‹ Trait de botanique mdicale cryptogamique, suivi du tableau du droguier de la Facult de mdecine de ParisChapitre 9 sur 16 · BONJEAN · texte numérisé non relu

BONJEAN

Ergotine .' 13,2

Huile fixe 37,50

Résine brune 2,25

Poudre rougeâtre, non soluble dans l'alcool 0,63

Gomme 1 ,G2

Gluten 0,12

Albumine végétale 1.80

Fungine ;,,->;,

Matière colorante violette 0,40

Ciilorure de sodium ],12

Phosphate de potasse et magnésie 0,75

Sous-phosphate acide de chaux 3,43

Oxyde de fer 0,31

Cuivre traces

Silice 0,87

Fibres ligneuses 24,35

Eau 9,25

Perte 2,60

Il y a loin de ces travaux à ceux de M. Tanret qui a extrait de l'Ergot un alcaloïde bien caractérisé, l'Ergotinine. Il est cristallisé el blanc quand on le soustrait au contact de l'air. L'alcool, l'étber et le chloroforme le dissolvent; mais il est insoluble dans l'eau. Des solutions, même légères, sont remarquablement fluorescentes. Elles présentent les réactions générales des alcaloïdes et en particulier une belle coloration violette, puis bleue, sous l'influente de l'acide sulfurique et d'un peu d'étber sulfurique. Il y a environ un millième d'alcaloïde dans une quantité donnée d'Ergot bien frais.

Quelle est maintenant l'origine de l'Ergot? Au moment où le Seigle est en fleurs et où les glumelles enveloppent encore l'ovaire, celui-ci est envahi par de minces filaments blancs qui appartiennent à un mycélium de Champignon. Les filaments forment à la surface un lacis très dense, et de plus ils pénètrent dans l'épaisseur de la paroi ovarienne, se substituant pour ainsi dire à sa substance; si bien que la forme de l'ovaire est le plus ordinairement bien conservée. 11 n'y a d'exception que pour le sommet, répondant à ce qu'on a nommé la Sphacélie. Bientôt sur le mycélium naissent en grand nombre des conidies qui se montrent principalement dans les sillons sinueux tracés par le mycélium sur la paroi ovarienne. Du mycélium naissent à ce niveau de minces filaments rayonnants dont les sommets, alternativement resserrés et dilatés, portent les conidies. C'est ^e qu'on a nommé l'état de Spermogonie du Champignon envahisseur

CRYPTOGAMES CELLULAII'.ES.

(fig. 162). Si Ton place une de ces conidies dans un milieu humide, on la voit produire un filament grêle, analogue au début du mycélium qui sort des spores en germination (fig. 10.3). Dans la nature, l'eau est remplacée par un suc légèrement jaunâtre, visqueux, riche en huile et en mucilage, qui exsude du sommet de l'ovaire attaqué par le mycélium et vient suinter entre les glumelles de la fleur, entraînant avec lui une multitude de conidies et souvent de grains de fécule. Les filaments s'allongent vite quand les conditions atmosphériques sont favorables, et ils produisent eux-mêmes de nouvelles conidies qui peuvent être portées sur

Fig. 160-167. — Claviceps purpurea. a, b (à gauche), sommet de l'ovaire attaqué, c, coupe transversale d'une portion occupée par la Spliacélie. (/, conidies germant. Développement du Claviceps sur l'Ergot là droite), b, tête du Claviceps, coupe longitudinale, c, coupe longitudinale d'un périthèce. d, spores sortant du sporange.

des fleurs voisines du Seigle et former aussi un réseau mycélien à la surface de leur ovaire.

