‹ Trait de botanique mdicale cryptogamique, suivi du tableau du droguier de la Facult de mdecine de ParisChapitre 11 sur 16 · Voy. la note de la page · texte numérisé non relu

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matière fermentée (A. Gautier*). On a aussi établi une distinction entre les fermentations dites directes (Saccharomyces Cerevisiœ), et les fermentations qu'on nomme indirectes et qu'on a définies « des réactions dont la cause dérive d'un organisme, mais peut agir en dehors de lui » (Schùlzenberger). On en a donné pour exemple, entre autres, le mode d'action du suc pancréatique. Alors que la graisse a été émulsionnée, il s'est produit une émulsion, puis une saponification, avec dédoublement par hydratation de la trioléine, de la trimargarine, de la tristéarine, en acides gras et en glycérine. On connaît à fond la formule chimique de ce phénomène; on sait que dans ce cas, comme dans celui d'une fermentation directe, une petite quantité de ferment a agi sur une masse relativement considérable de matière fermentescible; mais on ignore la cause foncière du phénomène et on ne sait pas comment le produit de certaines cellules de l'organisme vivant a pu le déterminer. On disait, il y a quelques années, qu'i y aune grande analogie entre ce phénomène et celui qui se produit dans la fermentation du sucre, mais que dans cette dernière fermentation, l'être vivant qui la produit, le Saccharomyces, est nécessairement présent, tandis que le pancréas, qui a produit le suc pancréatique, peut ne pas être présent au moment où le phénomène se produit, le suc pancréatique pouvant être séparé de lui. Mais on ajoutait, non sans logique, que cette différence pouvait bien n'être qu'apparente et disparaître le jour où le mode d'action des microphytes dans les fermentations directes sérail mieux connu.

Ce jour est, on peut dire, arrivé pour certains ferments d'origine végétale. Au début, M. Pasteur avait émis l'idée que chaque sorte de fermentation était produite par un organisme spécial ; il admettait la Spécificité des ferments. Pour la fermentation alcoolique, le forment spécifique était le Saccharomyces Cerevisiœ; la matière fermentescible spécifique était le sucre. La notion était d'une netteté absolue, et elle présentait, par suite, un caractère franchement scientifique et qui devait satisfaire les plus exigeants. Mais depuis lors, les chimistes nous ont appris que l'on obtient la fermentation alcoolique avec une foule d'autres Saccharomyces, avec des Carpozyma, avec des Mucor, des Dematium, des Pénicillium, des Aspergillus, puis des raisins, des prunes, des graines, des feuilles (Lechartier et Bellamy, Mùntz, de Luca, etc.), voire même des cellules animales, c'està-dire du protoplasma organique sous ses différentes formes. D'autres chimistes nous ont montré les ferments alcooliques agissant sur une foule de substances différentes du sucre de canne; et alors on se demande oùr de part et d'autre, se trouve la spécificité. La notion scientifique nette et précise est remplacée par une notion vague et mystérieuse, attribuée aux protoplasmes. Autant vaut nous ramener aux arcanes de la catalyse- De sorte que M. Pasteur a probablement dû renoncer à la spécificité

1, Thèse d'agrégation de 1869.

des ferments, comme il a dû renoncer à la panspermie telle qu'il l'avait conçue. Ce n'est pas que nous l'en blâmions, puisque l'invariabilité serait la négation du progrès. Mais nous avons le devoir de constater qu'il a toujours abandonné, d'année en année, les assertions à priori qu'il avait d'abord émises avec une assurance absolue.

Laissons maintenant les chimistes s'entendre entre eux. Un jour peutêtre ils seront unanimes à choisir entre les diverses opinions : La levure agit-elle par simple action de contact ? (Berzelius). La levure agit-elle en prenant au sucre son oxygène? (Pasteur). La levure détermine-t-elle la décomposition du sucre en se décomposant elle-même? (Liebig). La levure se nourrit-elle du sucre pour rejeter ensuite l'alcool, l'acide carbonique, l'acide succinique comme produits de désassimilation? (Béchamp). La levure fabrique-t-elle un ferment soluble qui agit sur le sucre comme les diastases agissent sur les fécules ? (Berthelot). « Les fermentations, dit M. Schûtzenberger, peuvent être provoquées et le sont énergiquement par des êtres organisés spéciaux. Quant à une relation plus précise entre le phénomène chimique et les fonctions physiologiques de l'organisme terment, elle reste encore à trouver, et tout ce que l'on a dit, écrit et avancé pour résoudre la question manque de contrôle expérimental. » M. Berthelot admet aussi que si dans quelques cas les fermentations à ferments figurés peuvent se faire en dehors de ces organismes, ceux-ci n'en contribuent pas moins, le plus utilement possible, à la fermentation ; mais il conclut que « si les ferments spécifiques se distinguent parleur prompte efficacité, cependant ils ne sont point indispensables pour l'accomplissement d'un effet déterminé ».

On sait encore que la question de la fermentation alcoolique est entrée dans une voie nouvelle, le jour où M. Berthelot a publié des notes que Claude Bernard avait écrites avant sa mort au sujet de la fermentation des raisins. Plusieurs fois devant nous Claude Bernard avait déclaré que M. Pasteur était dans le faux « quand il attribuait, ce sont ses propres expressions, tout à ses microbes». Bans les notes dont il est question, on lisait:

La théorie de la fermentation alcoolique est détruite.

1° Ce n'est pas la vie sans air. — Car à l'air comme à l'abri de son contact, l'alcool se forme sans levure.

2° Le ferment ne provient pas de germes extérieurs. — Cardans les jus aplasmiques ou inféconds — verjus et jus pourris — le ferment ne se développe pas, quoiqu'ils soient sucrés. Si l'on ajoute des ferments, ils fermentent.

3° L'alcool se forme sous l'influence d'un ferment soluble en dehors de la vie, dans les fruits mûrissants. -- Il y a alors décomposition du fruit et non synthèse chimique de levure ou de végétation. L'air est absolument nécessaire pour cette décomposition alcoolique.

4° Le ferment soluble se trouve dans le jus retiré des fruits, jus pourris. — L'alcool continue à s'y former et à augmenter. Avec l'infu-

sion de levure ancienne cette démonstration devient encore plus facile. 5° Il y a dans la fermentation deux états à étudier : Décomposition; sy?ithèse morphologique.

