‹ Trait de botanique mdicale cryptogamique, suivi du tableau du droguier de la Facult de mdecine de ParisChapitre 12 sur 16 · VI · texte numérisé non relu

VI

Fig. 282. — Bacillus atmosphériques (Miquel).

médecins le savent si bien qu'ils se hâtent de diriger loin des villes très peuplées les personnes faibles et débilitées par un séjour trop prolongé dans les vastes agglomérations urbaines; les hygiénistes ne l'ignorent pas non plus quand ils conseillent aux municipalités d'ouvrir, au prix des plus grands sacrifices, de larges voies, d'aérer les quartiers malsains et humides, d'assurer le parfait fonctionnement des égouts, de multiplier l'arrosage des rues dans les saisons où le vent peut soulever des nuages de poussière, etc. Les chirurgiens surtout peuvent apprécier l'influence néfaste qu'exerce sur le succès de leurs opérations l'air impur des salles

des malades et l'atmosphère même d'une ville où, comme à Paris, l'opération césarienne a une issue presque toujours fatale. »

A cela nous répondons brièvement : Non, ce n'est pas l'air qui apportait aux opérées de la méthode césarienne des causes de mort à peu près certaine. C'était l'opérateur; c'étaient ses aides, ses instruments, ses pansements. Aujourd'hui qu'on pratique en plein Paris, sur l'abdomen largement ouvert, des opérations bien autrement graves et profondes, l'air arrive toujours au contact des parties lésées, et la mortalité est relativement moindre, parce que les contacts infectants sont en grande partie supprimés par l'asepsie, en même temps que par le drainage on empêche le séjour prolongé des liquides pernicieux dans le foyer de l'opération. Nous ne blâmons

FiG. 283-285. — Ractéries atmosphériques (Miquel).

pas les grandes voies de communication bien aérées ; mais l'atmosphère de ces grande voies est toujours en contact avec celle des cavités du sous-sol et avec celle des rues voisines encore étroites et mal assainies. Un médecin qui envoie à la campagne un opéré, une accouchée, un malade pour lequel il redoute la fièvre typhoïde ou toute affection contagieuse analogue, ne rend point grand service à tous ces gens-là s'il les y fait accompagner par une personne ou des objets contaminés; et il est presque assuré de faire

Fig. 286, 287. — Ractéries atmosphériques (Miquel).

contracter la fièvre typhoïde, par exemple, puisque c'est la maladie que nous avons citée, par la personne qu'il envoie aux champs, si cette personne trouve au village des eaux qui charrient ou des linges qui traînent avec eux le poison typhiqne jusqu'à des gens bien portants. Quant à l'isolement des opérés, des blessés et des accouchées, dont on parle tant comme les préservant des affections contagieuses, c'est probablement une mesure à peu près inutile, si dans ces salles des isolés pénètrent à chaque instant des personnes qui viennent d'autres salles ou d'autres maisons où régnent des contages, sans s'en être préalablement purifiées.

Au point de vue de la panspermie, la pratique est bien souvent en contradiction avec la théorie. Nous avons vu des liquides fermentescibles abandonnés au contact de l'air ne point être ensemencés par celui-ci. Parfois c'est une condition physique qui fait défaut, comme la température, par exemple. Ailleurs ce sont les microphytes qui, à ce qu'il paraît, font défaut, puisque le Micrococcus ureœ, qu'on croit venir de l'air, n'arrive pas toujours au contact de l'urine placée dans un récipient non clos et que celle-ci demeure alors très longtemps acide. Un tuberculeux n'introduit pas dans l'air par l'expiration les bacilles de la tuberculose qu'il a en lui, parce que son poumon est un filtre qui les retient (Grancher, Straus). M. Tyndall avait montré que l'air qui sort du corps humain est optiquement pur. Loin de souiller l'air par leur respiration, l'homme et les animaux tendent donc, en ce qui concerne les microbes, à le purifier. Il faut donc bien admettre que c'est par le contact direct, par leurs vêtements, par les poussières qu'ils mettent en mouvement, etc., que les hommes, agglomérés ou non, transmettent la maladie, mais non par la dissémination des microphytes ou des germes dans l'atmosphère. C'est exactement la conclusion à laquelle nous étions plus haut arrivé pour les septicémies. Les idées panspermisles de M. Pasteur devront donc encore, à cet égard, être profondément modifiées'.