Pendant ce temps, la hase du réseau formé par le mycélium primitif devient de plus en plus dense et constitue un feutrage serré et enchevêtré qui durcit de jour en jour. C'est ainsi que le mycélium prend cet état de Sclérote qui est si fréquent chez les organes de végétation d'une foule d'autres Champignons. Ce sclérote, c'est l'Ergot lui-même, d'abord partout de couleur blanche, et qui devient ensuite violacé dans la portion inférieure répondant à la base de l'ovaire. Bientôt le sclérote grandit,

S'allonge, soulève les parties qui l'entourent, les déchire et apparaît au dehors sous forme d'une corne violacée qui fait saillie a la surface de l'épi. En un mois environ, et d'autant plus rapidement qu'il fait plus chaud et moins sec, la formation de l'Ergot est complète. Quand il est bien dur et bien sec, il demeure ainsi sur l'épi (fig. 108), ou tombe à terre et ne présente pendant plusieurs mois aucun phénomène extérieur appréciable. Mais après un certain repos et au contact d'une certaine humidité, la surface de l'Ergot peut être soulevée çà et là. La couche superficielle éclate au niveau des points soulevés et laisse sortir des proéminences arrondies, denses et violacées, qui sécrètent souvent des gouttelettes claires. Chaque proéminence grandit en prenant la forme d'un pied cylindrique, surmonté d'une tète sphérique (fig. 164-166), le tout de couleur pourprée. C'est à ces petits réceptacles stipités, formant des bouquets dans lesquels ils sont parfois nombreux, qu'on a donné les noms de Sphœria, Çordiceps, Cordyliceps, Kentrosporium. Tulasne l'a nommé Claviceps purpurea.

Si l'on coupe suivant son axe le petit réceptacle, on voit que la couche superficielle de sa tète renflée contient de nombreux sacs ou Périthèces, en forme de gourde à court goulot dirigé vers la surface du réceptacle où s'ouvre le goulot par un étroit pertuis (fig. 166). Chaque périthèce, dont la paroi est formée de nombreux phvtocystes lâchement unis en séries, renferme un nombre variable d'asques ou thèques, insérées sur la paroi, étroites, allongées, renfermant chacune huit spores qui sont allongées, minces, rectilignes (fig. 167). Les spore- sortent de l'asque par une ouverture apicale, et de là abandonnent le périthèce lui-même pour tomber sur le sol.

Comme c'est au printemps ou en été que les périthèces et les asques se développent, les spores peuvent, au moment de leur dissémination, tomber sur une fleur de Seigle qui va s'épanouir. Arrivées sur son ovaire, elles y germent et y produisent, comme une conidie, le mycélium mou et bientôt conidifère dont nous avons parlé au commencement de l'évolution du Champignon. Celui-ci appartient au groupe des Pyrénomycètes-Ascosporés. 11 peut à la rigueur conserver le nom de Claviceps purpurea.

Tous les phénomènes que nous venons d'énumérer peuvent être produils par la main de l'homme. On n'a qu'à prendre l'Ergot des pharmacies, suffisamment frais, et à le semer au printemps dans du sable humide ou même sur une légère couche d'eau, pour le voir développer ses récep-

Fig. 168.

Épi

île Seigle ergoté.

acles stipités (Guibourt [1819]). En secouant ceux-ci sur des fleurs de eigle au moment où les spores sont émises au dehors, on détermine la formation d'un mycélium conidifère. En reportant les conidies sur des Heurs saines, on peut aussi déterminer le développement sur leur ovaire d'un mycélium conidifère, et provoquer la formation ultime de l'Ergot tel que nous l'employons en médecine. Ce sont peut-être des insectes qui portent sur le Seigle sain le suc conidiophore des ovaires infectés, suc mielleux et dont les fourmis surtout sont avides. On a aussi invoqué la projection par les vents et les pluies.

L'Ergot de Seigle est surtout commun en France dans les années humides. On le trouve au nord de l'Europe jusqu'à une latitude de 00° environ. Il est principalement fréquent en Galice, en Russie, etc.

Il se produit beaucoup plus rarement sur le Blé que sur le Seigle et y est plus gros (20-25 mill. de tour), plus court (10-15 mill. de long), parcouru par un sillon profond ou même divisé en deux lobes, plus rarement en trois. On a employé l'Ergot de Froment en médecine, et on le dit relativement pauvre en matières grasses et résineuses.

