COLOGNE. — LA CATHÉDRALE
Cologne (une nef principale et quatre bas côtés, un chœur et des transsepts), surtout le chœur, est plus intéressant à visiter que l'extérieur. La nef et les bas côtés, tout à jour, sont d'une légèreté incroyable. Le chœur, ouvert de 6 h.
à 10 h. du matin , et de 3 h. à 3 h. 1/2 dans l'après-midi, reste fermé à toutes les autres heures de la journée. Mais on peut y entrer et y voir le Dombild moyennant 15 sgr. (de 1 à 5 pers.). L'aspect intérieur de l'église est surtout admirable, lorsque l'on se retourne pour le considérer de l'entrée du chœur.
Si l'on veut voir le trésor et la châsse des trois rois, il faut en outre payer 1 th. 15 sgr. (de 1 à 5 pers.) pour l'achèvement de l'église. 15 sgr. (de 1 à 5 pers.) sont encore exigés en sus de ceux qui désirent visiter les ateliers de sculpture et monter dans la galerie extérieure du chœur, d'où l'on découvre une belle vue. Comme il est défendu de circuler dans l'église pendant les offices, l'heure de 8à9 est le moment le plus favorable pour la visiter en détail.
N. B. D'importuns commissionnaires poursuivent les étrangers jusque dans l'église; leurs services sont inutiles.
L'ensemble admiré, on ne doit pas manquer d'aller contempler, dans le bas côté méridional, les vitraux de couleur offerts, en 1848.
à la cathédrale, par le roi Louis de Bavière. Ces vitraux, bien supérieurs à ceux du bas côté septentrional, qui datent de 1505 et de 1508, représentent: la Prédication de saint Jean -Baptiste, l'Annonciation, la Naissance du Christ, la Cène et la Mort du Christ, la Remise des clefs à saint Pierre et la
Descente du Saint-Esprit, la Lapidation de saint Ëtienne. La fenêtre du transsept est consacrée à la mémoire du philosophe catholique, Joseph de Gœrres, né à Coblenz en 1776, mort à Munich en 1848. Ils ont été exécutés d'après des dessins de H. Hess, J. Fischer et J. Hellweger.
Rien de plus gracieux, de plus léger, de plus saisissant que le chœur vu à l'intérieur. Les richesses y abondent.
Le catalogue en serait trop long.
On y remarque surtout :
1° Lqs vitraux de couleur que le duc de Brabant, Jean, et le comte Dieterich de Clèves ont fait peindre en 1288, après la bataille de Worringen;
2° Les statues des douze Apôtres, du Christ et de la Vierge, qui ornent les quatorze piliers, échantillons curieux de la sculpture au moyen âge (;Xiv#s.), restaurés en 1842;
3a Les fresques restaurées ou peintes par Steinle en 1844, dans les angles des voûtes (les neuf chœurs des Anges); ces peintures ont coûté 9000 thalers : c'est de la galerie du chœur qu'on les voit le mieux;
k* Les stalles des chanoines (xiv« s.), derrière lesquelles pendent des tapis brodés;
5* Dans la première chapelle, le curieux tombeau, en forme de place forte, de l'archevêque Philippe de Heinsberg (f 1191);
6° Dans la deuxième chapelle, le tombeau restauré de l'archevêque Conrad de Hochsteden, le fondateur du Dom (f 1261);
7° Dans la troisièi châsse des trois rc grosse chambre//g$>"marbre
toutes couleurs fermée d'épais grillages de cuivre, dit M. Victor Hugo (le Rhin); architecture hybride et bizarre où les deux sty- ' les de Louis XIII et de Louis XV confondent leur coquetterie et leur lourdeur. Trois turbans, mêlés au dessin du grillage principal, frappent d'abord le regard. On lève les yeux, et Ton voit un bas-relief, représentant PAdoration des Mages, sous lequel on lit ce médiocre distique :
Corpora sanctorum recubant hic terna Magorum.