Les diverses eaux naturelles sont plus riches d'ordinaire en microphytes que l'air. Les pluies balayent l'air des divers micro-organismes qu'il renferme. Cependant, au niveau des sources, on admet que l'eau, filtrée par la terre, est pure de microphytes (Pasteur). Plus tard, les cours d'eau reçoivent une foule de germes. M. Miquel estime que l'eau de pluie contenant Gi.000 microbes par litre, celle de la Seine en renferme à Bercy 4,800.000 et à Asnières 12,000,000; celle des égouts à Clichy 80,000,000. Le Bacille typhique se trouve dans l'eau. On trouvera certainement des microphytes dans les eaux qui donnent la dysenterie. Il faut donc se défier des filtres, même les plus prônés, qui laissent passer les micro-organismes; il est utile de faire bouillir l'eau qu'on boit en cas d'épidémie typhique ou dysentérique. Mais la boisson la plus sûre est en pareil cas l'eau distillée,

1. Ceci est également applicable aux Saccharomyces. Il est peu exact de dire que l'air en mouvement soit l'unique véhicule de ces végétaux, rares dans l'atmosphère. M. J. Duval dit avec raison que « les levures, par la dessiccation, ne prennent jamais la forme pulvérulente qui serait nécessaire à leur dissémination aérienne supposée ». M. Pasteur a cru se tirer de difficulté en supposant que si les levures ne sont pas dans l'atmosphère, celle-ci renferme leurs germes. Mais que veut dire ici le mot germes ? Pour la levure de bière, on pourrait supposer qu'il s'agit des spores. Où sont les spores des Micrococcus, des ferments lactique, acétique, ammoniacal, etc.9 Il n'y a là que des hypothèses. La panspermie peut être invoquée contre la doctrine hétérogénistc ; mais il est « une chose regrettable, c'est que la question des ferments organisés ait été subordonnée par M. Pasteur à celle des générations spontanées » (Guillaud). On se rappelle aussi, à ce sujet, les remarquables expériences de Sir J. Tyndall, dans lesquelles une chambre close, à paroi glycérinée, a une atmosphère tellement dépouillée de poussières organisées que les substances putrescibles s'y conservent et qu'un rayon lumineux qui la traverse devient absolument invisible.

qu'avec quelque habitude l'estomac supporte très bien, quoi qu'on en pense généralement.

On a attribué les fièvres intermittentes, la Malaria, à des eaux renfermant des Bacilles (fig. °288) et d'autres Microphytcs; mais rien n'est démontré de ces assertions1.

Nous avons à nous occuper maintenant de la question taxinomique. Nous avons vu qu'au début de ses études, M. Pasteur avait distingué des

Fig. 288. — Bactérie des fièvres intermittentes (Fol).

ferments animaux et des ferments végétaux. C'est principalement Ch. Robin qui a rectifié sa manière de voir à cet égard, et nous nous bornerons à citer ses paroles : « M. Pasteur, dit-il, considérant comme végétaux les organismes qui n'ont pas des mouvements propres, et comme animaux les organismes qui ont un mouvement en apparence volontaire (C. rend. Ac. se, LVI,420), a en effet désigné comme ferments animaux, comme animalcules infusoires du genre des vibrions, les ferments soit butyriques, soit tarlriques, soit de la putréfaction (Pasteur, Animalcules infusoires vivant sans gaz oxygène el déterminant des fermentations; ibid., LU, 344; LVI, 418, 1190, 1192). Or à l'aide des réactifs et en suivant leur évolution, il est facile de reconnaître que ces vibrions- fer ments , comme les autres vibrions, ne sont que des Cryptogames de la classe des Champignons dans leurs états évolutifs de spores (germes des divers auteurs) et mycéliens, avec motilité, mais ne sont aucunement des animaux. Il résulte de là que, très vrai d'ailleurs, tout ce que dit M. Pasteur de ces êtres, s'applique non à des animaux, comme il l'expose, mais bien à des plantes; que, d'autre part, ce qu'il donne comme le premier exemple connu de ferments animaux n'est autre que celui d'un végétal-ferment à ajouter aux autres. C'est à des Cryptogames et non à des animaux que s'appliquent les passages de M. Pasteur dans lesquels il dit que le ferment