M. Pasteur a répondu que les expériences de Claude Bernard n'avaient pas été faites avec toute la rigueur possible. Il a fait lui-même des expériences avec des raisins en serre, privés de germes, enveloppés de coton stérilisé et qui n'ont pas fermenté, dit-il, après maturité et écrasement; ilavu que la teneur en alcool n'a pas augmenté dans les raisins de serres abandonnés pendant longtemps. Mais nous ne voyons pas qu'il ait convaincu ses contradicteurs; et nous nous arrêtons toujours à l'objection de M. Berthelot : « Dire qu'une substance fermente par un acte de la vie du ferment, c'est reculer la difficulté, et il est nécessaire (à moins d'admettre comme explication une cause vitale mystérieure) de préciser, autant qu'il se peut, la série des actions cbimiques ou mécaniques successives, dont la fermentation n'est que l'effet final? Pour M. Berthelot, la question ne peut pas se résoudre comme l'a fait M. Pasteur dans ses expériences sur les raisins. Il s'agirait de savoir si le changement chimique, produit dans toute fermentation, ne résulterait pas d'une réaction fondamentale provoquée par un principe défini, spécial, de l'ordre des ferments solubles, lequel se consommerait au fur et à mesure de sa production, en se transformant chimiquement pendant l'accomplissementmême du travail qu'il détermine. La fermentation alcoolique serait, comme toutes les autres, ramenée à des actes purement chimiques. On peut conclure encore, avec M. Berthelot, que « rapporter une métamorphose chimique à un acte vital, ce n'est pas l'expliquer. Au contraire, tous les efforts de la chimie physiologique ont pour but d'analyser les changements naturels qui se produisent dans les êtres vivants et de les ramener à une succession régulière d'actes chimiques déterminés. Tant que cette analyse exacte n'aura pas été réalisée par la métamorphose du sucre en alcool, la théorie chimique de la fermentation ne sera pas faite, et il demeurera conforme à l'esprit de la science moderne de maintenir, devant l'esprit des expérimentateurs, les hypothèses multiples que l'on peut imaginer. Cela — non certes — comme des vérités acquises, mais cà titre de suggestions utiles vers des expériences originales destinées à découvrir la véritable explication ». Au point de vue biologique, le Saccharomyces Cerevisiœ est pour nous, de même que tous les végétaux analogues, un être qui, n'étant pas pourvu de chlorophylle, doit, au contact de l'air, dans son état d'évolution normale, respirer en absorbant de l'oxygène et en le combinant pour former de l'acide carbonique. Mais quand on le plonge dans un liquide, sucré ou non, il est dans un état anormal, et morbidement, nous l'avons dit, cet être que l'on noie a recours pour se procurer de l'oxygène h la désoxydation des matériaux nutritifs au contact desquels il est plongé. Une autre plante cryptogame telle que le Pénicillium crustaceum, se comporte absolument de même ; car, plongée dans le liquide sucré, elle lui emprunte

de l'oxygène; mais ce n'est pas là son état physiologique. Elle souffre; ses formes sont altérées, comme ses fonctions et son développement. Aussi n'est-ce qu'en dehors du liquide qu'elle peut normalement former ses spores ou organes de reproduction aériens, et toute la portion sporigère qui est plongée dans l'air respire en combinant de l'oxygène à ses matériaux hydro-carbonés i.

Ceci nous amène à un autre point des théories de M. Pasteur qui distingua, il y a longtemps déjà, tous les êtres vivants en aérobics et en anaérobies. Sans nous arrêter à faire voir qu'il y a là une conséquence de la distinction malheureuse qu'il faisait de certains ferments organisés en animaux, animalcules ou végétaux, ce qui était une résultante forcée des idées inexactes de J.-B. Dumas considérant encore, à cette époque, la respiration animale comme comburante et la respiration des plantes comme réductrice ; rappelons que pour ceux qui partageaient ses idées, il existait des « microbes » qui ne peuvent vivre qu'à l'air et d'autres que l'air tue, des « microbes » auxquels il faut de l'oxygène en nature, et d'autres qui se l'approprient en décomposant des corps qui en contiennent. M. Pasteur considérait alors le Bacillus amylobacter comme le type des ferments anaérobies : « Ce vibrion, disait-il, vit, se nourrit, se multiplie, s'engendre en dehors de toute participation du gaz oxygène libre. » Il disait encore : « Le contact de l'air le tue. » Nous pouvons dire qu'il estanaérobie quand il est noyé dans les liquides au sein desquels va se produire la fermentation butyrique. Mais il vit très bien dans l'air, et là dans des conditions physiologiques normales. Le Bacille typhique vit à l'air libre à la surface d'une tranche de pomme de terre, et il se développe très vite si on le plonge à une température d'environ 30° dans un bouillon de culture. Il est donc à la fois aérobie et anaérobie. Le prétendu Mycoderma aceti de M. Pasteur est bien vivant dans la masse du vinaigre où les fabricants vont le chercher, et cependant il vit aussi à la surface de la corde que M. Pasteur recouvre d'une pellicule de M. aceti dans son expérience sur la production du vinaigre. Si l'on veut conserver la distinction des êtres en aérobies et anaérobies, il faudra arriver à distinguer certaines conditions dans lesquelles un même être, normalement aérobie, devient accidentellement anaérobie; et il en résulte que beaucoup de microphyles dont nous ne connaissons que l'état anaérobie ne sont probablement pas là dans leur milieu normal et seront ultérieurement découverts dans ce milieu sous une forme différente de celle que nous connaissons jusqu'ici. De sorte que là encore les assertions de M. Pasteur auront besoin d'être considérablement modifiées.

Ce qu'il y a de constant, en tous cas, et en dehors de toute théorie, c'est

1. De là une nouvelle définition de certaines fermentations : elles sont l'effet de l'état morbide de microphytes qui vivent anormalement. Dans ce milieu qui ne leur est pas normal, ils fabriquent ici de l'alcool, là d'autres produits, qui sont les analogues des ptomaïues fabriquées par les microphytes pathogènes.

que les Schizophytes ont, dans certaines circonstances, besoin d'oxygène pour vivre1. Et en combinant cet oxygène avec des matériaux hydro-carbonés, ils font, outre toutes les substances jusqu'ici énumérées, de la chaleur et même de la lumière. C'est Fabricius d'Aquapendente qui paraît avoir observé le premier (1592) ce dernier phénomène. Il avait vu de la viande fraîche, lumineuse pendant quatre jours, rendre lumineuse d'autre viande qu'on avait placée à côté d'elle. M. Nuesch ayant eu connaissance, en 1879, de semblables faits de viandes phosphorescentes, faits qui se produisent parfois sur une grande échelle, a vu que le phénomène cesse de se produire à l'époque où apparaissent sur la viande les premiers microphytes de la putréfaction. Avant celte époque, il a trouvé que les points phosphorescents répondaient à des amas de microphytes en chapelets et en globules, et que la phosphorescence disparaissait instantanément sous l'influence de diverses substances antiseptiques. C'est aussi aux microphytes que l'on rapporte les phénomènes de la putréfaction: celle-ci consistant en fermentations qui ont pour résultat la décomposition dite spontanée des subs-

