CHAMPIGNONS DES TEIGNES
Nous réunirons sous ce tilrc les descriptions de plusieurs végétaux caractéristiques de certaines dermatoses, végétaux dont l'autonomie est contestée et dont l'évolution complète ne nous est probablement pas connue. Ils ont été attribués aux Arthrosporés et, parmi eux, aux Torulacés, aux Oïdiés, etc., tribus qui sont elles-mêmes mal définies; et l'établissement d'un groupe des Trichophytés ou des Microsporés n'éclaire pas, bien entendu, la question. Ils appartiennent aux genres Trichophyton, Malassezia et Microsporon, et peut-être Achorion.
Achorion.
Le genre Achorion Link et Rem. est caractérisé par un mycélium flexible, translucide et à flocons de filaments ténus, très rameux, non articulés, la plupart fixés à un stroma granuleux. Ce stroma réside sur un réceptacle orbiculaire et coriace, lui-même formé de filaments condensés, plus épais, allongés, subrameux, distinctement articulés; les articles inégaux et irréguliers, terminés par des sporidies. Les sporidies sont
Fig. 290. — Achorion Schœnleinh. a, spores; b, chaînes de spores à l'extrémité des filaments du mycélium à articles courts; c, filaments à articles allongés (Cornil et Ranvier).
arrondies, ovales ou irrégulières et germent d'un seul ou de plusieurs côtés (Ch. Robin).
L'A.Schœnleinii Rem. (Oïdium Schœnleinii LEB.)(fig. 290) est le Champignon de la Teigne laveuse (Favus, Porrigo favosaetscutulata de Bazin, Champignon de la Teigne scrofuleuse de Vogel). Il se reconnaît, à une cer-
taine époque du mal, à la présence de godets, ou Favi, qui sont des masses hémisphériques ou à peu près, épaisses de 1-5 millimètres, larges de 1-15 millimètres, convexes du côté adhérent et concaves ou planes sur la face libre, de couleur jaune soufré pâle, parfois bruni par des corps étrangers. La portion convexe déprime la peau dans laquelle elle est implantée; elle présente parfois un court pédicule. La face libre est à peu près au niveau de la surface cutanée ; elle peut être recouverte par l'épiderme ou par du pus altéré. Au début, elle est déprimée au centre; puis la dépression est comblée, ou bien il se forme des cercles excentriques alternativement saillants et déprimés autour du centre que traversent un ou quelques poils. Ceux-ci ou les cheveux qui perforent ainsi le godet, pénètrent, au-dessous de lui, dans la peau, c'est-à-dire que leur bulbe est bien plus profondément situé. A la place du godet enlevé se voit une dépression rouge, qui est bientôt comblée par le derme qui reprend son niveau. Le godet est sec, dur, à cassure nette. Sa couche extérieure, ou Stroma, est finement granuleuse; elle est formée d'une exsudation albumineuse desséchée. La face interne est tapissée de filaments mycéliens, plus ou moins ramifiés, de tubes sporifères et de spores à formes diverses. Les spores ont 5-7 p de diamètre, et leur contenu granuleux est, dans l'eau, doué de mouvements browniens très vifs.
Le début de la formation du godet qui vient d'être décrit a [tour point de départ la présence d'un germe ou de quelques germes de YAchorion dans un follicule pileux. Dans ce follicule, et tout contre le poil, ordinairement en dehors de la couche de cellules épidermiques qui lui donnent l'aspect réticulé, on voit une ou plusieurs spores qui lui sont adhérentes, souvent disposées en chapelet. Elles l'entourent d'une ou plusieurs séries anastomosées, constituant un réseau. Cette gaine réticulée adhère tellement au poil qu'elle le suit quand on l'arrache. A ce niveau il est souvent décoloré, et plus bas même, il est déformé, cassant, fendillé jusqu'à sa racine. Les spores pénètrent même dans ses fissures. C'est là l'origine du godet. Plus tard, les spores s'y sont développées en mycélium, à filaments ramifiés, à articles cylindriques, allongés, larges d'environ 3 p. Il y a aussi des tubes rameux, mais non cloisonnés. On a donné le nom de tubes sporophores ou de réceptacles à d'autres filaments à contenu granuleux, ou plus souvent à spores intérieures, rondes ou ovales, ayant les caractères énumérés ci-dessus. Il y a, en outre, des spores polyédriques, tétraédriques par exemple, et d'autres qui sont gibbeuses d'un côté, déformées. Les tubes mycéliens et les spores peuvent pénétrer dans la profondeur du derme.
Il y a des favi sur toutes les parties du corps qui portent des poils, surtout au cuir chevelu; mais on les a vus partout ailleurs : au tronc, aux épaules, à la face, dans le conduit auditif, aux mains, sur les membres inférieurs, aux organes génitaux. Ils ont une odeur caractéristique de souris. Presque toujours le favus s'annonce par un léger soulèvement de l'épi-
derme au-dessous duquel il y a parfois une goutte de pus. L'épiderme s'exfolie, disparaît ; le godet se soulève et se forme, grandit. Les portions centrales ne renferment plus, au bout d'un certain temps, d'Achorion vivant, le développement se faisant du centre à la circonférence. Les spécialistes en ont distingué trois formes : urcéolaire, scutiforme et squameuse (Bazin). L'Achorion se sème de lui-même sur l'individu infecté, de façon que les favi peuvent se développer jusqu'à la confluence entière. La poussière jaunâtre qui se soulève de leur cuir chevelu est éminemment contagieuse. On a inoculé YAchorion à une foule d'animaux, surtout aux chiens, chats, lapins, rats et souris, et ces animaux peuvent eux-mêmes le transmettre à l'homme chez lequel toutes les circonstances débilitantes favorisent l'évolution de la plante. On traite surtout la maladie par l'épilation et par les médicaments parasiticides, tels que le sublimé, la créosote, l'essence de térébenthine, la benzine, le soufre, l'iode, l'acide acétique *, etc., etc.
Pour certains auteurs allemands, YAchorion est le résultat de la transformation de plusieurs Champignons vulgaires, considérés comme des Moisissures: le Mucor racemosus(Rottma.nn), le Pénicillium crustaceum (Hallier). « Quant à de Bary, il a été encore plus affirmatif; il soutient que tous les champignons parasites de l'homme dérivent de YAspergillus. » (Gigard.) Kôbner avait identifié Y A. Schœnleinii au Microsporon Audouinii et à YOospora porriginis Sacc. Grawitz a regardé comme une seule et même espèce, variant suivant les milieux, YAchorion, le Trichophijton et le Microsporon furfur.
