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Récit du Voyage du « Challenger », t. I, p. C

MORPHOLOGIE EXTERNE

ropodes dont la plupart mènent une existence exclusivement tubicole. Tant qu’on s’est borné à l’étude des Animaux supérieurs, la symétrie bilatérale a pu paraître une règle abstraite de l’organisation des Animaux, un des traits fondamentaux du plan suivant lequel ces êtres ont été construits. Les morphologistes ont donc attaché une grande importance à la démonstration de son existence, meme chez les animaux où elle n’apparait pas à première vue, et l’on fait encore de grands efforts pour arriver à cette démonstration. 11 est donc nécessaire de préciser les conditions du problème. La symétrie bilatérale est si bien en rapport, dans un grand nombre de cas, avec les nécessités de la locomotion dans une direction déterminée, qu’elle s’efface souvent chez les animaux qui la présentent, lorsque ceux-ci changent au cours de la vie les conditions de leur existence; elle apparaît au contraire chez les Animaux rayonnés, lorsque ceux-ci deviennent aptes à ramper.

Fip:. 54. — Carve vermifornie do Comatula (Antedon) avec une touffe de cils, des cercles ciliés {Wr) et l’ébauche des plaques calcaires (d’après Thompson).

Fi". 55.— Larve cystidéenne de Comatida fi.vée. — O, pièces orales; 11, pièces radiales ; B, pièces basales; Cd, plaque centro-dorsale (d’après Thompson).

Fi". 56 — Larve phytocrinoïde de la Comatula, décrite sous le nom de Pentacrinus europxus, ])ourvue de bras et de cirres (d’après Thompson).

Ainsi les larves symétriques du Leucochloridium paradoxum, Ver parasite du foie de certains Mollusques d’eau douce [Succinea amphibid), se transforment dans cet organe en tubes très irrégulièrement ramifiés. La symétrie bilatérale s’efface de même chez les Géphyriens qui vivent dans des trous, et qu’à leur aspect on a pris longtemps pour des Rayonnés. Les Echinodermes présentent des faits plus frappants encore : la larve vermiforme (fig. 54) des Comatules est symétrique par rapport à un plan tant qu’elle nage librement dans l’eau de mer; cette symétrie, sans disparaître complètement, s’obscurcit déjà dans la larve cystidéenne (fig. 55) de ces animaux qui est fixée, et succède à la larve vermiforme; enfin quand

PHYTOZOAIRES ET ARTIOZOAIRES.

des ramifications latérales apparaissent sur cette larve fixée et que la larve phytocrinoide se constitue, ces ramifications se disposent suivant le type rayonné (fig. 56). Il en résulte que, chez l’animal adulte, la partie centrale du corps issue d’une simple métamorphose de la larve cystidéenne présente une symétrie bilatérale assez accusée, tandis que la partie périphérique présente au contraire la symétrie rayonnée la plus nette..

L’inverse a lieu chez les Oursins et les Holothuries : le plus grand nombre de ces Animaux rayonnés se meuvent indifféremment en tous sens; mais il en est parmi eux dont la locomotion s’accomplit aussi dans un sens déterminé; chez ceux-là, la symétrie rayonnée de la partie périphérique du corps ne s’efface pas complètement, mais les rayons, tout en demeurant reconnaissables, se modifient de façon à se disposer symétriquement par rapport à un plan. La modification consiste, chez les Oursins, dans le transfert de l’anus à la face inférieure du corps (Clypéastroïdes), ou dans le déplacement simultané de la bouche et de fanus (Spa- TAKGOÏDES, fig. 57), le corps s’allongeant dans les deux cas suivant la ligne ano-buccale, de manière à devenir symétrique par rapport à un plan vertical passant par les deux orifices du tube digestif; de plus la face ventrale se différencie nettement de la face dorsale. Chez les Holothuries, qui se meuvent en général couchées sur un de leurs côtés et dont les orifices du tube digestif sont terminaux, la modification s’accomplit autrement: le corps s’aplatit de manière à former une sole ventrale, correspondant à trois des rayons du corps, qui fournissent à fi eux seuls les organes locomoteurs; les appendices dépendant des deux rayons restants, devenus les rayons dorsaux, s’atrophient ou deviennent des organes tactiles {Psoliis, Elpiclia, Oneirophanta, Psychropotes,, Peniagone et autres Holothuries des grandes profondeurs).

L’influence du genre de vie sur le mode de groupement des parties se manifeste encore lorsque des animaux symétriques par rapport à un plan se fixent, et se multiplient ensuite par bourgeonnement, de manière à former une association plus ou moins compliquée. Cette association peut être alors encroûtante {Membranipora, Cellepora, etc., parmi les Bryozoaires, le plus grand nombre des Ascidies composées), ramifiée (Pedicellina, Bugula, Bowerbankia, etc., parmi les Bryozoaires; Perophora, Clavelina, parmi les Ascidies); ou présenter même une disposition rayonnée de ces parties comme chez les Phytozoaires {Botryllus, fig. 46, p. 36, et à un moindre degré Amarœcium parmi les Ascidies composées).

57. — Oursin spatangoïde {Bi'issopsis lijrifera) symétrique par rapport à un plan. A, anus.

On ne saurait méconnaître la signification de ces faits; mais il ne faudrait pas en conclure que partout où la symétrie bilatérale apparait, elle soit due aux mêmes causes; une déformation quelconque, due à une cause quelconque, d’un corps symétrique par rapport à un axe, le rapproche nécessairement de la symétrie bilatérale. C’est ainsi qu’à côté des fleurs des végétaux dites régulières ou dont la structure est rayonnée, il y a des fleurs dites irrégulières ou mieux zygomorphes, qui sont

MORPHOLOGIE EXTERNE

symétriques par rapport à un plan passant par leur pédoncule et l’axe du rameau qui les supporte (Orchidées, Papilionacées, Scrophülariées, Labiées). La symétrie bilatérale apparait de même chez les Végétaux dans beaucoup d’autres circons-

G I ly a

Fig. 58. — Jeunes larves de V Actinia mesenibryanthemum symétriques pur rapport à un plan (d’après de Laeaze-Duthiers)'. — a, larve avec huit cloisons et deux cordons pelotonnés; O, la bouche; h, larve un peu plus avancée, ii symétrie bilatérale plus accusée avec l’ébauche de huit tentacules dont un impair plus grand que les autres.

Fig. 59. — Bouche et tentacules d’une Actinia mesembrijant/iemuin plus âgée, vus par la face orale (d’après de Lacaze-Dulhiers).

tances; il n’est donc pas étonnant qu’elle puisse se manifester aussi chez les Animaux pour d’autres causes que les nécessités de la locomotion. En particulier

chez les organismes ramifiés les parties des rameaux tournées vers le corps et celles qui sont tournées vers le milieu ambiant ne sont pas dans les mêmes conditionsbiologiques; elles sont par conséquent en situation de présenter une symétrie bilatérale plus ou moins accusée. Les traces de symétrie bilatérale que présentent les Polypes coralliaires dans leur mode de développement (fig. 08 et 59) ou dans leur structure interne, et qui ont vivement frappé d’éminents observateurs, pourraient donc s’expliquer par le mode même de croissance de ces polypes, ou par leurs liens généalogiques avec des animaux Fig. 61. — strohiie divise en dis- pamifiés. Il faudrait bien se

ques successifs, qui en se séparant constitueront autant d'E- gardGF d’y voir la preuvG in-

contestable d’une parenté de

Fig. GO. — Commencement de lu strobilation du Scyphistome.

ces animaux avec des animaux segmentés, mobiles, tels que les Vers annelés.

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