing'au, le Markobrunner , récolté dans le voisinage. Au delà, on remarque, au milieu d'un petit parc, une maison de campagne à un étage, sur laquelle on lit cette inscription : Schloss Reichartshausen. C'est une ancienne propriété de l'abbaye d'Eberbach. Elle appartient actuellement à M. le comte Schœnborn. La belle collection de tableaux modernes qu'il y avait réunie se trouve aujourd'hui à Munich.

A 29 min. au delà de Hattenheim, on passe devant Oestrich, v. audessus duquel on aperçoit Hallgar-

[R. 31] HATTENHE1M

J0HANN1SBERG. 277

ten, aux vins estimés. Plus loin se montrent, au bord du fleuve , Mittelheim (curieuse église de 1140) et Winkel (Vini Cella), qui semblent ne former qu'un village. Sur une hauteur boisée s'élève, entre ces deux villages, le château de VolU rath, qui, depuis le xiv* s., époque de sa construction, appartient aux comtes de Greifenklau. Mais c'est surtout le château de Johannisberg qui depuis longtemps déjà*attire les regards. Toutefois Winkel mérite au moins un souvenir littéraire. C'est de ce long village, « si long, dit Goethe . qu'il excite l'impatience de ceux qui le traversent, » que Bettina d'Arnim, la sœur de Clément Brentano, écrivit à la mère de Goethe le touchant récit du suicide de Caroline de Gunderode, cette jeune chanoinesse, poète sous le nom deTianetqui, eu 1806, se tua à Winkel, d'un coup de poignard, sans qu'on ait pu savoir pourquoi ; elle avait vingt-six ans. « Elle se promena longtemps sur les bords du Rhin, puis elle courut chez elle prendre un essuie-mains. Le soir, on la chercha inutilement; le lendemain, on la trouva. morte sur le rivage, sous les saules. Elle avait rempli l'essuie-mains de pierres et l'avait noué autour de son cou : sans doute elle avait eu l'idée de se jeter dans te Rhin; mais le coup de poignard qu'elle se donna dans le cœur la fit tomber à la renverse, etc. »

Le château de M. Brentano-Birkenstock, de Francfort, est situé à l'extrémité 0. du village. Il est souvent cité dans la correspondance de Goethe et de Bettina.

Le château de Johannisberg couronne une colline élevée de 113 mèt. au-dessus du Rhin, et .entièrement couverte de vignes. Depuis

1813, il appartient à la famille de Metternich, qui l'a fait agrandir et restaurer en 1826. Les étrangers peuvent le visiter; mais l'intérieur, fort simplement meublé, ne contient aucun objet d'art d'une grande valeur. On y remarque surtout des portraits et des statuettes d'empereurs, d'électeurs et de princes. La chapelle , bâtie au xn* s. et restaurée récemment, renferme un monument élevé par le prince de Metternich à son précepteur, l'historien Ni colas Vogt, néàMayence en 1756, mort à Francfort en 1836. En face de la chapelle, à côté du château, se dresse une belle statue de saint Jean-Baptiste, de Geertz de Louvain (1854). — La terrasse offre une vue magnifique sur le Rheingau, le Bhin, le Niederwald, leHundsrtick et le Mont-Tonnerre. Les caves sont remarquablement grandes : elles s'étendent sous une partie de la colline.

Ce sont des moines qui ont planté les premières vignes du Johannisberg. D'après d'anciennes chroniques , Ruthard , archevêque de Mayence, fonda, en 1106, sur cette colline, un prieuré, converti vingt et un ans plus tard en un monastère, sécularisé en 1567 , après avoir été incendié, en 1552, par le margrave Albert de Brandebourg. Pendant la guerre de Trente ans, les Suédois détruisirent les débris que les flammes avaient laissés debout. En 1716, l'abbé de Fulda, s'étant rendu acquéreur de la colline, y rebâtit non plus un couvent, mais un château, et y fit replanter de la vigne.

Il y récolta bientôt un vin excellent.

On ne vendangeait jamais sans un ordre écrit de sa main. Une année, soit maladie, soit oubli, Tordre n'arriva que lorsque les raisins

étaient déjà à moitié pourris : on n'en vendangea pas moins, et le vin s'en trouva meilleur. Depuis lors, la vendange s'est toujours faite au Johannisberg quinze jours plus tard que partout ailleurs. Les meilleurs crus sont ceux qui avoisinent le château : on appelle le vin qu'ils produisent Schloss Johannisberger ; les autres sont inférieurs en qualité. Aussi, quand on vendange, on ramasse avec une fourchette particulière tous les grains qui se détachent des grappes, et on verse dans des cuves distinctes les raisins soigneusement triés. — ■ La propriété a une étendue d'environ 63 arpents.

Année commune, elle rapporte de 75 000 à 80000 fl. Un fût de 1350 bouteilles a été vendu une année 18000 fl., c'est-à-dire plus de 27 fr.

la bouteille. C'est le prix le plus élevé qui ait été jamais atteint. Les acquéreurs étaient, pour moitié, le roi d'Angleterre et le roi de Prusse.