1. « Ces observations, dit M. Cornil, sont même sujettes à Lien des critiques. <> M. Laveran, dans son Traité des fièvres palustres, a décrit « des microbes du paludisme », qui se trouvent dans le san^r. Mais comme ce sont, d'après l'auteur, des animaux, nous ne nous en occuperons pas ici. Salisbury avait attribué la fièvre intermittente à des Pal niella.

butyrique est un animalcule infusoirequi, non seulement vit sans oxygène libre, mais que l'air tue (loc. cit., LU, 346) ; dans lesquels il dit- que les infusoires-ferments ou animalcules- ferments n'ont pas besoin d'oxygène libre pour vivre, étant doués de ce deuxième genre de vie qui, s'effectuant en dehors du gaz oxygène, s'accompagne toujours du caractère ferment; que la nutrition accompagnée de fermentation est la nutrition sans consommation d'oxygène libre; que là est certainement le secret du mystère de toutes les fermentations proprement dites. C'est encore à des plantes et non à des animaux que s'applique ce qu'il dit des animalcules infusoires, pouvant vivre sans oxygène libre et être ferments (loc. cit., LVI, 420, 1190). A ces divers titres il y a des êtres vivants anaérobies, du moins temporairement, comme il y en a d' aérobies ; mais ce sont des plantes qui sont dans ce cas-là, et non pas des animaux anaérobies, pas plus qu'il n'y a des animalcules infusoires ferments ; ce qu'on dit animal dans ces conditions se trouvant être végétal, comme dans tous les autres cas de fermentations et de putréfactions. » Nous espérons donc qu'aujourd'hui M. Pasteur considère tous ces ferments comme étant de nature végétale. On continue cependant encore dans son école, et c'est, comme nous l'avons dit, une grave atteinte à la théorie de la spécificité des ferments, on continue à considérer même les cellules animales comme aptes à décomposer le sucre en alcool et en acide carbonique.

Les Schizophytes sont donc des plantes cryptogames, et la plupart des auteurs en font des Champignons, sous le nom de Schizomycètes. Si nous n'avons pas employé de préférence cette expression, c'est pour ne pas affirmer définitivement que ces végétaux sont des Champignons, attendu que certains auteurs les regardent encore comme des Algues, et qu'il est bien difficile, par exemple, de ne pas voir quelles affinités intimes il y a entre un Beggiatoa qui est rapporté aux Schizomycètes et une Oscillaire que l'on range parmi les Algues; entre un Leuconostoc que quelquesuns rangent parmi les Schizomycètes, et un Nostoc que la plupart attribuent aux Algues, etc. En somme, les Schizophytes sont intermédiaires aux Algues et aux Champignons, et nous ne sommes guère avancés par la façon dont M. Sachs tranche la question en réunissant les Algues et les Champignons dans un seul groupe, les Thallophytes, dans lequel il établit deux séries parallèles : l'une comprenant les formes à chlorophylle (Cyanophycées[Oscillaires, etc.], Palmellacées); l'autre les formes dépourvues de chlorophylle ( Schizomycètes, Saccbaromycètes)1. Nous savons aujourd'hui qu'il y a des Bactéries à matière colorante, et même à matière verte, comme celle qui s'observe dans la diarrhée verte des enfants. Il n'est pas dit néanmoins que cette matière verte soit de la