1. On décrit dans la même maladie un Puccinia Favi Arbst., plante d'une couleur brun-rouge, représentée par une sorte de corps plus large, allongé, arrondi à son extrémité libre, qui est plus rarement subangulaire, et une tige rétrécie. Le corps est divisé en deux phytocystes au niveau d'un étranglement médian. Son contenu est homogène ou granuleux. Ces végétaux s'observent dans les petites squames fines et blanches, avec un commencement de croûte dans le fond. Leur présence est loin d'être constante, et ils ne sont pas caractéristiques. Ils représentent un épiphénomène (Ch. Robin), et peut-être un parasite de ÏAchorion.
TRIGHOPHYTÉES
Trichophyton.
Le nom de Trichophytie, donné à un ensemble d'affections parasitaires du cuir chevelu et de la peau, est tiré de celui du Champignon qui en est la cause déterminante, le Trichophyton tonsurans Malmst. (Trichomyces tonsurans Malmst. — Achorinn Lebcrtii Cii. Rob.) (fig. 291). C'est à lui qu'on attribue, au cuir chevelu, la Teigne tondante ou Herpès tonsurant; au niveau de la barbe, le Sycosis parasitaire; dans les régions glabres de la peau, l'Herpès circulé et une affection qui n'en est peut-être qu'une forme, l'Erythème trichophytique. Au niveau des ongles, il détermine aussi une affection parasitaire spéciale (Kaposi). Si l'on gratte assez fortement, avec des instruments appropriés, le cuir chevelu ou la peau chargée de poils, de façon à recueillir ces derniers et des pellicules épidermiques,
Fig. 291.* — Trichophyton tonsurans. Les lignes ponctuées représentent des plaques épidermiques. a, spores; b. filaments mycéliens à articles courts, dissociés en spores; c, filaments mycéliens végétatifs (Cornil et Ramier).
et si l'on traite le tout par l'ammoniaque ou la potasse à 40 p. 100, on aperçoit, sur les préparations comprimées entre deux verres, des phytocystes tubuleux, allongés, rampant dans les couches de l'épiderme. On peut aussi examiner ces couches traitées par une solution légère d'acide phénique, après avoir bien dégraissé, à l'aide de l'élher ou de l'alcool
absolu. Les préparations se colorent bien par l'éosiiie et le violet de méthylaniline et se conservent bien dans la glycérine (Baker). Les filaments sont très allongés, cylindriques, grêles, composés d'articles placés bout à bout. Ces tubes sont droits ou légèrement flexaeux, peu ramifiés, et leurs ramifications sont distantes les unes des autres. Leur diamètre est extrêmement variable. L'épaisseur de la paroi des phytocystes est d'ordinaire nettement appréciable, aussi bien sur les bords longitudinaux qu'au niveau des cloisons de séparation des pbytocystes composants. Il y a des tubes remplis d'une matière amorphe; d'autres, d'une matière finement granuleuse ; ce sont les plus étroits. Dans les plus gros en général, la matière contenue est plus ou moins segmentée, et plus loin, le contenu est formé de spores. Celles-ci sont très souvent finalement rangées en séries régulières, peu adhérentes les unes aux autres. Elles sont peu nombreuses dans les squames épidermiques, beaucoup plus dans les poils. Ordinairement les spores sont plus petites que celles de YAchorion Schœnleinii ; mais les variations de taille sont considérables, et la spore peut être volumineuse dans l'herpès circiné. La forme est également variable : ovoïde ou elliptique quand les spores ne font que se toucher par leurs extrémités. Mais quand ces mômes extrémités se sont mutuellement aplaties par pression, les spores se renflant vers leur partie moyenne, on observe l'apparence de petits tonneaux superposés (Balzer). La spore a un phytocyste, difficilement colorable par les divers réactifs, et un noyau qui, au contraire, se colore parfaitement. Voici d'ailleurs en quels termes l'observateur déjà cité décrit l'évolution des organes reproducteurs. « En suivant le trajet d'un tube, on voit, à un moment donné, les noyaux de spores qu'il contient nettement segmentés; puis la segmentation porte sur la gaine elle-même, à mesure que les noyaux des spores deviennent de plus en plus volumineux. La chaîne de spores terminale est dès lors formée et devient de plus en plus considérable. De même que dans le favus, les noyaux des tubes sporifères, non munis d'enveloppes, quadrilatères ordinairement par pression réciproque, envoient quelquefois des bourgeons latéraux qui deviennent le point de départ d'une ramification, d'un nouveau tube dont l'évolution présentera les mêmes phases. » Là où il y a des cheveux, des poils, ces derniers contiennent surtout des spores, tandis que les squames épidermiques renferment principalement du mycélium. Dans un cheveu, le parasite occupe d'abord la portion périphérique, toujours recouvert de la cuticule que respecte l'infiltration parasitaire. Plus tard, la cuticule se rompt; ses débris maintiennent le parasite; et le poil, envahi tout entier, ressemble à un sac allongé, gorgé de spores. Parfois enfin, la cuticule elle-même finit par éclater et par se détruire. C'est dans les régions glabres de la peau, là où se produit l'herpès circiné, que les spores du Trichophyton deviennent le plus volumineuses.
Le T. tonsurans se transmet de l'homme à l'homme et de celui-ci à
plusieurs animaux, principalement le chien et le cheval. Le chat est plus réfractaire, et le rat plus encore; on a même dit totalement.
Malassezia.
Nous donnerons le nom d'un habile observateur de plusieurs Champignons parasites de l'homme à l'espèce qui a reçu en 1853 de Ch. Robin le nom de Microsporon furfur, et qui ne paraît pas pouvoir faire partie de ce dernier genre, tel qu'il est aujourd'hui conçu. Le Malassezia furfur
Fie. 292. — Malassezia furfur. a, b, spores; c, mycélium.
