I-'ig. \i'ô. Russula emetica
Les Rassula doivent leur nom à ce que la couleur de leur chapeau est souvent roussàtre en dessus. Ce sont des Champignons à chapeau charnu, d'abord convexe, puis plan ou même déprimé. Leur stipe est fort, non cortiqué, lisse, spongieux à l'intérieur et se confondant avec le chapeau. Les lames sont rigides, fragiles, égales entre elles, souvent bifurquées ou anastomosées, dépourvues de suc laiteux. Les spores sont sphériques, blanches ou jaunâtres, â surface verruqueuse. Il n'y a ni voile, ni volva. Ce sont des plantes généralement sylvicoles.
Le R. emetica Fr. (fig. 123) est la plus célèbre des Russules comme dangereuse et toxique. Dans l'est, on le nomme Faux-Fayssé. Son chapeau est lisse, à bord mince et strié. Sa pellicule est d'un rouge plus ou
moins foncé : elle se sépare facilement, sur les bords, du tissu même du chapeau; et ce tissu est blanc, mais ordinairement plus ou moins teinté en rougeâtre sous la pellicule de la face supérieure. Le pied est blanc ou légèrement tacheté en rougeâtre, ferme, puis cassant, spongieux à l'intérieur. Les lames sont égales, libres et blanches. Les spores sont sphériques-apiculées, verruqueuses, blanches. Cette espèce est très commune dans les bois ombragés, en été et en automne. Elle n'a pas d'odeur; mais sa saveur est acre. Elle passe en général pour très vénéneuse; et Krapf, de Vienne, a observé que son principe toxique n'est détruit ni par l'ébullition, ni par la dessiccation.
Les Lactaires sont charnus, à trame vésiculeuse. mais ferme. Ils ont
Fie. 124. — Laclarius pyrogalus.
un chapeau déprimé ou ombiliqué, avec des lames simples, inégales, adhérentes au pied, lactescentes, sans volve ni voile. Les spores sont sphériques, verruqueuses, blanches ou jaunâtres. Le suc propre est laiteux, blanc, jaune ou rouge.
Le Lactarius pyrogalus Fr. (fig. 124), ou Lactaire brûlant, csl Y Agaricus pyrogalus Pers. C'est une espèce à stipe cylindrique, aminci tout d'un coup à sa base, rectiligne ou assez souvent courbé, dilaté en haut en un chapeau d'abord plan-convexe, puis déprimé au centre, glabre, d'un cendré livide, à zones concentriques plus ou moins marquées, un peu plus foncées. Les lames sont adnées-décurrentes. minces, distantes, d'un gris souvent jaunâtre. Les spores sont sphériques, à papilles échi-
nulées.de couleur blanche. Un lait blanc, à saveur très acre, découle des lames en quantité variable. L'odeur de cette espèce est à peu près nulle; elle croît en été et en automne, dans les bois ombragés. On s'accorde à la regarder comme très vénéneuse, et on l'a même déclarée le plus acre de tous les Agaricinés.
Le Lactaire roux (fig. 125) a la même réputation. C'est le Lactarius rufus Fit. (Agarims rufus Scop.), le Calalos ou Raffoult. Son pied est plein, puis légèrement creux, ferme et cassant, d'un brun rougeâtre, comme le chapeau qui est plan-convexe, puis déprimé autour du mamelon central, ou parfois même en entonnoir, glabre, brillant, non
Fie. 125. — Lactarius rufus.
visqueux. Les lames sont décurrentes-adnées, rapprochées, d'un brun plus pâle que le reste de la plante. Les spores sont blanches et verruqueuses-échinulées. L'odeur de ce Champignon est nulle; il est gorgé d'un latex blanc, insipide d'abord, puis d'une saveur acre et très brûlante. L'espèce est assez commune, l'été et l'automne, dans les bois de pins. Suivant bien des auteurs, c'est le plus dangereux des Lactaires. Le contact de son lafex avec la langue détermine après quelques instants une sensation brûlante des plus pénibles et des plus tenaces. On a malheureusement plusieurs fois confondu l'espèce avec le L. Volemus Fries, la Vachette ou Vio, Rougeole à lait doux, qui a la même forme, mais
qui est d'un jaune fauve et rotigeâtre, plus pâle, et dont le latex a une
saveur douce; de sorte qu'on peut le manger cru et qu'il est partout très estimé. On dit même que son latex constitue une boisson agréable.
Un grand nombre d'Agarics, sans être aussi incontestablement vénéneux que les espèces précédentes, sont cependant absolument suspects ou indigestes. Ce sont principalement les Agaricus villaticiis, obturatus, Corouilla, duriusculus, xanthodermns, tenuipes, peronatus, flavescens, rubcllus,sylvaticus, comatus, sqiiamosus, clypeolarius, cristatus,fastigiatus, rimosus, fastibilis, Badlurmi, viscidus, glutinosus, durus, elœodes, sublateritius, fascicularis, cruslu Uni form is , amaricans , rutilans, ustalis, platyphyllus, saponaceus, acerbus, sulfureus, bufonius, nebularis, davipes, inversus, œruginosus, nlbo-ryaneus , purus, pelianthinus, serrulatus, enclirous, lividus, cerrinus, prunuloides, lorminosus, theiogalus, insulsus, vellereus, contro versus, albus, eburneus, Cossus, furcatus, Qucletii, pectinatus, adustus, consobrinns, nigricans, fragilis, sardonius, ruber, inleger, ochraceus, geogenius, olearius, stypticus, atrotomentosus, urens, dryopltihis, etc., pour l'étude détaillée desquels nous ne pouvons que renvoyer aux traités spéciaux.
Bolets
Les Bolets (Boletus) sont des Champignons-Basidiosporés dont l'hyménium tapisse des tubes placés sous le réceptacle et accolés les uns aux autres. Leur mycélium, filamenteux, blanc ou jaunâtre, est apparent, ce qui les distingue surtout des Polypores. Le réceptacle se compose d'un stipe qui supporte un chapeau charnu. Il n'y a point à la base du stipe des débris de volve, comme dans les Agarics; mais il y a souvent un voile partiel, quoiqu'il soit très rare de voir celui-ci persister sous forme d'anneau vers la partie supérieure du pied. Les tubes hyméniaux couvrent la face inférieure du chapeau, et leurs pores sont de forme variable : arrondie, polygonale ou irrégulière. Sous l'influence d'une traction, les tubes se séparent facilement des autres et aussi du réceptacle. L'ensemble des bords inférieurs des tubes forme une surface d'abord concave, souvent ensuite plane ou convexe. Ces tubes sont souvent colorés d'une façon très intense, et tranchent par là sur la teinte blanche ou plus pâle du réceptacle. Il y a beaucoup de Bolets qui, déchirés, ou coupés, prennent vite, au contact de l'air, des teintes grises, bleues, vertes, rouges, brunes ou noirâtres. On les considère en général comme nuisibles, et il y a probablement là une exagération qui fait à tort rejeter des espèces comestibles. Portées par des basides insérées sur la surface interne des tubes hyméniaux, les spores sont en général allongées, fusiformes, blanches, jaunes, rosées, brunes ou grisâtres. Aussi Fries avait-il distingué les Bolets en
Dermini, Ochrospori, Hyporrhodii et Leucospori, suivant que leurs spores étaient brunes, ochracées, rosées ou blanches, hyalines.
Comme pour les Agarics, nous décrirons d'abord a\^j quelques détails les espèces de Bolets qui sont franchement vénéneuses.
Le Cèpe du diable (fig. 126) est le Boletus Satanas Lenz. Son chapeau est convexe, glabre, d'un brun jaunâtre pâle, à peine visqueux par les temps humides. Son pied est épais et bulbiforme, atténué au sommet, renflé à la base, et d'une teinte jaunâtre sur laquelle se dessine un tulle pourpré plus ou moins prononcé. L'hyménium, presque libre, est formé de tubes jaunes, à pores petits et arrondis, d'un rouge pourpre. Les spores sont oblongues, apiculées, jaunâtres. La chair est blanchâtre; au contact de l'air, elle devient rouge ou violacée; elle est inodore, et sa saveur
Fi G. 126. — . Boletus Satanas (h)
est douceâtre, non amère. C'est une espèce très vénéneuse, qui croit dans les bois en été et en automne.
Le Cèpe luride ou perfide (fig. 127) est le Boletus luridus Schjeff (B. tuberosus Bull. — B. rubeolarius Bull. — Tubiporus Cepa Paul. — T. livido-rubricosus Paul. —Ceriomyces crassusBxTT.). On le nomme encore Faux Cèpe, Oignon de loup, Ceps fol, Pissacan rouge, Ferrier, Bruguet fol, Cul de Saoumo, Massapareu. dans le Midi. Son chapeau est plan-convexe, tomenteux, d'un brun olivâtre, puis pâle, puis plus foncé. Son stipe est allongé-claviforme, d'un brun jaunâtre, marqué, surtout en haut, d'un lin tulle purpurin. L'hyménium, presque libre, est formé de tubes jaunes, puis d'un jaune verdâtre en vieillissant, à pores petits, arrondis, d'un rouge pourpré. Les spores sont oblongues, api-
culées, rostrées, jaunâtres. Sa chair, d'abord ferme, à peu près inodore, à saveur douceâtre, bleuit fortement dès qu'elle est exposée à l'air. L'espèce, commune dans les bois, sur les gazons ombragés, en été et en automne, est très vénéneuse; elle tue les animaux, et l'homme doit s'en abstenir. Il y a néanmoins des pays où on la mange, ce dont on a cité de nombreux exemples, qui se rapportent à la Sibérie, à la Prusse (Ascherson) et même à certaines localités françaises. Mais il est possible que la façon de la préparer atténue beaucoup le poison.