1. En parlant des Champignons, de Bary dit : « Les types qui rentrent dans ce groupe sont, en réalité, tous sans chlorophylle. Mais ce caract re n'est pas plus indispensable, pour marquer leur place dans la classification, que ne l'est, chez un oiseau, la présence d'un appareil de vol pour faire reconnaître qu'il est un oiseau. »

chlorophylle. Mais celle des Oscillaires en est-elle donc ? Et, d'après de Bary, « il existe, en petit nombre il est vrai, des Bactéries proprement dites qui possèdent de la chlorophylle et présentent toutes les propriétés qui accompagnent ordinairement une action chlorophyllienne. » l

Les déterminations qui précèdent n'ont pas d'ailleurs une grande importance au point de vue médical. 11 n'en est pas tout à fait de même des déterminations génériques et spécifiques. Il y a eu un moment où chaque microphyte découvert par des observateurs peu expérimentés en histoire naturelle, était considéré comme le type d'une nouvelle espèce, bien plus comme le type d'un nouveau genre. Aujourd'hui, nous pouvons dire en toute sincérité que nous ne savons pas ce que c'est qu'un genre de Schizophytes. Ceux qu'on avait crus les plus distincts, les plus nettement caractérisés, passent, dans des observations mieux suivies, de l'un à l'autre avec une facilité parfois surprenante. Aussi sommes-nous forcé, non seulement d'avertir ici que ce que nous pouvons considérer comme un genre bien établi n'en sera peut-être pas un demain, mais encore qu'il n'y a pas de limites absolues entre deux groupes que nous considérons provisoirement comme des genres2. Leur nombre est d'ailleurs très limité en ce qui concerne les applications à la médecine et à la physiologie. Pour le moment, nous n'avons guère à distinguer que les types suivants :

1° Micrococcus.

2° Bacterium.

3° Bacillus.

4° Leptothrix.

5° Beggiatoa.

6° Crenothrix.

7° Vibrio.

8° Spirochœte.

9° Saccharomyces.

Nous rattachons, provisoirement toujours, les Streptococcas et les Staphylococcus, les Gonococcus, les Tetragenus, les Merismopœdia et les Sarcina aux Micrococcus, et les Spirochœte aux Spirillum. Maintenant, comment séparons-nous les uns des autres nos cinq groupes? Par la forme extérieure :

1. Au sujet des affinités des Schizophytes avec les Champignons, de Bary, qui avait tant étudié ces derniers, dit : « On ne peut guère les rapprocher des Champignons définis de la manière que- nous avons indiquée, et placés à leur rang ordinaire dans la classification naturelle. »

2. Il appartenait à notre époque de voir des personnes étrangères à toute notion d'histoire naturelle écrire qu'ici « la fonction physiologique est le plus solide élément de classification ». Cela vaut à peu près leur science étiologique des maladies, quand elles admettent qu'un germe peut rendre un organe malade ou le sauver par suite d'une « émotion qui y arrête ou y fasse affluer le sang ». Ces personnes croient-elles sérieusement qu'il y ait quelque chose de bien nouveau dans les théories qui réduisent la maladie, la digestion, etc., à une fermentation?

Les Micrococcus sont punctiformes.

Les Bacterium sont ovoïdes-oblongs ou courtement cylindriques.

Les Bacillus sont longuement cylindriques, filiformes.

Les Leptotlirix sont indéfiniment allongés, ténus, sans gaine distincte.

Les Beggiatoa sont cylindriques, longs, plus épais, et ils contiennent des cristaux de soufre.

Les Crenothrix sont pourvus d'une gaine, comme les Leptothrix et comme le groupe des Desmobactériacés en général. Mais cette gaine est épaisse, et la reproduction peut se faire par spores, tandis que ces dernières sont inconnues chez les Leptothrix, qui ont la gaine mince. Et nous avons vu qu'on en fait parfois des Mucédinés.

Les Vibrio ont des filaments courts et ondulés, flexibles ou paraissant tels.

Les Spirochœte sont spirales, allongés, à spirales flexibles et pourvus d'un pbycochrome.