est donc leFungus seu Epiphytus Pytiriaseos versicoloris de Th. Sluyter. Il se développe sur la peau de l'homme, en plusieurs régions, notamment sur le tronc, et il y forme des taches de dimensions très variables, jaunâtres ou d'un jaune brun, à surface pulvérulente. Elles sont formées de la plante parasite et de cellules disjointes d'épidémie. Très petites d'abord (un demi-centimètre environ de diamètre), ces taches peuvent devenir énormes et confluentes. Leur desquamation est incessante; elles ne sont pas proéminentes. Elles sont dues à un végétal qu'Eichstedt découvrit en 1846. Celui-ci (fig. 292) est formé de phytocystes rameux et allongés, décrits comme des filaments ou des trichomes et qui, situés dans les squames épidermiques, ne dépassent pas leurs bords. Ils sont entremêlés, tordus et intriqués, simples ou çà et là ramifiés, tubuleux, à bords parallèles, sans articulations ou à articles très longs. A un certain âge, les filaments produisent des spores ou sporidies, qui sont réunies en amas ou groupes de quelques centièmes de millimètre de diamètre, arrondis, bordées d'une membrane à double contour, l'intérieur circonscrivant une cavité claire, réfractant fortement la lumière, avec le centre brillant. L'action de l'ammoniaque rend les spores et les filaments plus visibles (Ch. Robin), et les spores peuvent germer sur la glycérine, donner des fila-
ments, et aussi produire d'autres spores par végétation endogène (Neumann). Ce végétal mériterait d'être étudié d'une façon toute spéciale; les caractères qu'on en donne étant souvent contradictoires. Il paraît certain que la maladie produite par ce Champignon est contagieuse (Sluyter). Les caractères que nous donnons plus loin du prototype du genre Microssporon ne nous permettent pas, on le verra, d'incorporer les deux végé-
taux dans un
eme genre.
Microsporon.
C'est Gruby qui, en 1843, a créé ce genre pour le Champignon de ce qu'il appelle la Phyto-alopécie; et le parasite a reçu le nom de Microsporon Andouini (fig. 293). C'est l'affection caractérisée par la présence de ce vé-
Fig. 293. — Microsporon Audouini. A, spores sur des cellules épidermiques, provenant d'une pelade achromateuse; B,deux cellules bourgeonnantes; C, petites sphères; D, sporules de M. Malassez.
gétal que Bazin a finalement nommée Pelade achromateuse, tandis qu'il attribuait la Fausse-Pelade ou P. dér.alvante ou ophiasique à un autre végétal, le M. decalvans, plus tard désigné par lui sous le nom de Trichophyton decalvans. Il paraît probable, en effet, que l'on a confondu sous le nom de Pelade plusieurs maladies, deux au moins, d'origine différente, et dont le pronostic est différent également au point de vue du processus contagieux.
Quoi qu'il en soit, il existe un végétal microscopique dans un grand nombre de cas de Pelade, et M. Malassez, dont nous reproduisons textuellement les paroles, l'a observé, non-seulement sur les cheveux, mais sur des plaques épidermiques, après avoir bien dégraissé ces diverses parties à l'aide de l'éther ou de l'alcool absolu. « On trouve, dit-il, sur un grand nombre de cellules épithéliales dissociées, des petits corps réfringents, sphériques ou ovoïdes, mesurant au plus de 4 à 5 p. Ces petits corps
ne sont pas des granulations graisseuses, comme on l'a supposé, parce que les granulations graisseuses n'auraient pas des dimensions aussi limitées; parce qu'il est difficile d'admettre que ces granulations aient résisté à l'action dissolvante de l'élher et de l'alcool absolu; parce qu'enfin, ayant, d'après les conseils de M. Ranvier, traité quelques-unes de ces préparations par de l'acide osmique, ces petits corps ne se sont pas colorés en noir. On peut distinguer dans ces spores un certain nombre de types. Ne considérons d'abord que les spores sphériques. 1° Les plus grosses mesurent de 4 à 5 ^. En mettant bien au point leur partie supérieure, elles apparaissent sous la forme d'un point brillant, entouré d'une bordure noire; en baissant un peu le foyer de manière à obtenir une coupe optique de l'objet, on distingue un double contour très net; tout d'abord le centre est clair, le bord plus foncé; mais en baissant encore un peu le foyer, le centre devient au contraire plus foncé et le bord plus clair; puis en baissant davantage, tout devient foncé. Il semble donc qu'il existe dans ces spores une paroi et un contenu ; la paroi parfaitement homogène, et le contenu sans granulations ni noyaux. Quelques-unes de ces spores présentent un petit bourgeon de dimension variable; les plus gros ont environ 1 p. 5 de diamètre. Ces bourgeons procèdent de la paroi des spores; ils ne présentent pas de double contour; le contenu des spores ne semble pas y prendre part. Je rapprocherai de ce type de spores des corps de même dimension, mais qui ne se présentent plus sous la forme de sphères réfringentes à double contour; on dirait de véritables anneaux. Brillants lorsqu'on les met bien au point, ils deviennent foncés lorsqu'on baisse l'objectif. On peut aussi rencontrer des anneaux incomplets sous forme de C plus ou moins ouverts; et, à côté, des granulations allongées et courbes qui paraissent être de ces anneaux incomplets qui se seraient segmentés. J'ai observé ces corps en grande quantité chez un malade qui avait été traité par des lotions parasiticides; les spores étaient devenues en même temps très rares, tandis qu'avant le traitement les spores étaient nombreuses et ces corps en petite quantité... Ces faits me portent à penser que ces anneaux ne sont que des spores vidées, des cadavres plus ou moins altérés. 2° A côté de ce type de spores, il en existe un autre de diamètre plus petit, 2 p. environ, et chez lequel je n'ai pas vu nettement de double contour; mais, comme dans le type précédent, ces spores peuvent avoir des bourgeons; ces bourgeons mesurent de 0 p 25 à 1 f*. On trouve aussi des anneaux de même dimension que ces spores et qu'on peut regarder comme étant leurs cadavres. Je n'oserais affirmer que ce type soit spécial à la pelade, et je ne saurais dire s'il faut le regarder comme une espèce différente du type précédent, ou si on doit le considérer soit comme une variété, soit simplement comme un état moins avancé de développement. 3° Dans un troisième groupe, je range les spores ayant un diamètre inférieur à 2 /*; les plus petites que j'aie pu mesurer avaient 1/4 de pt. Elles n'ont pas de double contour appréciable, elles ne pré-
