MÉRIDES, ZOÏDES ET DÈMES
D’autre part tout animal rayonné, dont le nombre des rayons sera pair, pourra être considéré comme symétrique par rapport à un plan : c’est le cas des Méduses (fig. 26, p. 25, fig. 50, p. 37, lig. 60 et 6d) et des Cténopliores.
Différenciation des parties dn corps. Division du travail physiologique entre les mérides fl’un zoïde; les mérides et les zoïdes d’un dème. — Les parties du corps, nées les unes des autres par bourgeonnement, morphologiquement équivalentes, sont loin de garder le môme aspect quelle que soit la place qu’elles occupent dans l’organisme qu’elles constituent, elles sont souvent différenck'es, dès le début de leur apparition, et les modifications de forme qu’elles présentent, correspondent, en général, à une spécialisation dans leur fonction. De même que nous avons vu s’effectuer fine division du travail physiologique entre les plastides associés, de môme les fonctions physiologiques se répartissent entre elles de façons diverses ; les phénomènes que nous avons vus se réaliser pour les plastides se reproduisent pour les unités nouvelles qu’ils contribuent à former par leur association. Ainsi chez les Végétaux les feuilles peuvent se montrer sous les formes les plus diverses : feuilles proprement dites, écailles, épines, vrilles, bractées, sépales, pétales, étamines, carpelles: de même dans le Régne animal les rameaux composant le corps de certains Polypes peuvent présenter jusqu’à sept formes distinctes; on trouve, par exemple chez les Hydractinies (fig. 62), des polypes tactiles, préhenseurs (d), défenseurs [a et c), nourriciers ou porteurs de bourgeons sexués (e), les uns mâles, les autres femelles. Ce sont des parties ainsi différenciées qui constituent les Méduses. Cette différenciation s’observe aussi bien lorsque le corps est segmenté que lorsqu’il est ramifié, et comme, dans ce dernier cas, un certain nombre de segments consécutifs sont souvent modifiés de la même façon, elle aboutit à la division des corps en régions. Ainsi nombre d’Arthropodes présentent un céphalothorax et un abdomen (Crustacés supérieurs. Arachnides), ou une tête, un thorax et un abdomen (Insectes) ; une division analogue existe chez certaines Annélides tubicoles, et les Vertébrés eux-mêmes présentent, en général, quatre régions du corps parfaitement distinctes : la tête, le cou, le tronc et la queue.
Chacune des régions du corps où les segments sont différenciés dans le même sens se comporte, à beaucoup d’égards, comme un organisme indépendant ; il devient donc nécessaire, pour la clarté du langage, de donner un nom aux diverses unités qui se superposent, en se groupant de façons variées, pour constituer
Fig. 62. — Colonie à’ Hydractinia echinata. — a, Polype nourricier contracté la bouche ouverte; h. Polype reproducteur portant des sporosacs; c. Polypes nourriciers épanouis; d. Polypes astomes, préhenseurs tactiles (d’après Allman).
MORPHOLOGIE EXTERNE
un organisme d’un degré donné de complication. Nous avons vu que Hæckel appelait plastides les éléments anatomiques constituant le corps des animaux. Les plastides issus par voie de filiation ininterrompue de l’œuf forment d’abord, • en demeurant associés, des organismes tels que la planule ou larve des polypes, le naiiplius (fig. 42, p.33) ou larve des Crustacés inférieurs, la irochosphère (fig. 44, p. 34) ou larve des Annélides. Nous appellerons ces organismes simples des mérides.
Les mérides, une fois constitués, comme résultat de la segmentation de l’œuf, peuvent demeurer isolés ou continuer leur évolution en produisant des bourgeons, qui deviennent eux-mêmes des mérides analogues à ceux d’où ils sont issus. Lorsque ces nouveaux mérides ne se séparent pas les uns des autres, ils constituent tous ensemble un organisme complexe, auquel nous donnerons le nom de zoide. Mais la complication ne s’arrête pas là : le bourgeonnement et la différenciation des bourgeons amènent, en se répétant, la constitution de plusieurs zoïdes plus ou moins semblables entre eux, qui demeurent unis, et contractent les uns par rapport aux autres les mêmes relations physiologiques que les différents mérides constituant un zoïde, les différents plastides constituant un méride. A ces organismes arrivés en quelque sorte à la quatrième puissance nous donnons le nom de dèmes. Une Méduse, un Polype coralliaire, une Néréide, un Lombric sont des zoïdes dans lesquels les mérides sont respectivement ; le manubrium et les quatre secteurs de l’ombrelle de la Méduse; le sac stomacal et les tentacules du Polype coralliaire; les segments du corps de la Néréide ou du Lombric. Une Pennatule, un Siphonophore (fig. 33, p. 39), un Insecte ont la valeur de dèmes dont les zoïdes sont respectivement : les Polypes coralliaires de la Pennatule, les Méduses associées à des polypes hydraires du Siphonophore; les régions du corps de l’Insecte (tête, thorax et abdomen) composées chacune de plusieurs segments, qui ont eux-mêmes la valeur des mérides.
Les mérides constitutifs du corps des animaux segmentés (Annélides, Arthropodes, Vertébrés) ont été désignés par Moquin-Tandon sous le nom de zoonitcs, par Hæckel sous le nom de métaméres, termes qui sont fréquemment employés ; ces mêmes mérides deviennent des antimères pour Hæckel, lorsqu’ils sont disposés en rayonnant autour d’un centre. Mais ce mot antimère s’entend des portions d’organisme disposées en rayons, quelle que soit la constitution de chaque rayon; un antimère peut tout aussi bien être un dème ou un zoïde qu’un méride. C’est ainsi que Hæckel applique également la dénomination d’antimère à un tentacule de Polype coralliaire, à un bras d’Etoile de mer, à l’une des Ascidies d’un groupe de Botrylles, bien que ces parties puissent avoir une constitution morphologique toute différente : nous réserverons exclusivement la dénomination de méride aux êtres dans le corps desquels ni l’organisation de l’adulte, ni le mode de développement, ni la morphologie comparative, ne permettent de reconnaître une division évidente ou masquée à des degrés divers par la coalescence des parties, en rameaux, rayons ou segments, ayant tous la même constitution. Rien n’empêche du reste de distinguer parmi les mérides des antimérides et des métamérides ou même d’em- | ployer, par abréviation, à la place de ces deux mots, les mots analogues employés par Hæckel. Lorsqu’on veut désigner un ensemble tel qu’une Pennatule, un Ténia *,
1 C’est, on le verra plus tard, une question de savoir si les segments des Ténias sont j des mérides ou des zoïdes. du i