Les Saccharomyces sont ici des êtres à part; ils se distinguent de tous les précédents en ce qu'ils ne sont pas ou du moins ne sont pas aussi nettement scissipares. Ils sont plutôt gemmipares (ce qui n'exclut pas toujours chez eux la scissiparité). Pour la plupart des auteurs ils appartiennent à une autre grande division que tous les précédents, celle des Levures, tandis que tous les précédents sont des Bactériens proprement dits; et nous avons déjà vu qu'on les rattache aussi comme types dégradés aux Discomycètes, en les rapprochant ainsi des Ascomycètes.

Si maintenant nous passons en revue les types secondaires, nous bornant comme précédemment à ceux qui ont un intérêt médical, nous verrons que :

Les Streptococcus sont des Micrococcus à grains rapprochés en chapelets et sans pbycochrome. Les Staphylococcus et les Gonococcus se rattachent au type précédent.

Les Telragenus sont des Micrococcus groupés par quatre dans un même plan. Dans les Merismopœdia, le nombre des éléments peut être plus considérable. Les Sarcina sont des Merismopœdia à grains groupés dans plusieurs plans superposés; l'ensemble présentant trois dimensions: longeur, largeur et épaisseur.

Les Cladothrix sont des Bacillus ou des Leptothrix en apparence ramifiés, en réalité accollés les uns aux autres de façon à former entre eux parleur rapprochement des angles généralements aigus. Nous avons aussi vu les Cladothrix se résoudre en Micrococcus.

Les Spirillum sont des Vibrio moins courts, à spirales plus rigides.

Les Carpozyma sont des Saccharomyces à grains terminés aux deux extrémités par des pointes coniques.

Maintenant, les espèces appartenant à ce que nous considérons provisoirement comme des types génériques, peuvent être ou mobiles ou immobiles, être pourvues ou dépourvues de cils, et elles peuvent, oui ou non, être groupées en zooglées.

Mais nous ne pouvons (et ceci est important à remarquer) indiquer d'une façon absolue en quel point se sépare un Micrococcus d'un Bacterium, un Bacterium d'un Bacillus, un Bacillus d'un Vibrio, un Leptothrix d'un Bacillus, un Beggiatoa d'un Leptotlni.r. un Fïôrto d'un Spirochœte. Il y a entre les uns et les autres des formes rfc transition, sans compter les états dits d involution (p. 180), qui altèrent la forme normale des Schizophytes l.

De même, c'est d'une façon provisoire que nous distinguons comme espèces les divers êtres que nous avons énumérés et sommairement étudiés de la page 138 à la page 197 de ce travail. La même 2 apparaît plusieurs fois sous des noms différents, suivant les milieux où elle a été observée3. C'est pour celte raison que nous ne pouvons accorder la moindre valeur scientifique à la division des microphytes en chromogènes, zymogènes et pathogènes 4. Nous nous sommes quelquefois servi de ces expressions, mais seulement à titre d'indications pratiques5.

On voit qu'il y a encore dans l'étude des Schizophytes un grand nombre de points obscurs, et que les auteurs de ces obscurités sont sou-

1. L'involution (Nœgcli) est une sorte d'hypertrophie maladive, une régression, a-t-on dit, qui a été ohservée dans un certain nombre de types, le Vibrio clwlericus, le Bacillus Anthracis et autres, des Cladothrix, des Micrococcus, etc. On a par là, peutêtre sans démonstration suffisante, expliqué bien des déformations dont plusieurs tiennent sans doute à des inlluences de milieu.

2. En 1874, M. Billroth n'a admis pour l'ensemble des formes pathogènes étudiées par lui qu'une seule espèce, le Coccobacteria septica. M. Naegeli pense qu'une même espèce prend, dans la suite des générations, des formes successives différentes, variables, dissemblables morphologiquement et physiologiquement.

3. C'est pour cela que cette notion, admise par de Bary, qu'il n'y a d'espèce assurée que celle qui a été suivie d'un bout à l'autre de son évolution, est tout à fait insuffisante, si le milieu dans lequel a vécu la plante n'a pas varié.