sentent pas de bourgeons, et je ne crois pas avoir vu d'anneaux qui puissent leur correspondre. Leurs cadavres se présentent probablement sous la forme de simples masses semblables aux débris des anneaux précédemment décrits. Ces petites spores paraissent tout à fait semblables aux bourgeons des spores plus grosses; elles sont probablement de même espèce, mais à un degré moins avancé de développement. Elles seraient donc, d'après cette manière de voir, des spores filles, des sporules en un mot; tandis que les autres seraient des spores adultes, lesquelles pourraient être de deux espèces : une grosse et une petite; c'est ainsi que je les désignerai dans ce qui va suivre. J'ai dit qu'on pouvait encore rencontrer des spores ovoïdes. Ces spores présentent également un certain nombre de types différents. Comme on ne les constate pas sur toutes 'les plaques de pelade, tandis qu'on peut les trouver soit en debors des plaques, soit même chez des personnes qui ne sont pas atteintes de cette maladie, leur présence n'est donc pas liée à la pelade; aussi les passerai-je sous silence dans cette étude; je les décrirai «à propos des pytiriasis... En étudiant, non plus des cellules épithéliales dissociées, mais des pellicules épidermiques tout entières, on peut se rendre compte de la disposition de ces spores. Les unes sont disséminées en groupes peu nombreux; les autres sont réunies en grand nombre et forment ainsi des plaques plus ou moins étendues; ces plaques se voient fréquemment autour des orifices des follicules pileux qu'elles entourent à la façon d'une bordure. Parmi les spores isolées, on peut rencontrer les trois types que j'ai indiqués. Les grosses spores et les sporules paraissent être sans ordre, tandis que les petites spores sont souvent rangées les unes au bout des autres au nombre de 3, 4, 5 ou plus, constituant ainsi des petits chapelets très courts. Dans les plaques, on trouve également les différentes variétés que j'ai dites; elles semblent mélangées sans ordre apparent. Cependant si on considère seulement soit les grosses spores, soit les petites, on peut retrouver des séries linéaires entre lesquelles on voit les sporules ou les spores mortes ou en destruction. Les spores isolées sont évidemment de jeunes colonies, et les plaques de vieux centres de développement... — Cheveux. — Comme je l'ai déjà dit, les spores se voient beaucoup plus rarement dans les cheveux. Elles ne siègent alors ni dans la racine, ni dans la tige, mais seulement à la surface de la tige des cheveux, et encore ne reposent-elles pas directement sur cet organe, mais sur des cellules épithéliales qui ne lui appartiennent pas. Ces cellules sont situées en dehors de la couche épithéliale du cheveu, elles sont tout à fait semblables à celles que donnent les préparations de pellicules épidermiques, elles proviennent très certainement de Fépiderme cutané; elles ont probablement été transportées là soit mécaniquement par l'action du peigne, soit par suite du simple accroissement du cheveu, elles semblent n'être là qu'un accident. On les rencontre à des hauteurs variables; elles forment un anneau plus ou moins complet. Les spores que j'y ai rencon-
trées étaient surtout des spores de 4 f* et quelques sporules; ces spores étaient pour la plupart rangées en chapelets très courts, courbes ou rectilignes. Les cheveux sont souvent décolorés, atrophiés, cassants; mais leur structure n'est pas sensiblement modifiée; leur épithélium n'est pas détruit. J'ai cherché tout d'abord quel était le siège exact des spores. Je n'en ai trouvé ni dans la couche muqueuse de l'épiderme, ni dans la couche intermédiaire, ni dans les parties profondes de la couche cornée, mais seulement daus les parties les plus superficielles de cette dernière couche. Quelques-unes se trouvaient à la face libre de cette couche...; d'autres se trouvaient interposées entre les cellules épithéliales les plus superficielles; j'en ai vu sur des cellules épithéliales en partie détachées. Ces spores semblent donc se développer soit à la surface de l'épiderme, soit entre les lamelles les plus superficielles qu'elles doivent finir par détacher mécaniquement sous forme de pellicules. Je n'ai pas non plus constaté de spores dans les pellicules pileux, mais seulement au niveau de l'orifice de ces follicules, dans les cellules épithéliales les plus superficielles de la couche cornée. L'épiderme m'a présenté une altération importante. Au voisinage de l'orifice du follicule, sa couche cornée s'hypertrophiait considérablement et se continuait avec la gaine interne du follicule également très hypertrophiée... En un mot, il se développe là un véritable Pytiriasis pilaris. Or, on conçoit qu'une telle lésion doit gêner singulièrement la nutrition du cheveu et lui enlever beaucoup de sa solidité; il est là comme étouffé au milieu de cet amas de cellules épithéliales; et lorsqu'elles viennent à tomber, il se trouve sans maintien au milieu d'un follicule élargi; de là probablement et l'altération du cheveu et l'alopécie de la pelade. Jusqu'à présent je n'ai parlé que de spores et pas de tubes; c'est qu'en effet, quels que soient le mode de préparation et le degré ds grossissement employés, je n'ai jamais pu en constater une seule fois... » On voit par ce qui précède, en quoi surtout l'opinion de M. Malassez diffère de celle de Gruby qui avait décrit des filaments dans son genre Microsporon. Et on conçoit qu'on ait songé à comparer le M. Audouini aux Saccharomycètes tels que ceux que nous avons étudiés sous le nom de Levures. Mais il est probable qu'il y a encore beaucoup de points à élucider dans l'histoire des véritables Microsporon et des espèces étrangères qu'on a rapportées à ce genre.
Aussi n'est-ce qu'avec doute que nous rapportons également à ce genre, sous le nom provisoire de M. Malassezii, un végétal étudié avec le plus grand soin par le même observateur dans le Pytiriasis simple de toutes les parties velues. Ce végétal se rencontre dans les pellicules pytiriasiques, convenablement dégraissées par l'éther, puis conservées dans l'alcool. Il est représenté par de nombreux corps ovoïdes, réfringents, parfois isolés, mais plus souvent réunis en forme de plaques ou de nappes. L'acide osmique ne les noircit pas, et les alcalis caustiques les respectent. Les plus nombreux sont de forme ovoïde très allongée, avec un léger étranglement
au voisinage de leur petite extrémité. Ils mesurent jusqu'à 4 ^ 5 de longueur, et 2 à 2 p 5 dans leur plus grande largeur. La petite extrémité peut être très petite sur de grandes spores, et très grande sur de petites spores, atteindre presque la largeur de la grosse extrémité. Avec l'étranglement, les spores prennent alors une forme de bissac. M. Malassez pense qu'on peut considérer cette petite extrémité comme un bourgeon, lequel n'est pas creux, ou bien, s'il l'est, ne communique pas par sa cavité avec celle de la spore. Celle-ci, lorsqu'elle est creuse, est morte; son évolution est terminée. On observe aussi, dans la même maladie, d'autres spores, sphériques et de 2 p 3 de diamètre au plus. L'iode jaunit ces spores et rend visible leur double contour. Mais sur les bourgeons, la paroi est difficilement visible. Leur contenu est en général fort réfringent; il ne se colore pas par le carmin. Le siège des spores est la surface de la couche cornée de l'épiderme, ou bien l'intérieur même de cette couche, que les nappes de spores divisent en feuillets qui peuvent ensuite se séparer les uns des autres. Les spores pénètrent dans les parties supérieures des follicules pileux, mais non dans les glandes sébacées. Il n'y a pas de tubes, peut-être parce que le milieu n'est pas favorable à leur développement. L'affection est contagieuse.