Ex his sublatum nihil est alibive locatum.
a A travers le grillage jalousement serré , derrière uue vitre obscure, on aperçoit dans l'ombre un grand et merveilleux reliquaire byzantin en or massif, étincelant d'arabesques, de perles et de diamants
Des deux côtés du grillage vénéré, deux mains de cuivre doré sortent du marbre et entr'ouvrent chacune une aumônière, au-dessous de laquelle le chapitre a fait graver cette provocation indirecte : Et apertis thesauris suis obtulerunt et munera. Vis-à-vis du tombeau brûlent trois lampes de cuivre qui portent les noms des trois rois mages : Gaspar, Meichior, Balthazar. »
D'après la tradition, les corps des trois Mages avaient été retrouvés dans l'Inde par Hélène, la mère de Constantin, qui les emporta à Constantinople. Abandonnés au temps de Julien l'Apostat, ils furent de nouveau vénérés et invoqués sous le règne de son successeur, puis donnés à Eustargius, évêque de Milan. Frédéric Barberousse, s'en étant emparé en 1162, en fit don à Renaud de Dassel ,
archevêque de Cologne, qui l'accompagnait. On montre par des ouvertures leurs crânes, couronnés de diadèmes d'argent doré. Leurs noms sont écrits en rubis au-dessus de ces ouvertures. Outre leurs corps, la châsse contient ceux de saint Félix, de saint Nabor et de saint Grégoire de Spolète. Quand les chanoines quittèrent la ville de Cologne, avant l'occupation française, ils emportèrent cette châsse dans le couvent d'Arnsberg, en Westphalie. avec les autres trésors du Dom. A leur retour elle était dépouillée de ses plus riches ornements. Ces dégâts, nécessités par des besoins urgents, ont été en partie réparés depuis, grâce à la générosité des habitants de Cologne, et, malgré un vol commis en 1820, on assure que la châsse- des rois mages vaut encore aujourd'hui 2 000000 de thalers.
Devant cette chapelle des trois Mages se voit une pierre de marbre, sans inscription, qui recouvrait autrefois les restes de Marie de Médicis, veuve de Henri IV, et mère de Louis XIII, morte à Cologne en 1642, dans l'exil et la misère. Cette pierre ne recouvre plus aujourd'hui que le cœur et les entrailles de la reine, son corps ayant été exhumé et transporté dans les caveaux de Saint-Denis, consacrés à la sépulture des rois de France.
En face, detrière le maître-autel, est le tombeau de saint Engelbert I**, qui songea le premier à reconstruire la cathédrale de Cologne.
8° Dans la quatrième chapelle (de Sainte- Agnès), le Dombildet le monument funéraire de sainte Irmgardis, comtesse de Zûtphen (f 1100).
Le Dombild, qui ornait, avant 1810,
la chapelle de l'hôtel de ville, représente, quand il est ouvert, au milieu, l'Adoration des trois rois, et, sur les volets, saint Géréon avec ses compagnons, sainte Ursule avec ses. compagnes ; quand il est fermé, l'Annonciation de la Vierge; il porte la date de 1410.
L'auteur de ce remarquable tableau est resté inconnu; mais on est généralement d'accord pour l'attribuer à maître Etienne Lothener de Cologne, l'élève de maître Guillaume.
9° Dans la cinquième chapelle, le monument de l'archevêque Walram (j- 1349) et un retable sculpté du xve s.;
10° Dans la sixième, le tombeau du général von Hochkirchen (f 1703) :
11° Dans la septième chapelle (Saint-Étienne) , un nouvel autel gothique, sculpté en 1856 sur les dessins de Zwirner, et surmonté d'un grand tableau d'Overbeck représentant Y Assomption de la Vierge. Ce tableau a été payé 6000 th. par l'Association des arts de Dûsseldorf, qui Ta donné à la cathédrale. Les vitraux de la chapelle (scènes de la vie de la Vierge) ont été exécutés à Cologne d'après d'anciennes peintures découvertes en 1842.
La Schatzkammer, ou la chambre du trésor — il faut, pour y aller, traverser la sacristie, où l'on conserve dans de vieilles armoires les ornements sacerdotaux — renferme, entre autres curiosités, dont l'énumération serait trop longue, la châsse de saint Engelbert (1035), des ostensoirs, dont l'un a été donné par Pie IX en 1848, des croix, des bAtons pastoraux, des crosses, des calices, le glaive de