AIX-LA-CHAPELLE ET SES ENVIRONS
Hôtels. — Nuellens, en face de la fontaine dTSlise -, Grand-Monarque, chez M Dremel; des Quatre-Saxsons, sur la place du Théâtre; du Dragon-d'Or ; de Bellevue; de la Couronne impériale: de l'Empereur (avec bains); de Paris, près du chemin de fer-, — 2« rang :
de l'Éléphant; Royal; du Chemin de frr : du Roi d'Espagne, tous trois près de la gare.
Cafés- restaurants. — Kurhaus
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AIX-LA-CHAPELLE
Elisenbrurmen, Klûppel, près de la Promenade ; Café Littéraire, Gericke (Theaterstrasse).
Omnibus. — Prix : sans bagages, 3 sgr. ; avec bagages, 4 sgr.
Voitures de place (Vigilantes). — 1 personne, avec ou sans bagage, 5 sgr. ; plusieurs personnes, avec petit bagage, 9 i/2 sgr. chacune; avec grand bagage, 5 sgr.
Gares. — Pour Dusseldorf et Maëstricht, près du Meschir Thor; pour Cologne et Bruxelles, à 1TE. de la gare précédente.
Aix-la-Chapelle (en allemand, Àachen) fut connue des Romains, qui rappelèrent A quisgranum, Civitas aquensis. En 540, elle devint la résidence de Théodoric. Trois cents ans plus tard, la ville romaine eut pour second fondateur Charlemagne, qui y était né, diton , et qui y mourut le 28 janvier de Tan 814, à l'âge de 72 ans. Il y fut même enterré dans l'église qu'il avait fondée deux ans après la mort de sa femme Fastrada, en 796 , église que le pape Léon III bénit en 804, et, pour la dédicace de laquelle, s'il faut en croire une légende, deux évêques de Tongres, morts et ensevelis à Maestricht , sortirent de leurs sépultures, afin de compléter dans cette cérémonie un nombre de prélats représentant celui des jours de Tannée.
Charlemagne fît d'Aix-la-Chapelle la seconde ville de son empire. Par son ordre, cette inscription fut gravée au-dessus de l'entrée de son palais :
Hic sedes regni trans Alpes habeatur, caput omnium provinciarum et civitatum Galliœ.
« Que cette ville soit regardée comme le siège de l'empire au delà des Alpes, et comme la capitale de toutes les provinces et cités de la Gaule. »
Enfin, il décida que les empereurs d'Allemagne y seraient désormais couronnés, et, de 814 à 1557, Aix-la-Chapelle a vu sacrer trentesept empereurs et onze impératrices. Ferdinand I,r, le successeur de Charles-Quint, fut le dernier. Depuis lors, le couronnement des empereurs d'Allemagne s'est fait k Francfort.
Ravagée parles Normands en 891 , rebâtie par Othon III, en 936, incendiée en 1224 et en 1236, inondée et prise, en 1247, par l'empereur Guillaume, comte de Hollande, Aixla-Chapelle, qui avait effacé peu à peu les traces de tous ces désastres, obtint, en 1356, de l'empereur Charles IV, la confirmation et l'extension de ses privilèges. L'année suivante, elle acquit le droit de s'entourer de murailles et de fossés, en sa qualité de ville libre impériale.
Elle atteignit alors à un tel degré de prospérité, que sa population s'élevait, dit-on, à 100000 hab. De 1570 à 1576, la peste y causa de grands ravages, et, quelques années plus tard, la Réforme y suscita de violentes discussions civiles. En 1598, l'empereur Rodolphe II la mit au ban de l'empire, parce que les protestants s'y étaient emparés du gouvernement. De 1614 à 1616, les hérétiques en furent expulsés; ils allèrent transporter ailleurs les diverses branches d'industrie (surtout les fabriques de draps) qui avaient rendu Aix-la-Chapelle si riche et si célèbre. Ce fut une perte irréparable.
Les habitants partis, leurs maisons brûlèrent. En 1656, un incendie détruisit presque toute la ville : 2600 habitations privées, l'hôtel de ville, la cathédrale, etc., devinrent la proie des flammes.
Prise par Dumouriez en 1792,
prise et reprise depuis, Aix-la-Chapelle resta définitivement à la France, en 1794. Elle devint sous l'empire le siège d'un évêché, d'un tribunal de commerce et d'une préfecture ; elle fut le chef-lieu du département de la Roër. Occupée par les Alliés en 1814, elle appartient, depuis 1815, à la Prusse. En 1825, elle perdit son évêché et fit de nouveau partie de l'archevêché de Cologne, qui fut alors rétabli. Aujourd'hui, c'est le siège d'une régence, d'un tribunal provincial, d'une direction des douanes, d'une chambre et d'un tribunal de commerce.
Sa population est de 54373 habitants, dont 2000 protestants.