MOISISSURES (MUGEDINÉS.)
Mucor.
La plante qui a donné son nom à ce groupe hétérogène, est le Mucor Mucedo L. (Ascophora ilfttcedo)(fig.294;-298),Champignon que Ton attribue aujourd'hui aux Phycomycètes-Oomycètes. On l'obtient presque toujours en peu de temps en plaçant sous une cloche un morceau de pain humide. Il se développe très-bien aussi sur le fumier trais placé dans une atmosphère saturée d'eau. Il se compose d'un mycélium feutré, blanc, formé de tubes épais, ramifiés et irrégulièrement cloisonnés. A un certain moment, il s'élève du mycélium des filaments dressés, hauts de quelques centimètres, droits, non ramifiés, non cloisonnés, terminés par une tête globuleuse, d'un jaune brun, .
Fig. 294-298. — Mucor Mucedo. Plante fructifère. Mycélium. Sporange, avant et après la déhiscence. Copulation et formation des zygospores. Zygospore germant et émettant un filament fructifère.
qui se tourne le plus souvent vers les points éclairés. C'est un sporange qui d'abord n'est pas séparé de son pédicule. Mais plus tard il se forme une cloison transversale qui proémine fortement du côté du sporange. Sa saillie a été comparée à une quille à jouer. On l'a nommée la Colu-
melle, et elle est entièrement chargée de spores. Quand le sporange est mûr, il difflue dans l'eau, et il ne reste de sa paroi membraneuse que de petites aiguilles d'oxalate de chaux. Il renferme des spores, ou conidies, qui, après leur issue du sporange, se disposent assez régulièrement, à côté les unes des autres, dans un mucilage incolore qui les englobe. \ la hase de la columelle, le pédicule du sporange porte un petit anneau qui représente un reste de la paroi du sporange. Les filaments fructifère; renferment un phytohlasle pariétal, avec de fines granulations animées d'un mouvement de courant qui se produit dans le sens longitudinal. Dans les tubes du mycélium, il y a de nombreux et petits noyaux qu'on n'aperçoit qu'en les colorant. Quand le M. Mucedo est cultivé sur du fumier, il peut produire des zygospores noirâtres, formées par la copulation de deux filaments mycéliens renflés et claviformes. Quand elles sont devenues mûres et verruqueuses, ces zygospores présentent des taches circulaires, claires, qui répondent au point d'attache sur le filament producteur. Cette plante envahit beaucoup de substances organiques. Elle se trouve chez l'homme à la surface d'un grand nombre d'organes malades : la peau, les muqueuses, la conjonctive, le conduit auditif externe, les organes génitaux externes de la femme, les plaies négligées ou irriguées. Elle ne paraît pas dangereuse en elle-même et n'agit d'ordinaire que comme corps étranger.
Sterigmatocystis et Aspergillus.
Le Sterigmatocystis antacustira Cram. (S. niger. — Enro'ium nigrum De By — MoniliaÇ?) pulla Pers. — Aspergillus niger\. Tiegh.) (fig. 299, 300) est un autre Champignon inférieur, quia beaucoup occupé les physiologistes depuis que M. Raulin a institué avec lui des expériences souvent relatées, relatives à la nutrition des végétaux1. Il possède un mycélium formé de filaments radiés, très rameux, articulés. De ce mycélium s'élèvent des rameaux dressés, simples, continus, géniculés vers la base, surmontés d'un capitule fructifère qui se partage en nombreuses basides radiantes, pressées, allongées. Chaque baside supporte une chaîne de spores à peu près toutes égales, sphériques. verruq leuses, noirâtres, larges de 3.5 à 5 fi. On a observé cette plante sur un grand nombre de corps : du pain mouillé, de l'urine acide, des feuilles mortes, des solutions de sucre,
1. Il est à regretter que le « liquide Raulin » ne soit pas applicable à la culture de nos céréales : « L'échec, dit M Duclaux, tient à ce que le problème de l'alimentation minérale n'est pas résolu pour les plantes, tandis qu'il l'est pour ['Aspergillus. » Un peu plus loin, le même auteur dit qu'on a montré avec ce liquide « la possibilité d'obtenir dans un milieu purement minéral une récolte plus abondante et plus prospère que dans le milieu organique le mieux approprié ». Mais on ne conçoit pas très bien qu'on nomme <( purement minéral « un liquide qui, en dehors de l'eau, renferme, sur environ 80 parties de matière active, 70 de sucre candi.
d'acides tartrique et citrique, de tannin, des infusions de noix de galle, etc. On lui a attribué la transformation du tannin en acide gallique et englycose avec fixation des éléments de l'eau. Peut-être cette plante n'est-elle qu'une variété de YAspergillus nigrescens Ch. Rob. qui a été observé dans les sacs aériens d'un faisan phtisique. Chez l'homme, M. Wreden a observé sur le tympan, dans un cas d'otite grave, deux plantes qu'il a nommées A.
1 ii.. -l'J'J, 300. — Sterigmatocystis antacwlica. Port. Capitule fructifère.
flavescens et nigricans, variétés, a-t-ondit, de VA. ghiucus(A. capitatus Migheli. — Mucor glaucus L.). Celui-ci, de même que plusieurs autres espèces, se rencontre aussi dans les sacs aériens d'oiseaux malades.
