BOURGEONNEMENT
des feuilles et par conséquent des rameaux axillaires en verticilles ou en spirales régulières, arrangement distique des loges de Sertulaires, de Bugules, etc.).
On peut appeler nœuds les points où les ramifications s’attachent les unes aux autres, entre-nœuds les intervalles entre les ramifications consécutives.
Dans les organismes ainsi ramifiés, il peut arriver que les entre-nœuds qui séparent un certain nombre de ramifications consécutives, se réduisent au point que ces ramifications se disposent en une spirale très serrée; les exemples en sont fréquents dans le Règne végétal : feuilles de Joubarbes, écailles des cônes de Conifères, bractées de l’involucre de l’Arlichaut, périanlhe des Nijmphæa, des Magnolia, etc. Ailleurs ces ramifications se rapprochant au point de naitre au même niveau, forment un verticillc, comme chez la plupart des fleurs. On observe les mêmes faits chez les Animaux; là aussi les ramifications rapprochées en un même verticille demeurent indépendantes ou se soudent sur une partie variable de leur
Fig. 49. — Branche d'un polypier de Corallium Fig. 50. — Méduse de VObelia gelatinosa encore dépour-
rubriim. P, Polype (d’après de Lacaze-Dutliiers). vue d’organes génitaux, g, vésicules auditives.
longueur comme chez les fleurs dialypétales ou gamopétales. Leur ensemble constitue alors des organes à structure radiée : tels sont les tentacules des Polypes coralliaires (fig. 49), les rayons des Méduses (fig. 50), la couronne brachiale des Crinoïdes (Bg. 52), où l’arrangement des parties rappelle ce qu’on observe chez les fleurs régulières des Végétaux. Quand ces organes deviennent libres, comme cela arrive pour la plupart des Méduses, ils constituent autant di' organismes distincts, souvent capables de mener longtemps une existence indépendante, comme nous l’avons indiqué pour les fleurs de certaines Cuscutes. Bien que celte disposition rayonnée des parties soit liée à la fixation au sol dans un très grand nombre de cas, beaucoup d’organismes radiés appartenant au Règne animal demeurent libres toute leur vie : tels sont beaucoup de Méduses et de Coralliaires, les Etoiles de mer, les Ophiures, les Oursins et les Holothuries. Nous verrons plus tard qu’il n’est pas impossible que ces Animaux rayonnés libres doivent leur structure radiée à des ancêtres fixés.
Disposition des bourgeons chez les organismes libres, — Chez les organismes libres et mobiles autres que ceux dont nous venons de parler, les bourgeons, lorsqu’il s’en produit, se disposent en série linéaire. Le corps ne donne alors que des
MORPHOLOGIE EXTERNE
ramifications latérales d’une importance subordonnée, les membres; et ses parties constituantes, placées bout à bout, sont souvent désignées sous les noms de segments, d'anneaux ou d’articles. La division du corps en articles placés en série linéaire peut d’ailleurs se manifester chez des organismes fixés : la tige des Prêles, celle des Graminées, le strobile des Discoméduses (fig. ol), en sont des exemples frappants; et il en est de même de la tige des Isidées parmi les Coralliaires, de celles des Pentacrinus parmi les Échinodermes (fig. 52) ; de sorte que si la libre locomotion concorde d’une manière presque constante avec la disposition linéaire des parties du corps, la réciproque de cette proposition est loin d’avoir le même degré de généralité. Tout se passe comme si la disposition des bourgeons en série linéaire, à laquelle rien ne
Fig. 51. — Strobile divisé en segments successifs, qui, en se séparant, constitueront autant de Méduses dites liphyra.
s'oppose chez les organismes fixés, était la plus avantageuse pour les organismes mobiles, celle par conséquent qui devait prédominer chez eux. La division du corps en segments disposés en série linéaire est celle que présentent les animaux qui ont atteint le plus haut degré de complication organique ; elle se montre, en effet, chez les Arthropodes, chez les Vers annelés et, un peu effacée, chez les Vertébrés. Cette disposition des segments n’altère en rien la symétrie bilatérale, de sorte que tous les animaux libres, à corps segmenté, sont en même temps symétriques par rapport à un plan unique.
Il est assez rare qu’un arrangement linéaire des parties du corps coïncide avec une ramification latérale du corps chez les animaux libres. Le corps de beaucoup d’Echinodermes est, il est vrai, ramifié latéralement et les rameaux peuvent souvent se diviser en articles placés bout à bout (fig. 52). Mais les Echinodermes se rattachent étroitement aux animaux fixés. Il n’en est plus de même d’une
PHYTOZOÂIRES ET ARTIOZO AIRES.
Annélide parasite des Eponges, la Syllis ramosa, découverte par le Challenger, dont le corps est à la fois segmenté et latéralement ramifié E
PhytoKoaires et Artiozoaires. — Il résulte de ce qui précède que les parties qui s’ajoutent successivement les unes aux autres pour constituer le corps des animaux quelque peu compliqués, se disposent suivant deux types principaux: le type ramifié, qui rappelle la disposition la plus ordinaire aux Plantes; le type linéaire, qu’on a longtemps considéré comme propre aux Animaux.
On peut donc répartir les Animaux en deux grandes divisions correspondant à ces deux types de structure :
1“ la division des Phytozoaires, qui comprend tous les animaux dont le corps est ramifié latéralement ou se compose de parties affectant une disposition rayonnée; 2° la division des Artiozoaires, qui comprend tous les animaux dont le corps est formé de parties placées bout à bout, et présente une symétrie bilatérale bien accusée. A la première de ces divisions se rattachent la très grande majorité des Animaux fixés au sol, tels que les Éponges, le plus grand nombre des Coralliaires, des Hy- DRAiREs; des animaux flottants, tels que les Siphonophores (fig. 53), et des animaux à lente locomotion tels !]ue les Échinodermes. La seconde comprend la très grande majorité des Animaux libres, c’est-à-dire les Arthropodes, les Vers, les Mollusques et les Vertébrés, groupes dans lesquels se trouvent tous les Animaux à
locomotion généralement rapide. Quel- Fip^. 53. — Un Slphonophore (Physopkora hydrostatica). —
que logique que paraisse cette divi- pneumatocyste; s. Méduses ou cloches natatrices,
disposées sur deux rauprs: T, tentacules; P, Polypes Sion, il ne sera pas toujours possible nourriciers avec leurs filaments préhenseurs Sf, por-
de l’appliquer d’une manière absolue,
ainsi que vont le montrer quelques exemples.
Symétrie bilatérale chez €les Phytozoaires; symétrie rayonnée chez des Artiozoaires. — La symétrie bilatérale est présentée par tous les animaux que nous considérons habituellement comme supérieurs (Vertébrés, Vers, Arthropodes). Parmi les Mollusques, elle n’est assez profondément modifiée que chez les Gasté-