Fig. 273. Culture du Bacille de la décomposition, à l'état de végétation en bas,

à l'état de sporulation en haut (Fol).

tances albuminoïdes. Ces fermentations sont extrêmement complexes, comme nous en avons vu quelques exemples au sujet des bacilles qui se trouvent dans l'intestin. Certains des microphytes qui concourent par étapes successives à la putréfaction jouent, pense-t-on, un rôle spécial. Les uns vivent au contact de l'air, et les autres sont dits anaérobies. On connut surtout parmi eux le Bacterium termo, les Bacillus amylobacter (fig.l99),s«<Mî7î's (iivAM),Megaterium (fig. 198), qui se cultivent sur la gélatine et la liquéfient tout d'abord; de sorte qu'ils jouent le même rôle à l'égard des matières gélatineuses qui se trouvent dans notre tube digestif. Le Bacterium termo (fig. 186) est, d'après M. Cohn, le plus important peutêtre des Schizophytes de la putréfaction. Il a la forme de bâtonnets longs

1 . Nous ne reproduisons que sous toute réserve l'opinion que le Dr J. Lcmaire a prêtée à M. Pasteur, sans dire où elle a été publiée. « M. Pasteur, dit-il, a écrit que les vibrions vivent dans l'acide carbonique, et tout récemment il a été plus loin, il dit que ce gaz lui servait de nourriture. » 11 doit y avoir ici une erreur.

ClïYPTOGAMES CELLULAIRES.

de 1 [x 5 sur 0^5 de large, très souvent réunis deux à deux. Il s'obtient en faisant macérer des feuilles, des pois ou haricots, etc., au contact de l'air. Le liquide se couvre,d'une pellicule verdâtre, gélatineuse, c'est-à-dire d'une zooglée dans laquelle les bâtonnets immobiles se comportent à peu près comme ceux du Bacillus subtilis (p. 151). Ils se scindent d'une façon très rapide ; mais on ne connaît pas jusqu'ici de spores à cette espèce. Elle prend au liquide l'oxygène qui s'y trouve. Puis sa pellicule empêche le contact de l'air, et le liquide est désoxydé par les autres microphytes qui peuvent s'y produire. Dans les fèces, on en a décrit un (Bienstock), qu'on a considéré comme l'agent principal de la destruction des substances albuminoides, et qui aurait « la forme d'une baguette de tambour ». On l'a mis, dans une culture, en contact avec la fibrine qui, dans ce cas, aurait été amenée, par suite de nombreux dédoublements successifs à l'état d'eau, d'ammoniaque et d'acide carbonique. On ne l'aurait jamais trouvé dans les selles des enfants à la mamelle bien portants.

Les microphytes de la putréfaction passent pour sécréter une diastase qui agit sur les albuminoides et les rend solubles. Après quoi les liqueurs renferment des produits solubles dans l'alcool. L'albumine est finalement décomposée, et il se produit de l'ammoniaque qui se combine à l'état naissant avec des acides acétique, oxalique, butyrique, valérianique ; du glycocol, de la leucine, de la tyrosine, des alcaloïdes, des ptomaïncs, etc.

FiG.274. — Vibrion scptiquo (Dubief). FiG. 275. — Bacilles de l'œdème malin (Koch).

Les derniers termes de la décomposition sont des hydrogènes phosphores et sulfurés qui concourent à donner aux substances putréfiées leur odeur désagréable; de l'hydrogène carboné, de l'acide carbonique, etc. En somme, on voit que le rôle des microphytes seraitde faire disparaître en les réduisant à des corps d'une composition très simple, les matières organiques les plus compliquées*.

Davaine entendait par septicémie la putréfaction accomplie pendant la

1. M. Gunning a prétendu que la présence de l'air est indispensable à la putréfaction et que les êtres supposés anaérobies par M. Pasteur meurent quand ils n'ont pas d'oxygène libre à leur diposition. M. Pasteur a répondu que les microbes ne sont pas morts, mais qu'ils se sont transformés en germes. On s'est alors demandé pourquoi la putréfaction ne reprend pas son cours quand on laisse pénétrer de nouveau de l'air privé de germes.

vie. La putréfaction du sang s'établit dès que les ferments putrides s'introduisent dans sa masse, et quelle que soit la voie d'introduction. Le sang de l'animal qui a succombé est tout aussi septique que les matières qui l'ont tué; on le dit septicémique. Si la saumure tue un grand nombre d'animaux (Raynal), Davaine admet qu'elle n'agit que par le ferment de la putréfaction qu'elle renferme. M. Klebs a admis un agent spécial de la septicémie, qu'il a nommé Microsporon septicum.

Le mode de pénétration des microphytes dans le sang et, par suite, dans un grand nombre d'organes, est aujourd'bui des plus incertains, en dehors des solutions de continuité de la peau ou des muqueuses du tube digestif qui, nous le savons, renferme un grand nombre de Schizophytes. Cependant il y a des animaux, comme les poissons, dans les liquides normaux desquels on a trouvé des microphytes (Richet et Olivier); et si la rareté des germes dans le sang de l'homme sain est un fait actuellement admis, sauf dans les derniers jours des maladies infectieuses, il faut bien supposer que les animaux malades, dont certains viscères ont les capillaires gorgés de Schizophytes. ont possédé à un moment donné ces mêmes végétaux dans le trajet du liquide sanguin qui mène du point d'introduction aux capillaires des viscères envahis. Quand dans une affection telle que l'endocardite dile infectieuse, par exemple, qui a beaucoup occupé

les médecins dans ces derniers temps, on observe un si grand nombre de microphytes, il y a des cas où l'on rencontre comme point de départ une solution de continuité de la peau ou des muqueuses, un foyer de suppuration simple ou spécifique, etc. Le mode d'infection n'est pas alors difficile à expliquer. Mais dans les cas en apparence spontanés, les pathologistes sont

Fig. 276. — Septicémie des iUSfjU'ici forcés d'admettre que « l'organisme

souris. Bacilles et globules a 1 l . D.

sanguins (Koch). sain porte constamment en lui des microbes

en grand nombre : ces éléments sont parfaitement innocents tant que le fonctionnement organique présente son activité normale, mais ces microbes peuvent devenir nuisibles par envahissement, lorsque l'organisme détérioré manque de sa vitalité et de sa résistance ordinaires » (Jaccoud) *. Il est vrai qu'il n'y a là qu'une hypothèse. Nous reviendrons d'ailleurs sur ce que l'on a nommé le microbisme latent.