On a déjà cité un assez grand nombre de cas d'Otomycnsis causés par des Sterigmatocystis. M. Cramer, le fondateur du genre (1859), a trouvé le S. antacustica dans le conduit auditif externe chez un homme atteint de surdité. En 1880, le D' Lœwenherg, a écrit un mémoire spécial sur les Champignons de l'oreille humaine, et il a décrit de nombreux cas <¥Otowycosis produits par des masses blanchâtres, membraneuses, lardacées, qui étaient formées de Champignons. Des taches noires, brunes et vertes se voyaient souvent dans la masse, formées d'amas de sporanges ou de spores. Il y distingua souvent aussi des filaments d'Aspergillées. On a décrit en Allemagne, sous le nom de Pneumomycosis aspergillina, une maladie du poumon dans laquelle cet organe renferme des Sterigmatocystis (Sluyter, Wirchow. Friedreich). Généralement, la maladie fut mortelle. La guérison a été obtenue dans le cas particulier (Rother) d'une
vieille femme qui rendait des crachats contenant des fibres élastiques et des faisceaux mycéliens contournés auxquels étaient mêléesdes spores. Les conidics s'y voyaient libres ou insérées sur leur support, rayonnantes dans diverses directions. Il parut certain que le Champignon était le Sterigmatocysiis antacustica(Eurotium nigrum de By). Les plantes disparurent peu à peu des crachats jusqu'à l'époque de la guérison. A l'autopsie d'une autre vieille, morte d'une pneumonie, on trouva un foyer à paroi d'un rouge sale, d'apparence alvéolée, large de 2 à 4 centimètres, avec les alvéoles dilatées et les parois criblées de mycélium de Sterigmatocystis. Des divisions bronchiques très tines contenues dans la cavité portaient principalement les Champignons, avec les spores insérées sur leurs supports. M. Bainier a décrit de nombreux Sterigmatocystis croissant sur diverses matières alimentaires. Il a vu sur des amandes douces, le -S. butyracea; sur des raisins moisis, les S. nigra, carbonaria, fuliginosa; sur des tonneaux de vin, des bouchons, des extraits végétaux, le S. glauca, blanchâtre ou parfois coloré en rouge par un parasite; sur l'orge et le riz, le S. usta ; sur des queues de cerises, le S. carbonaria; sur diverses solutions de sels organiques, le S. ochracea; sur du Semen-contra, le S. lutea • sur du carton et des girofles, le S. varia; sur du pain, le S. quercina; sur des semences de Staphisaigre, le S. fusca; sur d'autres substances, les S. arca, Helva, fuliginosa, qui sont de grandes espèces. M. Bainier a observé que ces diverses plantes ne se développent pas sur la glycérine, et il en a conclu qu'on pourrait empêcher l'altération de bien des conserves par des moisissures en y substituant la glycérine aux divers sucres. Les sucres sont en général bons antiseptiques; et cependant les Sterigmatocystis peuvent se développer dans des liqueurs très sucrées. M. Bainier ne croi pas, du reste, que les Sterigmatocystis observés chez l'homme malade soient la cause de la maladie. Pour lui, ils se produisent plus facilemen quand les tissus sont malades; et c'est dans les liquides albumineux de l'organisme, et non dans les tissus,qu'ils se développent, vivant aux dépens des sécrétions naturelles ou morbides.
Les Sterigmatocystis faisaient autrefois partie du genre Aspergillus de Micheli et n'en diffèrent que par leurs stérigmates, lesquels couvrent entièrement la sphère réceptaculaire, sont allongés et aigus au sommet et portent chacun un chapelet de spores. Quoique rapportées fréquemment aux Mucédinés, ces plantes affectent des relations étroites avec les Eurotium (de Bary). On croit aussi que certains Aspergillus ont pour sclérotes les plantes qu'on a nommées Papylospora. Les Aspergillus vivent mal chez l'homme, parce qu'au-dessus de 25°, la plupart d'entre eux s'arrêtent dans leur développement ou se détruisent. Quand on nourrit un Aspergillus avec du sucre et de l'acide tarlrique, il les consomme rapidement (Gayon), cl ne se comporte pas, par conséquent, comme les Sterigmatocystis. Au Japon, l'A. Oryzœ sert à fabriquer une boisson fermentée qui s'extrait du riz. Il sulïil de faire agir sur ce dernier une petite
TR
quantité de Koji, poudre verdàtre qui se développe bientôt sur le riz en un abondant mycélium. La fécule de riz se transforme ainsi en glucose et en alcool, et en secouant le riz chargé de Koji mûr, on obtient la poudre verte qui doit servir pour une opération ultérieure. Dans bien des cas (VOtomycosis. on a rencontré les A. flavusetfumigatus. La première de ces deux espèces peut se développer même dans le sang. Cultivée à 38-10°, celte plante pourrait devenir pernicieuse (Grawilz); fait qui a été contesté (Koch, GalTky). parce qu'elle se détruit à la température de notre corps. L'A. fumigatus n'est pas dans ce cas, et c'est lui, parait-il, qui nuit à l'homme (Lichtheim). Il s'est plusieurs fois développé dans le poumon humain et dans les sacs aériens des oiseaux. Quand il y pullule, il produit l'asphyxie. L'A. flavescens parait être dans le même cas.
Pénicillium.
Ce sont des Moisissures qui s'observent sur un très grand nombre d'objets exposés à l'air humide, et qui recouvrent souvent les matières
Fig. 301.
Pénicillium crustaceuin.
alimentaires d'une couche plus ou moins épaisse, d'un vert bleuâtre. Tel est le P. crustaceum (P. glaucum. — P. expansu m Link. — Mucor
crustaceus L. — Botrytis glauca Spreng.) (fig. 301), petit végétal arborescent, dont les branches s'élèvent d'un mycélium feutré, très rameux et très dense, blanchâtre. La teinte bleuâtre est due à un grand nombre de; conidies qui peuvent se semer et qui s'allongent en tubes cloisonnés. Dans un liquide nutritif, on obtient d'énormes masses de ce mycélium résistant. Mais dans l'air, un certain nombre de branches, plus ou moins rameuses, formées également de pbytocystes-lubules, séparés les uns des autres par des cloisons transversales, se chargent de fructifications normales. Elles se terminent par un bouquet verticillé de courts ramilles qui ont reçu le nom de basidesetquise terminent en une pointe fine nommée stérigmate. Celui-ci se renfle en sphère à son sommet et forme une conidie à évolution rapide. Sous cette première conidie se montre un second renflement qui devient à son tour une conidie, puis un troisième renflement, et ainsi de suite, de haut en bas. Il se produit ainsi un chapelet de conidies dont les supérieures se détachent en même temps qu'il s'en développe en bas de nouvelles. Les phytocystes du mycélium et de l'appareil conidifère renferment un phytoblaste finement granuleux et de nombreux noyaux qui se colorent par l'Iiématoxylène. Ils sont allongés suivant l'axe des phytocystes et reliés outre eux par des cordons grêles du phytoblaste. Il n'y en a qu'un seul ou un petit nombre dans les phytocystes courts, notamment dansles articlesde l'appareil conidifère, dans lesbasides et dans les spores. Dans certains milieux, le Pénicillium produit aussi des sphères jaunâtres, qui renferment des asques, et chaque asque développe huit spores dans son intérieur. Il a donc une forme thécasporée. De plus, dans des milieux non favorables, les appareils conidifères subissent des modifications considérables et deviennent plus ou moins monstrueux. C'est ce qui arrive dans l'espèce humaine, quand, accidentellement, le Pénicillium a pénétré dans des cavités telles que l'oreille externe, le vagin, etc. Il se produit de véritables tampons mycéliens qui obstruent les orifices, causent des troubles divers, et qu'il faut parfois extraire pour conjurer les accidents. La plante est souvent alors méconnaissable, tant ses diverses parties sont déformées. Elle peut longtemps encore, dans un milieu favorable, revenir à sa forme normale. Ses conidies conservent leur faculté germinative pendant un an. Elles peuvent germer à des températures de 1 à 48°; mais la température la plus favorable est celle deL22\ Cultivé entre 38° et 40,1e P.crustacenm peut devenir pathogène (Grawitz). En injectant une eau salée et chaude qui contient ses spores dans la jugulaire des animaux, on déterminerait leur mort en un ou quelques jours; ce qui a été contesté. La plante agit sur le tannin de la même façon que le Sterigmatocystis antacustica Cram.