4. Pour nous borner à un exemple frappant, on ne peut nier que le Schizophyte du choléra soit pathogène. « Mais il est avant tout saprophyte, puisqu'il peut non seulement passer une partie de son existence à l'état de saprophyte, mais qu'il en a absolument besoin pour achever son évolution et produire des spores ». (De Bary.) Là où le Bacterium Anthracis est qualifié de pathogène, il n'est pas dans le milieu normal de son évolution; comme la levure de bière dans le liquide sucré, il se noie et lutte contre l'asphyxie. Nous ne distinguons pas non plus ici les Parasites facultatifs et nécessaires, comme le fait de Bary, cette classification reposant sur une notion erronée du parasitisme et sur des connaissances médicales insuffisantes.

5. Aux arguments invoqués contre la trop grande multiplication des types génériques et spécifiques, il faut joindre ceux qui ressortent des études de MM. Guignard et Charrin sur les variations morphologiques des Schizophytes. D'après eux, celui qu'on considère comme caractéristique de la Pyocyanine, mobile et long de 1 \l sur une largeur de 0 (x 6, vivant dans un bouillon auquel on ajoute diverses substances organiques ou inorganiques, variera de forme avec ces diverses additions. L'acide phénique et la créosote donnent au Schizophyte la forme d'un Bacterium. Avec le thymol, le napthol, l'alcool, on obtient des Bacillus de longueurs diverses. Avec le bichromate de potasse, on observe des filaments longs et enchevêtrés ; avec l'acide borique, des Spiriltum. On peut aussi obtenir dans presque toutes ces formes des corps intérieurs, sphériques, à paroi épaisse, à forme de Micrococcus, constituant une forme de conservation et de reproduction. Toutes ces formes, cultivées sur gélatine, agar-agar, etc., reproduisent avec la Pyocyanine le Schizophyte normal, sans mélange. Il est à remarquer que les milieux qui ont ici fait varier le Bacillus pijocyaneus sont principalement des antiseptiques.

vent ceux qui ont traité trop superficiellement et comme à l'aventure la question, sans s'être préoccupés de la méthode qui devrait présider à l'étude des sciences naturelles1.

Muguet.

On désigne à la fois sous ce nom une maladie caractérisée par la présence d'un végétal; et ce cryptogame lui-même, lequel, après avoir été longtemps considéré comme un Champignon de la tribu des Oïdiés de

Fig. 289. — Saccharomij ces albicans.

Léveillé, est actuellement rapporté comme espèce au genre Saccharomyces, sous le nom de S. albicans Reess (fig. 289). En masse, il forme sur certaines muqueuses des plaques blanches, molles, pultacées, dont l'aspect rappelle celui de certaines fausses membranes. Elles sont cons-

1. La division en Endosporés et en Arthrosporés est de toutes vraisemblablement la plus scientifique, et elle sera peut-être un jour définitivement adoptée. Mais pour le moment, on n'est pas toujours d'accord sur les spores des Schizophytes, et il y en a un très grand nombre qui en sont peut-être pourvus, chez lesquels on ne les a pas encore aperçues, de même qu'on a parfois qualifié de « spores » certaines portions courtes des organes végétatifs.