Le grand danger que présentent ces espèces, c'est qu'on peut les confondre et qu'on les confond souvent avec le véritable Cèpe, ou C. franc, C. d'automne, C. de Bordeaux, etc. (fig. 128), qui est le Boletus edulis Bull., la meilleure espèce du genre et celle qui se mange le plus. Celle-
Fig. 127. — Boletus luridus (il.
ci est caractérisée par un chapeau arrondi, puis presque aplati, glabre, et d'un brun fauve, assez souvent humide. Son pied est cylindrique dans le type de l'espèce, presque régulier, recouvert dans sa portion supérieure d'un tulle ou réseau à mailles fines, composé au jeune âge de fils blancs. L'hyméniumest formé de tubes étroits, allongés, presque libres, s'ouvrant inférieurement par des pores étroits, blanchâtres, puis jaunes, et finalement d'un jaune verdâtre. Les spores sont fusiformes, obtuses, olivacées. Cette espèce a la chair blanche, à odeur (de champignon) douce et assez agréable. L'espèce se trouve dans les bois clairs, sur les pelouses des avenues d'arbres peu ombragées, pendant l'été et l'automne, ordinairement â deux reprises distinctes : juillet d'une part, septembre de l'autre, avec des variations suivant les années. C'est un des champignons que
préféraient les Romains. On le mange frais et conservé de diverses manières, principalement desséché. Il a une variété à gros pied (pachypus), dont le stipe a la base renflée en forme de poire, et qui est très recherchée. Il ne faut pas la confondre avec le B. pachypus Fries, espèce
Fie. 128. — Boletus edulis.
très vénéneuse, dont le chapeau est d'un blanc jaunâtre pâle, et dont la chair blanchâtre bleuit au contact de l'air au niveau du chapeau, tandis qu'elle devient brune dans la portion inférieure du stipe. On peut considérer aussi comme de simples variétés du B. edulis, le Cèpe bronzé ou Tête de nègre (B. œneus Bull.), qui a un chapeau dur, d'un brun
presque noir, généralement bordé d'un bourrelet blanc, et un stipe bulbiforme, jaunâtre ou brun clair, réticulé, et le B. reliculatus Boud. (Cèpe d'été), qui a un chapeau d'un brun pâle, comme marbré, et un stipe de même teinte, réticulé jusqu'à sa base, et qu'on observe de mai à juillet, dans les bois aérés, surtout ceux de Chênes et de Châtaigniers.
Le Cèpe gris ou Bolet rude (Boletus scaber Pers.) et le Cèpe orangé ou Roussin (B. versipellis Fr. — ? B. aurantiacus Pers.), qui sont peut-être deux variétés d'une seule et même espèce, sont très voisins des Bolets précédents et s'en distinguent principalement par leur stipe bien plus allongé, plus ou moins chargé de papilles squameuses et brunâtres. Ce sont des plantes comestibles, moins bonnes que la précédente en ce sens que leur pied, surtout â un âge avancé, est coriace et doit être rejeté. Le chapeau, plus petit et souvent plus convexe, est visqueux dans les temps humides, d'une couleur grisâtre dans le B. scaber, d'une teinte orangée plus ou moins brune dans le B. versijiellis. C'est à tort que ces Bolets ont été indiqués comme suspects ou nuisibles. Ils sont comestibles, sans être recherchés; ils abondent dans les bois en été et en automne.
Comme il ne nous est pas possible de donner une description détaillée de tous les Champignons comestibles de notre pays, nous nous bornerons à reproduire la liste donnée récemment par deux auteurs très experts, MM. Bichon et Bose, des espèces qui peuvent être mangées et que ces auteurs divisent ainsi qu'il suit, en trois catégories :
lu Espèces très recommandables. — L'Oronge vraie, le Champignon de couche, la Boule de neige des champs, le Champignon sanguinolent, la Grande Coulemelle, le Grand Coprin (très jeune), le Mousseron, le Lactaire sanguin, la Vachette (surtout crue), l'Oreille du Peuplier, l'O. de Chardon, la Souchette, la Corne d'abondance du chêne, la Girole ou Chanterelle, la Chanterelle pourpre, la Trempette des morts et le Faux Mousseron, ces deux espèces comme condiments; la Nonnette voilée ou Cèpe jaune, la Nonnette ou Cèpe pleureur, le Cèpe d'été et le C. d'automne, le C. bronzé, la Croquette des Sapinières, le Hérisson, les Morilles, la Morillette blanche et la M. brune, les Truffes noires.
2° Espèces recommandables à divers titres. — L'Oronge vineuse, la Volvaire livide ou Grisette, la Boule de neige des bois, la B. des prés, la B. bâtarde, la Coulemelle bâtarde, la Petite Coulemelle, la C. chauve, la Caussetta de Nice, le Champignon du Peuplier, les Pivoulades, la Peuplière, le Précoce, la Colombette, le Gros et le Petit Pied bleu, le Mousseron d'automne, la Langue de carpe, le Mousseron des haies, le Prévat, le Palomet, le Charbonnier, le Bougillon, le Cèpe orangé, etc.
3° Espèces peu recommandables. — L'Oronge blanche, la Volvaire orangée, la Grande Souchette, l'Améthyste, le Lactaire poivré blanc, la Bussule pourpre, le Virginal, la Langue de bœuf ou Fistuline, les Coral- Ioïdes jaune et pourpre, les Lycoperdons, la Morille bâtarde, les Pezizes, etc.
Nous nous bornerons à donner quelques détails descriptifs sur quelques-unes de ces espèces, mais seulement, pour le moment, parmi celles qui appartiennent aux Basidiosporés.
Les Boules de neige doivent leur nom à la couleur extérieure et à la forme primitive de leur chapeau. La B. de neige des champs est le Psalliota arvensis Quel., très voisin du Champignon de couche. Elle est comestible, de même que la B. de neige des bois (P. Vaillanliï), la B. de neige des vignes (P. cretacea), la B. de neige des forêts (P. sylvicola), la B. de neige des prés (P. pralensis), la B. de neige niçoise (P. bitorquis) et la B. de neige bâtarde (Lepiota holosericea Gill.) ; tandis que la Fausse B. de neige (Psalliota xanlhoderma), dont le chapeau est blanc d'abord, puis chargé de fibrilles jaunâtres, est une espèce éminemment suspecte. Le Champignon sanguinolent (Psalliota hœmorrhoidaria Kalchbr.), qu'on a cru parasite sur les racines des Chênes, est une très bonne espèce comestible.
La Grande Columelle, Colmelle ou Coulemelle, est le Lepiota procera Quel. (Agaricus procerus Scop. — .4. colubrinus Bull. — Hypophyllum Columella Paul.). C'est le plus élevé de nos Champignons, car il peut atteindre plus de 40 centimètres. 11 a un chapeau ovoïde d'abord, puis campanule, à surface lacérée en squames épaisses, brunâtres ou même noirâtres, â bords frangés-tqmenteux. Le voile est replié sur le stipe, avec un épaississement inférieur cartilagineux et brunâtre. Assez commua dans les bois de Chênes et de Châtaigniers, ce Champignon est bon, fort estimé dans certaines provinces; mais il convient de rejeter son pied qui est un peu coriace et indigeste.
Les Mousserons sont de bons Champignons. Le véritable Mousseron est le Tricholoma Georgii Quel. (T. albellum Quel. — Agaricus Georgii Fr. — A. albellus Fr. - - Hypophyllum aromaticum Paul.). C'est le Blanquet, Maggin et Braquet du Midi, à chapeau arrondi, puis plan-convexe, souvent crevassé, blanchâtre ou grisâtre, à contours crevassés. Il a une variété jaune (Tricholoma gambassum Gill.), abondante surtout dans le sud de l'Europe. Le M. des haies est \'Entolo?na sepium, espèce du nord-ouest de la France, croissant sous les haies d'Aubépine et de Prunellier, au moins aussi estimé que le précédent, surtout à Poitiers. Le M. d'automne (Clytopilus Prunulus Quel.), un peu moins bon, se trouve dans nos bois sablonneux. Le Faux Mousseron (Marasmius Oreades Quel. — Agaricus Oreades Bolt. — A. tortiiis DC), le Macaron des prés, Sécadou ou Godaille, est une bonne espèce, quoique bien petite, commune en été et en automne sur les gazons des bois, du bord des champs, etc. Son chapeau est plan-convexe, d'un fauve brunâtre; et ses lamelles, distantes les unes des autres, s'anastomosent irrégulièrement autour du stipe dont elles sont d'ailleurs éloignées.
La Vachette (Lactaria Volemus Fr.) est assez semblable aux Lactaires délicieux. On la nomme encore Vian, Vélo et Rougeole à lait doux (p. 98).