En cultivant des sclérotes de cette plante dont le tissu central résorbé forme une cavité, on peut voir les parois de cette cavité bourgeonner et produire des filaments ascophores. Quoique souvent rapporté aux Mucédinés, le genre Pénicillium devra donc vraisemblablement être rattaché
aux Ascomycètes; et l'on voit par là combien les subdivisions de l'énorme groupe des Champignons sont encore incertaines.
Leptomitus
Rapporté d'abord aux Algues-Confervoïdées, ce genre a été ultérieurement classé parmi les Champignons-Phycomycètes et dans la division des Saprolégniés. Ceux-ci sont des Champignons aquatiques, qui se trouvent souvent sur le corps des animaux vivant dans l'eau, sur celui des insectes en décomposition, etc. A ce groupe appartiennent notamment les Saprolegnia, Dictyuclius, Aphanomyces, Pythium, Achlya (fig. 302), etc. Les Saprolegnia sont particulièrement caractérisés par des spores qui abandonnent le sporange où elles étaient contenues, demeurent quelque temps libres, puis s'enkystent pour redevenir ensuite libres et sous une forme différente. Le sporange vide donne ordinairement naissance à des Innovations. Ce sont d'ailleurs des plantes qui forment, au sommet des branches tubuleuses de leur mycélium, des organes sphériques, à l'intérieur de chacun desquels une ou plusieurs spores se produisent par fénna , ,, condation. Les Leptomitus ressemblent beaucoup aux
Fig. 302. — Achlyn „ .' ., , „ , .'
racemosa. Fécon- Saprolegnia; mais ils présentent de fréquents etrandation des oos- glemcnts sur leurs hyphes et leurs sporanges. Tels
r°!^'?-' Par ef qu'on les voit chez l'homme, les Leptomitus sont repréanthéridies, a, a l • l
(Pringsbeim). sentes par des filaments grêles et presque hyalins, à
articulations peu visibles et se fixant sur des corps organiques plongés dans des liquides. Le caractère générique consiste en filaments articulés, atténués au sommet, rameux, à articles creux et vaginiformes. Ce qu'on a appelé leurs sporidies sont latérales, rarement situées dans les interstices, et entourées d'une enveloppe transparente à laquelle on avait donné le nom d'Epispermium. On a admis six espèces de Leptomitus comme intéressant la médecine; mais plusieurs d'entre elles ont été considérées comme douteuses, ou sont très incomplètement connues.
L. de Hannover (Leptomitus (?) Hannoieri Ch. Rob.). — Cette espèce est formée de filaments droits, déliés, tantôt transparents, tantôt remplis d'un contenu muqueux ou grenu. Ces lilaments, très ramifiés d'un côté ou des deux côtés, ont des branches du même calibre, ou à peu près, que le tronc. Les extrémités sont obtuses ou un peu atténuées, quelquefois mais rarement un peu renflées. Hannover a découvert la plante en 1842, dans une masse en bouillie qui tapissait l'œsophage, lequel présentait des excoriations qui n'avaient déterminé aucun symptôme. Hannover a retrouvé
cette même espèce dans des cas de typhus, et l'avait considérée d'abord comme constituant une même forme végétale que les filaments mycéliens de YAchorion Schœnleinii. Il a décrit et représenté les filaments du Lepto mitas, entremêlés de spores, comme un mélange « de la forme végétale filamenteuse et de la celluleuse ». Le Leptomitus, ne possédant point de spores, fut dès lors considéré par lui comme se multipliant par division.
L. urophilus Mont. — Cette espèce forme de petites touffes, hautes de 2, 3 millimètres, hémisphériques, gélatineuses. Les troncs ou filaments principaux semblent naître d'un point central duquel ils s'irradient dans tous les sens; ils sont hyalins, très ramifiés dès leur base, et ils ont à peine 0mm 0075 d'épaisseur. Leurs branches sont étalées; les rameaux de troisième ordre sont ternes ou quaternés, obtus. Plus ils se divisent, et plus leurs ramifications sont ténues. Les articles sont d'une longueur variable : les uns aussi longs que larges; les autres une fois et demie plus longs qu'épais. On n'y a distingué aucune conidie; mais Montagne a aperçu au centre un espace orbiculaire transparent qui est peut-être, d'après lui, une gouttelette lmileuse (?). Rayer avait trouvé cette végétation dans une urine morbide, rendue avec des poils. Peut-être n'est-elle qu'un état imparfait, délormé par le milieu dans lequel elle a été observée, de quelque autre plante plus compliquée et susceptible de fructifier dans un milieu approprié.
L. (?) ocu i Kûch. — Cette espèce (?) apparut, à un grossissement de 200 diamètres, comme ramifiée, déchirée en quatre parties dont les portions consistaient en des cylindres confervoïdes et en séries de spores disposées en chapelets. Helmbrecht, qui l'a fait connaître, rapporte qu'elle a été découverte chez un prédicateur qui, quelques années avant, avait eu une inflammation rhumatismale des deux yeux, accompagnée d'épiphora. Il lui survint subitement, dans l'œil, la sensation d'un objet trouble, en forme de fleur, avec stries rayonnées; symptôme qui disparut sous l'influence d'une médication particulière, mais qui reparut ultérieurement, sous forme d'images constantes, se mouvant dans certaines directions. L'œil droit présentait eu même temps des images de mouches volantes. Helmbrecht et Klenke pensèrent qu'il s'agissait d'un corps situé au devant du cristallin et baignant dans l'humeur aqueuse. On supposa qu'à la suite d'une chute faite par le malade, le végétal avait été arraché de son point d'implantation, car ses mouvements devinrent plus libres. Par la ponction de la cornée, Helmbrecht fit sortir l'humeur aqueuse qui entraîna la plante avec elle, et le malade fut guéri. Neuber remarqua que ce point confirmait ce qu'il avait dit de la cause des taches et mouches volantes, à savoir qu'elles sont dues à une végétation parasite, analogue aux Algues, aux Conl'erves, et dont on pourrait débarrasser les patients en pratiquant la paracentèse de la chambre antérieure.