La classification des septicémies n'est pas facile à établir de nos jours. On en a admis de putrides, de toxiques et de suppuratives; mais il est bien possible qu'on ait eu tort de renfermer tant de choses diverses dans un seul et même cadre. Au point de vue de l'histoire naturelle, disons

1. La question du terrain approprié, de la réceptivité, de l'opportunité morbide, sur laquelle nous ne pouvons ici nous étendre, est une de celles sur laquelle on a dit le plus de choses vagues et non démontrées. C'est bien là, comme ou l'a dit, «le point faible des doctrines microbiennes » ; aussi n'insistons-nous pas.

seulement que dans les suppurations, on constate l'existence d'un grand nombre de Schizophylcs que nous connaissons, notamment les Micrococcus que l'on a appelés Staphylococcus flavescens Bad. et S. pyogenes, avec les nombreuses variétés dites aureus (fîg. 278), citreus, albus, tennis, etc., dont les caractères distinctifs sont assez mal établis. On a, dit-on, trouvé tous ces végétaux dans le lait des femmes infectées et qui transmettent à leurs enfants des affections dites puerpérales. On a aussi admis la transmission par le lait d'un Micrococcus scarlatines et, par suite, de la scarlatine.

On a dit avoir trouvé dans l'eau des rivières un Microbe pathogène (Pasteur), qui par injection produisait l'infection purulente. On a cru aussi (Netter) observer le M. pyogenes dans la salive de sujets sains. On sait qu'on a aussi affirmé que le microphyte de la pneumonie aurait été rencontré dans la salive. Nous ne parlons pas ici des microphytes de la septicémie expérimentale (fig. 270)

Nous passons facilement de ce qui précède au mode d'action des Schizophytes dans la production des maladies, au rôle qu'ils jouent en patho-

Fig. 277. -- Vibrion septique, avec globules sanguins (Pasteur).

Fig. 278. — Micrococcus (Staphylococcus) pyogenes aureus.

logie, à l'idée qu'ont conçue les praticiens de s'opposer au développement des maladies en s'attaquant aux « microbes » par lesquels ils les croient produites.

Avec une idée préconçue inexacte, avec une théorie erronée comme point de départ, celui qui remue des faits et qui donne une impulsion à l'activité intellectuelle de son temps, peut rendre les plus grands services à la science et peut amener la découverte de faits d'une incontestable utilité. Ce qui précède est applicable à l'antisepsie. Un pansement ouaté, tel que celui de M. Alph. Guérin, application des doctrines de Schrœder et Duscb qui, en 1850, avaient démontré que la ouate a la propriété de retenir les germes de l'air, et posé cette substance sur les plaies dans le

butde prévenir l'afflux de ces germes et, par suite, l'altération des liquides dont la conséquence est l'infection purulente, un pareil pansement est souvent criblé de microorganismes; et cependant les services qu'il a rendus sont incontestables. Le pansement de M. Lister, avec un grand nombre de pièces superposées et dont plusieurs pourraient vraisemblablement être supprimées sans inconvénient, a, dit-on, pour but de tamiser l'air en lui faisant traverser des couches de tissus imprégnés de substances antiseptiques, de façon que les germes-ferments de l'air soient arrêtés et détruits au passage. Il y a beaucoup d'objections à faire à la théorie, et la plupart ont été souvent présentées. Mais dans la pratique, les résultats sont tels que M. Lister mérite le titre si enviable de bienfaiteur de l'humanité. Et

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FiG. 279. — Vibrion septique (Fol).

cependant, l'air est si peu le véhicule de l'infection purulente ou des germes qui sont censés la produire, qu'il n'est pas impossible qu'au lieu d'accumuler sur une plaie les barrières, rendues ou non antiseptiques, d'un pansement plus ou moins compliqué, la chirurgie n'arrive un jour à supprimer la plus grande partie des pansements, à les supprimer même totalement, comme avait fait depuis longtemps Rose, et à laisser les plaies au contact immédiat de l'atmosphère l.

J'entends encore un grand nombre de médecins parler de maladies dont les germes ont été apportés par l'air ; j'entends les chirurgiens les plus éminents répéterque « l'air apporte sur les plaies un principe pernicieux qui a pour conséquence l'infection ». Ces praticiens répètent uniquement ce qu'on a dit depuis si longtemps, sans se rendre compte que la plupart du temps le véhicule des contagions et infections, des maladies contagieuses en général, c'est précisément le médecin ou le chirurgien qui les porte directement d'un malade à un autre, d'un blessé à un autre blessé2. Le chirurgien fait plus quand, au moment où il opère, il n'a pas pris les plus

1. Voy. L. Le Fort, les Pansements et la Mortalité (1885); sans parler des nombreuses discussions qui ont eu lieu à l'Académie de médecine de Paris.

2. Il y a bien des circonstances où ce qu'on appelle épidémie pourrait être défini : le transport direct d'une maladie contagieuse par une personne, médecin ou autre, sur un grand nombre d'individus successifs.

strictes précautions : par son opération même il ouvre la porte à l'infection. Les théories des anciens hygiénistes sur l'influence de la couleur sur l'absorption des miasmes et sur le danger du médecin vêtu de noir qui va les transportant d'habitation à habitation, ces théories, dis-je, sont surannées. Mais c'est encore, à un autre titre, avec leurs vêtements, leurs instruments non flambés, avec leur vieux linge non désinfecté, avec leurs mains lavées simplement au savon, dont les replis cutanés etunguéaux recèlent encore des parcelles contagieuses, que les médecins, chirurgiens, sages-femmes, infirmiers, élèves, etc., transportent directement sur les malades les germes des maladies les plus diverses. Malgré les nombreux points contestables et contestés dont les théories sur l'infection et la contagion sont peuplées, il est sorti des idées remuées cette notion, éminemment utilitaire, que la plus stricte propreté des gens du monde n'est pas une propreté médicale ou chirurgicale suffisante. J'ai entendu avec plaisir les élèves de la Maternité faire une distinction pratique entre la propreté vulgaire et la propreté qu'elles appellent « obstétricale ». Aujourd'hui qu'avant de loucher, d'accoucher et de panser les malades, les sages-femmes se lavent à l'acide phénique ', au sublimé ou autres liquides dits antiseptiques, la fièvre puerpérale a disparu des maternités. Si nous pouvions avoir sur les décisions de l'administration hospitalière une influence quelconque, il y aurait dans tout hôpital une ou plusieurs pièces d'entrée par lesquelles seraient forcés de passer tous ceux qui ont accès dans les salles et qui sont admis à opérer, à panser, à toucher les patients. Us y déposeraient autant que possible leurs vêtements de ville ; ils revêtiraient, à la place du tablier officiel, en linge insuffisamment lavé, un large surtout d'étoffe lisse, imperméable et convenablement désinfecté, et ils seraient tenus, à l'exemple des élèves de la Maternité, de se laver longuement et profondément les mains dans un liquide antiseptique. Aucun instrument ne serait employé dans les services sans avoir été désinfecté ou flambé, et surtout le linge à pansements serait autant que possible proscrit. Je sais bien que de pareilles mesures sont difficiles à prendre, et que certaines d'entre elles prêteraient à rire dans un pays où le ridicule s'attaque même aux choses les plus lugubres, mais pour ceux-là seulement qui ne prennent pas les choses par le côté pratiquement sérieux. Les visites faites aux malades par leurs parents pourraient demeurer une cause d'introduction de quelque élément morbide. Mais, en y réfléchissant bien, cette cause de contagion est relativement peu considérable; et si les mesures que nous indiquons ici sommairement étaient adoptées, je ne doute pas que le chiffre de la mortalité hospitalière, déjà atténué dans ces derniers temps, ne s'abaissât avant peu à un niveau dont personne ne peut avoir l'idée; ce qui nous fera peut-être pardonner la digression qui précède. Nous devons