tituées par la plante elle-même, c'est-à-dire par des filaments ténus, simples ou légèrement rameux, en forme de mycélium, partagés en phytocystes placés bout à bout et de forme variable, la plupart cylindriques, larges de 3-5 p, très ordinairement de dix à vingt fois plus longs que larges, ou même davantage. Ces segments ont un phytocysle distinct et un phytoblaste opalin, renfermant des granulations de teinte sombre, souvent mobiles (larges d'environ 1 p). Au niveau des points de jonction des phytocystes, il y a un léger étranglement, et c'est à ce niveau que naissent les ramifications, qui commencent par un seul phytocyste gemmiforme. Celui-ci est souvent l'origine d'une sorte de pelote formée d'éléments arrondis et qui se séparent à une époque variable. Au sommet des ramifications se montrent aussi des pelotes analogues qu'on a décrites comme formées de « spores ». L'extrémité spo'rifère du filament est souvent dilatée. Son phytocyste terminal, sphérique ou ovoïde, séparé du précédent par un étranglement très marqué, atteint jusqu'à 5-7 p de diamètre. Il peut être surmonté de quelques très petits phytocystes placés bout à bout, et ceux qui le précèdent sont fréquemment courts et en forme de grains de chapelet. Quant aux spores, elles sont sphériques ou un peu plus longues que larges, à contours nets, assez réfringentes et de couleur ambrée. Leur contenu est finement granuleux, et on y voit souvent, en outre, un ou deux corpuscules larges d'environ 1/2 fx. On leur a aussi donné le nom de cellules-filles. En plaçant ces dernières dans un liquide nutritif, elles deviennent à peu près toutes semblables, sphériques et larges d'environ 4 p. On les cultive bien dans des milieux différents, notamment sur des tranches de légumes, de fruits acides et sur des sucs de fruits, et l'on obtient une multiplication des phytocystes qui peuvent ensuite. s'inoculer sur les muqueuses et reproduire des plaques de Muguet. La plante vit donc également sur des animaux et des végétaux, et il conviendra de modifier beaucoup ce qu'on a dit de son « parasitisme ». Quand le microphyte se trouve sur une muqueuse baignée de liquide, celui-ci renferme beaucoup de spores détachées et flottantes. D'autres se fixent fortement aux cellules épithéliales et peuvent les recouvrir complètement. Elles germent à la surface de la membrane, et l'on en voit qui sont déjà allongées et formées de deux ou trois articles, quelquefois étroits et allongés. Quand on enlève la couche de cellules épithéliales qui porte les spores ou les plantes plus développées, avec le mucus visqueux dont elles sont baignées, on aperçoit, non le derme sous-jacent de la muqueuse, mais une couche épithéliale de nouvelle formation. Le siège du Muguet n'est donc pas sous-épithélial. La muqueuse peut être phlogosée là où il se trouve, mais elle peut aussi paraître parfaitement saine; et si le Muguet se développe à sa surface, c'est parce qu'il trouve dans les liquides altérés qui la baignent un milieu favorable à son évolution. Ce milieu est d'une acidité à peu près constante, cl lorsqu'on Palcalinise, le développement du Muguet s'arrête d'ordinaire promptemenl.

Chez l'homme, le Muguet s'observe le plus souvent sur la muqueuse buccale, notamment chez les enfants athrepsiques, chez les vieillards et les cachectiques à l'extrémité. On a décrit un Muguet primitif du pharynx dans la fièvre typhoïde. Les diverses portions du tube digestif peuvent devenir le siège de la végétation. Elle se développe aussi sur la peau, notamment au niveau du mamelon et dans diverses régions affectées de phlébite, à la vulve et dans le vagin, etc. Elle est contagieuse et inoculable aux animaux, surtout quand ils sont cachectiques, débilités. Le Muguet n'est pas une maladie; c'est un épiphénomène; et puisque aujourd'hui on l'attribue au genre Saccharomyces, son mode d'évolution jettera peut-être un certain jour sur la signification du développement dans l'économie animale de divers autres Schizophytes.

On avait jadis rapporté le "Muguet au genre Oïdium, sous le nom d'O. albicans Gii. Rob., et c'était aussi le Syringospora Robinii Quinq. Mais le genre Oïdium, hétéronome, comme nous l'avons dit, n'a pu être conservé dans son intégrité, pas plus que la tribu des Oïdiés. Le plus connu des Oïdium, celui qui attaque la Vigne (0. Tuckeri), est un état imparfait d'une plante qui n'est pas connue. Il ne se reproduit que par conidies. On l'a cependant nommé, mais théoriquement, Erysiphe Tuckeri, lui-même rattaché, théoriquement aussi, à un Uncinula américain. Tulasne a dit que YO. monilioides est la forme conidienne de YErysiphe graminis. L'O. leucoconium serait de même un état imparfait du Sphœrotheca pannosa, et il y a beaucoup d'autres Oïdium dont ou connaît de même YErysiphe.

Page 1