Son chapeau plan-convexe, puis déprimé au centre, est d'un fauve rougeâtre. Son pied est pruineux, de même couleur que le chapeau, avec des lames découvertes et des spores blanches. Son lait est abondant, à saveur douce; aussi peut-on manger, même crue, nous l'avons dit, celle espèce qui croit en été et en automne dans les bois frais et ombragés.
La Girole ou Chanterelle (Canlharellus cibarius Fr.. — Agaricus Canlharellus L. — Merulius Canlharellus Scop. — Hyponevris Cantharellus Paul.) est une des espèces comestibles les plus communes. Son chapeau est de bonne heure très déprimé en entonnoir, d'un beau jaune ou chamois pâle, se continuant avec un pied court, de même couleur, souvent arqué, avec des lamelles écartées, anastomosées, portant des spores blanches. Crue, cette espèce a une saveur douceâtre, puis presque aussitôt piquante, poivrée. Son odeur est agréable. Elle est commune en été et en automne, dans les bois, parmi les mousses et les bruyères. Il faut se garder de la confondre avec la Chanterelle orangée (Cantliarellus aurantiacus Fr. — Merulius aurantiacus Pers.), qui abonde souvent dans les bois de Pins et Sapins, et qui a la même forme, avec un stipe flexueux, un chapeau à bord recourbé, légèrement tomenteux, une teinte orangée pâle, devenant blanchâtre; car c'est une plante des plus suspectes.
La Fistuline ou Langue de bœuf (Fistulina hepatica Fr. — Boletux hepaticus Huds. — B. Buglossum Pietz. — Dendrosarcos hepalicus Paul.) (fig. 129) est un gros Champignon, à chapeau latéral, fixé d'un côté sur le tronc des arbres, principalement sur les Chênes et les Châtaigniers, qui ressemble à un foie d'animal, de couleur rouge sanguin plus
Fig. 12J. — Fistulina hepatica (\).
ou moins intense, visqueux, avec ou sans pied unilatéral. L'hyménium est d'abord blanchâtre puis il présente des petits tubes cylindriques, nombreux, libres, clos d'abord, ensuite déhiscents par un orifice en rosette. Les spores sont d'un blanc jaunâtre, apiculées. Il y a souvent aussi de nombreuses conidies à la surface du réceptacle, arrêtant le développement du chapeau ou de l'hyménium (.1. de Seynes). La chair est rouge, à zones fibreuses, â saveur acidulée. Celte espèce est assez bonne à manger. Elle fournit aussi une glu, dite Glu de Chêne.
Polypores
Ce sont des Champignons-Basidiosporés qui sont caractérisés par un réceptacle charnu, coriace, subéreux ou ligneux, dont le tissu descend entre les tubes hyméniaux et forme avec eux une trame distincte, mais telle que les tubes ne se séparent facilement ni des réceptacles, ni les uns des autres. Ils s'ouvrent inférieurement par des pores d'abord à peine visibles, puis arrondis ou anguleux, souvent stratifiés. Les basides sont
Fie. 130. — Polyporus fomentarius. Coupe longitudinale.
portées par la surface interne des tubes. Il y a des Polypores dans presque toutes les régions du globe. Us sont parfois terrestres; mais la plupart sont fixés, souvent latéralement, surles troncs des arbres. Leurhyménophore est coriace, charnu, tubéreux ou ligneux. Les uns ont un pied central (Mesopus) et un chapeau entier, avec la base du pied de même couleur que le chapeau. D'autres ont un pied latéral et noirâtre à la base (Pleuropus). D'autres encore (Merisma) ne sont pas simples, mais présentent un pied commun d'où parlent des chapeaux multiples. Les Alpus ont un ou plusieurs chapeaux, mais manquent de pied. C'est à ce groupe qu'appartiennent
nos espèces médicinales. Dans les Trametes, l'hyménophore forme avec les tubes une trame homogène. Ce sont des espèces lignicoles, dimidiées ou résupinées.
Le Polypore amadouvier ou Agaric amadouvier (Polyporius fomentarius Fr. — Boletus arjulatusRuLL. — Fomes fomentarius FR.)(fig. 130) appartient à la section Apus, formée de Champignons simples ou qui ont plusieurs chapeaux partant d'une base commune, rarement droits, plus souvent horizontaux, et caractérisés, comme le nom l'indique, par l'absence de pied. Ce Champignon est donc sessile, latéralement attaché, au début un peu mou intérieurement, plus tard coriace ou ligneux, semi-orbiculaire ou subtriangulaire, assez souvent en forme de sabot de cheval, atteignant jusqu'à un demi-mètre de largeur. Sa surface supérieure est de couleur cendrée grisâtre ou ferrugineuse, avec des sillons radiants et assez souvent des zones brunes et parallèles aux bords. Sous son épiderme se trouve une sorte de zone corticale, résistante et d'un noir luisant. En dessous se voient les tubes hyméniaux, réguliers, très étroits, d'abord glauques, plus tard bruns ou ferrugineux, de même que la chair du réceptacle.
Celte espèce croît dans presque toute l'Europe, sur le tronc des vieux arbres, principalement des Quercinées, surtout les Chênes et les Hêtres. Il vit d'assez longues années, et de façon qu'à chaque belle saison s'ajoute une nouvelle couche de tubes hyméniaux aux anciennes. 11 y a donc des sillons courbes, plus ou moins accentués, qui séparent extérieurement ces diverses couches les unes des autres.
On emploie surtout cette espèce à la préparation de l'Amadou et de l'Agaric des chirurgiens. Pour cela, on enlève dessus et dessous la couche superficielle, la plus résistante, et on fait tremper le reste dans l'eau, puis on bat fortement afin de rompre les parties dures. Quand le tout est bien séché, on bat de nouveau jnsqu'à ce que la masse soit souple et moelleuse au toucher. En cet état, on recherche ce Polypore comme hémostatique, principalement pour arrêter le sang qui s'écoule des piqûres de sangsues ou des plaies de peu d'étendue. Il a été aussi proposé comme dilatant des trajets fistuleux. Quand on veut l'employer pour obtenir du feu avec le briquet, on le trempe dans une solution d'azotate de potasse, afin de le rendre plus combustible. Il est probable que de grandes plaques d'Amadou, appliquées sur les parties douloureuses du corps, seraient excellentes dans les cas d'affections rhumatismales et comme moyen préventif des douleurs.
Le P. soloniensis Fr., qui produit, dit-on, en Sologne un très bon amadou, n'est vraisemblablement qu'une variété peu connue et assez rare du P. fomentarius.
Le P. igniarius Fr. (Boletus obtusus ÛC. — Fomes igniarius Fr.) est VAgaric du Chêne, Boula, Esca, Sinsa des Languedociens, le Camparol d'amadou des Toulousains. C'est aussi une espèce molle au pre-
108 TRACTÉ m BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE.
mier âge, qui durcit avec l'âge, recouverte d'une mince couche flocculente, finalement blanchâtre. Sa surface est dure, inégale, de couleur cendrée, rouillée ou d'un fauve noirâtre. Les tubes hyménophores (fig. 131) sont courts, réguliers, blanchâtres, puis d'un jaune brun. La chair est d'abord de la consistance du liège, puis elle devient dure comme du bois. Les couches superposées qui forment la plante se voient bien sur une couche verticale et indiquent plus ou moins exactement son
âge. L'espèce croît communément sur les Peupliers, Saules, Chênes, Pruniers, etc. Son mycélium et ses spores sont toujours beaucoup plus blanchâtres que ceux du P. fomentafius.
L'Amadou qu'on en prépare est généralement trop rigide pour servir d'hémostatique. On ne l'emploie d'ordinaire que pour allumer et conserver le feu. On s'en est aussi servi pour teindre en brun, de môme que du P. hispidus Fr. L'espèce est pour ainsi dire cosmopolite.
On a fait aussi de l'Amadou très combustible avec le Racodium cellare Pers., trempé dans une solution d'azotate de potasse (Lenz). On pourrait employer de même le Buletus luridus (Palisot-de-Beauvois), le Polyporus betulinus Fr., usité de la sorte en Sibérie, le Bovista plumbea et le Lycoperdon cœlatum (Bulliard). Les gros Polypores servent à faire des sièges, des coussins, des nids artificiels, des vases â fleurs et même, en Angleterre, de bons cuirs à rasoirs. Le Polyporus officinalis Fr. est Y Agaric blanc, A. des pharmaciens, A. du Mélèze, A.purgatif(ûg. 135). C'est un Polypore sessile, latéralement attaché sur le tronc des Mélèzes, vivants ou morts, â chair molle ou plus ou moins coriace, devenant assez friable quand elle est desséchée, demeurant toujours blanche. Son chapeau très épais a â peu près la forme d'un sabot de cheval, large de 30-40 centimètres de diamètre, très épais, avec la face supérieure lisse, blanche, marquée de quelques zones jaunâtres ou brunes, peu prononcées, se gerçant avec l'âge vers la base; la face inférieure toute couverte de tubes nombreux, rapprochés, courts, jaunâtres, à orifice peu visible. Toute la plante a une. odeur de farine, qui disparaît plus ou moins complètement par la dessiccation, et une saveur assez amère. C'est surtout dans les Alpes, le Dauphiné, qu'on récolte cette espèce. Elle a été très usitée en médecine comme évacuant, provoquant desvomis-
FlG. 131. — Polyporus ujniarius.