1. Nous pouvons, en passant, avertir les praticiens que c'est là un médiocre antiseptique. Les véritables antiseptiques de valeur sont en général ceux qui coagulent l'albumine et les album inoïdes.

à M. Bouchard une énumération des hypothèses principales proposées pour expliquer l'action morbifique des microbes1 :

« 1° Rôle mécanique. — On a supposé qu'ils devaient faire obstruction dans les vaisseaux et particulièrement dans ceux du poumon et du rein. Les microbes habitant le sang sont exceptionnels;

«2° Rôle traumatique. — On a supposé qu'ils pouvaient provoquer des actions traumatiques, éroder, perforer les cellules (néphrites infectieuses, blennorrhagie, choléra des poules) ;

« 3° Rôle subversif mortel. — On a supposé qu'ils amenaient la mort par les lésions anatomiques qu'ils déterminent. C'est précisément supposer admis ce qui est en discussion. L'important est de savoir par quel procédé ces lésions locales sont provoquées ; ce que nous ignorons ;

« 4° Rôle fixateur de l'oxygène. — On a supposé que le microbe pour sa nutrition consommait quelque chose d'utile, dont la soustraction est préjudiciable à l'organisme. Exemple : la bactéridie anaérobie du charbon s'empare de l'oxygène du sang qu'elle envahit ; supposition ingénieuse mais sans démonstration ;

« 5° Rôle toxique. — Les agents infectieux produiraient quelque chose de nuisible, élaboreraient des substances toxiques; c'est la seule hypothèse qui comporte un développement de preuve. »

Pour nous, nous devons tout d'abord déclarer que quand nous disons qu'on observe un « microbe2 » donné dans telle ou telle maladie, nous ne voulons pas dire par là que nécessairement ce microbe produit cette maladie ; et si, entraîné par l'usage, nous le disons quelquefois, cela signifie seulement que c'est l'opinion d'un grand nombre de médecins, mais ce n'est pas nécessairement la nôtre.

Ce n'est pas, en effet, par sa seule présence que la bactérie produit une maladie, puisque quand on la cultive et que dans le cinquième ou le dixième bouillon de culture on produit son développement, elle a,

1. L'opinion que les maladies peuvent être produites par des êtres organisés microscopiques est une idée fort ancienne. En 1658, un savant éminent à Lien des titres, le P. Kircher disait « que la peste était due à des êtres animés : le pestiféré est sujet à une corruption éminemment appropriée à la reproduction de petits animalcules. Les animalcules qui transmettent le mal sont si petits, si fins, si ténus qu'ils échappent complètement à la vue et ne peuvent être aperçus qu'à l'aide d'excellents microscopes. On dirait des atomes; ils se reproduisent en multitudes innombrables... Répandus partout, ils s'accrochent à tout ce qu'ils rencontrent et savent s'insinuer dans les pores les plus intimes des objets... Le venin pestilentiel peut provenir de la corruption des humeurs internes; mais les humeurs ne peuvent se corrompre que si quelque contage putride s'est introduit subrepticement dans le corps avec les aliments. Ce contage infectera les liquides de l'organisme et leur communiquera la faculté de se transformer en corruption de nature toxique. Chaque espèce de putréfaction donne naissance à un virus spécial qui produit une espèce déterminée de maladie ». Il n'est donc pas exact de dire, au sujet des Schizopliytes, que « c'est seulement aujourd'hui que les lumières de la science pénètrent jusqu'à ces oppresseurs terrible* ». 11 y a plus de deux siècles qu'on admettait en quelque sorte « la spécificité des microbes ».

"2. D'après ce que nous avons dit de la valeur de ce mot, dans les quelques cas où nous remployons, ce n'est, pour ainsi dire, qu'à l'état de citation.

dit-on, perdu ses qualités nocives, cependant que nos sens et les instruments d'observation dont nous disposons ne nous montrent dans son organisation aucun caractère distinctif de ceux qu'elle présentait alors qu'elle était éminemment active.

Le microphyte agit donc, autant que nous pouvons le comprendre, en transportant chez un sujet sain un liquide nuisible dans lequel il était baigné, ou bien en excrétant lui-même une matière nuisible qu'il aura fabriquée.

Dans le premier cas, il agirait à la façon des mouches charbonneuses qu'on accusait d'aller inoculer le charbon à un animal bien portant, tout comme aurait pu le faire un expérimentateur armé d'une lancette ; ou bien à la façon des mouches qu'on accuse d'aller inoculer aux gens sains les produits contagieux contenus dans les crachats des tuberculeux (on a dit encore que les mouches avalent les bacilles de la tuberculose, et qu'après leur mort elles se dessèchent, tombent en poussière et disséminent ainsi les microbes, ou bien qu'avec leurs excréments elles vont les déposer sur la viande).

Mais en ce cas, la maladie préexisterait au microphyte, et ce n'est pas lui qui en serait la cause; il ne serait que l'agent du transport.

Cela ne voudrait pas dire que la présence du microphyte n'est pas utile à constater. En effet, si un bacille tel que celui de la tuberculose existe dans tous les organes atteints d'affection tuberculeuse, sa constatation rend les plus grands services au diagnostic, que le bacille soit cause ou effet de la maladie.