L. (?) epidermidis Cn. Rob. — Ce nom a été donné à des filaments
byssoïdes, « analogues à ceux du Muguet. » que Gubler avait observés sur des boulons déchirés, semblables à des vésicules d'eczéma, qui s'étaient produits sur une plaie de la main par arme à feu, soumise à l'irrigation continue. Ces filaments, très longs, plusieurs t'ois divisés, étaient moins distinctement articulés et moins diaphanes que ceux du Muguet. Il y avait toutefois des cloisons, beaucoup plus rapprochées même dans les branches secondaires et sur les extrémités terminales des filaments primitifs. « Les rameaux, ajoute l'auteur, naissent souvent d'un seul côté et se détachent à angles plus ou moins aigus, en s'incurvanl du côté de l'axe qui leur donne naissance. J'ai vu l'un deux terminé par un renflement cellulaire qui n'est probablement qu'une fructification naissante. Mais je n'ai pas rencontré de spores arrivées à leur entier développement qui fussent encore fixées sur les filaments byssoïdes. Toutes les sporidies nageaient librement dans l'eau que j'avais ajoutée pour l'examen. Ces sporidies, ellipsoïdes, droites ou légèrement courbes, sont coupées transversalement par une cloison qui les partage ainsi en deux cellules ou cavités. » Entre les éléments épidermiques, il se trouvait encore une matière finement granuleuse, paraissant servir d'humus à la plante.
L. (?) uteri Moq. (L. muci uterini Kucii. — Loreum uteri Wilkins.). — Dans l'ouvrage de Ch. Ilobin sur les végétaux parasites de l'homme, etc., M. Moulinié a donné la traduction d'un travail de Wilkinson, où sont décrits des filaments de nature végétale, mêlés de corpuscules ovoïdes ou sphériques. avec ou sans noyaux, qui furent observés dans un écoulement, sans globules de pus, mais d'aspect purulent, provenant d'un utérus. Ces filaments, au dire de l'auteur, étaient primaires et secondaires. Le diamètre de ces derniers variait « de -^- à JL de pouce ». Leurs bords
étaient pâles; leur longueur, variable. Ces filaments étaient tous un peu recourbés, jamais enroulés ni onduleux. L'action de l'acide acétique rendait leur structure plus évidente, et montrait qu'ils étaient formés de cellules allongées placées à la suite les unes des autres, comme dans certaines Algues d'eau douce. Dans beaucoup de ces filaments, toute trace de structure cellulaire avait disparu, par suite du progrès du développement; d'où leur apparence de libres simples. Ces filaments secondaires paraissaient, pour la plupart, provenir des filaments primaires par rupture; cependant, dans quelques-uns d'entre eux, l'apparition, vers leurs extrémités, de nouvelles cellules en voie de développement, fait supposer à l'auteur qu'ils pourraient bien avoir une existence distincte des suivants. Les filaments primaires ont un diamètre qui est de deux à six fois celui des secondaires. Les plus étroits offraient une plus grande longueur, et de deux à quatre filaments dans leur faisceau terminal. Vers l'extrémité tronquée des filaments primaires, quelquefois sur un point de leur longueur, on pouvait remarquer des renflements que l'auteur regarde comme destinés à remplacer des spores. Les « sporules » étaient généra-
CRYPTOGAMES CELLULAIRES. 2i9
lement ovoïdes, quelques-unes sphériques; celles-ci paraissaient plus petites. L'acide acétique y faisait souvent apparaître un noyau.
L. utericola Moq. (L. (?) uteri Kùch., nec Mon.). — Cette espèce, avons-nous dit. d'ailleurs douteuse, pourrait être avec avantage appelée L. (?) Lebertianus, pour éviter des confusions; car si elle est le L. (?) de l'utérus de Ch. Robin, elle n'est pas le L. utérin de Moquin qui répond au L. (?) du mucus utérin de Ch. Robin. C'est Lebert qui, en 1850, observa le végétal parmi des granulations du col utérin. Ch. Robin a représenté celte espèce comme composée de tubts pâles et plus étroits, de tubes plus larges, et de spores. Les tubes pales étaient ramifiés, sans cloisons ni granulations. Les tubes larges étaient articulés, quelquefois ramifiés, et se terminaient par des spores. Celles-ci consistaient en une cellule ovoïde-allongée, granuleuse, ou en une cellule ovoïde ou sphérique, terminée par un prolongement étroit, quelquefois cloisonné, qui d'abord communique avec la cavité de la spore, mais qui souvent ensuite en est séparé par une cloison.
Parles descriptions qui précèdent, on voit, comme nous le faisions déjà observer en 18G9, que les Leptomites observés chez l'homme sont pour la plupart fort incomplètement connus, et qu'en l'absence totale de leurs organes reproducteurs, on ne peut les rapporter qu'avec doute à ce genre. Probablement plusieurs de ces êtres ne sont que des états transitoires d'espèces végétales plus parfaites et mieux connues à leur état complet de développement, et qui, dans un milieu peu approprié, n'ont pu suivre toutes les phases de leur évolution. Qui voudrait môme affirmer aujourd'hui que ce sont des Saprolégniés ? La plupart viennent du dehors à l'étal de germes, soit par l'air, soit avec des liquides introduits dans les cavités naturelles. Leurs germes ne se développent qu'incomplètement, le milieu ambiant n'étant pas favorable à leur évolution. Ce n'est pas le végétal qui alors, suivant l'opinion de Wilkinson, détermine une maladie; mais c'est l'organe malade qui présente des conditions spéciales, favorables au développement de la plante. L'existence de celle-ci peut masquer les accidents de la maladie elle-même; elle peut l'aggraver en agissant comme corps étranger; elle n'en constitue qu'une complication. Souvent encore on ne peut attribuera la présence du Leptomitus lui-même aucun des accidents qui s'observent chez les individus dont le corps lui sert de support.