Coupe longitudinale de la région hyméniale; b, basides avec spores; d, cystides; h, liyplia; s, hyménium.
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sements et des purgations. C'est aussi un vermifuge énergique. Dans les montagnes, on l'emploie beaucoup contre les maladies du bétail, surtout des moutons. C'est un succédané de la Noix de galle pour la fabrication de l'encre et la teinture de la soie en noir. Il n'y a pas longtemps qu'on vantait beaucoup ce Champignon contre les sueurs colliquatives des phtisiques. Braconnol et Bouillon-Lagrange attribuaient toutes ces propriétés à une résine acre qu'il contient en abondance. Cette espèce est préférable comme drastique, d'après Tromsdorf, au Jalap et aux Convolvulacées analogues. D'après V. de Bomare, sa poudre guérit les furoncles et les pustules du bétail. En Piémont, d'après Haller, on avalait un mor-
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Fig. 132. — Polyporus officinalis.
ceau de ce Champignon avec du poivre, pour tuer les petites sangsues qui avaient pénétré dans l'estomac avec l'eau des mares et des ruisseaux.
Les Craterelles appartiennent à l'Ordre des Auricularinés. Ce sont des Basidiosporés dont le chapeau est en général horizontal et lisse, parfois veiné, avec un hyménium intérieur, continu avec l'hyménophore. Le Craterella coniucopioidcs Pers. (Peziza comucojiioidcs L.) est connu sous le nom vulgaire de Trompette des morts (fig. 133, 134). Il a, en effet, la forme d'une trompette ou d'un entonnoir allongé. Son chapeau, d'un noir fuligineux, légèrement écailleux ou pelucheux, a des bords sinueux et réfléchis; il est pourvu en dehors de veines peu saillantes, anastomosées. Son
pied est creux jusqu'à la base, de couleur noirâtre. Par les temps pluvieux, on trouve cette espèce en groupes, sur la terre, dans les bois, en été et en automne. On la recherche peu, probablement à cause de sa couleur désagréable; elle est cependant assez bonne à manger.
Les Basidiosporés que l'on a nommés Aculéifères sont principalement les Hydnes (Hydnum) et les Dryodon. Les premiers ont un chapeau stipité, et les derniers sont dépourvus de stipe ou ramifiés.
Le Hérisson, Rigitorhe, Bnrbe de vache, Ursin ou Mouton, est YHydnum repandum L. (Hyppolhela repanda Paul.). C'est un Champignon à chapeau charnu, fragile, plan ou plus ou moins déprimé, dont le contour est irrégulier, et dont la face supérieure est blanchâtre ou jaunâtre. Sa face intérieure ou hyméniale est plus pâle, toute chargée de saillies pendantes, inégales, répondant à des plis irréguliers et sinueux
Fig. 133, 134. — Craterella Cornucopia, entier et coupe longitudinale.
de l'hyménium qui porte des basides à spores blanches, pyri"ormes et apiculées. On mange cette espèce qui a une saveur plus ou moins poivrée et une consistance coriace. On mange aussi les H. rufescens Pers. et imbricatum Fu., qui sont moins bons, mais non vénéneux.
Les Dryodon ont été détachés du genre Hydnum par M. Quélet. Le D. coralloides Quel., ou Corne de cerf, Cherelure blanche des arbres, Coralloïde des arbres, est fixé latéralement aux écorces et formé de ramifications flexueuses et enchevêtrées d'où pendent de nombreux aiguillons acuminés, formant une belle masse blanche, puis jaunâtre, couverte de basides à spores blanches. On le récolte en automne sur les tiges pourries des Noyers, Hêtres, Sapins, etc.. pour le manger, car il constitue un mets délicat. Le D. erinaceus Quel. (Hydnum erinaeeum Fr. — Hericium erinaceum Pers.) est la Houppe des arbres ou PenchiniUa. On l'a comparé à une épaulette blanche, puis jaunâtre, attachée latéralement au tronc des Noyers, des Chênes et des Hêtres, là surtout où leur écorce est
entamée. Il est fade, mais constitue un aliment agréable quand il est bien assaisonné.
L'H. gelatinosum Scop. est devenu le type d'un genre Tremellodon, h cause surtout de sa consistance gélatineuse. Il croît sur les troncs de Sapins dans les régions de montagne. Sa couleur est glauque, translucide ou un peu brunâtre. Son stipe est très court, latéral, et ses aiguillons sont peu nombreux. C'est une des espèces qui se mangent crues et sont alors rafraîchissantes, assaisonnées au sucre ou avec quelque sirop de fruits. On l'a indiqué aussi comme aphrodisiaque.
Les Clavaires (Clavaria) sont des Hyménomycètcs dont le réceptacle, simple ou plus ordinairement ramifié, arborescent ou coralloïde, charnu, est de couleurs très diverses, blanc, jaune, gris, rose, violacé, brun ou noir. Le tissu réceptaculaire est formé de phytocystes allongés, à peu près parallèles. Certains d'entre eux s'étirent beaucoup, ne sont pas cloisonnés, et renferment du latex. Le réceptacle est régulièrement recouvert de l'hyménium dont les basides sont munies de deux, trois ou quatre stérigmates. Les spores sont sphériques ou ovoïdes, blanches, jaunes ou rougeàtres. Ce genre est abondamment représenté chez nous, dans les près et surtout dans les bois. La plupart des espèces sont comestibles quoique souvent coriaces et indigestes.
Le C. Bolrytis Pers. (Fungoides coralliforme Dill.) est connu sous les noms de M (linotte et de Coralloïde pourpre (fig. 435). Son tronc épais, fragile, supporte des branches touffues, à rameaux courts, rapprochés, irrégulièrement dichotomes, de couleur rose pâle, avec les extrémités bifides teintées de rouge pourpre ou carminées. L'hyménium qui recouvre la surface des rameaux, est constitué par des basides à quatre spores oblongues.
Cette espèce, qui croît assez communément dans les bois frais en automne, a une odeur et une saveur agréables; elle est comestible.
On mange de même le C. flava Schott (Coralloides flava T.), ou Coralloïde jaune, Pied de coq, Balai, assez commun en automne dans les bois ombragés; tandis que le C. formosa Pers., la Coralloïde incarnate, d'un beau jaune orangé, teinté de rose, est tenu pour suspect, de même que le C. aurea Fr., la Coralloïde ochracée, qui se trouve d'ordinaire en automne dans les bois de Conifères.
Il y a peu de Champignons-Basidiomycètes cultivés en dehors du C. de couche. Cependant on a aussi cultivé le C. du peuplier (Pholiota Agerita
Fig. 135. — Clavaria Botnjtis.
Fries) dans le sud et le sud-ouest de la France. Il suffit, paraît-il (Desvaux), de frotter avec un individu bien mûr de cette espèce une large rondelle de Peuplier, épaisse de quelques centimètres, et qu'on enfouit dans un lieu frais et découvert, jusqu'à fleur de terre. En opérant ainsi au printemps, on est assuré, dit-on, d'avoir une abondante récolte en automne. En Italie, on désigne sous le nom de Pierre à champignons (Pietra fungaja) une masse de terre et de pierres, dans laquelle est englobé le mycélium du Polyporus tuberosus Fuies. C'est peut-être une simple forme de P. Pes Caprœ Pers. (Manne), qui est alimentaire dans les Vosges. On recherche beaucoup l'espèce aux environs de Naples ; on place dans des endroits chauds et humides, les blocs, souvent volumineux, de ce Pietra fungaja; on les arrose d'eau de temps à autre, et ils produisent tous les deux ou trois mois une abondante récolte d'excellents Champignons. Transportés dans le nord, ces blocs cessent bientôt de produire. On a souvent cité cette phrase de Bruyerin, médecin de François Ie': Qui ne verrait pas avec admiration des champignons sortir d'un fragment de roche, et qui, détachés de la pierre, sont tonte l'année remplacés par d'autres; car il semble qu'une partie de leur pédicule se pétrifie pour grossir la pierre qui en est ensemencée, phénomène qui nous découvre une vie d'un nouveau genre? » En Italie, on cultive encore, sur le marc de café torréfié, VAgaricus neapolitanus Pers.. qu'on recherche comme aliment. On s'est vanté d'avoir cultivé méthodiquement bien des espèces dont la reproduction n'était probablement due qu'au hasard.
Exidies
Les Exidia sont représentés par des expansions gélatineuses ou tremblantes, en forme de coupe, d'oreille, de lame corruguée, margïnée. La surface supérieure est plus ou moins sinueuse et ridée, recouverte de l'hyménium, avec des interstices lisses et non papilleux. La surface inférieure est veloutée. Par la dessiccation, ces Champignons prennent une consistance cornée.
