R. 31] OBERWESEL
Devant cette église , ou a élevé, en 1833, un monument à la mémoire d'une dame de Lubienieck, qui se tua en tombant de voiture. L'autre église, Saint-Martin, est plus ancienne; elle contient une Descente de croix par Diepenbeck, élève de Rubens, et deux vieux tableaux sur bois de l'école allemande. Vhôtel de tille a. été reconstruit en 1849, dans le style de l'ancien. La jolie tour Ochsenthurm, qui s'élève à l'extrémité inférieure de la ville, faisait autrefois partie des fortifications.
On y a établi une sorte de phare pour les bateaux. Enfin, on remarque', au bord du fleuve, une petite chapelle érigée à l'endroit ou, selon la tradition, un enfant du pays, nommé Werner, aurait été égorgé par des juifs, en 1287, à cause de sa piété. Le cadavre de la victime, jeté dans le fleuve, serait, au lieu de descendre à Sanct-Goar, remonté jusqu'à Bacbarach, où il fut, dit-on, recueilli, inhumé, puis canonisé.
Les peintres allemands viennent souvent faire des études de paysage dans les vallées rocheuses des en- • virons qui produisent (surtout celle d'Engehœll) des vins estimés.
C'est en face du Rosstein, rocher qui s'élève un peu au-dessus d'Oberwesel, sur la rive dr. du Rhin, que les sept demoiselles se laissent apercevoir quand les eaux sont basses. Le lit du Rhin se resserre :
de chaque côté se dressent des roches arides, parmi lesquelles la Lurlei, sur la rive dr., attire principalement l'attention. On dirait un escalier écroulé. 11 y a là un écho plus célèbre que sonore qui répète, dit-on, sept fois tout ce qu'on lui crie. Mais l'expérience est loin de réussir toujours. « Quand le bateau à vapeur passe , a dit Eugène Gui-
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not, un homme, posté sur la rive gauche du fleuve , tire des coups de carabine pour donner aux passagers le divertissement d'entendre la détonation répétée par l'écho. Ce carabinier est entretenu aux frais de la navigation du Rhin.» Les étudiants allemands s'amusent à demander à l'écho quel est le bourgmestre d'Oberwesel , et l'écho répond : Esel, c'est-à-dire âne.
Sur les bords du Rhin, lei veut dire rocher, ou plutôt rocher d'ardoise, tore , en anglais , signifie encore aujourd'hui chant, musique, influence magique. Lurlei ou Lorelei, c'est donc le rocher du chant, le rocher enchanté. La légende raconte que les bateliers voyaient autrefois apparaître au sommet du rocher une femme d'une beauté merveilleuse. Pendant qu'ils Pécoutaient chanter, leur barque se brisait contre les rochers, et ils périssaient engloutis. Un comte palatin voulut voir cette sirène dont on lui avait vanté les charmes; il fut victime à son tour. Le père du jeune homme ordonna à ses soldats de lui amener la magicienne morte ou vive. Mais au moment où ils allaient la saisir pour la précipiter dans le Rhin, elle invoqua le fleuve d'une voix si douce, que celui-ci se souleva, et, donnant à ses plus ' grosses vagues la forme de deux chevaux blancs, il enleva la pierre sur laquelle elle était assise, et l'entraîna avec elle jusqu'au fond de son lit. De retour au château, les soldats y trouvèrent leur jeune maître que la sirène avait rendu à son père. Depuis, elle a cessé de se montrer; mais elle continue, dit-on, de se faire entendre, et de se jouer des bateliers, en imitant le son de leur voix.
La Lurlei a donné lieu à beaucoup d'autres légendes. Les plus célèbres sont celles de Clément Brentano et de Henri Heine.
Les environs de la Lurlei sont habités par un certain nombre de pêcheurs. Autrefois, on y prenait chaque année une grande quantité de saumons. L'établissement des bateaux à vapeur a diminué considérablement les produits de cette industrie. Le bruit des roues effraye les poissons , qui se cachent.
En face de la Lurlei, débouche un tunnel du chemin de fer, suivi immédiatement d'un autre beaucoup plus long.
Dès que l'on a dépassé la Lurlei , on cherche à voir la Bank , banc de rocher caché près de la rive g., sous les eaux du fleuve, qui forment en cet endroit des rapides et des tourbillons (Gewirre).
«D'un côté le gouffre, de l'autre l'écueil. On trouve tout sur le Rhin, même Charybde et Scylla. » Mais ce passage, difficile pour les radeaux, n'offre aucun danger aux bateaux à vapeur. On l'a à peine franchi que Sanct-Goar apparaît en face de Sanct-Goarshausen.
Sanct-Goar (hôt. : Lilie, Krone), V. de 1500 hab. , doit son origine et son nom à saint Goar, qui, sous • le règne de Sigebert, roi d'Austrasie (570) , vint y bâtir une chapelle et y prêcher l'Évangile. Elle fut jusqu'en 1794 le ch.-l. du comté de Katzenelnbogen, qui faisait partie de la Hesse électorale. Située sur la rive g. du Rhin, elle appartient aujourd'hui à la Prusse. On s'y arrête souvent pour visiter ses charmants environs. Par elle-même, elle n'offre rien d'intéressant. Son église protestante à la tour carrée et crénelée, bâtie en 1468, restaurée
à l'intérieur en 1842, a été construite sur la crypte de l'ancienne église détruite par un incendie.
Cette crypte, où saint Goar avait été enseveli, contient des tombeaux de plusieurs princes hessois. L'église catholique possède une vieille image en bois de saint Goar. L'ancienne abbaye de Bénédictins, dont les bâtiments servent de magasins, a été supprimée en 1624.
Le propriétaire de l'hôtel sur Lilie possède les derniers livres du Haenseln, ainsi que la couronne et les coupes qui ont servi, de 1713 jusqu'au commencement de ce siècle, à cette société fameuse dont la fondation remonte à Charlemagne.
Avant l'établissement des bateaux à vapeur, tout voyageur qui venait pour la première fois à Sanct-Goar, et qui y demandait l'hospitalité à l'un de ses habitants, était conduit à la douane; là on lui passait au cou un collier d'argent, présent de Charlemagne, selon la tradition, et on lui donnait le choix entre le baptême du vin et le baptême de l'eau.
Choisissait-il le premier, on lui faisait boire trois coupes d'excellent vin, à la santé de l'empereur, du propriétaire du sol et de la société des bons compagnons ( avant le xvn° s. , c'était à la santé des moines), puis on lui mettait sur la tête une couronne dorée et on lui récitait, avec une solennité affectée, les lois de Tordre qui lui accordaient le droit de pêcher sur la Lurlei et de chasser sur la Bank. Malheur à ceux qui préféraient le baptême d'eau : on leur versait sur la tête un énorme baquet qui avait été rempli dans le Rhin. Le livre sur lequel les amateurs du vin étaient tenus d'inscrire leur nom , avec la date du mois et de l'année de leur récep-