Aix-la-Chapelle a vu se tenir dans ses murs vingt- cinq diètes de l'empire, onze conciles et trois congrès.
Deux traités de paix , célèbres dans l'histoire, y ont, en outre, été conclus : celui de 1668 , qui assura à la France la possession de la Flandre , et celui de 1748, qui termina malheureusement pour la France la guerre de la succession d'Autriche.
Située au milieu d'un bassin riant et fertile, qu'environnent des hauteurs en partie boisées, en partie cultivées, parmi lesquelles le Louîsberg et le Salvatorberg attirent surtout l'attention, Aix-la-Chapelle formait autrefois deux villes, la ville intérieure et la ville extérieure, aujourd'hui réunies en une seule, car ses murailles ont été démolies et ses fossés comblés. Les trois ruisseaux qui l'arrosent, le Pau , la Paunele et le Johannisbach, offrent de grands avantages aux manufactures pour le lavage des laines. Chaque année, elle voit s'augmenter le nombre de ses maisons et celui «le ses habitants. Elle doit cette prospérité à son industrie, à son
commerce (draps, aiguilles, épingles, sucres, machines, etc.) et à ses eaux minérales, qui y attirent chaque saison 4000 baigneurs environ.
Quand on connaît l'histoire d'Aixla-Chapelle, on ne s'étonne plus de n'y trouver, à part deux ou trois monuments, aucun vestige de la ville de Charlemagne. L'immense majorité de ses maisons date de la fin du xvii* s. Devant l'embarcadère du chemin de fer s'étend un square- jardin , bordé à g. par les bâtiments de la douane. Les rues qui s'ouvrent sur ce square descendent dans la belle rue du Théâtre, à l'extrémité inférieure de laquelle le Théâtre a été construit en 1825.
Le péristyle de cet édifice, composé de huit colonnes d'ordre ionique , supporte un frontispice où sont sculptés de grandeur naturelle le Génie des arts et les Muses de la comédie et de la tragédie , audessus de l'inscription suivante :
Musagetae Heliconiadumque choro.
L'intérieur peut contenir environ 1200 spectateurs.
A g. du théâtre, en regardant sa façade, s'élève sur la place Frédéric-Guillaume, plantée d'arbres, la Fontaine d'Élise (Elisenbrunnen), beau bâtiment achevé en 1824, et ainsi nommé en commé- * moration du mariage du prince royal de Prusse (le roi Frédéric- Guillaume IV) avec la princesse Elise de Bavière, dont le buste (par Tieck) est placé sur une console de marbre blanc. La façade, du style dorique, a 89 mèt. de longueur; au milieu s'élève une rotoude de 21 mèt. de haut. De chaque côté de cette rotonde s'étendent des colonnades couvertes qui servent de
promenade par le mauvais temps.
C'est là que tous les matins les baigneurs viennent boire trois ou quatre verres d'eau thermale, aux sons d'un orchestre qui joue de 7 h.
à 8 h. , et dans l'après-midi, de 3 h. à 4 h. 1/2. L'eau qui alimente cette fontaine vient du bain de l'Empereur, par un canal de 206 mèt. de longueur ; malgré cette distance, elle ne perd pendant le trajet que 3° centigr. ; elle a encore 54'.
Les sources thermales d'Aix-la- Chapelle jaillissent à l'intérieur même de la ville. On en compte six principales, divisées, d'après leur position, en supérieures et en inférieures. Les sources supérieures sont : !• la source de l'Empereur, 57°, 5 centigr. Elle alimente quatre établissements : les bains de l'Empereur , ceux de la reine de Hongrie, le bain Neuf et la fontaine Élise ; 2° la source du Buchel, 57», 5 centigrades; 3° la source de Saint- Quirin, 42°, 5 centigrades; elle alimente les bains de Saint-Quirin et de la reine de Hongrie. Les sources inférieures, moins chaudes et moins abondantes en gaz hydrogène sulfuré que les supérieures, sont les sources Cornélius, 46° centigr. ; du bain de la Hose, 46° centigr. , et l'ancienne Trinkquelle, 46°. Tous les établissements de baius sont des hôtels garnis. Mais, sur l'emplacement du bain de l'Empereur, un nouvel établissement qui sera, dit-on, le plus beau de toute 1 Allemagne, se construit en ce moment (juillet 1863).
Ces eaux , incolores dans un verre, verdâtres dans un bassin, d'une saveur peu agréabl mai* cependant supportable , exhalant une forte odeur d'hydrogène sulfuré, se prennent en bains, en
liOKDS DU RHIN.
douches et en boisson ; elles sont surtout recommandées dans les maladies de la peau, les rhumatismes et d'autres maladies dont la, nomenclature serait trop longue.