L'espèce la plus célèbre comme médicament était Y Oreille de Judas (E. Auricula Judœ Fr. - Tremella Auricula Judœ L. — Hirneola Auricula Judœ Berk. — Auricularia Sambuci Pers.). C'est une plante ferme et élastique, formée de deux lames appliquées l'une contre l'autre, sessile, très irrégulière, avec, le plus souvent, une grande échancrure qui compléterait sa ressemblance avec le pavillon de l'oreille humaine. Sa largeur est de 5-9 centimètres. Sa surface supérieure, concave, glabre, mais veinée ou plissée, est d'un brun rougeàtre. Sa surface inférieure est plus pâle, subtomenteuse et pulvérulente, parsemée de veines divergentes et proéminentes. On trouve cette espèce sur les vieux troncs d'arbres, notamment sur celui du Sureau noir. C'était un médicament purgatif peu
usité et qui se trouve encore dans les pharmacies de plusieurs pays de l'Europe. Ses propriétés laxatives ont été mises en doute, parce que la plante est comestible. Rabelais en parle comme d'un aliment, un plat d'entrée qu'on assaisonnait en salade, « une sorte de Funges, issaux des vieux Suzeaulx ».
LE. glandnlosa Fr. est tinctorial ; il donne une belle couleur brune et
brillante.
Ces végétaux étaient jadis confondus dans le genre Tremella. Celui-ci
n'est plus formé aujourd'hui que de plantes aplaties, étalées et ondulées, ordinairement poisseuses, ou en masses plissécs, hyalines ou colorées, couvertes à un moment donné d'une poussière blanche que forment les spores. Le T. mesenterica Retz (fig. 136) est une espèce de couleur jaune orangé, ondulée-plissée, variable de forme et de taille, plus ou moins lobée, un peu coriace. On la trouve en hiver et au printemps, appliquée sur des branches d'arbres divers, exposées à l'humidité. Elle est comestible, et donne une sorte de couleur rouge bistrée qu'on a proposé d'employer en peinture.
Fig. 136. — Tremella mesenterica.
Phallus
On donne ce nom, et en français celui de Satyres, à des Champignons qui présentent, au sommet d'un stipe creux, un chapeau perforé à son sommet, pourvu d'un bord libre, et marqué à sa surface d'un réseau d'enfoncements polygonaux, excrétant une liqueur visqueuse qui englue les spores. Nous ne connaissons guère que le P. impudicus L. (fig. 137,138) ou Enfant du diable, Impudique, dont le pied atteint jusqu'à 15 centimètres de hauteur, et est percé à jour d'un grand nombre de pertuis irréguliers. Un large péridium, qui d'abord enveloppait tout le Champignon, persiste à sa base sous forme de gaine ovoïde, irrégulièrement rompue. Les enfoncements dont est creusée la surface du chapeau sont tapissés d'une gluverdàtre et d'une fétidité extrême, finalement résolue en liquide glaireux. L'espèce croît à la fin de l'été et en automne, dans les bois où son odeur atroce révèle de très loin sa présence. Elle attire les insectes qui se nourrissent de la glu des alvéoles. Son odeur dégoûtante empêche qu'on ne la mange, car il n'est pas certain qu'elle soit nuisible. Les bêtes fauves s'en nourrissent quand elle est jeune; les chats en sont, dit-on, friands. Mais on la considère dans les campagnes comme emménagogue et anli-
hystérique. On la fait sécher pour l'administrer en poudre aux bestiaux en qualité d'aphrodisiaque. On l'a jadis vantée contre la goutte et les rhumatismes. On dit qu'on peut la cultiver en semant ses spores dans des endroits herbeux. Le P. caninus Huds. est devenu le type d'un genre Cynophallus, parce que son chapeau non perforé est inférieurement adné et adhérent au stipe. Il croît parmi les feuilles mortes.
Fig. 137, 138. — Phallus impudicus. Plante avant et après la rupture du péridium, do;it f est l'enveloppe externe, et d la membrane] interne, a, cavité du pied; b, sa paroi; c, l'appareil sporitere.
Le Clathrus canccllatus L. (fig. 139) est une plante méridionale, que nous avons vue se développer une fois près de Paris sur des Cannes de Provence récemment apportées du Midi, et qui est remarquable par sa tunique extérieure formée de rameaux charnus et anastomosés en treillage, d'une couleur rouge très vif, avec des mailles irrégulièrement losangiques. Leur surface sécrète de toutes parts un liquide d'odeur infecte qui tombe en déliquescence et entraîne avec lui les spores. Sa base est entourée d'une volve blancbe qui d'abord enveloppait la plante entière. C'est un poison narcotique, et. l'on croit encore, dans les campagnes des Landes, que son contact donne des cancers. Son odeur de charogne attire les mouches en foule. On pense qu'il est dangereux de demeurer quelque temps dans une
chambre où séjourne ce Champignon (Badham). Ayman rapporte qu'une femme qui en avait mangé un fragment, éprouva une tension hypogasfrique
Fig. 139. — Clatltrus cancellatus.
douloureuse et fut prise de violentes convulsions, puisqu'elle perdit la parole et demeura assoupie pendant plus de cinquante-deux heures. Elle ne guérit qu'au bout de quelques mois. Les paysans cachent ce Champignon
sous des tas de feuilles mortes, afin que personne ne le touche et ne s'expose ainsi à contracter « la gale ». Il y a sans doute beaucoup d'exagération dans tous ces récits, et l'odeur repoussante de cette espèce fait que personne n'est tenté de l'essayer comme aliment.
Les Phalloïdes renferment encore un sucre qu'on a proposé d'utiliser.
Lycoperdon
Ces Champignons, souvent nommés en France Vesseloups, sont des Gastéromycètes à péridium double, de forme globuleuse, membraneux, chargés de petites verrues. Leur chair intérieure, blanche et ferme quand elle est jeune, devient finalement une poussière verdàtre ou jaunâtre qui est entremêlée de filaments. Quand le péridium est mûr, il s'ouvre généralement au sommet et laisse échapper par celte ouverture la poussière qu'il contient et qui est en majeure partie formée despores.
Le L. gemmatum Batsch (fig. 110) est une des espèces les plus communes de notre pays. Elle représente une sphère de 4-0 cent, de diamètre, blanche, puis jaunâtre ou brune, qui se prolonge intérieurement en un pied plus ou moins long et qui est recouverte de verrues ou papilles fragiles, plus ou moins proéminentes, parfois très saillantes ou même divisées à leur sommet. Cette plante est commune dans les bois et les friches en été. Son odeur est assez agréable ; et quand elle est jeune, on l'emploie comme aliment dans bien des campagnes. Mais quand sa chair s'est transformée en poussière brunâtre, elle passe, à tort ou â raison, pour dangereuse. Elle n'est d'ailleurs pas comestible en cet état. Mais on a vu des ophtalmies graves produites par celte poussière projetée dans les yeux, et l'on assure qu'elle provoque des éternuments violents et même des hémorragies nasales.
LeL. giganteum Batsch, ou Vesseloup des bouviers, Boulet d'Agnel des Languedociens, a été l'objet d'un grand nombre de fables relatives â ses dimensions énormes et à la rapidité de sa croissance. Le fait est que cette espèce se développe en quelques jours, mais non en quelques instants, et que son diamètre peut atteindre 3 ou 4 décimètres, mais rarement davantage. Son péridium est blanc d'abord, fragile, lisse, plus souvent plucheux ou floconneux. Il devient ultérieurement jaunâtre, puis cendré. Sa chair, alors qu'il est comestible, est blanche et ferme. Plus tard elle devient pulvérulente, jaunâtre, verdàtre et ultérieurement
Fig. 140. — Lycoperdon gemmatum.
grisâtre j puis brune, alors que le péridium se crevasse el s'ouvre en haut en aréoles irrégulières. Il ne reste finalement que la hase spongieuse de la piaule. Celle-ci peut servir à préparer une sorte (l'amadou. En Finlande, on récolte sa poussière pour la faire prendre dans du lait aux jeunes bestiaux atteints de diarrhée. Elle est aussi employée en teinture. C'est un hémostatique populaire; elle sert encore aujourd'hui, en Angleterre et ailleurs, contre les coupures el les épistaxis. Du temps de Valniont de Bomare, les barbiers allemands avaient toujours de cette poudre dans leur boutique pour arrêter les hémorragies produites par leurs rasoirs. On aurait même, d'après Lafosse, conjuré une hémorragie produite chez le cheval par une plaie de l'artère crurale qu'on aurait comprimée avec un morceau de Lycoperdon chargé de sa poussière intérieure. Il n'y a peut-être eu là qu'une action mécanique. Ascherson a donc proposé ce même remède chez l'homme contre les cas d'hémorragies gangreneuses. On a encore affirmé que les Lycoperdon brûlés produisent une fumée anesthésiante qui stupéfie les abeilles dont on veut récolter le miel sans les tuer. Berkeley aurait vu cette fumée substituée avec succès au chloroforme, et Richardson aurait anesthésié des chiens pour plusieurs heures en les soumettant à l'influence de cet agent. Cordier n'a produit sur lui-même, à l'aide de ce procédé, qu'une céphalalgie peu persistante. Le L.cœlatum Bull, passe pour avoir toutes les propriétés duL. giyanteum. A Java, la poussière de L. Kakava Lév. sert au traitement des coliques flatulentes. Beaucoup d'autres Lycoperdon sont considérés comme comestibles dans leur jeune âge.
Le L. carcinomale, espèce de l'Afrique australe, est devenu pour Fries le type du genre Podaxon. Au Cap, d'après Badham, on l'applique topiquement sur les ulcères cancéreux.