Mais d'autre part, si l'opinion de certains pathologistes relatée ci-dessus, que le microbe peut exister dans l'économie sans que l'état de celle-ci permette son développement et sans qu'il se produise, par exemple, une endocardite infectieuse, si cette opinion est admise, l'observation des microbes qu'on croit propres à l'endocardite infectieuse n'est pas une preuve que l'endocardite existe. Et la théorie du microbisme latent étant admise, il y aura des microbes latents, caractéristiques cependant de la tuberculose, de la fièvre typhoïde, de l'infection purulente, sans que ces maladies existent autrement qu'à l'état virtuel ; c'est-à-dire que, pour un médecin sérieux, elles n'existent pas. Ce serait admettre (ce qui n'est pas neuf) qu'un homme admirablement portant peut avoir en lui toutes les maladies, mais à l'état latent, bien entendu. Et par la constatation des microbes correspondants, on pourrait lui affirmer qu'il a toutes ces maladies; ce qui serait, nous pouvons le dire, excessif.

Quand on disait que le bacille du charbon nuit à la santé par lui-même, parce qu'il enlève au sang l'oxygène dont il a besoin, parce qu'il forme des embolies, etc., on admettait qu'il n'était pas accompagné d'un liquide virulent. Et cependant, on avait affirmé (Woobridge) qu'on peut assurer l'impunité pour le charbon à un animal en lui inoculant un liquide charbonneux entièrement dépourvu de bactéries. Cela n'a rien qui puisse

étonner, puisque M. Chauveau disait : « J'ai montré en 1879 que, dans les maladies virulentes, le microbe pathogène fabrique un poison soluble, cause principale de la mort des sujets malades, et en 1880 j'ai donné la preuve de l'existence de ce poison soluble » ; puisque M. Arloing a vu que, prenant un bouillon de péripneumonie infectieuse des bœufs, « si au lieu d'injecter le bouillon complet, on l'injecte après l'avoir débarrassé des microcoques par une bonne fîltration, on observe les mêmes phénomènes inflammatoires, ce qui prouve que les microbes ont laissé dans le bouillon une matière phlogogène; puisqu'en 1888, dans l'école même de M. Pasteur, on a parlé (Roux et Chamberland) de l'immunité contre la septicémie conférée par les substances solubles '. On produit des paralysies expérimentales (Charrin) et d'autres maladies avec les produits solubles des cultures de microbes. On admet aujourd'hui que le M icrococcus du choléra des poules sécrète une sorte de ptomaine qui agit sur les volailles affectées à peu près comme une préparation opiacée. La substance phlogogène dont parle M. Arloing « possède certains caractères desdiastases». Elle se rapproche donc àplns d'un titre de ce ferment soluble que M. Berthelot indique dans l'eau de lavage de la levure soigneusement filtrée et qui, sécrété par le Saccharoiin/ccs Cerevisiœ, produit le dédoublement du sucre de canne. Elle est l'analogue delà diastase que M. Musculus a mise en évidence en la précipitant par l'alcool et qui est sécrétée parle M icrococcus ureœ. Elle est comparable à la diastase qui, d'après MM. Eitz et Hueppe, est sécrétée par le ferment butyrique lors de son action sur la caséine du lait, où il y a coagulation, puis liquéfaction et transformation en peptone d'abord et ensuite en d'autres produits plus simples de dédoublement (leucine, tyrosipsine et ammoniaque)"2. Elle rappelle aussi cette expérience de Paul Bert qui, anéantissant les bacilles charbonneux dans un sang soumis à l'action de l'oxygène comprimé, tuait cependant des animaux en leur inoculant le sang ainsi traité et alors que leur sang ne présentait point de bacilles. C'est

1. S'aperçoit-on qu'en revendiquant la doctrine des vaccins solubles, on supprime le « microbe », c'est-à-dire la pierre fondamentale de toute la théorie si laborieusement construite, depuis des années? C'est une sorte de suicide inconscient.

2. Nous regrettons de ne pouvoir citer tout l'article écrit par Ch. Robin en 1879, Sur les actions physiologiques des animaux attribuées à des végétaux bactériens (in Journ. de l'anat. et pftys.,487); mais il est de notre devoir d'en rappeler quelques passages à l'attention des médecins : « Il importe que, de leur côté, les physiologistes n'acceptent pas sans examen l'hypothèse des botanistes, qui affirment qu' « on ne sait rien chez les animaux supérieurs sur le mécanisme de la digestion de la cellulose, ni sur la région du tube digestif où elle s'opère et qui correspond aux Amylobacter. » (V. Triegh.,in C. rend. Ac.sc, LXXXYIII, "J09.)Tous les observateurs qui ont étudié la digestion des aliments végétaux sur les vertébrés herbivores ont constaté que la région où ils perdent plus ou moins de leur cellulose est limitée entre le duodénum en haut et le cœcum en bas. Les physiologistes ont toujours attribué l'action, soit liquéfiante, soit dissolvante proprement dite, non pas aux cryptogames qui sont là en quantité accessoire, mais aux liquides spéciaux de sécrétion constante et naturelle; d'autant plus que, lorsqu'on arrête leur arrivée dans l'intestin, l'action dissolvante, la digestion en un mot, n'a plus lieu, bien que les bactéries restent et même deviennent alors particulièrement abondantes. Il faut donc se garder de croire qu'il soit démontré que dans

en vain que M. Pasteur a objecté que l'action de l'oxygène n'avait pas tué des germes de bacilles contenus dans le sang. S'ils avaient existé, ils auraient, dans le sang des lapins inoculés, donné naissance à des bactéries. Aujourd'hui, la solution de la question parait considérablement avancée par les connaissances nouvellement acquises sur les ptomaïnes et les leucomaïnes. Les ptomaïnes (Selm) sont des alcaloïdes cadavériques vénéneux, qui se forment en grand nombre aux dépens des matières albuminoïdes. Les leucomaïnes (A. Gautier) sont des corps analogues qui se montrent dans les excrétions fournies par les animaux vivants et en santé. Ils existent entre autres dans les venins, la salive, etc. On peut donc admettre dès à présent que les microphytes sécrètent des substances analogues, et M. Koch, par exemple, a supposé que le vibrion cholérique agit par la sécrétion d'une ptomaïne (ce qui a aussi été contesté). Mais comme on admet aussi que ce sont des cellules animales qui sécrètent ces produits infectants, ici, de même que pour les fermentations alcooliques produites par des cellules végétales ou animales quelconques, on en revient, au lieu d'une spécificité de ferments pathogènes sur laquelle on avait longuement insisté, à une action mystérieuse qui, comme précision scientifique, vaut la catalyse ancienne; sans compter que la médecine n'est pas rénovée, comme on s'en flattait, car on revient à la pathologie humorale qui n'est pas, que l'on sache, une nouveauté.