En Algérie, il se développe aussi sur le Diss (Ampelodesmos tenax Link. — Arundo tenax Vahl. — .4. Ampelodesmos Cyr.), graminée de la région méditerranéenne. Là, il affecte une forme variable, allongé, étroit, plus ou moins arqué (long de 30-90 mill., sur 20-25 de large), à coupe transversale un peu quadrangulaire, à surface d'un marron cendré ou noirâtre. Il est presque inodore, passe pour être plus actif que celui du Seigle et conserve plus longtemps que lui ses propriétés.

Sur l'Orge, l'Ergot est semblable à celui du Seigle, plus adhérent cependant aux glumes.

Sur l'Avoine, il est étroit et allongé, rectiligne, plus petit que sur le Seigle (15-30 mill.), et presque lisse ou à stries très peu prononcées.

Sur le Mais, Roulin croit l'avoir observé en Colombie où il produirait une sorte de Pelade (d'où le nom de Peladero) et tuerait un certain nombre d'animaux; mais il s'agit là probablement d'un tout autre Champignon que celui de nos pays.

L'Ergot est un poison et un médicament puissant. Il a surtout été employé pour provoquer les contractions de l'utérus et d'autres organes à muscles formés de fibres lisses, par suite contre diverses hémorragies, et aussi contre l'aphasie, etc. On a nommé Ergotisme un état morbide, souvent épidémique. considéré, à tort ou à raison, comme produit par l'usage des céréales que l'Ergot a altérées.

Carie, Charbon et Rouille des céréales. La Carie des céréales est déterminée par un Champignon entophyte au-

quel ou a donné le nom de Tilletia Caries TvL.(Uredo Caries DC.)(fig.l69). Dans un grain dit carié, de Blé par exemple, en totalité ou en partie vide de sa graine, on trouve une poussière noire-olivâtre, d'odeur fétide. Elle est formée despores sphériques (18-20 u dediam.), brunes, d'odeur désagréable. Chaque spore se compose de deux membranes : l'extérieure marquée d'un réseau peu proéminent. Les pédicules de ces spores sont en partie ou en totalité détruits. Lorsqu'on sème les spores dans le sol avec les grains de Blé. elles germent à peu près en même temps qu'eux ; et leur

endospore, faisant hernie au travers d'une solution de continuité de l'exospore, forme un tube cylindrique assez long, ou stérile et cloisonné, ou bientôt couronné d'un faisceau de 8-10 Sporidies en forme de baguettes linéaires et longuement coniques. Elles sont d'ordinaire géminées et réunies par une commissure rigide et transversale ; de sorte que l'ensemble de deux sporidies ligure un II majuscule ou un X. Dans l'air, ces couples de sporidies germent, produisent d'autres sporidies secondaires, ohlongues et plus ou moins arquées, slipitées. Celles-ci peuvent reproduire des sporidies semblahles à elles-mêmes, ou bien germer en émettant des filaments d'une grande ténuité. Les filaments pénétrent dans la portion inférieure de la tige du Blé. Ils s'allongent avec elle, sous forme d'un mycélium qui arrive de proche en proche jusqu'à l'ovaire, en même temps que sa portion inférieure se détruit. Dans l'ovaire, ils portent des pédicules grêles au sommet desquels se développent les spores telles que nous les connaissons. 11 faut que le péricarpe se fende pour que les spores puissent être semées. Souvent mélangée à la farine, cette poussière lui donne une mauvaise odeur et communique an pain une saveur désagréable. Beaucoup de personnes redoutent cet aliment, quoiqu'on ne connaisse point d'observation précise d'accidents produits par son ingestion. Quelques médecins en ont pris une assez forte dose sans inconvénient (Cordier). Cependant on a tué des canards et des oies en leur faisant avaler ces spores (Gerlach). Il y a sur divers Triticiim un Charbon brun foncé, produit par le Tilletia lœnis Kuhn ( Ustilago frétons Berkel.). Ses spores sont globuleuses ou ovoïdes, allongées, parfois réniformes (14-28 y.), lisses, d'une odeur fétide. Sur les Orges, on a constaté la présence du T. Hordei Kcedn. (Ustilago Carbo Rabenh.), qui a des spores globuleuses ou ovoïdes (10-20 u), à épispore épaissement réticulé et d'un brun foncé. Sur le Seigle, le Tilletia Secalis Kuhn (Uredo Secalis Cord. — Ustilago Secalis Rabenh.) produit une carie d'un noir-brun, fétide, à spores d'un jaune-brun clair, avec des aréoles réticulées, étroites, plus

Fia. 169. - - Tilletia Caries. Spores irermant et formation du faisceau de sporidies.