Les Scleroderma diffèrent avant tout des genres précédents par leur péridium simple. 11 se déchire irrégulièrement et laisse voir sur toute sa surface intérieure des flocons adhérents, formant des veines distinctes dans la masse intérieure. Les spores sont grosses et granulées. On trouve communément en automne, principalement à la lisière des bois, le S. vulgare Fr. (S. auranlium Pers. — -S. citrinum Pers. — Lycoperdon aurantium Bull.), dont la surface est tuberculeuse ou simplement aréolée, de couleur jaune citron ou jaune brunâtre. A sa base est une houppe radiculaire, et sa paroi se perce de trous par lesquels sortent des spores brunes. Sa chair intérieure est blanche et peut alors se manger; mais plus tard elle devient de couleur ardoisée, puis brune, et passe alors pour vénéneuse. Le S. verrucosum Pers. (Lycoperdon verrucosum Bdll.), large de 4-9 centimètres, légèrement stipité, fauve ou jaunâtre, parsemé de verrues brunes, est aussi blanc à l'intérieur dans le jeune âge; puis il devient pulvérulent et d'un brun pourpre. Il passe alors pour vénéneux, mortel même, d'après Vaillant. Sa poussière intérieure, lancée dans les yeux, produit, dit-on, de violentes ophtalmies.
Tous les Champignons qui viennent d'être étudiés jusqu'ici ont été rapportés à la grande division des Basidiomycètes dont nous pouvons maintenant, d'une façon synthétique, examiner les caractères d'ensemble. Tous ont un réceptacle fructifère relativement grand; tous croissent presque exclusivement sur le sol ou sur des matériaux végétaux plus ou moins décomposés. Ils ont un mycélium filamenteux, filandreux, affectant la forme de fils plus ou moins fibreux, de phytocystes-tubules, ou bien membraneux, s'étalant en lames variables. Les tubules du mycélium sont cloisonnés en travers, et généralement ils s'étendent en se ramifiant dans tous les sens et dans des limites relativement larges. Presque toujours ce mycélium, partant d'un centre primitif, là où la spore a commencé de germer, se développe dans l'ordre centrifuge; très souvent vivace, passant plusieurs années l'hiver pendant lequel il est plus ou moins au repos, et émettant une ou plusieurs générations de réceptacles fructifères dans le cours d'une saison chaude. Rien n'est plus variable que la forme des réceptacles fructifères. Nés ordinairement dans le substratum et en très grand nombre, ils peuvent s'élever plus tard audessus de lui. Ces réceptacles ont, comme nous l'avons dit à propos des Agarics, un certain nombre de phytocystes qui supportent les spores et qui sont les basides; et celles-ci sont réunies dans une couche spéciale, l'hyménium. Une baside termine, en réalité, une branche, un rameau des hyphes du réceptacle contigus à l'hyménium; et nous savons que la baside porte le plus souvent quatre spores, formées d'un seul phytocyste dont la forme, la coloration, l'état des surfaces, etc., présentent les plus grandes variations.
L'ensemble des Basidiomycètes se partage en Hyménomycètes et en Gastéromycètes.
Chez les Hyménomycètes, l'hyménium recouvre la face extérieure de réceptacles qui affectent les formes les plus diverses, mais qui manquent très rarement en totalité.
Chez les Gastéromycètes, au contraire, l'hyménium occupe l'intérieur d'un réceptacle fructifère fermé ou qui du moins l'est au début, présentant une forme à peu près sphérique et ne laissant alors rien voir de l'hyménium.
On a comparé les réceptacles fructifères des Hyménomycètes à une foule d'objets divers : chapeaux, ombrelles, écuelles, calices, disques, coussins, croûtes, sabots, massues, buissons, etc. Certains de ces réceptacles sont sessiles ou acaules, et d'autres ont un pied, parfois très long. L'hyménium peut les revêtir sur toute leur surface libre, ou bien seulement sur des portions déterminées, et il constitue une couche membraneuse, caractérisée par la présence des basides dont le grand axe est perpendiculaire ou à peu près à la surface qui les porte. Souvent aux basides sont interposés d'autres phytocystes non sporifères. ordinairement plus grêles que les basides ; ce sont les paraphyses. Mais souvent on
y voit aussi des cystides, grands phylocystes vésiculcux, également stériles (fig. 131).
Parmi les Hyménomycètes, nous trouvons comme groupes secondaires intéressant la médecine : les Àgaricinés, Polyporés, Hydnacés, Clavariés et Trémellés.
Quant aux Gastéromycètes,ce sont des Basidiomycètes. Leurs réceptacles fructifères fermés sont plus ou moins globuleux, principalement au début, et ils représentent une sorte d'écorce, très épaisse le plus souvent, qui a reçu le nom de Péridium. On distingue ordinairement un péridium externe et un péridium interne, c'est-à-dire deux coucbes de structure différente, formant ainsi enveloppe à une masse intérieure, qui est la Gléba. Celle-ci est partagée en un grand nombre de compartiments irréguliers que tapisse intérieurement l'iiyménium. Les cloisons de séparation de ces compartiments sont constituées par des fibres longitudinales centrales qui donnent naissance à de nombreuses brandies, généralement courtes, sinon plus ou moins repliées sur elles-mêmes. Ces brandies se portent vers la surface de la cloison et s'y terminent en basides. Ailleurs elles dépassent les cloisons, pénètrent dans les compartiments de la gléba, s'y allongent et s'y ramifient et portent là les basides au sommet de leurs rameaux. La forme des basides est variable, mais elle n'est pas généralement la même que celle des basides des Hyménomycètes. Chaque baside porte généralement de deux à dix spores; on a dit qu'en moyenne le nombre était de huit. Il y a donc là une sorte de transition entre le mode de disposition des spores dans les Basidiomycètes et dans les Ascomycètes où nous allons voir les spores renfermées dans des sacs analogues à ceux des Lichens.
ASCOMYCÈTES
Sous ce nom, ou sous celui de Thécasporés, on désigne des Champignons dont les spores sont renfermées, au nombre le plus souvent de quatre à huit, dans de grands sacs daviformes ou sphériques, nommés Asques ou Thèques. Outre les véritables réceptacles fructifères, ce groupe possède très souvent des Cotiidiphores, des Pycnides et des Spermogoaies.
Les Ascomycètes ont un mycélium dont les tubules sont cloisonnés entravers. Leur réceptacle fructifère, dont la formeest extrêmementvariable, vit sur le sol, dans le sol, sur des débris végétaux ou dans des plantes vivantes; et le Champignon n'atteint dans ce dernier cas son complet développement que dans la plante attaquée ou dans la partie de la plante attaquée et morte. Dans les asques, les spores naissent par formation libre de phylocystes à l'intérieur. Le plus souvent les asques sont réunis en un hyménium. Celui-ci peut occuper l'intérieur des réceptacles fructifères; c'est le cas des Pyrénomycètes. Ou bien il en occupe la surface extérieure;
ce qui arrive dans les Discomycètes. Les spores sont des phytocystcs à une cavité, ou pourvus de deux, trois, ou d'un nombre supérieur de cavités séparées les unes des autres par des cloisons. La coloration des spores est variable, de même que leur forme, sphérique, ellipsoïde, en baguettes ou ■ en filaments, etc.
Il y a des Ascomycètes relativement très simples, dans lesquels le mycé lium se ramifiant, ce sont ses branches qui portent les asques; et ceux-ci ne sont pas, dans ce cas, bien entendu, produits dans un réceptacle fructifère.
On connaît des Ascomycètes, tels que certains Peziza, Pénicillium, Eurotium, E?*ysiphe, chez lesquels les réceptacles ne se développent qu'après une fécondation effectuée sur le mycélium. Les organes qui participent à cette fécondation sont ordinairement un Ascogone, organe femelle, en forme de brandie plus grande et plus épaisse, parfois enroulée en spirale, et un Pollénode, organe mâle, en forme de rameau plus petit et plus ténu. Quand il y a eu contact de ces deux sortes de rameaux, la fécondation étant effectuée, il se produit un tissu provenant des portions contiguës du mycélium, tissu qui enveloppe les organes des deux sexes et constitue le réceptacle fructifère. C'est à l'intérieur de celui-ci que l'ascogone se transforme en un corps qui contient les asques.
Les conidiophores, ordinairement développés avant les réceptacles fructifères, peuvent être des rameaux du mycélium qui s'élèvent perpendiculairement à la surface du subslratum et qui se divisent où non en ramules. Ou bien ce sont des stromas, épais ou minces, gélatiniformes, ou durs, cornés même, de couleur variable, souvent foncée, portant des Conidies.
Les spermogonies sont des réceptacles clos dans l'intérieur desquels se voient des petites baguettes en grand nombre, desquelles se détachent de petits phytocysles, comparables à des spores et qu'on nomme Spermaties. Leur forme est souvent allongée, droite ou arquée, en bâtonnet ou en faucille. Il y a souvent une petite ouverture au sommet de chaque spermogonie. Par là sortent les très nombreuses spermaties, entourées d'une goutte ou d'une longue traînée de mucilage. Ailleurs les spermaties sortent de la spermogonie par des déchirures irrégulières et voisines de son sommet.