Le vin est toujours livré en bouteille, avec le cachet du prince. — En 1802, le prince d'Orange (le roi des Pays-Bas, Guillaume I,r) avait acheté cette importante propriété; mais, en 1805, Napoléon en fit don au maréchal Kellermann (duc de Valmy), qui la conserva jusqu'à l'époque où l'empereur d'Autriche en gratifia le prince de Metternich.

Près du Johannisberg, on remarque, outre le v. du même nom (environ 700 hab. ; aub. chez Klein et chez Hehrer; restaurant dans la Badeanstalt), la maison de campagne de M. Mumm, riche marchand de vin à Francfort.

C'est presque en face du Johannisberg que le Rhin atteint sa plus grande largeur. Elle est le double de celle qu'il a au-dessous de Bmgen. Ce n'est plus un fleuve, c'est

un lac, borné par le Niéderwald à dr., et le Rochusberg à g., qui s'élèvent à mesure qu'on s'en approche.

Geisenheim (hôt. : Belle-Vue, Stadt Frankfurt), V. d'environ 2850 hab., attire un moment les regards sur la rive dr., par les tours gothiques à jour (1836) de son église du xv* s. (tombeau de Jean-Philippe de Schœnborn, électeur de Mayence au xviif 's.), par son hôtel de ville moderne (1856) , et par les maisons de campagne du comte Schœnborn, du comte d lngelheim et de M. de Zwierlein, dont la femme, Adelheid von Stolferfoth, est connue comme poète. Cette dernière ville possède de curieux vitraux; 600 espèces de vignes sont cultivées dans son jardin. Le vin de Gejsenheim est estimé; mais celui de* Rothenberg, colline voisine qui offre une jolie vue, mérite la préférence.

— Près d'Eibingen, on voit encore un couvent de femmes, fondé eu 1148 et supprimé en 1802. Un peu plus loin, en se rapprochant des montagnes, on trouve les ruines du couvent Nothgottes, consacré en 1390 (V. ci-dessous, Rudesheim), aujourd'hui métairie de M. de Zwierlein.

Sur la rive g., entre Geisenheim et Rudesheim, on aperçoit les v. de Gaulsheim et de Kempten . traversés par la route de terre de Mayence à Bingen. Ce dernier est situé au pied du Rochusberg, que domine la chapelle de Rochus (V. ci-dessous, Bingen). Un bac met en communication Kempten et

Rudesheim (Darmstœdter Hof, Rheinsteiriy Massmann; Scholl, restaurant et confiseur), petite V. de 2500 hab. environ, qui récolte sur les coteaux voisins l'un des meilleur*

[R. 31] GEISENHEIM. — RÛDESHEIM

vins du Rhin. D'après la tradition, ces vignobles auraient été créés par Charlemagne, qui aurait fait venir tout exprès des plants de Bourgogne et d'Orléans; les plus estimés s'appellent Berg et Hinterhaus.

C'est à Rûdesheim que commence ou que finit d'ordinaire une excursion dans le Niederwald (F. ci-dessous); mais cette petite ville possède, outre une église protestante, bâtie en 1855, des ruines et des châteaux qui méritent une visite :

d'abord une tour du moyen âge, pittoresquement ornée de lierre et d'arbustes, puis la Niederburg, appelée aussi Brœmserburg , et enfin YObereburg ou Boosenburg, tour carrée , couronnée de créneaux modernes, appartenant au comte de Schœnborn. La Brœmserburg ou le château des Brœmser, après avoir appartenu aux archevêques de Mayence, aux nobles de Rùdesheim-Brœmser (famille éteinte en 1688), puis à divers propriétaires, a été vendue par le prince de Metternich au comte d'Ingelheim, qui l'a fait réparer. Elle date du xii" s.

C'est une masse de pierres carrée, de 30 mèt. de long, 28 mèt. de large et 20 mèt. de haut, composée de trois étages, et dont les murs ont de 3 à 4 mèt. d'épaisseur. — « L'admirable manoir que ce donjon carré! dit l'auteur du Rhin; des caves romaines, des murailles romanes, une salle des chevaliers dont la table est éclairée d'une lampe fleuronnée pareille à celle du tombeau de Charlemagne, des vitraux de la Renaissance, des lanternes de fer du xme s., accrochées aux murs, d'étroits escaliers à vis, fies oubliettes dont l'abîme effraye, des urnes sépulcrales rangées dans une espèce d'ossuaire, tout un en-

semble de choses noires et terribles, au sommet duquel s'épanouit une énorme touffe de verdure et de fleurs, d'où l'on contemple les magnificences du Rhin. Il y a des al-

C té

lées dans ce monstrueux bouquet, et l'on s'y promène. De loin, c'est une couronne; de près, c'est un jardin. » Le Brœmserhof proprement dit, transformé aujourd'hui en habitations privées, était situé au milieu de la ville.