Sporidies géminées.

proéminentes que celles du T. Caries (20-:2G p). On ne sait pas si ces divers Tilletia sont nuisibles.

C'est à tort qu'on a confondu la Carie des céréales avec leur Nielle. Dans celle-ci, le grain est déformé; son contenu pulvérulent est blanc et formé d'anguillules desséchées. Cette maladie du grain n'a donc point de rapport avec les végétaux cryptogames. Mais on a assez souvent constaté la coexistence de la Carie et la Nielle.

Le Charbon des céréales ne doit pas non plus être conlbndn avec les affections précédentes. Les fruits du Blé, des Orges et surtout de l'Avoine, qui sont atteints de celle maladie, sont aussi remplis d'une abondante poussière noire; mais celle-ci ne demeure pas à l'intérieur du péricarpe et elle se montre au dehors, rendant les inflorescences entièrement noires et comme couvertes de suie. Cette poussière est formée des spores de VUstilago Carbo Tul., spores beaucoup plus petites que celles de la Carie, et. lisses. On recommande de s'abstenir autant que possible de pain contenant des spores du Charbon; mais celui-ci est tellement commun dans notre pays que nous devons souvent ingérer les spores sans même le savoir.

Il y aussi un Charbon du Maïs (Ustilago May dis) qui peut bien se produire dans le gynécée, comme le précédent; auquel cas les six folioles qui se trouvent autour du grain s'épaississent plus ou moins, tandis que l'ovaire, re onnaissable au style allongé qui le surmonte, ou prend peu de développement, ou devient également turgescent et dépasse parfois le volume d'une noix. L'ovule est souvent visible au fond de la cavité ovarienne qu'occupent les spores de VUstilago. Les grandes bractées de l'inflorescence peuvent être aussi attaquées. Mais les tumeurs spongieuses, verdàtres d'abord, puis d'un blanc sale qui passe au gris plombé et peut être lavé de pourpre, et qui atteignent jusqu'au volume du poing, occupant divers niveaux de la plante, ont surtout été remarquées des cultivateurs qui. dans le sud-ouest, leur donnent le nom de Milliette et Millargou. Elles occupent les aisselles des feuilles, ou la base de l'inflorescence femelle, ou même une portion de l'inflorescence mâle. La tumeur est plus ou moins cloisonnée, et ses cavités sont d'abord remplies d'un liquide muqueux, plus tard d'une multitude de spores. On peut donner la maladie au Maïs en semant celles-ci avec ses fruits, et l'on suppose que le Champignon se comporte comme celui du Blé. On a accusé le Charbon de Maïs de produire des maladies 1res diverses. Il y a longtemps (1784) que F.-J. Imhoff, prenant àl'inlérieur un drachme de spores pendant quatorze jours et s'appliquant celles-ci sur une plaie, n'en éprouva pas le moindre malaise. Aujourd'hui, ou extrait, aux Etats-Unis, l'Ustilaginc pour l'usage médical.