Les pyenides ont été souvent comparées aux spermogonies. Elles s'en distinguent principalement en ce que leur contenu est formé de phytocystes sporiformes plus grands, d'ordinaire ellipsoïdes ou claviformes, presque toujours teintés de brun, uni- ou pluriseptés. Ce sont les Stylospores. Il est très difficile de distinguer nettement les pyenides des spermogonies : il y en a d'ailleurs qui contiennent à la fois des spermaties et des stylospores.
Morilles
Les Morilles (Morchella) sont des Ascomycèles à pied creux, supportant un chapeau également creux, ovoïde, conique ou globuleux, à sommet imperforé, à surface semée de dépressions séparées par des nervures anastomosées et relevées. Les dépressions constituent de larges
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Fie. 141, 142. — Morchella esculenta, entier et coupe longitudinale.
alvéoles que revêt l'hyménium. Celui-ci est formé d'asques contenant le plus souvent huit spores el s'ouvrant au sommet par une petite calotte, entremêlées de paraphyses à divers degrés de développement.
La M- comestible (Morchella esculenta Pebs.), ou Mourchelon, Mourillon, Ambourige, Mérigole (fig. 1 il-143) est la plus connue et la plus usitée des espèces de ce genre. Elle a un pied ordinairement cylindrique, assez épais, lisse, d'un blanc pale, el un chapeau ovoïde, conique ou
presque globuleux, assez souvent déformé, à bords adhérents au stipe, et creusé d'alvéoles irrégulièrement polygonales, inégales. Les alvéoles, d'abord d'un blanc grisâtre, deviennent plus tard jaunâtres, puis d'un brun foncé ou noirâtre, selon les variétés. Aux paraphyses sont quelquefois mêlés des corps ramifiés dont certaines branches portent des renflements conidiens. La plante croit au printemps dans les gazons, les
Fig. 143. — Morehella esculenta. Thèques et paraphyses.
bois. C'est un aliment recherché, vanté comme analeptique et même comme aphrodisiaque. Son odeur est légère, mais assez agréable.
Les M. deliciosa Fries et conica Pers. ont les mêmes qualités. On mange aussi le M. se mi-liber a DC, dont on a fait le type d'un genre Mitrophora, distingué par un chapeau conique à base libre, avec une membrane spéciale qui relie le stipe au chapeau. C'est le Morillon, souvent plus commun, mais moins estimé que les Morilles proprement dites.
Les Helvelles sont voisines des Morilles et comestibles comme elles. Ainsi, l'on mange YHelvella crispa Fr., ou Morillettc blanche, qui a un
chapeau membraneux, découpé de cinq ou six lobes alternativement dressés et réfléchis, à surface supérieure blanchâtre et veinée-ondulée, à surface inférieure brune ou fauve. L'hyméniuni recouvre la face supérieure et est formé d'asques cylindriques el de paraphyses filiformes. On emploie également Y H. lacunosa Fr., ou Morillette brune, qui a un chapeau en forme de mitre, à deux ou quatre lobes, et VIL Monachella Fit., ou Capuchon de moine, qui se trouve au printemps dans les prairies et les forêts sablonneuses, et qui a un chapeau crispé et ondulé, à trois ou quatre lobes réfléchis, fauve, puis noirâtre. Les deux autres espèces ci-dessus indiquées sont des plantes du printemps et de l'été.
Les Pezizes sont également des Ascomycètes, très souvent comestibles, mais peu volumineux et parlant peu recherchés. La P. Ciboire (Peziza Acetabulum L. — Boletîis calyciformis Batt. — Acetabula
Fig. 144. — Peziza Auranlia.
Fig. 145. — Peziza œnotica.
vulgaris Fùck.) est l'une des plus grandes, car elle peut atteindre huit centimètres de hauteur. File a la forme d'une coupe brune, parsemée de veines blanchâtres, anastomosées et réunies à la base en un pied court, assez dur. Toute sa face concave est tapissée par l'hyménium. Le P. cochleata L. doit son nom â ce que ses bords sont contournés en hélice ; il est de couleur livide et bistrée. Le P.Aurantia Pers. (fig. 144) doit son nom â la belle couleur orangée de sa concavité. Ses spores sont de la même couleur. On pourrait manger cette espèce automnale, qui est généralement négligée. C'est, à ce qu'on rapporte, la vue de la P. orangée qui, frappant d'admiration Persoon, le plus célèbre mycologue de notre pays, le décida â entreprendre l'étude des Champignons. Le P. badia Pers. est comestible, de même que les P. leporina Batsch, macropus Pers., œnotica Pers. (fig. 445), vesiculosa Bull., etc.
La Pezize noire de nos campagnes est le Bulgaria inquinans Fr., qui a une consistance gélatineuse, épaisse, élastique, une couleur noi-
12i TRAITÉ DE BOTANIQUE MÉDICALE CRYPTOGAMIQUE.
râtre, et qui croît sur les arbres morts, principalement sur les Chênes abattus au printemps et surtout en automne. Son hyménium est lisse et persistant, avec des spores noires. Sa saveur est peu agréable. On rapporte cependant qu'en 18 10, les troupes russes campées en Lorraine en faisaient une grande consommation. Elle n'est pas dangereuse, en tout cas; mais elle tache en noir les mains et les linges, et on a proposé pour celte raison de l'employer à préparer un substitutif de la sépia.
Fie. 146. — Pes&iza convexula. sh, couche sous-hyménialc ; «, b, c, d, e, /", asques entremêlées de parapJiyses. Quelquesunes d'entre elles sont stériles et intermédiaires comme développement aux asques fertiles et aux parâphyses (Sachs).
Fig. 117. — Pe&i&a confluens.
Appareil copulateur : A, au moment de. la fécondation; R. après la fécondation; en h se forment les filaments qui constitueront le réceptacle fructifère (Tulasne).
Nous citons ici, à cause seulement de leur apparence extérieure, car ils appartiennent aux Gastéromycètes, des Champignons dont le péridinm est fermé de toutes parts, au moins dans son jeune âge. A cette classe appartiennent entre autres les Bovista, les Geaster, les Lycoperdon, les Scleroderma, les Elaphomyces, les Tuber, les Terfezia, etc.
Les Bovista sont globuleux, avec un péridium double, chartacé et persistant. Il présente une sorte d'écorce qui se desquame finalement en écailles aplaties. L'intérieur du péridium est tapissé uniformément d'un Capillitium, et les spores sont pédiculées. Le B. plumbea Pers. (Lycoperdon plumbeum Vittad. — L. ardusiacum Bull.) représente une sphère de 3-4 centimètres de diamètre, qu'on trouve en automne dans les pâturages et qui a un péridium double : l'extérieur blanc, se détruisant bientôt totalement ou en partie; l'intérieur papyracé et lisse, devenant à la
maturité de couleur de plomb. La chair intérieure est de couleur citrine, puis d'un brun fauve, aussi bien que les spores. Ce Champignon est comestible quand il est encore jeune et ferme. Peut-être n'est-il qu'une variété du II. nigrescens Pers. (Lycoperdon globosum Tîolt.), qui a aussi une couche externe du péridium blanchâtre et se détachant par lambeaux, tandis que l'intérieure devient noire, avec une chair d'un pourpre brun. Cette plante habite les prés en automne. Elle se mange quand elle est jeune. En Angleterre, sa poudre est employée comme hémostatique. Les Geaster ont aussi un double péridium ; mais l'extérieur se scinde à la maturité en lobes qui s'étalent à la façon des branches d'une étoile, tandis que l'intérieur s'ouvre irrégulièrement dans sa portion apicale et
Fig. 148, 119. — Geaster hygrometricus. Plante avant et après l'épanouissement de l'enveloppe extérieure du péridium.
laisse échapper une poussière abondante, formée des organes reproducteurs. Le G. hygrometricus Pers. {Lycoperdon stellatum Bull.) a été compare à une lanterne (fig. Ii8, 149). Son péridium externe s'étale ou se referme suivant que le temps est sec ou humide; de sorte que la plante peut servir d'hygromètre. Les lobes sont épais, coriaces, d'un brun marron, au nombre de six ou sept. Le péridium interne est sessile, de couleur marron plus ou moins clair ou grise, et subréticulé. On trouve assez communément cette espèce en automne dans les bois sablonneux. La poussière contenue dans son péridium interne est fine, très inflammable et peut se substituer, dit-on, à celle des Lycopodes. On peut encore employer aux mômes usages les G. lifnb atus Fr., duplicatus Chev., fimbriatus Fr. et rufescens Fr.
Truffes
Ces plantes ont donné leur nom à l'ordre des Tubéracés. Elles ont un péridium verruqueux ou tuberculeux, plus rarement lisse, ferme et indihiscent, en dedans duquel se trouve une trame charnue et marquée de veines sinueuses. Les asques intérieurs renferment des spores elliptiques et réticulées.
