R. 42] COLOGNE. — LA CATHÉDRALE
achèvement dès 1810, la dessina pour en conserver au moins le souvenir. Quand, après les événements de 1814, Cologne fut cédée à la Prusse, une voix s'éleva dans le Mercure du Rhin, en faveur de la cathédrale : elle ne fut pas écoutée.
Une nuit même, la vieille grue placée au haut de la tour inachevée et qui, depuis quatre siècles, appelait en vain les froides et ingrates générations à terminer l'œuvre de leurs pères, tomba de vétusté. Cet accident eut d'heureuses conséquences. Il inspira un tendre intérêt aux bourgeois de la ville pour ces ruines qu'ils n'avaient pas même entourées d'un rideau de peupliers.
Cette grue, ils étaient accoutumés à la voir chaque jour; ils ne purent pas s'en passer. En 1819, le conseil municipal vota des fonds pour la rétablir.
Cependant le prince royal de Prusse, Frédéric-Guillaume IV, étant venu à Cologne, avait été touché à la vue de cette cathédrale inachevée et ruinée. Le roi, son père, cédant à ses sollicitations, résolut d'entreprendre les réparations les plus urgentes, qui, de 1820 à 1840, absorbèrent plus de 300 000 thalers. Enfin, lors de i'avénement de Frédéric-Guillaume IV, une société, le Dombauverein, patronnée par le nouveau souverain, se forma à Cologne, non plus seulement pour l'entretien, mais pour l'achèvement de la cathédrale. De tous côtés les dons affluèrent, le roi s'imposa pour une somme annuelle de 5O0bO th., et le 4. septembre 1842 eut lieu la seconde fondation de la cathédrale, fête magnifique dont Cologne ne perdra point le souvenir. Depuis lors, les travaux, ! dirigés par M. Zwirner (f 1861), d'à- |
pr's le plan primitif, ont été continués sans interruption ; ils ont absorbé plus d'un million de thalers (la dépense totale a été évaluée à 5 millions de thalers). Le chœur est terminé; les transsepts sont achevés, les piliers intérieurs de la nef, consacrée en 1848, six-centième anniversaire de la fondation de l'édifice, s'élèvent à toute leur hauteur; on travaille activement à la voûte et aux tours, dont les deux principales doivent avoir une hauteur de 511 pieds de Colosne. La société centrale, qui compte de nombreuses associations correspondantes, a pour organe un journal appelé le Domblatt, chargé dfi stimuler le zèle des catholiques de tous les pays, dont les souscriptions sont nécessaires à l'achèvement de ce monument.
D'après la légende, la cathédrale de Cologne ne doit point s'achever.
Voici pourquoi. L'archevêque Conrad avait rejeté tous les plans qui lui avaient été présentés. Un jeune architecte de Cologne, désolé de n'avoir point réussi à faire agréer son travail, alla se promener sur les bords du Rhin pour en finir avec la vie. Avant de se jeter dans le fleuve, il essaya, mais en vain, de crayonner une nouvelle esquisse. Tout à coup le diable, lui apparaissant sous les traits d'un vieillard, lui offrit le dessin de la cathédrale actuelle, en échange de son âme. Le jeune homme n'osa ni accepter ni refuser, et demanda vingt-quatre heures pourréfléchir. Le lendemain, au moment où l'esprit du mal lui montrait de nouveau «on plan en lui rappelant les conditions de la veille, il le lui arracha, et, tirant ! en même temps de dessous ses vê- | tements une relique de sainte Ur-
suie, il en frappa Satan au front Le diable vit bien qu'il était joué, mais il s'en vengea. « C'est une ruse d'église, s'écria-t-il ; la cathédrale que tu me voles ne sera jamais achevée , et ton nom restera inconnu. » En effet, il avait déchiré avec sa griffe, en prononçant ces mots, une partie du dessin. Peu de temps après, le jeune architecte mourut de chagrin, car il ne put jamais réparer ce dégât et reconstruire sur le papier la partie qui manquait.
La cathédrale de Cologne, qui a la forme d'une croix, s'élève à 18 mèt. au-dessus du Rhin, sur une éminencequi, du temps de la domination romaine, formait l'angle N. E. du castrum. Sa longueur totale est de 511 pieds de Cologne:
— c'est la hauteur que devraient avoir ses tours si elles étaient terminées. — Sa largeur à l'entrée est de 231 pieds; c'est aussi la hauteur du pignon antérieur. Enfin la hauteur intérieure du chœur égale la largeur de la partie inférieure de l'église, 161 pieds. Ces dimensions présentent cette singularité que tous les nombres qui les expriment sont divisibles par le nombre sacré sept.
A l'extérieur, le chœur et le portail méridional attirent surtout l'attention des connaisseurs. Le chœur s'élance d'une forêt de piliers qui y sont rattachés par une double et quadruple rangée d'arcs-boutants destinés à soutenir l'énorme fardeau du toit. Chacun de ces piliers est comme une église en miniature.
Ils ont la forme d'une croix et se composent de quatre flèches avec une autre flèche placée au centre , et toutes terminées par des bouquets de fleurs. Le côté S. en est beaucoup plus orné que le côté N.
Diverses explications ont été don-
nées de cette différence. D'après M. le professeur Kreuzer, « dès les premiers temps du christianisme, le côté N. a eu sa signification particulière . de même que le côté S.
Le premier est celui des évangélistes qui ont exprimé la vérité simplement; le second est celui des prophètes qui l'ont revêtue de figures et d'images orientales. Aussi les femmes, auxquelles il était prescrit de ne point se charger d'ornements superflus, se rangeaient du côté N., et les hommes, qui n'étaient point soumis aux mêmes restrictions, occupaient le côté S. »Une assez vaste place, ménagée derrière le chœur, permet de le contempler dans toute sa splendeur.
Les bas-reliefs du portail méridional ont été modelés et sculptés par Mohr sur les dessins de Schwanthaler. Ces bas-reliefs représentent : le Christ et les Évangélistes , saint Pierre, saint Etienne, saint Laurent, etc. Le portail méridional est aussi beaucoup plus richement décoré que le portail septentrional, également terminé. Ces deux portails ont été bâtis sur les plans de l'architecte Zwirner.
Les tours sont restées à peu près dans le même état où elles étaient lors de la cessation des travaux. Celle du N. atteint à peine au \m étage ; mais on en poursuit activement la construction. La plus élevée, celle de la Grue, a un peu plus de 60 mèt. de hauteur. Elle renferme les cloches. La tour du milieu, en fer (150 pieds au-dessus du faHe de l'église) et la toiture du vaisseau ont été achevées en 1861. Une flèche dorée, récemment terminée, s'élève à la jonction des transsepts et du chœur.
L'intérieur de la cathédrale de