Nous avons encore quelques objections à faire au nom qu'on donne toujours de notre temps aux affections à « microbes », quand on les désigne sous le nom de parasitaires. Un ténia, un sarcopte, un pou, un Tricliopliyton vivent bien en parasites de 1 nomme, dans le sens ordinairement accordé à ce mot. Mais en quoi est parasite un Baclerium termo ou un Bacillus subtilis qui décompose nos excréments parce qu'il trouve en eux des produits de décomposition qui conviennent a son existence? On suppose

l'intestin v il y a un organisme qui dissout les grains d'amidon; qu'un autre transforme et saponifie la matière grasse; qu'un autre encore attaque et rend solubles les matières albuminoïdes, » comme quelques auteurs l'admettent pour le cas des expériences portant sur les matières alimentaires étudiées hors de l'intestin. Si ces hypothèses venaient à être réellement démontrées, la digestion de la cellulose, etc., serait un acte physiologique parasitaire, comme le seraient, dit-on, les maladies... Ici le bien, ailleurs le mal le plus dangereux, produits tout deux par des plantes ne montrant pas toujours de l'une à l'autre des différences spécifiques. La digestion serait accomplie par autre chose que par l'appareil digestif. Devant l'identité d'aspect de la paroi cellulosique de> cellules examinées successivement dans l'aliment et dans l'excrément, il devient impossible de comprendre comment agiraient réellement les Amijiobacler; cela est impossible du moins lorsqu'on lit que : « C'est ou contact direct de VAmylobacter avec la cellulose que se produit l'action dissolvante du premier corps sur le second, et non par une diastasc formée en excès par VAmylobacter et agissant en dehors de lui. » Mu'est-ce, en effet, que cette action de contact direct, si ce n'est un retour à l'hypothèse ancienne des actions catalytiques qui renverse l'étude actuelle des fermentations; à moins que ce ne soit quelque fluide vital qui de VAmylobacter se porte à une certaine distance dans l'épaisseur de la paroi cellulosique, que le bactérien ne l'ait que toucher pour rendre solubles du tiers à la moitié des molécules de cette paroi? Si cette action chimique n'est pas due à cela, à l'un ou à l'antre, elle n'est évidemment rien. On sait que c'est matériellement, par une imbibition réelle des aliments solides, que se produit

donc qu'un bacille qui vit dans le pus agit sur ce liquide d'une autre façon qu'un bacille de la putréfaction agit sur une substance albuminoïde qui se décompose. Loin de rien prendre à l'alcool, le Micrococcus de la fermentation acétique lui apporte de l'oxygène. Dira-t-on que son action est parasitaire, si d'autres Micrococcus, morphologiquement semblables, s'observent à chaque pas dans des affections qu'on qualifie de ce nom? Un microphyte qui vit en anaérobie dans certains liquides des animaux malades, n'est pas plus leur parasite que la levure de bière n'est parasite du sucre duquel, pendant la fermentation alcoolique, elle prend une partie pour se développer. Ch. Robin avait déjà dit « qu'il importe de rappeler que lorsqu'il s'agit des bactéries et des vibrions qu'on trouve dans l'enduit gingival, le sang, les sérosités, les mucus, avec ou sans infection, contagion, etc., leur mode d'action n'est pas autre que dans le cas de putréfaction, ni que dans celui où ils sont expérimentalement et industriellement employés comme ferments ». Et plus loin : « Ce qu'on dit ici parasite est un ferment figuré, et parasite ne signifie rien sous la plume de ceux qui l'emploient, s'ils ne spécifient en quoi l'action de ce parasite diffère de l'action des teignes, de la gale... Ce qu'on appelle microorganisme parasite est un cryptogame, ferment figuré botaniquement, zymique au point de vue de sa physiologie propre, et ne porte en lui rien de plus. t> Les chimistes qui veulent rénover la médecine, et les médecins qui les imitent malheureusement sans examen préalable de leurs doctrines, feront donc bien d'effacer dans un très grand nombre de cas de leurs nomenclatures le terme d'affections parasitaires.

Ce n'est donc point toujours comme parasilicides que, dans les quelques traitements institués contre ces affections, doivent être considérés les remèdes proposés, mais plutôt comme antiseptiques, comme contre-poisons; et c'est encore là un point que nous nous permettons de recomman-

« l'action dissolvante », ou plutôt encore liquéfiante, des sucs gastrique, duodénal, biliaire, pancréatique et intestinal sur les aliments. Or, malgré la quantité de ces humeurs et ce que l'expérience prouve sur leur spécificité d'action et de décomposition, l'hypothèse du contact direct les met de côté, pour leur substituer, dans chaque cas, un solide ou, si l'on veut, une troupe d'autres cellules plus microscopiques, mais non moins solides individuellement que celles des aliments. Ces plus petites cellules sont chargées de digérer leurs homologues par contact, aussi bien hors de l'intestin que dans celui-ci. De plus, « au point de vue de la digestibilité par ÏAmylobacter, il y a, dit-on, de grandes différences dans une même plante, suivant les tissus, dans un même tissu, suivant les plantes. » Enfin, toujours d'après la même hypothèse, donnée comme prouvée, « VAmylobacter digère d'abord la cellulose, mais ensuite il t'ait fermenter le principe soluble obtenu. La digestion et la fermentation proprement dite sont accomplies successivement par le même organisme. j> On voit que s'il en était ainsi sur les animaux, ce ne serait plus l'animal qui digérerait, mais un végétal cryptogamique qui le ferait pour lui... Uue action dissolvante exercée par le contact d'un bactérien solide, sans imbibition possible, reste scientifiquement incompréhensible... 11 n'est pas nécessaire d'insister pour montrer dans quel degré de confusion anti-scientifique jette l'esprit cette importation de termes d'une branche de la biologie dans l'autre. » Avec les idées que Ch. Robin combat, il semble qu'on digérerait aussi bien après la mort que pendant la vie et que la dyspepsie n'existerait pas ou serait due à une maladie, à une insuffisance des « microbes » chargés de digérer pour nous.