A l'époque où saint Bernard prêchait la croisade à Spire, Hans Brœmser de Rûdesheim partit pour la Palestine. 11 s'y distingua par son courage, car il y tua un épouvantable dragon qui était devenu la terreur de l'armée chrétienne; mais au retour de cette heureuse expédition, attaqué par un détachement de Sarrasins, il fut fait prisonnier et jeté dans un cachot où il resta trois années. Sa captivité commençant à lui sembler trop longue, un jour il promit à Dieu de lui consacrer sa fille si jamais il revoyait son château du Rhin. Sa prière fut exaucée, et il voulut tenir sa promesse. Malheureusement Giselle, ainsi se nommait la fille de Brœmser, aimait un jeune et beau chevalier dont elle était aimée. N'ayant pu fléchir son père, elle se jeta dans le Rhin , et le lendemain on retrouva son cadavre près de la tour de Hatto. Aujourd'hui encore , dans certaines soirées d'automne, l'ombre de Giselle apparaît, au dire des habitants de Rûdesheim, sur les ruines du vieux château de son père, et l'on entend ses gémissements se mêler aux plaintes mélancoliques de la brise. Cependant Brœmser, désolé de la mort de sa fille, fit vœu de bâtir une église pour le repos de son âme. Mais ce

second vœu, il ne le tint pas. Une nuit il vit le dragon qu'il avait tué en Palestine se dresser menaçant devant lui ; il allait périr dévoré par le monstre, lorsque l'ombre de Giselle, accourue à son secours, lui sauva la vie. Au même moment les chaînes qu'il avait portées dans sa captivité et qui étaient accrochées à la muraille tombèrent avec fracas. Il se réveilla en sursaut. Le lendemain matin on lui apporta une image du Christ qu'un bœuf avait déterrée en labourant, et qui s'était mise à crier au secours. Ce miracle et ce cauchemar lui rappelèrent son vœu. Il se hâta en conséquence de faire bâtir une église et un couvent à la place où l'image du Christ avait été découverte. Ces deux fondations de Brœmser, qu'il avait appelées Nothgottes ou besoin de Dieu, n'existent plus aujourd'hui. Mais on peut voir encore dans l'église de Rûdesheim , située sur la place du Marché et bâtie au xiv* s., l'image miraculeuse que Gœthe décrivait ainsi dans son Voyage sur le Rhin , le Mein et le Neckar, 1814, 1815:* C'est un Christ agenouillé d'environ huit pouces de haut, les mains levées au ciel dans l'attitude de la prière; probablement la figure principale d'un groupe représentant la Passion sur la montagne des Oliviers. Les mains sont trop longues pour le corps, mais les articulations des doigts et les ongles sont bien rendus. En somme c'est un échantillon remarquable de la sculpture à une époque où l'art ne faisait que de naître. » On montrait autrefois au Brœmserhof le lit, la table et les chaînes de Brœmser, ainsi que les cornes du bœuf qui avait déterré l'image du Christ. Ces objets ont

été transportés, dit-on, dans le château de Johannisberg.

De Rûdesheim à Wiesbade, 4 mil., R. 30 ; — à Mayence, par le chemin de fer, R. 30 et 27.

A peine le bateau à vapeur a-t-il dépassé Rûdesheim, qu'il s'arrête à '

Rive g. Bingen (hôt. : Victoria, Weisses Ross ; hôt. de 2* rang :

Hof, Riese (Poste). Bains sur le Rhin); — V. commerçante (vins et blé) d'env. 7000 hab., située sur la rive g. ou hessoise du Rhin, à l'embouchure de la Nahe qui forme les limites de la Hesse et de la Prusse.

« Pressée à g. par la rivière, à dr.

par le fleuve, elle se développe en forme de triangle autour d'une église gothique adossée â une citadelle romaine. Du côté de Mayence rayonne, étincelle et verdoie la fameuse plaine Paradis qui ouvre le Rheingau. Du côté de Coblenz les sombres montagnes de Leyen froncent le sourcil. • (V. Hugo.)

Bingen (Bingium) est d'origine romaine. Son pont (7 arches) sur la Nahe s'appelle encore pont de Drusus. Il a été bâti par l'archevêque Willigis au xe s., puis rebâti au xvir* s. , probablement sur l'ancien pont romain que les Treviri avaient détruit en 70. L'aigle de Prusse et le lion de Hesse ornaient autrefois le parapet de ce pont; ces armoiries, renversées en 1848, ne se voient plus maintenant qu'au fond de la rivière quand les eaux sont basses. Il ne reste pas plus de traces du château que du pont romain. Il devait s'élever sur l'éminence que couronnent aujourd'hui les ruines du Klopp, vieux château féodal détruit en 1689 par les Français, et dont les ruines, récemment restaurées par le propriétaire ac-

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