On a aussi indiqué le Blé rouillé comme pouvant causer des accidents. C'est pourquoi nous devons dire quelques mois de la Rouille, maladie qui s'observe chez un grand nombre de végétaux très divers et

qui doit son nom aux taches jaunâtres qu'elle produit sur les feuilles. Sur le Blé et autres Graminées, le Champignon qui la produit a reçu le nom de Puccinia Graminis (fig. 170). Cette Puccinie, le Blé la tient de l'Épine-vinette (Berberis vulgaris L.), et c'est pour cela qu'on prescrit avec raison

de ne point cultiver le Berberis au voisinage des céréales. Au printemps, les feuilles de ce Berberis portent souvent des taches jaunes qui se voient sur leurs deux faces. A la face supérieure, la tache porte des spermogonies, c'està-dire des conceptacles qui renferment de nombreuses spermaties; et à la face inférieure, il se forme un appareil qu'on appelait jadis un Ecidium. Celui-ci est une coupe saillante dont le fond est tapissé d'un hyménium à basides portant un chapelet de spores orangées. Ce sont ces spores qui tombent sur les Graminées. Germant à la surface de leurs chaumes et de leurs feuilles, elles insinuent leur mycélium par les stomates sous l'épidémie : il s'j ramifie, et finit par produire de grosses spores ovoïdes qui proéminent au-dessus de l'épiderme déchiré. C'est à cette phase de la vie des Puccinies qu'on avait donné jadis le nom i'Uredo, et ce nom avait alors une valeur générique;] d'où le nom d' Urédospore qui a été appliqué à celle forme eslivale du Puccinia Graminis. Ce n'est pas tout : en automne, le même l'redo produit, non plus des spores, mais des Téleulospores, c'est-à-dire des corps allongés et séparés en deux compartiments par une cloison. Les téleutospores constituent ce qu'on appelle la Rouille noire; elles ont une paroi résistante, passent l'hiver sur ce qui reste des Graminées, et au printemps se développent en courts filaments qui portent euxmêmes des Sporidics. Ce sont ces sporidies qui, transportées sur les jeunes feuilles de l'Épine-vinette, y germent et envoient leurs tubes mycéliens au travers des stomates dans l'épaisseur du parenchyme; ce qui complète le cycle si compliqué de l'évolution du végétal. Il y a d'ailleurs d'autres Puccinies sur les autres Graminées qui se cultivent en Europe.

Il y a très longtemps qu'on a remarqué que beaucoup d'animaux ne touchent pas aux pailles rouillées. Quand les chevaux les mangent, elles exercent sur eux une action délétère (Delafond). On a dit que les années

Fig. 170. — Puccinia Graminis. A et D, mycélium d' l'redo produisant des uré-

dospores uniccllulaires et des téleutospores bicellulaires ; B , téléteuspores germées; (', fragment de feuille de Berberis, portant un Ecidium et des spermogonies (de Bary).

où la rouille abonde, sont aussi des années à épizooties. Chez l'homme, Salisbury a attribué aux spores du Puccinia Graminis la maladie mal connue dite Rougeole des armées. Sur le Roseau commun (Phragmites iulgaris), il y a une sorte de Rouille noire dont les spores causent des céphalalgies et d'autres accidents cbez les ouvriers qui préparent si fréquemment ce roseau pour la construction des toits de chaume. La Canne de Provence (Arundo Donax L.) porte aussi une Rouille analogue et qui produit de terribles accidents : des éruptions cutanées, une enflure considérable de la face, etc. (Michel).

SGHIZOPHYTES

Nous désignons sous ce nom un certain nombre de Cryptogames microscopiques, les plus petits en général des végétaux connus. On les nommait souvent Schizomycètes alors qu'on se croyait assuré qu'ils appartenaient au groupe des Champignons. Le mot de Schizophycécs indique, au contraire, qu'on les croit plus proches parents des Algues. Ils tiennent en effet des uns et des autres, souvent, mais non constamment, dépourvus de matière colorante verte, comme les premiers. Leur nom indique que leur caractère le plus frappant est leur mode de multiplication par scissiparité, dédoublement. Cependant nous verrons que ce mode de division s'accompagne souvent de gemmation et de sporulation. Ces êtres font aussi partie de ce qu'on a nommé en France des Microbes ', mais nous ne pouvons adopter cette dénomination vague, s'appliquant aussi bien à des animaux qu'à des végétaux, et qui ne peut être maintenue que par des auteurs étrangers à toute connaissance botanique et par lesquels les ferments et les Schizopbytes onl été longtemps ou sont même encore confondus avec des iiil'usoires ou d'autres animaux inférieurs.