der à toule l'attention des médecins. Il est logique, sans doute, si l'on admet que c'est un microphyte qui produit une maladie, de chercher à tuer ce microphyte, comme on tue le sarcopte pour mettre fin à la gale. Quelques-uns ont pensé à faire expulser le végétal par un autre qui se substituerait à lui; ce qui peut se comparer aux tentatives naïves imaginées pour substituer au Phylloxéra des vignes un autre animal qui se chargerait de le chasser à notre profit. On a donc proposé un traitement bactériel de la phtisie. On a dit qu'en administrant par inhalation des Bacterium termo, ceux-ci faisaient disparaître le Bacille de la tuberculose (Cantani). On a aussi topiquement traité le lupus par le Bacterium termo. On est à la recherche de médicaments qui tuent les Schizophytes sans nuire à l'homme, et des essais très nombreux se font chaque jour dans ce sens1. Mais on a surtout cherché à prévenir les maladies par l'inoculation des virus atténués, et M. Pasteur a donné dès 1880 une théorie générale de l'atténuation des virus. « Un virus, dit-il, alors même qu'il est constitué par un microbe, peut, sans un changement très marqué dans sa morphologie générale, être atténué dans sa virulence, conserver celle-ci dans des cultures, produire des germes et, sous son nouvel état, communiquer une maladie passagère, capable de préserver de la maladie mortelle, propre à l'action de ce virus dans son état de nature. Cette précieuse modification peut se produire par une simple exposition du virus à l'oxygène de l'air. » Ailleurs on a employé la lumière, la chaleur qui peuvent avoir une grande influence sur le microbe. Ailleurs encore on essaye d'atténuer les virus en les faisant passer successivement par plusieurs milieux vivants. C'est ce que M. Pasteur a fait, comme l'on sait, pour la rage, qu'on fait passer de moelle de lapin en moelle de lapin jusqu'à ce qu'on ait obtenu un virus rabique suffisamment atténué. L'étude de la rage, qui passionne le monde médical, ne rentre pas dans notre cadre, puisqu'on ne la considère pas actuellement comme une maladie à microbe. Mais n'est-il pas évident que si l'on traite de la même façon, au point de vue de l'atténuation, une affection microbienne et une affection sans microbes, on n'accorde par là même à ceux-ci qu'une influence bien secondaire dans la production des maladies contagieuses"2?

Il va sans dire d'ailleurs que, avec les doctrines panspermiques dont nous avons déjà parlé plusieurs fois, on doit s'efforcer, comme d'ailleurs on l'a fait de tout temps, de purifier l'atmosphère qui est en contact avec l'économie animale, de tous les germes-ferments qu'elle peut contenir, qu'on doit essayer de les y détruire le plus possible, de modifier l'air, avant

1. Avec l'hypothèse qu'il n'y a pas autre chose que le microphyte dans la maladie, il est assez logique de croire qu'un Schizophyte connue celui du choléra peut être tué par l'ingestion d'un médicament tel que le sublimé à faible dose, car ici le végétal peut être attaqué directement dans le tube digestif.

2. Il convient de mentionner les cas où, d'après plusieurs expérimentateurs (Prazmowski, de Bary, etc.), la violence d'une culture s'affaiblit spontanément, sans cause apparente.

qu'il n'arrive à nos poumons et à nos autres organes, par l'action des microbicides, des antiseptiques. C'est ce dernier point qui va nous occuper maintenant quelques instants.

Ce qui vient d'être dit nous amène en effet, à étudier sommairement, au point de vue qui nous occupe, les milieux que de toute antiquité on a considérés comme les véhicules des contages. Nous voulons parler plus particulièrement de l'air et des eaux.

On a été convaincu de tout temps que l'air pouvait contenir en suspension des corpuscules très nombreux, sur lesquels on a écrit des volumes; mais nous nous bornons à reprendre cette question à l'époque où M. Pasteur essaya de combattre l'hélérogénie par l'étude des germes suspendus dans l'atmosphère. Citons textuellement ses paroles : « Il y a constamment, dit-il, dans l'air commun, un nombre variable de corpuscules dont la forme et la structure annoncent qu'ils sont organisés. Leurs dimensions s'élèvent depuis les plus petits diamètres jusqu'à 1/1 00e et davantage de millimètre. Les uns sont parfaitement sphériques, les autres ovoïdes; leurs contours sont plus ou moins nettement accusés. Beaucoup sont tout à fait translucides, mais il y en a aussi d'opaques avec granulations à l'intérieur. Ceux qui sont translucides, à contours nets, ressemblent tellement aux spores des moisissures les plus communes, que le plus habile micrographe ne pourrait y voir de différence. » Nous n'insistons pas sur ce qu'il y a de peu précis, d'imparfait, dans les caractères qui précèdent. Les figures qui les accompagnent (fig. 280) montrent assez le peu de netteté des observations de M. Pasteur, qui ajoute, non sans logique : « Je crois

Fig. 280. — Spores atmosphériques (Pasteur).

qu'il y aurait un grand intérêt à multiplier les études sur ce sujet et à comparer dans un même lieu avec les saisons, dans des lieux différents, à une même époque, les corpuscules organisés disséminés dans l'atmosphère. Il semble que les phénomènes de contagion morbide, surtout aux époques où sévissent les maladies épidémiques, gagneraient à des travaux poursuivis dans cette direction. » M. Miquel est l'auteur qui a le mieux, dans notre pays, répondu à ces desiderata. Dans sa remarquable thèse de 1883, le chef du service micrographique à l'Observatoire de Montsouris a laborieusement et consciencieusement rassemblé toutes ses observations sur

« les organismes vivants de l'atmosphère». Il y montre des cadavres et des oeufs d'infusoires, de l'amidon, des pollens, des spores de cryptogames; il donne les lois qui régissent l'apparition de ces mêmes spores, il étudie les corpuscules des poussières déposées spontanément à la surface des objets, il traite de l'existence dans l'air des germes des bactéries1. Puis, il établit le chiffre des bactériens trouvés dans l'air de divers lieux, aux différentes époques, aux diverses températures, pendant la pluie et dans les temps secs, avec tel ou tel vent; il montre que l'humidité de l'atmosphère est

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Fig. 281. — Micrococcus atmosphériques (Miqucl).

une des causes les plus puissantes de l'affaiblissement du chiffre des germes aériens; il apprécie l'influence de l'élévation des lieux et fait voir que plus ceux-ci sont élevés, plus le nombre des germes diminue. Tout cela est traité dans la perfection. Malheureusement, quand il arrive a

1. Il combat la plupart des conclusions tirées de ses observations par M. Tyndall, dans son ouvrage les Microbes, conclusions qu'il qualifie d' « inacceptables, ayant pour point de départ des résultats entachés de causes d'erreur vulgaires, qu'il est regrettable de voir méconnaître par un expérimentateur si habile. » Quand M. Tyndall voit « une multitude innombrable de microbes dans l'air ambiant », M. Miqucl dit que cela « est contraire à la vérité ». Il condamne aussi les « nuages bactéridiques » de M. Tyndall.

traiter des relations entre « les bactéries et les maladies épidémiques », nous ne voyons point de conséquence suffisamment positive à tirer de ses observations et de ses courbes. Nous ne saisissons pas clairement quel parti la pathologie peut tirer de tant de travaux assidus, et surtout nous ne pouvons, au point de vue médical, nous associer aux conclusions de l'auteur que nous nous faisons un devoir de reproduire ici textuellement. a. L'air impur, a dit Pringle, est plus meurtrier que le glaive. Les

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