Les deux rues qui s'ouvrent de chaque côté de l'Elisenbrunneu , conduisent à la Cathédrale ou Chapelle, qui a donné son nom à la ville et qui reçoit d'ordinaire la première visite des étrangers.
« Si l'on aborde par la façade cette historique et fabuleuse église, dit M. V. Hugo, voici comme elle 'se présente :
a Un portail du temps de Louis XV en granit gris bleu, avec des portes de bronze du vm* s., adossé à une muraille carlpvingienne qui surmonte un étage de pleins cintres romains. Au-dessus de ces archivoltes un bel étage gothique richement ciselé , où Ton reconnaît l'ogive sévère du xrv' s.; et pour couronnement une ignoble maçonnerie en briques à toit d'ardoise qui date de ce siècle. A la dr. du portail, une grosse pomme de pin, en bronze romain, est posée sur un pilier de granit, et de l'autre côté sur un autre pilier, il y a une louve d'airain, également antique et romaine, qui se tourne à demi vers les passants, la gueule entrouverte et les dents serrées '. Ainsi,
t. La légende explique ainsi la présence de cette louve ou de ce loup au seuil de cette église : « Les magistrats délibéraient sur les moyens de se procurer les fonds nécessaires pour l'achèvement de la cathédrale, quand survint un individu de belle apparence qui leur promit l'argent dont ils avaient besoin a la condition qu'ils lui livreraient la première âme qui entrerait dans l'église après son achèvement. Les magistrats reconnurent Satan ; mais ils acceptèrent son offre. Grand fut leur embarras quand il leur fallut ouvrir l'édifice au public ; heureusement , pendant qu'ils
AIX-LA-CHAPELLE
quand on aborde ia Chapelle par le grand portail, le romain, le roman, le gothique, le rococo et le moderne se mêlent et se superposent sur cette façade, mais sa"ns affinité, sans nécessité, sans ordre, et par conséquent sans grandeur.
a Si l'on arrive à la Chapelle par le chevet, l'effet est tout autre La haute abside du xiv* s. vous apparaît dans toute son audace et dans toute sa beauté avec l'angle savant de son toit, le riche travail de ses balustrades, la variété de ses gargouilles, la sombre couleur de sa pierre, et la transparence vitreuse de ses immenses lancettes, au pied desquelles semblent imperceptibles des maisons à deux étages réfugiées entre les contre-forts. Cependant, là encore, l'aspect de l'église, si imposant qu'il soit, est hybride et discordant. Entre l'absi'le et le portail, dans une espèce de trou où toutes les lignes de l'édifice s'écroulent, se cache, à peine relié à la façade par un joli pont sculpté du xiv- s , le dôme byzantin à frontons triangulaires qu'Othon III fit bâtir au x- s. , au-dessus du tombeau même de Charlemagne.
délibéraient encore, un garde de la ville vint leur présenter un loup vivant qu'il avait pris au piège. C'est un secours du ciel, s'écrièrent-ils ; le loup sera la victime. Et à l'ouverture des portes, on le lança dans l'église. » Satan attendait la gueule ouverte et les yeux voluptueusement fermés : « Jugez de sa rage, dit l'auteur du Rhin, quand il sentit qu'il avalait un loup. Il poussa un rugissement effroyable et vola quelque temps sous les hautes arches de l'eplise avec le bruit d'une tempête. Puis il sortit enfin, éperdu de colère, et, en sortant, il donna dans la grande porte d'airain un si furieux coup de pied, qu'elle se fendit de haut en bas. » D'après M. Victor Hugo, la pomme de pin figure la pauvre âme du loup si stupidement mâchée par Satan.
o Cette façade plaquée, ce dôme enfoui, cette abside rompue, voilà
la Chapelle d'Aix Un système
de chapelles basses, rattachées à la base de la grande chapelle centrale, devait, au portail près, envelopper tout l'édifice dans ses articulations. Déjà deux de ces chapelles, qui subsistent encore et qui sont admirables, étaient bâties, quand survint l'incendie de 1354 (?).
Cette puissante végétation architecturale s'est arrêtée là. Chose étrange, le xv- et le xvi* s. n'ont rien fait pour cette église. Le xvm« et le xix* l'ont gâtée.
« Après avoir franchi la voûte du portique et laissé derrière moi les antiques portes de bronze ornées à leur milieu d'une tête de lion , et coupées carrément pour s'adapter à des architraves, ce qui a d'abord frappé mon regard, c'est une rotonde blanche à deux étages, éclairée par le haut, dans laquelle s'épanouissent de tous côtés% toutes les fantaisies coquettes de' l'architecture rocaille et chicorée.
Fuis, en abaissant mes yeux vers * la terre, j'ai aperçu au milieu du pavé de cette rotonde , sous le jour blafard que laissent tomber les vitres blanches, une grande lame de marbre noir, usée par les pieds des passants, avec cette inscription en lettres de cuivre :