Micrococcus '.

Les plus simples et en même temps les moins volumineux des Schizophytes sont les Microcoques (Micrococcus Cohn). Ce sont (fig. 171-175) <les petits corps arrondis, presque punctilbrmes, qui d'ordinaire n'ont au plus qu'un millième de millimètre (p) de diamètre. Ils sont formés d'un phytoblasle, enveloppé d'un phytocyste mince qui résiste à l'action de la potasse et d'autres bases et acides concentrés 2. Le plus souvent, le phytoblaste est hyalin, souvent finement granuleux. Il se colore parfois de teintes vives, jaunes, bleues, vertes, rouges. Ainsi, le M. prodigiosus

t. Il est bien entendu, nous verrons plus loin pourquoi, que ce que nous nommons ici un genre ou une espèce, u'a pour le moment qu'une valeur de convention et ne mérite peut-être pas ce nom.

■1. La teinture d'iode sépare en général dans les Sehizophytes le phytocyste du phytoblaste, en contractant ce dernier. Le premier parait être flexible et élastique. Il représente en général la couche profonde d'une enveloppe gélatineuse qui prend beaucoup d'épaisseur dans le cas de zooglée et qui est l'analogue de la substance gélifiée qu'on avait, dans le- Algues, nommée Matière intercellulaire. M. Nencki croit le phytocyste constitué par une substance protéique, la Mycoprotéine. On a même accordé (Neisser) à quelques Bactéries, notamment à celle du xerosis épithélial, une nature grasse. Dans les Cladolhrix et Crenotrix, le phytocyste est souvent coloré en jaune ou en brun plus ou moins noirâtre par des composés ferrugineux.

Coux, qui colore souvent en rouge le pain, le riz cuit, l'empois d'amidon, et qui, cultivé sur la gélatine, l'agar-agar, les tranches de pomme de terre, etc., leur donne une teinte d'un rouge 1res vif, est probablement la plante qui a produit sur des hosties humides de prétendues lâches de sang. On l'a trouvé aussi dans le lait rouge. Le pus bleu doit sa couleur au M. pyocyaneus Gkss., d'un vert bleuâtre. Les sueurs rouges doivent leur coloration au AT lue malodes Zopf. Les tranches de pommes de terre abandonnées à l'air se teintent souvent en jaune orangé, verdàtre, violet ; ce qu'elles doivent respectivement au dépôt d'une certaine couche de M. luteus Schlot., aurantiacus Sciilot., chlorinus Conx, violneeus Coux. espèces dont la structure est d'ailleurs imparfaitement connue. C'est à ces Micrococcus qu'on a donné le nom de Chromogènes.

Vivant dans un liquide, les Micrococcus sont souvent indépendants les uns des autres. Mais souvent aussi, comme il arrive pour les phytocystes des Algues, les couches extérieures de leur enveloppe se gélifient et forment une masse gélatineuse, qui s'observe dans un très grand nombre d'autres Schizophytes et qu'on nomme Zooglée {Zooglœa). Les Micrococcus y sont comme englobés; et l'on a à tort, à une certaine époque, considéré les Zooglœa comme constituant un genre distinct, (les Zooglées forment souvent, à la surface des liquides altérés, des pellicules nuageuses ou visqueuses auxquelles on a donné le nom de fleur. La plupart des réactifs colorants avec lesquels on teinte souvent les Schizophytes poulies mieux observer, et que les Micrococcus absorbent en général facilement, ont peu d'action sur leur portion zoogléique. Elle est cependant colorée par quelques réactifs. Une goutte de teinture d'iode, ajoutée à une zooglée, rend très distincts les Micrococcus qui y sont englobés.

La vitalité des Micrococcus est moins considérable que celle de la plupart des autres Schizophytes. La plupart d'entre eux sont tués à la température ordinaire, après une année au plus de contact de l'atmosphère; etc'est ce qui arrive d'ordinaire pour les types à spores inconnues.

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