L'une des Truffes les plus connues est le Tuber cibarium Sibth., ou
T. noire, T. d'hiver, Rabassa des Provençaux (fig. 150-158). Elle consiste en masses souterraines, fongeuses, irrégulièrement arrondies, noi-
I'ig. 150-1Ô8. — Tuber cibarium. Plante entière et coupe longitudinale. Coupe d'une portion du tissu. États successifs des asques et des spores qu'ils contiennent.
râtres, et à surface chargée de rugosités ou d'éminences polyédriques, plus ou moins crevassée. Ses dimensions varient généralement de la grosseur d'an œuf de poule à celle d'une noix. Il y en a qui, exception-
[tellement, atteignent le poids d'un demi à un kilogramme. Extérieurement, la teinte de ces masses varient du noir violacé ou du brun violacé au brun cendré. Intérieurement, la chair est d'abord blanchâtre; mais avec l'âge, elle devient d'un gris noirâtre, avec des veines d'un blanc plus ou moins roussàlre, ramifiées et anastomosées. Les spores, au nombre de deux à quatre, sont elliptiques ou presque spbériques. L'espèce se trouve surtout en Périgord, dans le Quercy et l'Argoumois, dans les terrains légers, sablonneux, principalement dans les bois de Chênes, Châtaigniers et Hêtres. On les livre à ce qu'on pourrait appeler une demi-culture, c'est-à-dire qu'on favorise leur multiplication en plantant où elles existent déjà, les arbres ci-dessus cités dont elles affectionnent les racines et desquels leur mycélium est peut-être parasite.
Le T. melanosporum Vittad. est souvent désigné sous le nom de T. violette ou T. du Périgord. Il est d'un noir roussâtre, couvert d'aspérités ou de veines polygonales marquées de taches d'une couleur de rouille. Sa chair bien mûre est d'un noir souvent violacé ou un peu rougeâtre, parcourue de veines blanches qu'accompagne de chaque côté une bandelette translucide qui devient finalement rougeâtre. Plongés dans la masse charnue, les sporanges renferment de quatre à six spores elliptiques-oblongues, opaques et hérissées. Cette espèce, la plus recherchée de toutes, douée d'un parfum et d'une saveur agréables, est assez abondante dans le Midi, principalement en Périgord. On favorise son développement dans les truffières naturelles, de la môme façon que pour l'espèce précédente. On la distingue d'une espèce très voisine, le T. brumale, par la teinte plus noire-violacée de sa chair, ses veines blanches, plus nombreuses et plus ténues; car le '/'. brumale, moins délicat, a une chair d'un brun bistré ou grisâtre, à veines moins abondantes, nettes et d'un blanc bien mat.
Le T. œstivum Vittad. est la Truffe d'été ou T. de la Saint-Jean. Presque globuleuse, et de la grosseur d'une noix, cette espèce est d'un brun noir, toute recouverte de grosses verrues pyramidales et striées en travers. Sa chair est d'abord blanchâtre, puis d'une couleur bistrée, parcourue de nombreuses stries blanchâtres, entremêlées d'arborisations. Ses sporanges renferment de quatre à six spores elliptiques, réticulées, alvéolées, de couleur brune. Cette truffe, moins bonne que les T. cibarium et brumale, se trouve sous terre en été et en automne, dans le centre et le midi de la France, dans les bois. Son odeur est agréable, assez aromatique.
La Truffe de Bourgogne a reçu le nom de T. uncinatum Chat., à cause de la forme de croc qu'affectent les proéminences brunes dont sont chargées ses spores et que relie une membrane mince.
Le T. magnatum Pico est une espèce italienne, désignée chez nous sous les noms de Truffe grise et T. blanche des Piémontais. On l'a cependant rencontrée près de Tarascon et d'Avignon. Son tubercule, déforme
irrégulièrement arrondie, atteint jusqu'à un décimètre de diamètre. Il est parfois aplati, irrégulièrement lobé, d'un jaune terreux, d'un gris sale ou d'un blond pâle. Sa surface est à peine papilleuse ou même lisse. Sa chair est tendre, d'un blanc jaunâtre, plus tard d'un roux rosé ou ferrugineux; elle est parcourue de veines ténues, réticulées, blanches. On recherche beaucoup cette espèce qui a un peu l'odeur de l'Ail et qui croît à l'ombre des Chênes, des Peupliers et des Saules.
Le T. mesentericumX itt ad. se nomme chez nous Truffe Grosse fouine et T. Petite fouine. C'est dans le Midi la T. Samarquo. On la trouve, en automne et en hiver, dans les environs de Paris, ou bien plus communément dans le midi de la France. Elle ressemble au T. œstivum. Sa taille est moyenne; sa forme globuleuse; sa surface raboteuse, noire, avec des verrues en forme de lignes obscures, noirâtres, sinueuses, fortement contournées (d'où le nom spécifique). Les sporanges renferment de quatre à six spores elliptiques, brunes, alvéolées-réticulées. La saveur et l'odeur sont fortes.
Les Truites sont alimentaires, passent pour aphrodisiaques, mais aussi pour échauffantes, indigestes; on a dit qu'elles renferment du fer et même de l'acide cyanhydrique (Sage).
On vend en Angleterre, sous le nom de Truffe noire, la Melanog aster rariegatiis Tulï, qui est comestible, niais peu délicat. Il se trouve chez nous dans le Midi, et même parfois aux environs de Paris.
La Truffe des lions est le Terfezia nivea (T. Leonis Tel. - Tuber niveuni Dbsf.) Son péridium est lisse et blanc, sans veines. Il est rare en France, mais commun dans les sables de l'Algérie, après les pluies. On ne le recherche guère chez nous ; les Arabes en font une grande consommation, sous les noms de Terfez et Terfas. Ils le font cuire dans l'eau ou le lait. Sa grosseur varie de celle d'une noix à celle d'une orange.
Les Elaphomyces ou Truffes de cerf sont hypogés. Ils ont un péridium exactement clos, qui nait d'un mycélium radiciforme et byssoïde. A l'intérieur, ils possèdent une trame charnue, toute parsemée de veines sinueuses et plus ou moins entrelacées. Dans cette trame se voient des thèques ou asques qui contiennent de deux à huit spores. L'E. granulatus Fr. (Scleroderma cervinum 1*ers.), ovoïde ou globuleux, de la grosseur d'une noix ou d'une cerise, a une enveloppe rousse ou d'un brun terne, couverte de petites verrues. Sa poussière intérieure est d'un brun pourpré, entremêlée de filaments blanchâtres. 11 est assez commun au printemps et en automne, dans les bois sablonneux et montueux. On assure que les bêles fauves le déterrent et s'en nourrissent. On ne le mange pas et on le considère, peut-être à tort, comme dangereux. Cru, il a une saveur désagréable et une odeur vireuse. 11 a été vanté comme un puissant aphrodisiaque, et vendu comme tel par des charlatans. Il appartient, comme les genres précédents, au groupe des Tubéracés.
Ergot des céréales.
L'Ergot de seigle (Blé cornu, Clou de seigle, Seigle à éperon, S. noir, S. ergoté, S. ergotisé, Secaiis mater, Clavus seliginis, Secale cornutum, en allemand Mutterkorn) se présente (fig. 159) sous forme de corps allongés, arqués, à coupe transversale cylindrico-trigone, longs de 25 à 30 ou môme de 30 à 60 milimètres, avec une largeur de 2 à 6 millimètres. Son extrémité inférieure, celle par laquelle il adhérait à l'épi, est conique, tandis que la supérieure, qui est libre, est plus obtuse et parfois comme tronquée. À l'état frais, elle était surmontée d'une masse irrégulièrement globuleuse, plus molle que l'ergot, grisâtre ou jaunâtre. C'est la Sphacélie, ordinairement disparue dans le médicament tel qu'il se trouve dans les officines. L'ergot est dur. On peut augmenter sa courbure en le pliant; mais il se casse bientôt en travers. La cassure est blancbe, compacte, avec teinte plus ou moins vineuse ou violacée près de la périphérie. La saveur est désagréable, et l'odeur analogue à celle du poisson pourri, surtout quand l'ergot est ancien et n'a pas été conservé dans un milieu parfaitement sec. Cette odeur est due à la fermentation d'un peu de Triméthylamine.
En grossissant la coupe d'un Ergot, on la voit homogène et formée d'un grand nombre de phytocystes ténus, irrégulièrement enchevêtrés, à paroi épaisse, à cavité contenant beaucoup d'huile. Si l'on dissout celle-ci par l'éther, le tissu apparaît beaucoup plus nettement. Sur la coupe transversale, les phytocystes sont arrondis ou obtusément polygonaux. Sur une coupe longitudinale, ils sont plus allongés suivant l'axe, irrégulièrement sinueux. Leurs parois sont incolores dans le centre de la coupe, teintées en brun ou en noir vers la périphérie, et un peu plus épaisses à ce niveau. On adonné de la composition chimique de l'Ergot des analyses nombreuses et très diverses. Les deux suivantes, empruntées l'une à Wiggers (1832). et l'autre àBonjean (1841), donneront une idée suffisante deces anciennes divergences :
WIGGERS.
Fig. 159. — En Scierie.
.le
Ergotine ou Sécaliuc 1,25
Huile grasse non saponifiable 35,00
Matière grasse cristallisable 1,05
Cérine 0.70
Osmazoïne
Sucre cristallisable particulier
Matière gom l'.euse, extractive et colorant:
Fungine 40,10
Albumine I 46
Chaux 0,29
Phosphate de potasse 4,42
Silice 0,14